Cavaillé-Coll de Saint-Martin des ChampsMême quand il est en mauvais état, c’est toujours un plaisir de faire frétiller un Cavaillé-Coll pour commencer la journée.Basilique Saint-Denys, 29 novembre 2016Après quoi, il s’agissait d’affronter le mauvais temps et de… Ah non, y avait pas de mauvais temps. Tant mieux.Gonzalez écoloIl s’agissait quand même d’aller jouer un orgue très écolo. Et pourquoi pas ?20161129_205719Le programme se finissant par une soirée de « conseil artistique » pour le concert Komm, Bach! du 11 décembre, avec Yu Matsuoka à l’orgue de chœur et le Chœur Sans Frontières sous la baguette de son chef. Bref, on est tout simplement, simplement, un mardi soir sur la Terre.

Heartland, réédition 2Même si, hic et nunc, PKJ m’explique que je ne peux plus traduire de livres pour filles parce que je ne suis pas une fille (sexisme, quasi racisme et découverte un peu tardive – ô scandale ! qu’attend la police pour s’activer ?), je me réjouis d’avoir vécu une époque où j’avais le droit de faire vivre des héroïnes du sexe sans devoir subir d’opération radicale. Bref, la réédition de Heartland continue, et c’est vibrionnant – couac je ne sois pas sûr de l’ézatitude du terme, mais bon.

Michel Bühler, "La Vague" (2016)Michel Bühler, fabricant de chansons depuis 1969, publie un nouveau disque, La Vague (rien à voir avec celle de Todd Strasser !), pour chanter encore et encore ses écartèlements évoqués tantôt. Écartèlement entre le plaisir des choses simples (un beau paysage, la sérénité, la convivialité de bistro, les p’tits pat’lins…) et la vie comme elle va (l’anglicisation, la désindustrialisation, la boboïsation, la montée des indifférences…). Écartèlement entre ses colères (contre l’universel parler yankee rappelant que « tout l’mond’ chante en ricain maint’nant / Tiens, mêm’ les Suiss’ all’mands », Israël-le-jamais-nommé pour les massacres perpétuellement perpétrés à Gaza, la financiarisation et la marchandisation…) et ses peurs (de faire la promo de la nostalgie puisque « tout c’qui est fauché ne r’pousse pas », de vivre entouré de fachos pour partie inconscients d’être fachos, de cautionner la poubellification du monde et sa mise sous coupe par la phobie de l’autre). Écartèlement entre l’envie de laisser tomber (« me reste à suivre les nuages / J’ai plus rien à fair’ par ici »), l’ire d’essstrême-gauche qui prend le chanteur devant l’évolution de la société (« c’est donc ça, la modernité : / 1 % de voyous friqués / et le rest’ qui bêle, béat ? ») et l’obsession de continuer quand même (« à croir’ qu’avancer dans son âge, c’est un peu changer de pays », ce qui n’est pas pour déplaire à Bühler le voyageur).
Le nouveau disque du barde helvétique propulse ainsi chansons posées voire poétiques, chansons de colère intérieure et chansons énergiques parlées (« Ça me gonfle » et « Les idées » avec sa coda façon « C’est pas vrai » de Jean-Jacques Goldman), genre chansonnique très attendu par les fans du « Voisin milliardaire » et du tube absolu qu’est « Vulgaire ». Entre piano posé, guitare paisible ou finement rythmique de Laurent Poget, rugissements électriques, nappes de cordes synthétiques et accordéon de Stéphane Chapuis (pas forcément utiles à nos esgourdes), contrebasse de Mimmo Pisino et batterie de Mathias Cochard aussi discrètes que bienvenues, les arrangements de Gaspard Claus laissent se déployer les textes aux nombreuses trouvailles (rythmiques avec les vers brefs de « Soir d’août », philosophiques avec les aphorismes qui ponctuent maints couplets, humoristiques grâce à l’ironie grinçante du zozo, incluant des enjambements parfaits pour les amateurs de com-/presseurs) avec une modestie louable, même si les habitués du chanteur auraient peut-être aimé çà et là, par petites touches, être surpris par des couleurs moins déjà-vues afin de pimper ce bon disque.
Cependant, l’essentiel est assurément que, sur des mélodies souvent simples et dans un cadre musical de bon aloi, le baladin d’outre-Alpes exprime avec vigueur et inspiration ce qui lui tient au cœur et fait vibrer une voix qui a descendu dans les graves, certes, mais reste parfaitement maîtrisée. En piste, donc, l’immigration qu’il appelle à défendre (« La vague »), les paysages allogènes qui, parallèlement au charme du pays vaudois ou du Montparnasse d’autrefois, le constituent depuis charmante lurette (« Images de Syrie » ; « La Casba » d’on ne sait où sinon que, dans cette petite cabane, « y a l’temps qui prend son temps » ; « Gaza, été 2014 »), l’amour qui vieillit heureux (« et cett’ nuit qui descend / et cette transparence / et nous dans le mois d’août »), l’espoir (marche solennelle invitant à « Semer la vie »), bref, une variété d’inspirations qui fleure autant l’antan, avec tout ce qui fait l’iconologie bühlérienne (village, café, monde ouvrier, couple idéal, étrangers bienvenus, éloignement du temps, chanson, etc., réunis dans « Rolf et Nicole »), que l’aujourd’hui et le demain (« La vie n’est pas à vendre », tonne le chanteur tout en dénonçant la rentabilisation dégueulasse du projet écologique via les récurrentes « éoliennes »). En quinze titres, tour à tour poétiques et rageurs, on vénère les bonheurs de naguère et de jadis, on rêve de préserver ce qui peut l’être encore tout en s’ouvrant à de nouvelles populations, et on ne se prive pas de se gausser des patrons chougnant à leur première chemise déchirée tandis que nul ne cherche à soulager les « Nouveaux pauvres » (« Nouveau, ça veut dire mieux / mais quand y a rien dans la gamelle, tu t’fous bien du neuf ou du vieux »).
Avec La Vague, Michel Bühler plaide pour une humanité plus désireuse de bonheur (moins celui de l’extase que celui de la paix et de l’euphorie qui saisit, parfois, quand on tend la main à l’autre, et pas forcément pour lui coller une gifle), avec son lot d’inquiétudes et de rages, que du progrès. Son plaisir de chanter et son savoir-faire d’auteur-compositeur sont assez malins pour que, que l’on partage ou non les convictions du troubadour vaudois, on apprécie cet engagement intact qui n’exclut ni le doute ni la musique – ces chansons parlant avant tout de chanson, c’est-à-dire de rencontres, d’émotions, de vie. Brrrref, en ouverture de ce récital de studio, par la bouche de Jean Junod, Michel Bühler lance : « Moi, c’que j’en dis ? Ben, j’en dis rien. » Nous, c’qu’on en dit, c’est que c’est bien ; et on ajoute que le CD est disponible sur le site de l’olibrius en version physique ou en version mp3 (beaucoup moins cher mais avec un son nettement dégradé).

Vincent Genvrin en galettesLe cadeau.
Que Herr Vincent Genvrin, titulaire de Saint-Thomas d’Aquin et de Saint-Nicolas-des-Champs, accepte de se bouger le popotin afin de sévir à Saint-André-de-l’Europe pour fêter la restauration de l’orgue… Que non seulement il nous offre un programme sur mesure mais que, en sus, il accepte les conditions rigolotes qu’impose l’économie spartiate d’un récital d’orgue dans une petite paroisse – sympa, hein, mais petite… Qu’il s’investisse dans ce projet, avec un professionnalisme et une motivation bleus faons… Qu’il arrache la tête aux auditeurs, même aux parents-à-enfants malpolis (si, quand t’as parasité tout le monde en laissant tes enfants bruiter en continu sous prétexte que l’organisateur tire les jeux de l’artissse et ne peut t’inviter à t’exfiltrer et que, en sus, tu donnes zéro euro pour la vedette qui tenta de te hisser vers moins de bassesse, c’est malpoli), grâce à un programme varié, conclu sur la rare Deuxième suite de Léon Boëllman, feat. son redoutable et hypnotique « Final – Marche »… Et que les éditions Hortus et leur mentor, Didier Maes, viennent nous offrir de quoi prolonger ces émotions à des tarifs plus que raisonnables… C’était chouette.

Dans la nuit, Vincent Genvrin bosse. (Photo : Alain-Christian Leraitre)

Dans la nuit, Vincent Genvrin bosse. (Photo : Alain-Christian Leraitre)

L’accord-du-jour était signé Manufactures Yves Fossaert.
Le matériel était fourni par le R.P. curé Alain-Christian Leraitre.
L’assistant principal était l’organissse Samuel Campet.
La réalisatrice de la vidéo live était Rozenn Douerin.
L’affiche était inspirée d’une création originale de Ludovic Nowicki pour Lefographie.
Beaucoup de bras ont aidé à tourner et retourner les chaises, à préparer les flyers, à…
Et une cinquantaine de spectateurs ont validé notre projet fou de faire entendre un orgue pas connu dans un répertoire beau mais pas putassier. C’est joyeux. Merci à tous, et rendez-vous vendredi 2 décembre 20 h, même lieu, même tarif (entrée libre), même diffusion sur écran géant, avec Pascal Marsault, virtuose titulaire de Saint-Ignace. Ça va zouker.

C'est choueppeVoici une photo d’art intitulée : Sentiment d’inutilité. Nous ne voyons pas d’autre efffplicafion, bonfoir.

perspectivesLa salle Colonne est pleine, ce 23 novembre, pour le concert événement du quintette vocal Perspectives, fondé, dirigé et animé par Geoffroy Heurard avec des chanteurs mimi tout pleins (une préférence pour le ténor stachu, so typical). Alors qu’ils peaufinent leur second album, tout juste enregistré, Mathilde Bobot, soprano et quasi sosie de NKM en moins sorcière, ouf, Marie Pouchelon, alto, Sean Clayton, ténor, Romain Bockler, baryton, et Geoffroy Heurard himself, baryton tirant avec gourmandise sur la basse, proposent un récital-concept intitulé « Songs of experience ». Le défi : explorer les expériences de l’amour, de la mort et du sacré, avec des œuvres, toujours consonantes, allant du seizième siècle à aujourd’hui. Fil rouge aussi lâche que prometteur !
Une première partie de dix titres interprétés devant pupitres offre – en trio, quatuor ou quintette – un éventail de chants tant sacrés (via deux pièces d’André Caplet) que profanes, incluant le ravissant « O Happy Eyes » d’Edward Elgar, mais aussi des arrangements bien troussés (« Die Nacht » de Franz Schubert, revisité par Philip Lawson, et des « Chansons populaires expagnoles » de Maurice Ohana, remixées par Vincent Manac’h). Cette diversité permet aux artistes de parler une langue musicale harmoniquement riche, qui se présente éclatée entre de multiples langues humaines (anglais, allemand, latin, espagnol, italien, bientôt portugais du Brajiou pour Marcos Valle, français et même pelche). La seconde partie, de durée équivalente à la précédente, soit environ demi-heure avec prise de risque du « sans partition », revendique un côté plus « chanson », même si elle s’ouvre sur deux belles pièces d’Arthur Sullivan et d’Edward Elgar. Au menu principal, donc : Henri Salvador (et Bernard Dimey, le programme omettant de citer les paroliers…), Jacques Brel, David Bowie et des « chansons de cow-boys » traditionnelles. Les arrangements d’Étienne Planel et de « L. Larsen » (on suppose qu’il s’agit plutôt de Lloyd Larson) ou des deux sus-cités séduisent. Les couleurs musicales, jusqu’à présent « dépressives » selon l’expression de Geoffroy Heurard, disons entre gris clair et amande foncée, osent ici davantage conter fleurette à l’humour, ce que couronnent trois bis oscillant entre oiseau noir (celui de Paul McCartney, pas de Barbara) et facétieux blues instrumentalo-vocalistique.

Mathilde Bobot, Marie Pouchelon, Geoffroy Heurard, Romain Bockler, Sean Clayton (Ensemble Perspectives) à Colonne. Photo : Rozenn Douerin.

Mathilde Bobot, Marie Pouchelon, Geoffroy Heurard, Romain Bockler, Sean Clayton (Ensemble Perspectives) à Colonne. Photo : Rozenn Douerin.

Le critique peut bien pointer quelques ombres au tableau : tel grain de voix çà et là moins moelleux qu’espéré (l’acoustique de la salle doit jouer, y compris pour l’équilibre, quand le spectateur est situé au fond à cour) ; telle justesse parfois un peu juste, justement (probablement pour prouver que c’est du live, si tu veux de la perfection, t’as qu’à écouter le compact laser disque) ; telle prononciation hispanique semblant, peut-être à tort, plus exotique que vernaculaire, ou telle prononciation du français paraissant insuffisamment claire pour être 100 % intelligible (le baryton ne peut cependant être accusé de cette fautissime aux esgourdes d’un fan de chanson avec texte intégré) ; telle composition du programme qui aurait pu varier davantage les ambiances en première partie, afin de permettre au minichœur d’exprimer d’autres émotions que le feutré et le retenu (même si, de cette option, sourd un joli dégradé de nuances et de contrastes, moins spectaculaire que si le chromatisme était plus large, certes, mais plus subtilement musical) ; telle difficulté à se situer entre un ensemble classique – capable de chanter avec goût Michelangelo Rossi ou Thomas Tallis – et l’absolu « Cinq de cœur », pôle vers lequel le dernier bis tend évidemment (la seconde partie mériterait, certainement, un embryon de mise en scène que l’on imagine en projet)…
Reste l’essentiel : l’élégance du projet (et des tenues, même, dialoguant entre elles avec intelligence) ; la classe du mix’n’match ne sacrifiant pas l’art classique sur l’autel de la chanson, mais n’éteignant pas non plus la chanson sous le boisseau d’un lyrisme hors de propos dans ce répertoire ; le travail commun effectué et manifesté par une remarquable unité de respiration, et par des notes finales parfaitement éteintes ; le plaisir distribué aux spectateurs quand le savoir-faire de bons chanteurs frotte la polyphonie à son histoire et à ses extensions les plus plaisantes pour l’oreille, etc.

Le salut. Photo : Rozenn Douerin.

Le salut. Photo : Rozenn Douerin.

En conclusion, un bel ensemble dont l’évolution est à suivre avec intérêt, mais que l’on aura grande joie à écouter dès à présent, tant on le sent sur le fil entre respectabilité classique, envie de faire péter les codes et désir d’allier art savant et jubilation populaire… ou l’inverse. Oui, on a hâte de les voir s’encanailler, et de travailler en profondeur leur mise en scène et la scénarisation de leur propos – on croit supputer que cela les titille. Ce nonobstant, pour le moment, sans aucun doute, c’est cette alchimie en cours perpétuel de réalisation (cette tension est une marque de fabrique qui marquait déjà le premier concert de Perspectives, à Saint-André-de-l’Europe, il y a cinq ans) qui a su susciter le frisson de plaisir ayant balayé et rebalayé la salle Colonne ce 23 novembre. C’est aussi cette singularité fière de ses aspérités et puissamment assise sur un collectif sûr de ses ambitions qui motive le triomphe fait à l’Ensemble Perspectives pour son grand concert parisien de la fin 2016… et en attendant la sortie de son nouveau disque, que vous pouvez soutenir ici – même si, honnêtement, 150 € pour recevoir ladite galette paraît viser des donateurs un brin fortunés.

Ta gueule– Bertrand Ferrier, ce mardi, vous vous apprêtez à répéter avec Fabrice Dupray, baryton au Chœur de la Philharmonie de Paris, trompettissse virtuose, prof en conservartoire et…
– Certes, ça va, calme-toi…
– Comment vous préparez-vous ?
– Je suis essstrêmement serein, et je n’hésiterai pas à lui réclamer qui un café, qui un rhum préparé. Y a un minimum de respect, quand même. Quant à le « on entend bien qu’vous avez pas enregistré à Abbey Road » et mes interludes en 4/4 contre le 3/4 pour évoquer le temps perdu, si c’est la question…
– Non. En dehors de votre taux d’alcoolémie, avez-vous vraiment travaillé, notamment les passages qui, lors de la dernière répétition…
– En même temps, j’ai pas vraiment à te répondre, gros con.
– Je n’ai pas d’autre question, Votre Honneur.

Univers impitoyrableVoilà à quoi ressemble le sadisme entre organissses : laisser, près de la console, en évidence un paquet de Bim’s (comme des Pim’s mais en faux). Vide. Le jour où tu invites un remplaçant à sévir. Comme par zazar. Entre eux, les organissses sont vraiment sans pitié.

Dégust foie gras 2016– Bertrand Ferrier, rude journée que ce samedi…
– Tout à fait. Dans le désordre : messe, répétition du concert du 25 novembre avec Vincent Genvrin à l’orgue et Samuel Campet comme co-assistant… et dégustation de différents vins pour accompagner différents foies gras chez Thierry Welschinger.
– Nous n’avons pas d’autre question, Votre Honneur.

20161118_1409521Après avoir restauré l’orgue sans consulter le titulaire (ni son adjoint), après l’avoir inauguré sans en avertir le titulaire (ni son adjoint), après avoir inauguré une plaque en hommage à Yannick Daguerre sans en avertir personne, après avoir fait physiquement pression sur l’adjoint du titulaire pour qu’il arrête de se mêler de ce qui le regarde, la mairie diligente des travaux complémentaires… sans qu’elle ou le facteur, pensez, daigne en avertir le titulaire (ou son adjoint). On ne peut que saluer la classe et le savoir-vivre de gens qui, tout en réclamant des gros sous à leurs concitoyens pour cette opération bâclée et boiteuse, commandent des travaux sans un état des lieux précis, sans appel d’offres, sans devis détaillé, sans réception par les affectataires par délégation, sans concertation ni considération pour ceux qui ont le plus grand usage de l’instrument. Comme dirait Isolde en fin de monologue : attristant.
(Je voulais mettre « affligeant », mais la blagounette ne fonctionnait plus, alors bon.)

Affiche concert-03 - 18-novembre-v3… et à une heure du matin, on débat de ma traduction de l’arabe littéraire de « Ya mali Sham ». Je préfère être clair : ces maronites préparent un concert de ouf, mais c’est logique – ce sont des malades mentaux. Quand je pense que je suis même pas oriental, c’est bizarre que je me laisse embringué dans cette secte, mais bon.

Bettina et Robert Aust. Photo : Rozenn Douerin.

Bettina et Robert Aust. Photo : Rozenn Douerin.

Quel joli projet de concert, dans le quartier chic et froid de l’avenue d’Iéna où se love l’Institut Goethe de Paris ! Robert et Bettina Aust, frère et sœur de leur état, proposent d’accompagner leur disque Genuin par un « dernier récital » français, après une tournée promotionnelle en Allemagne.
Le show, délicatement introduit en français par la miss, s’ouvre sur le rare duo pour clarinette et piano op. 15 de Norbert Burgmüller (1810-1836). Ces trois mouvements lent-vite-lent enchaînés sont mimis tout pleins et mettent en appétit pour la grande Sonate op. 120 n.1 de Johannes Brahms, un must du répertoire pour clarinette, un peu comme le concerto de Carl Maria von Weber. Hélas, éventuellement soucieux de ne pas déplaire à un public âgé peut-être venu pour boire du « Bordeaux supérieur » gentiment offert par les organisateurs après la prestation (mais très décevant : si besoin d’un contact pour un vin beaucoup plus convaincant à tarif préférentiel, me contacter, faut bien vivre), les concertistes se contentent des deux derniers mouvements. Un peu comme si on commençait une chanson par le troisième couplet : le concept est sympa, mais c’est dommage, non ?
Digitalement, Robert Aust assure avec sérénité. Jamais en difficulté, malgré un piano Bünther ouvert au maximum dont on n’est pas sûr qu’il soit le plus soyeux que l’on ait jamais entendu, il joue sa partition avec rigueur et précision. De son côté, car les deux sont si habitués l’un à l’autre qu’ils ne surjouent pas la complicité, Bettina propulse un son chaleureux avec des attaques soyeuses, ni « trop » nettes, ni baveuses. Le résultat est plutôt précieux, même si on aimerait voir au moins la soliste se lâcher davantage.
Après que s’est carapatée sans vergogne la tourneuse de page (quel spectateur invité ne s’est pas offusqué devant l’inconduite du petit personnel ? bon, quand même !), la célèbre Fantaisie pour clarinette seule en sera peut-être l’occasion. Signée par Jörg Widmann alors qu’il n’avait que vingt ans, elle tient particulièrement à la clarinettiste car elle a travaillé sur cette partition avec le « komponist » – ce qu’elle n’a pu faire, admet-elle avec un humour pince-sans-rire, ni avec Brahms, ni avec Schumann. Franchise et clarté caractérisent son jeu, qui brille particulièrement dans les moments rapides et acrobatiques seyant à cette pièce plus propice à tester les capacités de l’instrumentiste qu’à mettre en valeur la richesse mélodique et chaleureuse de l’instrument. Pourtant, c’est sur une pièce de concours, le Tema con variazoni de Jean Françaix, que s’achève le récital. Comme l’exige le genre, Robert Aust n’est alors qu’un valeureux faire-valoir, et la soliste se montre assurée techniquement, au point de tenter de faire de la musique avec cette composition fonctionnelle, ainsi qu’elle l’explique en préambule, quoique fort agréable.Paris en novembreEn réalité, il faut attendre, en bis, le deuxième mouvement de la Sonate de Leonard Bernstein pour entendre un vrai dialogue entre piano et clarinette. Avec un regret conséquent : que les deux zozos ne nous aient pas proposé une œuvre aussi riche en intégrale (10’, c’était jouable) au cours du concert, assortie de l’intégrale du Brahms. Si cette insolente stratégie marketing visait à susciter l’achat de leur disque, c’est finaud… mais, à l’heure des Paul Meyer et du gang Moragues, pour citer parmi d’autres quelques grrrrands dans la place, c’est un peu frustrant car on ne fait, parfois, que deviner le charme de Bettina Aust derrière son savoir-jouer remarquable.
En résumé, un très agréable moment entre gens de bonne compagnie, présenté avec chaleur et francophonie, c’est rare ! Pour jauger de l’intégrale capacité des artistes du soir, sans doute faudra-t-il recourir à l’écoute de leur enregistrement, disponible ici, où sont gravées l’intégrale du Brahms et du Bernstein… ou attendre un prochain récital parisien. Malin.

La fée Sana 3Mon voisin n’est pas milliardaire, enfin, je crois pas. En revanche, il écrit des livres pour les jeunes et leurs parents conscious. Convaincu que notre environnement pollué est une donnée contre laquelle nul ne peut lutter mais chacun peut s’adapter, il propose un manuel de survie pour parents soucieux de participer à la préservation de la santé de leurs enfants. Son engagement, volontiers bio et sain, se décline en quatre points :

  • profession (après un mastère environnement à l’École des mines, ce jeune ingénieur et déjà double papa multiculturel est devenu chef de projet à l’INERIS, l’Institut national de l’environnement industriel et des risques) ;
  • exemplarité (il s’attache à vivre selon les principes qu’il développe) ;
  • cyberdiffusion (il tient un blog associant articles et podcasts centré sur le lien entre la santé des enfants et son lien avec les environnements) ; et
  • édition.

Dans ce cadre, il a lancé une série avec l’illustrateur iamo’i’s, intitulée « Les bons conseils de la fée Sana ». Deux perspectives : lutter contre la pollution et s’ouvrir aux bénéfices de la nature. Un avertissement : « Je ne suis pas médecin. En revanche, je veux 1) compiler des études, 2) partager des retours d’expérience, et 3) témoigner de ce que je vis avec ma famille. » Rien, donc, de sectaire ou d’illuminé, mais un engagement sincère et permanent que le nommé Guillaume tâche de pédagogiser à destination de tous les parents curieux et de leur progéniture.
Aussi ses albums s’articulent-ils autour de deux axes, après une mini-préface d’une autorité (Denis Zmirou-Navier, caïd des risques environnementaux en France ouvre le troisième tome) :

  • d’abord, une histoire simple, qui met en scène des problématiques très concrètes (quels poissons choisir ? faut-il ouvrir les fenêtres même quand on habite dans une ville très polluée ? est-il bon d’avoir toujours les mains propres ? etc.), avec l’intervention de la « fée Sana » qui, n’en déplaise aux mauvais esprits, est là uniquement pour élargir le débat en apportant des données savantes mais intelligibles par l’enfant ;
  • ensuite des annexes, joliment intitulées « Antisèche pour parents », incluant bibliographie, éléments de langage explicitant, bibliographie et renseignements divers. Un petit espace interactif permettant à l’enfant de dessiner utile fait le lien entre les deux pôles.

L’initiative est évolutive : l’auteur et l’illustrateur ont fait le choix, après les deux premiers tomes, de mener une consultation ambitieuse associant lecteurs primaires (parents), lecteurs secondaires (enfants), prescripteurs (libraires, médiathécaires) et techniciens (éditeurs). L’objectif n’est pas de repositionner le produit, mais de l’optimiser afin qu’il porte encore mieux le message néo-hygiéniste ici appelé « bonnes pratiques »… lesquelles sont parfois très éloignées de ce que l’on pourrait imaginer être de bonnes pratiques.
Le projet reste ouvert à beaucoup d’évolutions (publication sur un papier recyclé dès que le succès le permettra ? relecture professionnelle pour éviter que les « tâches » de boue ne fassent sursauter le psychorigide traquant la fote d’orthographe ? composition justifiée plutôt qu’en drapeau afin de fluidifier la lecture ? etc.). En l’état, on ne peut que saluer une initiative singulière, personnelle, engagée et joyeuse, une sorte de « Il était une fois la vie » conjuguée au futur sain. Chaque tome réserve son lot de révélations au curieux. Le troisième, sans doute le plus abouti et le plus provocateur (pourquoi c’est bien de se salir dans la nature ? pourquoi – sinon les insectes – du moins certains microbes sont-ils nos amis ?), vient de sortir. Découvrez-le avant que le quatrième, annoncé sur le thème de l’alimentation, ne vous happe !

Deux spectateurs historiques et hystériques, lors d'une chanson de Barthélémy Saurel. Photo : Rozenn Douerin.

Deux spectateurs historiques et hystériques, lors d’une chanson de Barthélémy Saurel. Photo : Rozenn Douerin.

C’est chouette, le vendredi, quand on peut aller se gratter le ventre au Soum-Soum (Paris 2), à deux pas et demi de l’Opéra-Comique. Parfois, on est hyper à fond dans l’actualité, comme quand je murmure « American Movie »…

Parfois, on est dans l’autobiographie façon Malpolis, comme quand Loïc Pujol avoue : « J’ai assassiné ma femme ».

À quoi je n’ai pu que rétorquer : « Ça m’aurait plu ».

Aussitôt, choqué, Barthélémy Saurel en profite pour glisser une chanson qu’il menace de faire durer « 2 h 30 ».

Ni une, ni deux, Loïc Pujol se Karpatt et préfère lutiner la partie maraîchère de « Mélisande ».

Sans vouloir le moins du monde être méprisant, j’ai essspliqué que, des histoires de fesses de cet acabit, sans « e », on ferait aussi bien de « S’asseoir dessus ».

Barthélémy Saurel a botté en touche, préférant reprendre le contrôle du micro par peur des dérapages probables « Au train où vont les choses ».

Loïc Pujol au Soum-Soum, le 11 novembre 2016. Photo : Rozenn Douerin.

Loïc Pujol au Soum-Soum, le 11 novembre 2016. Photo : Rozenn Douerin.

Se sentant inquiété, Loïc Pujol a préféré se cacher derrière les Fatals Picards pour continuer son autobiographie généalogique en révélant : « Mon père était tellement de gauche… »

Ambiance creuse, longueurs et vide : c’était le moment de sortir un tube. J’ai admis que nous étions en train de vivre une « Journée de merde ».

Prenant la mouche, qui ne lui avait pourtant rien demandé, Barthélémy Saurel a renchéri : c’est pas la journée, qui est de merde, mais le siècle avec toutes ses p’tites religions donc ses « Sectes démodées ».

Chagriné par tant de haine, Loïc Pujol a cherché un câlin en Tryo. Soucieux de s’opposer à ma demande récurrente (« sers-moi »), il a demandé à la cantonade, qui n’est pas une fouteboleuse : « Serre-moi ».

J’ai compris que c’était l’heure de fermer le ban ; mais, comme je n’avais pas de ban sous la main (ni dessus, d’ailleurs), j’ai chanté « À guichets fermés ».

L’occasion pour Barthélémy de chercher un peu de ch(i)aleur en nous parlant de sa « Dernière volonté » dans un guichet fermé en forme de four à pizza.

Avis aux gourmands de chanson intelligente et pétillante, dans l’ambiance sympa du Soum-Soum : c’est tous les vendredis, de 18 h 30 à 19 h 45. Vous chantez et vous grattez le ventre ? Venez avec votre guitare, profitez de la super sono et des lumières idéales, chantez votre tune sans temps mort, écoutez les collègues, et gagnez une conso gratuite ! Vous êtes curieux de réentendre l’excellent Barthélémy Saurel, Loïc Pujol, le remarquable covériste (comme il fait des reprises, j’avais mis « repreneur », mais heureusement il fait des covers, c’est hyperplus mystérieux)… et ceux qui voudront se risquer sur scène ? Il vous en coûtera cinq euros… conso comprise. Entre scène semi-ouverte et spectacle qualitatif, un beau moment de chansons à réussir ou, au moins, à ne pas rater.

Demi-décor François RollinAdmettons-le : pour les ancêtres type vieux trentenaires, au moins, François Rollin risque fort d’être assimilé à ce renégat de roi Loth d’Orcanie, cousu sur mesure pour lui par Alexandre Astier. C’est pourtant le costume du Professeur qu’il remet depuis le 10 novembre au théâtre L’Européen, idéal pour ce one-man-show intelligent, drôle et, par petites touches bienvenues, poétique.
Le principe : dans un décor binaire (bureau et coffre à jardin, second coffre à cour) appuyé par des prompteurs papier, rappelant un dispositif chéri par Dieudonné dit le Honni, le professeur Rollin reçoit du courrier de lecteurs aussi passionnés de connaître sa bibliographie préférée quant à la chasse à la perdrix (ou aux perdrix), que de savoir s’ils sont homophobes ou moches, voire s’ils ne pourraient pas gratter un conseil culinaire. Le professeur leur répond – ou pas, c’est selon – avec mauvaise foi, condescendance, agressivité, affection, ironie, sympathie, blablabla. De cette variété de postures sourdent de nombreuses sources de rire : logique absurde, presque british type Monty Python ; reprise de la gestuelle, de l’idiolecte et des manières des universitaires componctueux, façon Luc Charreyron ; décalage entre le contenu de l’épistole et la réaction du prof – de l’enthousiasme amoureux à l’ire dieudonnique ; oscillation entre running gags et effets de rupture ; confrontation de facéties pour tous et du plaisir pour connaisseurs d’intertextes issus de précédents spectacles ; changement de rythmes montrant l’efficacité comique du dérèglement bergsonien – que le professeur mentionne avec difficulté – lié à cette fameuse mécanique plaquée sur du vivant ; blagounettes spéculaires (« et là, je me donne une contenance en demandant : alors, qu’est-ce qu’il y a, maintenant ? ») pour assumer crânement la nécessité, en ce soir de première, de s’habituer à son nouveau spectacle – ce qui ring a bell, bien entendu, avec son personnage auto-ironique du roi Loth ; etc.

François Rollin bulle. (Photo : Rozenn Douerin)

Le Professeur Rollin bulle. (Photo : Rozenn Douerin)

Tout cela serait déjà bel et bon et même excellent, que l’on connaisse ou non Kaamelott, mais les auteurs (Rollin himself, Joël Dragutin et Vincent Dedienne) en rajoutent une couche en proposant, en guise d’interludes irréguliers, des méditations sur « pourquoi souhaiter rire » et « comment retrouver le goût de rire ». Ce ne sont pas les passages les plus drôles du spectacle, peut-être pas non plus les plus convaincants, et cependant cette idée de casser la logique du « catalogue de questions » est essentielle pour transformer ce qui, sans cela, ne serait qu’une succession savoureuse de chroniques néo-vialattiques et non un spectacle plein. La synthèse de ces intermèdes, qui conclut le spectacle en l’ouvrant à autre chose que de la drôlerie, est une trouvaille de très bon aloi, qui relie avec brio l’humour aux autres formes d’expression dramatique dont il est trop souvent séparé. (Oui, je pourrais être plus explicite, mais ce serait spoiler les futurs spectateurs, alors non. En plus, je fais c’que j’veux, ici, non mais.)

François Rollin et ses bretelles. (Photo : Rozenn Douerin.)

François Rollin et ses bretelles. (Photo : Rozenn Douerin.)

En conclusion, même si l’on regrette un prix cossu (30 € la place, quand même) voire une sonorisation étrange (de façon incompréhensible, seul le bureau est sonorisé), et même si l’on se déceptionne, et pourquoi pas, que, pour la première au moins, la vedette renonce à venir rencontrer ses fans (ce n’est pas une obligation, il est vrai), Le Professeur se re-rebiffe est un spectacle drôle-mais-pas-que, réjouissant, intelligent et superbement incarné par un acteur portant des bretelles, ce qui n’est pas négligeable. En dépit de l’étonnement de voir cette salle provisoirement à moitié vide – aucun doute que le buzz va remplir rapidement ce « petit » théâtre –, j’aurais même pu me contenter de citer le pitch : « Le mot pitch est le verlan de tchip, la moitié par conséquent du chant du pouillot véloce (famille des Phylloscopidae), oiseau connu pour faire tchip tchip. Tout est dit. Ajouter quoi que ce soit serait une perte de temps. » Dont tact, petit canaillou.

Les habitués hyperattentifs cligneront d’un sourcil or something : n’a-t-on point parcouru ce qui suit il y a quelque trente-cinq jours, peu ou prou(t) ? Si fait. Ce post fait partie de ceux que l’autoproclamé « membre de la famille » d’Elsa Gelly a supprimé en hackant mon site – performance de cochon qu’il essaye de renouveler depuis que nous en avons repris le contrôle. L’équipe de Jann Halexander ayant gardé trace de cette notule, la revoici, pied-de-nez résolu contre la censure des lâches… et hommage à un beau concert, aussi.


Jann méditeJann Halexander chante encore… mais quel âge ça lui fait-il ? Né au Gabon, à Libreville, d’une mère pianissse et d’un père ministre plénipotentiaire (ha-ha, ça rigole plus), l’homme qui se présente comme acteur-réalisateur-chanteur-écrivain, fasciné par Anne Sylvestre et Mylène Farmer, propulse une chanson plutôt pop-poétique qu’à texte, si on entend par « chanson à texte » un fredonnement avec mobile, crime et chute. Le 8 octobre, il terminait sa série de spectacles sur le format « Affidavit », avec guitarissse et deux chorissses en sus du chanteur-pianissse. Nous y étions, et nous en fûmes bien heureux.
Car le spectacle, sur une structure ABA (entrée par salle, spectacle sur scène, sortie par salle, c’est mieux que l’inverse), présente une facette séduisante du gaillard. Ses chansons varient, bien fol est qui s’y fie. Tantôt soukouss, tantôt rythmiquement brassessiques, tantôt mélodiquement sylvestriennes, tantôt marquées par cette structure classique de la descente d’un ton à quatre reprises (Am/G/F/E, par ex.), tantôt intimiste, tantôt latines, tantôt introspectives, tantôt généralistes, elles s’inspirent de thèmes connus souvent revivifiés – la famille, l’amour, le rapport aux origines – et puisent dans des genres divers, lorgnant à l’occasion vers la crudité voire la cruauté vampirico-sexuelle de Marie-Paule Belle sans jamais s’en approcher, parce que c’est son choix. Jann Halexander a beau être un pseudo, ce n’est ni un mème, ni un fake.
En effet, le zozo a un univers qui lui est propre et va très au-delà de ce que YouTube valorise de lui – LGBT, antiracisme métissé, post-leprestisme… Son auto-ironie lucide et ses inspirations multiples le conduisent à butiner dans des genres d’ordinaire cloisonnés, et cela participe pleinement de la séduction qui saisit le spectateur à la fin du spectacle. Certes, un critique pourra pointer, du haut de sa toute-puissante prétention, telle ou telle option artistique qui ne lui paraît pas optimale : la rythmique de la guitarissse – incroyablement peu charismatique, quoi qu’elle daigne enfin lâcher un sourire sur la fin – a beau s’appuyer sur seize ans (n’est-ce pas trop ?) de conservatoire à Fontainebleau, sa mollesse sans fantaisie paraît ne rien apporter à l’accompagnement, qui moins est quand elle double les accords du piano – la blague sur « elle peut jouer ça pendant 24 h » évoquant la déjà ancienne facétie de Thomas Fersen, ravi de prolonger l’intro de son gratteur parce que, après tout, cet esclave est payé pour ça ; l’apport original des choristes, au plaisir communicatif et valorisés individuellement avec pertinence, décevra les gourmands qui penseraient « pourquoi pas plus d’harmonisations à plusieurs voix ? » ; l’ajout de textes indispensables au chanteur dès qu’il se pose au piano semble alléger çà et là la qualité de l’interprétation, l’artissse feignant vaguement d’être dans le par-cœur tout en coulant des regards vitaux vers son prompteur acoustique ; le savoir-jouer du chanteur fait regretter qu’il ne se lâche pas davantage lorsqu’il est au piano, notamment en solo instrumental, etc.

Photo : L. Elanga.

Photo : L. Elanga.

N’empêche. Même pour ces zzzurluberlus qui en veulent toujours plus à leur goût – individus dont, admettons-le, il est possible que nous fassions partie de temps en temps –, reste la joie d’une soirée parfaitement adaptée à son écrin, en dépit de chaises qui ont l’air de vouloir vous expulser après quelques minutes de cohabitation, et en dépit du laïus mignon mais dispensable de la patronne du lieu sur le thème « défendez les artissses en venat voir du spectacle vivant… chez moi ». Reste le plaisir d’un répertoire roboratif, puissant et intelligemment agencé (la chanson sur le serpent norvégien est idéalement placée pour faire son effet), chanté avec cœur et avec ce rien de retenue pleine de désillusion qui paraît constitutive du mec en dépit de son masque plein d’assurance. Et reste l’occasion de découvrir sous son meilleur jour artistique une personnalité singulière jusque dans sa façon de chanter, avec un souffle long et une intonation parfois sciemment fausse – personnalité que l’on peut, en toute honnêteté, conseiller aux lecteurs du présent post d’aller applaudir lors d’un prochain passage scénique.
Même quand on va le voir alors que l’on est fatigué, usé, à bout, Jann Halexander sait séduire son auditoire, fanatique de son travail ou néophyte curieux. Ce soir-là, pour moi, c’était pas gagné. C’est gagné. Respect.

20161109_220645Sans dramatiser, Jann Halexander présentait son concert du 9 novembre comme son « dernier concert parisien avant nouvelle vie ». Comme c’était le jour de l’élection de Donald Trump, et que cette nouvelle révulsait le public rassemblé autour du chanteur-performeur-réalisateur-écrivain, j’ai opté pour « American Movie », une chanson so american, dont Damien Fewwiew avait écwit la miouzik du temps de Je m’appelle Firmin

Ce à quoi Jann Halexander a répondu par une rafale de chansons, tour à tour drôles, intérieures, ironiques, précieuses, singulières. J’avais fait un article sur son concert donné à Comédie Nation, mais un cochon de « membre de la famille d’Elsa Gelly », qui continue de tenter de souiller mon site, ce gros lâche, a détruit cet article. Je ne le recommence pas ici, mais je recommande ce chanteur capable de vous emballer dans son univers grâce à ses hits préférés (« À table », « Docteur Schweitzer » non chanté ce soir-là, hymnes de vampire et de sexe triste)… et de claquer des chansons remarquables pour conclure son tour de chant avec douceur, poésie et finesse. Il ne serait pas sympa, il m’énerverait, mais réjouissez-vous : j’ai négocié le droit de diffuser « Un cèdre sur ton toit », la magnifique chanson qui concluait sa prestation et que vous découvrirez peut-être bientôt en vidéo grâce à Monique Hottier. Bonne écoute, et restons en touche, comme on dit en franglais.

Église de Groslay, 7 novembre 2016Non, non habemus papam. Non, le crématorium n’est pas intégré à l’église. Juste : a y est, il fait froid.

Bertrand Ferrier dans les loges - ou les chiottes, soit - de Chez Adel.

Bertrand Ferrier voit double dans les loges – ou les chiottes, soit – de Chez Adel. Bon, ça va, appelons cela un selfiotte, OK ?

Claudio Zaretti, le meilleur feel-good singer que je connaisse, m’a invité à revenir Chez Adel. J’y avais pouët-pouëté jadis – un souvenir mitigé, souple euphémisme, quand on y avait chanté avec Je m’appelle Firmin, alors qu’on lui avait écrit un hit, quand même.


Bref, cinq ans après, j’étais au taquet. Claudio Z. aussi, qui prépare sa grattouille.Avant la bataille
C’est Mr Claudio qui a ouvert le bal avec le tube de son dernier album en date, « Toi qui écoutes ».

Je lui ai rétorqué que tout cela n’était que « Gribouillages ». La première chanson, rappelons-le, feat. Pierre Soulages, ce qui n’est pas aryen, mais ce qui n’est pas rien non plus.

Carrément, ça a bouleversé le Claudio, qui a affirmé que, s’il pleurait, c’est pas parce que ma musique était bonne, bonne, bonne, mais parce que l’homme est « Lacrymal ». Genre.

J’ai été obligé de recadrer les débats sur le thème « les glandes lacrymales d’une princesse valent-elles celles d’un cordonnier » en claquant « Le cordonnier et la princesse ».

Ce à quoi Claudio a répondu comme quoi « oui, ça dépend si le cordonnier est près du cœur ». J’imagine que c’est pourquoi il a craché son nouveau tube « Loin des yeux » (en fait, il a aussi craché deux nouveaux tubes, rendant hommage à l’hostellerie et à la diversité nomade, mais nous avons convenu de les réserver pour les curieux qui viendraient battre des mains en direct).

J’ai compris que mon talent si spectaculaire le rendait vert. Mais bon…

Claudio Zaretti… c’était placer le débat sur un terrain vaseux. J’ai préféré le déplacer grâce à une de ces chansons ferroviaires dont j’ai le secret, vu qu’il n’est venu à personne, sonne, sonne, l’idée de me le voler. Donc j’ai chanté « Nanterre« , comme un notaire mais en moins riche.

Du coup, Claudio a craqué, il a opté pour une « Utopie, Utopia » qui le projetait dans son adolescence d’après les esssperts-sikatr et lui-même.

Puisqu’il me cherchait, je fus sans pitié. Je le sanctionnai d’une belle menace, celle de mettre « Mon nez dans ton cul ». (Si, là, on a déjà affaire à une belle menace.)

C’est peu dire que Claudio fut blessé. Comme si je lui avais proposé de invitarme otra vez, soló me contestó : « Nunca más ».

Du coup, j’ai fermé les guichets et chanté « À guichets fermés », ce qui est relativement logique, à tout le moinsss.

Il revenait à Claudio de conclure la battle avant la moussaka – boulgour du jour, en concluant par la « Chanson des îles ».

Parfait pour engager un débat entre mon hôte et Jean Dubois, le chanteur qu’auraient été Renaud et Bob Dylan s’ils n’avaient été ni éliminés par eux-mêmes ni prix Nobel… et s’ils avaient eu son talent, pour savoir si un chapeau sert à récolter du pognon, à imiter Charles Trenet ou à contenir sa grosse tête. Controverse en cours.

Claudio Zaretti et Jean Dubois

Claudio Zaretti et Jean Dubois @Chez Adel (Paris 10). Photo : Josée Novicz.

C’était joyeux de compter sur votre présence massive, attentive et enthousiaste, publics. Merci.
(Eh oui, tous les enregistrements de Claudio Zaretti sont publiés avec l’autorisation de l’intéressé, qui ne doit pas être si financièrement intéressé que ça, la preuve.)

20161031_220811Répétition difficile. Un mec en slip habitait mon piano en plastique. J’ai dû trouver un argument pour l’inciter à se translater de quelques mètres. Je l’ai suivi pour partager, mais c’est moins ma faute que l’habitude de jouer dans les bistros, je suppute.Sleepy et La Plaid'