Notre Dame de l'AssomptionJouer du Beethoven pour un défunt fan (qui donne quand même in extremis un CD de Tchaïkovski pour la sortie de son enterrement), dans une église où tu as juste envie de prendre chez toi Winnie et Bourriquet, qui sont à l’entrée pour inciter les enfants à aller à la garderie plutôt qu’à la messe (moi, je veux bien accueillir Bourriquet et Winnie, hein, j’ai un refuge à peluches dans mon p’tit monde) (surtout dans une église où, quand tu débarques, t’as toujours un CD qui joue un chant de Noël, même en plein mois de septembre) ?
À fond (de clavier) (fondu) !
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WarnerSoleil pour la sortie du jour, avec un cauchemar des chenils : un croisé tout noir. Pourtant, Warner est un rigolo personnage, dont on ne tarde pas à découvrir la spécialité : tailler, promener et secouer des bouts de bois. Il a même essayé de me faire croire que, si on était super discret, son chouchou pourrait passer incognito au refuge. J’ai quand même préféré éviter de test.
Warner 2Après, j’ai tenté un truc hypertechnique : mettre une muselière à une manière de dogue, sous le regard de salariés me demandant si ça allait. J’ai dit « oui », et on a fini par s’arranger, Bill et moi, parce qu’il est vraiment gentil. En fait, il est surtout sauteur (il fait des bonds de malade et peut rester accroché à des grilles pendant un temps ouf) ; mais il est aussi très rilakse. Enfin, en général. Exemple : « Bill… y avait pas deux arbres, à cet endroit, quand on est arrivé dans le parc ? »
BillIl m’a juste répondu : « Peut-être, je sais pas, j’ai rien vu mais c’est sûr qu’faut pas mal me regarder, quand même. » Un Bill très gentil, en réalité, mais qui réclame un Boule à la hauteur.
Bill 2Après, j’ai failli m’balader avec Golan, mais comme il est très beau, j’ai vu qu’il était sorti quasi tous les jours par les collègues bénévoles – ce qui est un luxe dans un monde où une sortie tous les trois jours n’est pas garantie. Alors j’ai opté pour Brandy, même si c’était un peu tôt pour un whiskey, quoique.
BrandyC’est un bonhomme très sympa, qui aime bien se défouler et ne pose aucun problème. Alors, après notre séance de fractionné, j’ai fini par un puissant footing sprinté avec Dixy, autre cauchemar de chenil car tout noir, lui aussi, dans un monde obscur. Pourtant, un joli quasi labrador énergique, qui court bien, ne sait pas faire de mal aux mouches et aime  folâtrer dans les herbes hautes. Las, faut croire que tout l’monde peut pas vivre comme s’il était le chien de cette grosse nuisible de reine d’Angleterre.
Dixy

Ciel de septembre aux BatignollesÇa sent la fin de l’été or somethin’, ce mardi. Quelques oiseaux, peut-être, tout au plus des grues.

Batignolles et grues d'automneBon, allez, on arrête de déprimer, on va faire le con avec Doddy, importé de Vallérargues. Un chien qui fait souplement zoum zoum zoum, pom pom pom et même flikiboum. Bref, un joyeux p’tit bonhomme qu’il serait heureux de faire gambaaader plus qu’une fois tous les trois jours.

DoddyPuis direction Harlow. Ça faisait longtemps que je rêvais de me s’balader avec lui. Il a une belle tête de husky, un comportement de chien loup, et malgré le brief SPA, un brin inquiétant, c’est le chien le plus gentil du monde – après moi, quand je suis bien luné, mais je suis pas un chien, ça joue. Un loup gris excellent.

HarlowPas question de s’arrêter en chemin. Donc direction Beethoven, qui prend la succession d’un autre Beethoven, désormais adopté. C’est un bonhomme tranquille et câlin d’une dizaine d’années. Il ne tire pas en laisse, il est curieux, et il aime bien les grattouillis. Quoi d’autre ? eût demandé George C.

20150922_105858Et histoire de ne pas se laisser impressionner par la pluie ou les cons, il était temps de s’balader avec un jean’s, en l’espèce Mr Levi’s. Il a une tête à faire presque peur aux sots, pourtant dans la vraie vie il est : dynamique, rigolo, curieux, très affectueux et malin. Puisse-t-il dégager vite fait d’un chenil où il n’a rien à faire… comme les autres, mais en facile.

Presque Levi'sPardon, Levi’s était déjà parti. Le voilà, en un peu moins flou.

Levi's

L'orgue de salon dit "Cavaillé-Coll" de l'église Sainte-Marie-Mdeleine (Domont, 95).

L’orgue de salon dit « Cavaillé-Coll » de l’église Sainte-Marie-Madeleine (Domont, 95).

Pour les Journées du patrimoine, deux concerts : avant de filer accompagner un chœur sarcellois à Saint-Acceul d’Écouen, c’était à Sainte-Marie-Madeleine de Domont que ça se passait pour une suite d’improvisations profanes (de Tannhaüser au Beau Danube bleu en aboutissant au jingle de la SNCF), entre fruits de la Tentation et église !

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Photo : Yannick Alirol

Photo : Yannick Alirol

Entre costume et jeans, chansons et coquecigrues, c’était bien, c’était chouette, au Magique, ce 18 septembre. On a graffité des exemplaires de L’Homme qui jouait de l’orgue devant Georges Brassens en partageant des facéties…

Photo : Jean Guilcher

Photo : Jean Guilcher

… et, enveloppé dans l’écharpe de François Marzynski qui n’avait qu’à la récupérer avant, j’ai fait un quasi selfie avec Jann Halexander. Alors, moderne ou pas ?

Jann et moi

Sommiers et faux-sommier de l'orgue de Saint-André de l'Europe dans l'atelier d'Yves Fossaert à Mondreville (77).

Sommiers et faux-sommier de l’orgue de Saint-André de l’Europe dans l’atelier d’Yves Fossaert à Mondreville (77).

Réunion de chantier dans l’atelier d’Yves Fossaert, facteur désigné pour restaurer l’orgue de Saint-André de l’Europe. Et dans cet atelier, comme par zazar, les grandes orgues tutoient les grandes eaux de toilettes.

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Magique septembre 2015

Petit matin. TGV. Révision du cours possible.

Petit matin. TGV. Révision du cours possible.

Sept ans que Catherine Daniel, Solenn Dupas et Jean-Paul Thomas m’invitent à faire souffrir les étudiants de l’UFR ALC de Rennes-2 en leur dévoilant les bûûûleverserants secrets de l’édition pour la jeunesse. Quitte à me lever à 04:30, je dis oui, merci.

Pause du midi.

Pause du midi.

L’important, c’est l’or-ga-ni-sa-tion (surtout pour le repas de midi).

Le "chargé de cours", version off.

Le « chargé de cours », version off.

Les étudiants sont sympa, parfois même mignons, quasi toujours tranquilles. Mais frémissant est aussi le TGV du retour, quand t’es seul ou quasi seul dans le demi-wagon de tête, et que tu kiffes la vaillebe en sirotant une banane dans l’édition de la Pléïade. Genre : YOLO, et Vian (comme l’eau, quasi).

TGV de retour. Paisibilité. Good vibes and whatever.

TGV de retour. Paisibilité. Good vibes and whatever.

Si ça s’trouve, quand le train s’arrête, tu pourrais même faire des photos stupéfiantes sans savoir comment.

Arrêt sur image pour le TGV de 18:35.

Arrêt sur image pour le TGV de 18:35.

D’où la question finale : est-ce que tu ne te la pètes pas un p’tit peu trop, you Bewtwand Fewwier ?
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De gauche à droite : Yorck Felix Speer (Kouno), Christina Landshamer (Annette), Véronique Gens (Agathe), Dimitry Ivashchenko (Gaspard), Miljenko Turk (Ottokar), le consternant Graham F. Valentine (récitant) et Franz Josef Selig (l'Ermite). Photo : Bertrand Ferrier.

De gauche à droite : Yorck Felix Speer (Kouno), Christina Landshamer (Annette), Nikolai Schukoff (Max), Véronique Gens (Agathe), Dimitry Ivashchenko (Gaspard), Miljenko Turk (Ottokar), le consternant Graham F. Valentine (récitant) et Franz-Josef Selig (l’Ermite). Photo : Bertrand Ferrier.

 Aller voir un opéra en « version de concert » a, a priori, un côté rassurant : au moins, suppute-t-on après quelques expériences attristantes, la mise en scène ne parasitera pas l’œuvre. Erreur ! Il existe des astuces pour gâcher une représentation musicalement de bon aloi. Illustration, ce 14 septembre, avec la production du Freischütz donnée au « TCE », annoncée en rediff sur France Musique le 10 octobre à 19 h.
L’histoire : un concours de tir met la pression sur Max. S’il ne vise pas bien demain, il n’épousera pas Agathe, sa promise. Pour mettre toute chance de son côté, il accepte de vendre son âme au diable grâce à l’intercession de Kouno, jaloux du futur mari et pressé de négocier un sursis avec Samiel-le-diable moyennant une âme (acte I). Pendant qu’Agathe s’impatiente et déprime tour à tour, près de sa proche parente Annette, Max rejoint le lieu terrifiant où seront forgées ses munitions miraculeuses (acte II). Le lendemain, Max tire sur commande… mais, alors qu’Agathe s’effondre, trop stressée, la balle touche et tue Kouno. Un bannissement est prononcé, mais l’Ermite lui substitue une mise à l’épreuve d’un an, et tout finit donc presque bien (acte III). Le tout est distribué en deux parties d’une heure séparées, youpi, par un entracte, ça compte aussi.
La particularité : celui qui n’aurait pas un p’tit peu bossé son synopsis voire son livret avant la représentation n’a aucune chance de comprendre l’histoire, déjà passablement tortueuse. Pas parce qu’il est imprévoyant donc sot : juste parce que, pour cette série de représentations (deux exécutions viennent de résonner à Hambourg), « les dialogues parlés sont remplacés par un texte de Steffen Kopetzky dit par Samiel ». Ce texte, en français s’il vous plaît, intercalé entre les airs voire au milieu des chansons (à part pour prouver sa bêtise, pourquoi gâcher le Volkslied des demoiselles d’honneur, au troisième acte ?), est d’abord une paraphrase verbeuse, aux tendances pseudo-poético-philosophiques, autour du Mal et des tentations de l’homme, puis, le temps passant, une manière de résumé libre. Il est interprété par Graham F. Valentine, coiffure de clown entre Gauthier Fourcade et David Sire sans le talent des zozos cités, prononciation grandiloquente, parfois hésitante, associant sporadiquement les « r » roulés et les « r » pas roulés. En attendant, c’est le spectateur qui se sent roulé car, sans les dialogues parlés et avec cette verrue logorrhéique moderne, l’opéra ressemble à une succession d’airs de concert dont on ne perçoit ni la cohérence, ni les enjeux dramatiques – pour un opéra, c’est quand même un chouïa gênant.

De gauche à droite : Christina Landshamer, Dimitry Ivashchenko, Nikolai Schukoff et Miljenko Turk. Photo : Bertrand Ferrier.

De gauche à droite : Christina Landshamer, Dimitry Ivashchenko, Nikolai Schukoff et Miljenko Turk. Photo : Bertrand Ferrier.

L’interprétation musicale : la partition, variée, luxuriante, oscille entre l’art mozartien, le plaisir du folklore, la puissance émotionnelle de l’orchestre romantique et même des promesses presque wagnériennes. En prime, elle met en valeur nombre de pupitres de l’orchestre (notamment cors, bien sûr, clarinette, violoncelle, alto mis en scène pour la romance d’Annette au III…), et chaque musicien y tient vaillamment sa partie, ce soir-là. Ainsi, après un premier départ peut-être légèrement asynchrone, les cors font montre d’une justesse et d’une constance irréprochables. Thomas Hengelbrock, même s’il commence un peu mollement à notre goût, assure par la suite une direction qui rend raison des diverses humeurs parcourant la partition. Le talent des solistes finit d’emporter l’adhésion ; et cette remarque vaut aussi pour le chœur, dont on apprécie les nuances, la force lorsque nécessaire, la justesse y compris dans les passages tendus, et la variété des voix qui chantent en solo.
Le plateau vocal : aucun chanteur n’est hors de propos ou hors de forme ce 14 septembre, même s’il nous a semblé entendre parfois un allemand exotique (comme nous ne sommes pas germanophone, c’est sans doute une illusion de snob). Franz-Josef Selig, spécialiste des rôles brévissimes, vient jouer les utilités de luxe à la toute fin de la pièce, impressionnant par ses graves parfaits et son médium rond, en dépit d’un vibrato que nous-petit-spectateur aimerions un poil moins relâché et envahissant. Cependant, les vedettes annoncées sont à chercher du côté de Max et Agathe, les futurs époux. Nikolai Schukoff, quoique un peu stressé sur la fin (il revient à la partition dont il n’avait pas fait usage avant la seconde partie), manque peut-être en concert du charisme qui incarnerait son personnage et séduirait pleinement ; cependant, il propulse avec savoir-faire un timbre clair, une voix sans fatigue et une unité de sonorité sur toute sa tessiture. Véronique Gens propose une Agathe très intérieure. Aucun reproche vocal ne paraît pertinent, mais l’on aurait aimé l’entendre parfois libérée, afin de mieux rendre raison, à notre point de vue, de l’étendue et de l’intensité des émotions qui habitent son personnage, tout nunuche soit-il. Yorck Felix Speer coule son Kouno dans un monolithe grave, où la précision de la voix étouffe parfois la force dramatique qu’on attendrait du personnage. Miljenko Turk, le beau gosse du lot, impressionne quand il saisit en volant le sceptre d’Ottokar : du souffle, de la constance sur ce bref rôle, mais une agaçante maladresse scénique à sembler attendre des bravos dès qu’il ferme la bouche – alors qu’il joue le prince régnant, personnage ferme qui n’a pas besoin de l’approbation de ses sujets. Restent les deux chanteurs qui nous semblent les plus impressionnants ce soir-là : Dimitry Ivashchenko campe un Gaspard à la fois humain et trrrès maléfique, profond à souhait, comme il sait si bien faire ; et Christina Landshamer rayonne en Annette déchaînée – belle voix et jolie présence scénique donnent envie de la revoir tantôt pétiller sur scène car, devant son interprétation d’Annette, on se lève tous pour elle (pas pu m’en empêcher, même pas désolé).
En bref, beau concert, superbe musique, mais haro sur la pseudo-créativité stupide du « texte nouveau » dans lequel on ne saurait trop blâmer les producteurs d’avoir investi.

Photo : Bertrand Ferrier

Photo : Bertrand Ferrier

"L'Homme qui jouait de l'orgue" séduit "Le Parisien"

L’Homme qui jouait de l’orgue séduit « Le Parisien »

Ce qui est bien, avec les entretiens retranscrits par la presse, c’est que l’on apprend plein de choses sur soi. Mais comme le ton est bienveillant et puisque faire un article sur un organiste, c’est un beau geste, alléluia voire deo gratias !

Répétition au Magique, le 10 septembre 2015. Photo : Josée Novicz.

Répétition au Magique, le 10 septembre 2015. Photo : Josée Novicz.

Entrer dans la lumière d’une répétition technique pour le concert du 18 septembre au Magique : check. Quelques places encore disponibles ici !

Christian Camerlynck en scène le 5 septembre. (Photo : Josée Novicz)

Christian Camerlynck en scène le 5 septembre. (Photo : Josée Novicz)

Christian Camerlynck, interprète de chanson « à texte », est en concert jusqu’au 20 septembre au Théâtre de l’Île-saint-Louis (Paris 4). Nous allâmes l’applaudir à sa première. So what?
En présence d’Anne Sylvestre, ce n’est pas rien, et même d’Éric Nadot, côté « personnalités du monde de la chanson », Christian Camerlynck attaque son tour de chant au côté de Nathalie Fortin, sa pianiste, en feuilletant silencieusement un album (photo mais pas que). Sur scène, un piano recouvert de tissus et d’un bocal feat. Sushi le poisson orange. Deux sièges, une table et trois sculptures, dont une amovible, scandant le visage de l’interprète, complètent le décor.

Décor de "Parlez-moi de vous" (détail 1). Photo : Josée Novicz.

Décor de « Parlez-moi de vous » (détail). Photo : Josée Novicz.

Le récital, d’une durée totale d’une heure trente, s’articule autour de longues séquences (entre 20’ et 30’) tuilant chansons et textes dits, dont auteurs et compositeurs éventuels seront dévoilés a posteriori aux spectateurs. Au programme, notamment : moult Jacques Debronckart, quelques pincées de Ferré voire de Caussimon (« Le temps du tango », « Le funambule »), la dose convenable de Québécois (« En attendant l’enfant » et « La vie » de Leclerc, ainsi que « C’est le temps », si typique de Vigneault), trois cuillerées d’Anne Sylvestre, du Romain Didier – pas le plus connu – et une goutte d’espagnol, façon Juliette. L’assemblage, sur une même set-list, de ces chansons dessine un paysage intérieur propre à Christian Camerlynck. Ceux qui espèrent du facétieux et du brillant en seront pour leurs frais : sans que l’on s’ennuie une seule seconde, grâce à la personnalité de l’interprète, ici il s’agit plutôt de poésie et de portraits saisissants (« Je suis comédien », si joliment proche et différente du « Mort de théâtre » de Jehan Jonas) que de chansons-à-chutes. Grâce au chanteur, on redécouvre le plaisir de la description et de l’évocation, sans que cela exclue ni un p’tit focus sur la cause homosexuelle (adaptation à la première personne de « À quoi ça tient » de Romain Didier) ni un accent mis sur le féminisme mondialiste d’Anne Sylvestre, la chanteuse pas si dégagée que ça (« Une sorcière », « Les dames de mon quartier »).

Nathalie Fortin sur scène, le 5 septembre 2015. Photo : Josée Novicz.

Nathalie Fortin sur scène, le 5 septembre 2015. Feat. M. Sushi. Photo : Josée Novicz.

La représentation est digne d’une première : elle est brute, avec ses immédiatetés, ses fulgurances, ses inquiétudes suscitant bégaiements et « trous » inhabituels (celui qui n’a jamais chanté n’a jamais eu de « blancs », c’est certain !), ainsi que ses transitions pas encore fluides. Rien de rédhibitoire, puisque c’est du spectacle vivant et que l’ensemble se tient avec dignité. Pour tout dire, on apprécie l’authenticité de l’interprétation, la maîtrise de la voix – serrée au début, s’élargissant petit à petit, s’épanouissant sur la fin –, la sûreté du piano – hélas terriblement faux et malsonnant. Regrette-t-on la surcharge d’une mise en scène inégale, parfois too much (début « dramatisé » pendouillant un brin car non exploité par la suite), peu claire (sortie du chanteur par la salle à 1 h 25’) et guère utile dans un petit théâtre ? Se dit-on que les chansons encore en chantier, qui nécessitent un prompteur acoustique dans le ventre voire le bidon mou du milieu, n’étaient peut-être pas utiles ? Pense-t-on que, même si c’est sans doute un problème de temps et de budget, de vrais arrangements auraient mieux servi les plus belles chansons, au lieu d’un accompagnement valeureux mais parfois sans grande imagination et peu contrasté (l’usage sporadique de percussions, mignon, ne suffit pas à illuminer le projet musicalement) ? On mentirait en disant le contraire.

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Christian Camerlynck version géant du Nord. (Photo : Josée Novicz)

Reste que, en l’état, Christian Camerlynck propulse 90’ de chansons intelligentes, choisies selon ses goûts, évidemment vécues, qui valent que l’on fasse abstraction de l’excès d’apparat qui les entourait à la première. La fragilité, liée probablement à l’ambition du projet, qui transparaît à certains moments (le squizz sur « La religion », chanson guère difficile et si souvent chantée par l’artiste, en est un exemple) souligne la solidité du reste : le répertoire, l’audace de mettre en scène de la chanson ambitieuse dans un théâtre parisien, et l’envie de partager des émotions de musique populaire mais pas conne. En d’autres termes, si le critique autoproclamé ne peut pas ne pas pointer ce qui, bientôt, sera amélioré ; si le chanteur pas professionnel compatit aux petites échardes du soir (étrange comme on se souvient toujours mieux de la p’tite couille que du potage…), incitant l’artiste à présenter in fine, avec humour, cette représentation comme un « premier filage » ; le spectateur, lui, se réjouit avec force d’une soirée singulière, en rien compassée ou surannée, donnée dans une étonnante petite salle du bord de Seine par un artiste septuagénaire qui adresse ainsi joli doigt d’honneur à la raréfaction, euphémisme, des interprètes. Dans la catégorie des gens qui sont soi avec les mots de tant d’autres, aux côtés du virtuose VF Trio – passé, comme la star du jour, par les fourches caudines de KissKissBankBank, Christian Camerlynck perpétue une convaincante tradition d’intelligence poétique et musicale, plus qu’éloignée : à l’opposé du business de la reprise opportuniste. Si, vous savez, cette astuce pratiquée par les charognards qui se jettent sur le répertoire des morts célèbres (pour une Marie-Paule Belle réinvestissant Barbara, combien d’arrivistes alignant les tubes de la dame en noir, poses en sus ? et combien de hyènes, parfois très talentueuses, ont-ils pas improvisé des spectacles estampillés « Allain Leprest » pour transformer sa mort en filon ?) ou des pas-encore-morts-mais-bon-on-sait-jamais (Anne Sylvestre en fait l’expérience, et ça va pas s’arranger).
Voilà, c’est dit.
En résumé, une soirée originale avec de belles chansons dedans, ça fait une belle sortie. Avis aux amateurs !

Bords de Seine, 5 septembre 2015. (Photo : Josée Novicz)

Bords de Seine, 5 septembre 2015. (Photo : Josée Novicz)

Du 5 au 20 septembre. Christian Camerlynck, accompagné par Nathalie Fortin. Théâtre de l’île Saint-Louis / Paris 4 / Rés. : 01 46 33 48 65 / Prix : 15 €.

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Chers gens,
Parlons peu, parlons peu : vient de débarouler en librairie mon nouveau livre, L’Homme qui jouait de l’orgue (Max Milo). En bref, c’est l’histoire d’un mec qui joue de l’orgue, ce qui peut paraître bien dépassé au vingt-et-unième siècle, et reste pourtant essentiel puisqu’il intervient à tous les moments-clés de bien du monde (mariage, baptême, messe, enterrement). Le livre est donc une plongée dans les coulisses mystérieuses des églises, une enquête sur ce qui se passe dans les hauteurs inaccessibles des grandes et majestueuses orgues, et un p’tit reportage sur les relations qui se tissent entre clients, patrons, collègues et organisssssses. Pour que ce soit un peu rigolo, le tout alterne chapitres où on raconte ce qui se passe à l’occasion de tel ou type d’événement, et chapitres proposant un florilège des meilleurs ou des pires moments de la « vraie vie » d’un organiste, façon journal de bord. Ah, notez bien que l’on a le droit de rigoler à la lecture.

COUV L'HOMME QUI JOUAIT DE L'ORGUE
Pour retrouver mon interview sur RTL à ce sujet, cliquez ici.
Pour acheter le parallélépipède feuillu, trois solutions : le commander dans votre librairie, l’acheter sans bouger de chez vous en cliquant , ou l’acquérir lors d’une des deux dédicaces qui se profilent. D’autant que, on le sait tous, les dédicaces, c’est pas très intéressant. Alors, j’ai trouvé une double astuce pour que l’on s’y amuse en dépit de malgré tout quand même.

Le mardi 15 septembre, vous pouvez venir à l’heure qui vous arrange entre 19 et 22 h pour une dédicace œnologique gratuite. Ça se passe près de la place de Clichy, chez un p’tit caviste qui vient de refaire sa boutique, et qui nous invite à déguster quelques flacons toujours de bon aloi. En sus, si vous le souhaitez (mais c’est pas obligé), vous pourrez acheter des exemplaires de L’Homme qui jouait de l’orgue, pour vous ou pour vos amis (ou vos ennemis, si vous trouvez ça nul), fournis par la p’tite librairie du coin qui vient d’ouvrir.
Le vendredi 18 septembre, vous pouvez venir à 20 h pour une dédicace musicale haute en couleurs au Magique, un troquet qui a l’air toujours fermé et pourtant on peut y entrer – les livres seront fournis par une étonnante librairie locale, une qui donne envie d’acheter des livres, ce qui est pas toujours le cas chez les concurrents. En prime, c’est une dédicace musicale puisque, à 21 h, je donnerai un concert au sous-sol, avec salle insonorisée et vrai piano à queue. Au programme : au moins douze nouvelles chansons et une surprise. Attention, j’ai quand même menti : le concert est pas donné, il vous en coûtera 10 €, mais seulement 5 € si vous cliquez ici pour réserver. Au cas où ce serait pas clair, c’est une date où ce serait bien que les yensses dispo puissent se précipiter dans une joyeuse bousculade.
Résumé et jolie affiche .

09 - 15 DédicaceMesdames, mesd’moiselles et messieurs, je vous remercie pour votre attentive attention, et j’espère que, bientôt, nous serons réunis pour partager facéties et pétillements.