Hey, bonjour parmi nous ! La mauvaise nouvelle du jour, c’est que Jodie, le nounours têtu qui aime les câlins, était toujours au refuge de Grammont (92) quand j’y débarquai. La bonne nouvelle, c’est que j’étais le premier sur le coup pour la sortir, suscitant moult regards et commentaires envieux des collègues bénévoles (« Merde ! Tu m’as piqué ma Jodie ! »). To make a long story short, on a fait les cons, on s’est boulifiés et on a sa mère LOL.


Au retour, la mauvaise nouvelle, etc. Bref, j’ai sorti Cameron, un chien qui prend tout le monde pour des nounours et veut donc faire des câlins à chacun. C’est une bonne base relationnelle, je trouve.


D’autant que, comme il y avait moult bénévoles, ce jour-là, on avait le temps de pratiquer force activités comme la lutte féroce (à mort, forcément à mort), le grattouillisme, la dégustation friandistique, l’arrêt bistro aux bornes d’eau prévues à cet effet et le déchiquetage de bûches. Bon, comme il n’y avait pas de bûches, une brindille a fait l’affaire, mais c’est pour dire.


Un p’tit dernier pour la route ? J’ai engagé papy Garou (quinze ans, quand même), manière de malinois censé être un p’tit vieux qui marche à deux à l’heure. Ce qui est plutôt vexant pour le bénévole qui se croit fringant ou assimilé, dans la mesure où tu dois trottiner pour le suivre quand il déambule.


(Ouais, je sais, il bave sur la photo, mais bois un coup après un sprint de plusieurs minutes, et on verra si tu fais ta Beyoncé.)
Ensuite, sur le chemin du retour, il a voulu monter au Belvédère du parc. Il s’est installé, tranquille, en scrutant l’horizon pour voir si un adoptant n’était pas sur le point d’arriver afin de fêter ses seize ans chez lui.

Quand, en attendant l’heure de l’enterrement, tu vas saluer un gros chien méchant près de l’église mais que tu t’aperçois que ses maîtres l’ont remplacé par un animal encore plus vénère et dangereux.


Pendant que l’on dépense des millions d’euros pour des trucs inutiles dont tout le monde se fout (inviter les présidents français voire américain et leurs greluches dans les plus beaux restaurants de la capitale, faire défiler des gens qui sont censés avoir autre chose à glander ou leur faire jouer les « Daft Punk » pour célébrer la nation, au s’cours, etc.), il m’a paru pertinent de ne rien payer mais d’aller saluer les zozos du refuge de Grammont. À commencer par Elixir qui, malgré son nom masculin, est une chienne rigolote quoique un peu speed (ce qui, à mon sens, est plutôt une qualité sauf si on est mou comme une chiffe, bref). Elle aime fouiner avec sa truffe, voire l’inverse, sait boire au robinet toute seule et n’hésite point à facétier lorsque s’en présente quelque occasion. Une bonne base, n’est-il point ?


Edji est un magnifique chien de chasse, qui rêve de courir et de courser du gibier de tout poil ou toute plume. Sa passion n’est donc pas de faire des câlins, et cependant il ne refuse ni la grattouille, ni la chicane. Avec un maître correctement barré, il apprendrait vite à maîtriser galéjades, triple axel sur son lit de mouvements smurf, et dissertation de philosophie. En attendant, comme ses pairs du moment, il se fait bien suer dans un box en béton. On devine la marge de progression menant vers la joie absolue et la rigolade décomplexée.


De nombreux bénévoles étant présents, les balades purent être un brin plus longues que de coutume. Malgré cela, je choisis de terminer les festivités avec Jodie. En entrant dans sa cage pour lui passer le harnais, je fus assailli par un grizzly cherchant à me nettoyer le visage à coups de langue. Cette entrée en matière avec le gros nounours nous permit de passer directement aux choses sérieuses. Par exemple, une fois seuls, je lui demandai si elle savait ce qu’est un triangle – ben, parce que je demande ce que je veux, pis j’ai pas trop à me justifier, je crois. Voici sa réponse.


Encouragé, je lui demandais ce que, si l’on suivait son postulat définitionnel liminaire, ne serait pas un triangle. Sa proposition ne se fit point attendre.


Comme, en plus, cette chienne est à la fois un grizzly et un âne (à tout moment, elle peut refuser d’avancer – ben, parce que, pis elle a pas trop à se justifier), l’adopter, c’est adopter un zoo, une ménagerie et une prof poilue de géométrie triangulaire. Aime bien ce nounours, moi.


L’histoire :
Cendrillon (Angelina, Teresa Iervolino) est traitée comme du caca par ses sœurs (Chiara Skerath et Isabelle Druet) et son simili père, il signor don Magnifico (Maurizio Muraro). Don Ramiro, le Prince, cherchant femme pour se reproduire, envoie Alidoro, son tuteur, afin de tâter le terrain dans ce château. Alidoro repère la probe, bonne et modeste Cendrillon, le prince aussi. Au bal où le prince est censé choisir celle qu’il fécondera, Cendrillon n’est point conviée par sa famille. Toutefois, apparaît une belle inconnue voilée qui lui ressemble et laisse au prince un bracelet qu’elle a en double. S’il retrouve la nénette qui a le double du bracelet, il pourra la saillir et fonder famille (acte I, 1 h 35, 30’ d’entracte). Don Magnifico croit dans les chances de ses deux vraies filles. Sauf que le prince en pince pour l’inconnue. Laquelle, après un accident opportun, se révèle être, oh surprise ! miss Cendrillon en personne. Après qu’elle a été insultée comme une merde, Angelina, devenue princesse, souhaite néanmoins pardonner à ses salopes de sœurs et à son connard de beau-père. Comme quoi, elle n’a vraiment rien compris, cette tarte (acte II, 55’).
Le biais critique : peut-être avant tout reconnaître que, suite à un ennui de santé, je ne pus assister à la représentation à laquelle j’avais dûment prévu de prendre part. Reconnaissant que j’étais un client obstiné depuis de longues années, l’Opéra de Paris accepta non seulement de changer ma date de venue, mais de la changer en conservant ma « catégorie » de place. Cela n’obère pas les critiques que peut susciter le spectacle, mais cela conduit à reconnaître, avec, eh bien, reconnaissance, que, selon l’expression musicologique du roi Arthur, « y a le beau geste ».

La base : agaçons-nous, comme de coutume, d’un personnel de salle qui n’empêche pas les connasses de prendre des photos voire des films pendant le spectacle, de la présence inutile sur scène d’enfants maladroits (des rejetons de copains à placer ?), d’un éclairage de Bertrand Couderc souvent insuffisant en avant-scène (ha ! ce plaisir d’éclairer sans rendre vraiment visibles les artisss afin de passer soi-même pour un artisss, ha !), et surtout d’une distribution de solistes où l’on retrouve une seule Française sur sept vedettes. Pour un Opéra national, c’est honteux. On pourrait rétorquer que, dans le cadre d’un opéra italien, des artistes italiens, c’est mieux. Du coup, comment justifier que le premier rôle soit dévolu au ténor américain Juan José De León ou que Chiara Skerath, la « Belgo-Suisse », comme la présente son site, chante Clorinda ? Que l’Opéra national, au site toujours aussi peu fonctionnel, méprise à ce point les artistes nationaux, cela continue de susciter notre grogne… surtout au su de l’écot que lui paye la nation.
La représentation : tout se passe dans un décor à double fond. D’abord, en premier espace, un sol vallonné qui s’achève sur une façade de château à moitié engoncée dans le sol. Ensuite, la façade se relève et le vide vallonné symbolise le pouvoir du prince. Enfin, la façade du château redescend, symbolisant la résolution dans l’intimité des problèmes posés par la quête de femme du prince. Rien d’outrageant (les « signes » représentant les interrogations nobiliaires sont là), rien d’extraordinaire ou de séduisant non plus. Les médiocres costumes d’Olivier Bériot, se contentent d’être fonctionnels entre costumes trois-pièces pour le faux prince et habit digne pour celui qui est censé faire clodo… en passant par le ridicule peignoir vert censé être la robe subliiiime de la soirée. Comme si le duo Éric Ruf au décor + Guillaume Galienne à la mise en scène avaient souhaité, à l’américaine, « faire comme si » on respectait les indications, pour le public bourgeois, et « faire comme si » on n’était quand même pas aux bottes du livret, pour le public connaisseur (en français dans le texte) avec, par exemple, l’indispensable praticable visible, signe arty s’il en est depuis qu’Olivier Py l’a imposé. La direction d’acteurs est à l’avenant, entre « fais comme tu le sens » (donc chanteur errant de cour à jardin sans savoir comment s’occuper) et « vas-y, lâche du gag » (même si on aurait pu envisager, quand don Magnifico réclame du café, l’arrivée d’une bouteille rendant cohérente la scène du sommelier au château). On veut bien postuler que cette tension entre, un, le réalisme planplan de la Comédie-Française ancienne version, deux, l’art de la mise en scène qui fait opéra (ha ! ces scènes où les figurantes restent plus ou moins immobiles, comme c’est classe et nouveau et signifiant !) et, trois, la facétie d’un Jérôme Deschamps, matérialise la friction interne d’une comédie mâtinée d’une fausse tragédie selon les dires du valet-prince. Ce nonobstant, l’on préfère, d’une part, reconnaître la fonctionnalité de cette mise en scène passe-partout, d’autre part, admettre notre frustration devant la volonté apparente de concilier chèvre et chou sans parvenir, par le fait même, à séduire l’un ou l’autre.

Ottavio Dantone, chef d’orchestre

L’interprétation : sous la direction d’Ottavio Dantone, l’orchestre de l’Opéra, après nous avoir gratifié de ses dégueulasses répétitions en fosse d’avant-spectacle (ce fameux concept qui consiste à servir, en guise d’amuse-gueule, les épluchures aux hôtes qui ont eu la politesse d’arriver en avance), fait le boulot. Rien de facile, assurément, mais rien de très motivé non plus. Jamais on ne se sent électrisés par l’envie d’amour ou les désirs (de se reproduire, de devenir riche et puissante…) qui sont censés animer les vedettes. On a beau admirer certaines synchronisations entre orchestre et solistes sur certains airs, on peine à se laisser emporter par le flot musical tant la retenue semble ici prédominer… sauf lorsqu’elle pourrait permettre aux chanteurs de prononcer l’intégralité de leur texte sans avaler l’avant-dernière syllabe parce que pas le temps de la placer. Rien de contradictoire : l’énergie ou la musique, ce n’est pas la vitesse, et le métier d’Ottavio Dantone semble peiner, ce soir-ci, à concilier les deux !
Le plateau vocal : l’on retient une fois de plus, la performance vocale du chœur mâle de l’Opéra, présent dramatiquement et vocalement. Chez les solistes, deux cabotins : Maurizio Muraro s’amuse avec gouleyance en don Magnifico, et sa truculence associée à un organe de basse remarquable convainc sans réserve… ou presque (son retournement final en cire-pompe de sa fille adoptive aurait gagné en finesse si la mise en scène l’avait permis !) ; de son côté, Alessio Arduini, le valet Dandini, cabot un brin moins abouti dans l’extraversion scénique, fait son possible pour séduire l’audience, notamment grâce à un grand air du II fort réussi. Les deux sœurs Chiara Skerath et Isabelle Druet minaudent à souhait pour convenir aux exigences de Guillaume Galienne, avec une saine constance dont Chiara Skerath sort vainqueur ; mais le plaisir qu’ont ces deux artistes à jouer suscite, à son tour, un évident regret de les voir réduites à des greluches que le livret n’exige pas (une arriviste, ce n’est pas forcément une sotte, hélas pour les tenantes de la bontà).
Avec aplomb, Roberto Tagliavini stupéfie par la puissance hiératique de son chant ; cette fascination, le jeune premier, Juan José De León, sorte de Manu Payet à la jambe droite souffrante mais armé d’un ténor irréprochable auquel les aigus ne font pas peur, peine à la susciter car les techniciens ont omis de lui donner les clefs nécessaires afin d’appréhender ces moments scéniques où, pour lui, il ne se passe pas grand-chose. Teresa Iervolino, la jeune première, fait, elle, son possible pour être crédible quoi qu’elle ne soit pas cette beauté stupéfiante censée fasciner chacun, surtout quand on l’affuble d’une robe grotesque et d’un voile transparent lors de son apparition du II. A-t-elle pour autant toutes les qualités du rôle ? On aimerait le penser car elle y met du cœur. Néanmoins, son endurance semble limitée : en dépit de la performance honnête pour un rôle aussi pyrotechnique, le langage corporel qui accompagne son dernier air, redoutable, incite plus à la compassion qu’à l’admiration. On subodore et on entend que la dame a hâte que cela s’achève. Cela s’achèvera sans couac, en effet, mais le souffle court et la projection atténuée. Un signe d’humanité dans ce monde de conventions, sans doute ?

En conclusion, une belle musique qui, à notre goût, aurait gagné à être dynamisée par une direction plus énergique et des premiers rôles plus à l’aise scéniquement (Don Ramiro) ou plus faciles vocalement (Angelina). Mais quitter sans regret un Opéra jusqu’à l’année suivante – même si les conditions d’écoute changeront radicalement –, serait-ce raisonnable ou envisageable ?

Le Livre de Poche Jeunesse vient de republier le premier tome de « Susannah » (série originellement appelée « Mediator »). Une traduction que j’effectuai en 2007, à l’époque de feue la grande Charlotte Ruffault, et que les recenseurs Amazon jugent « drôle et prenant » grâce à une « écriture fluide » et un « style incisif, limpide et humoristique ». J’dis ça, j’dis pas rien.

– Mais non, monsieur le préposé à la maréchaussée, je n’ai pas trahi le Porto et les gambas, voyons ! Simplement, j’en étais au dessert. Alors, oui, je l’avoue, j’ai pensé qu’un frouitoudeuh, ça passerait.
– Un frouitoudeuh ? Arrête tes conneries. Y en a beaucoup, là. Quatre prunes, trois abricots, huit cerises… T’as les justificatifs d’achat ? Tu veux encore prétendre que c’est pour ta consommation personnelle ?
– Bon, et parfois, c’est la vérité, j’veux pas vous raconter d’histoire, je dépanne un copain ou deux. Vous voyez, je joue clair avec vous, sérieux.
– Voilà, tu deviens raisonnable. De toute façon, on va faire rentrer un végétarien pour la perkiz. Si y a encore d’autres fruizélgum, vaut mieux me le dire avant.
– Y a rien, monsieur le préposé, juré. À part quelques cornichons, mais ça compte pas.
– Des cornichons ! OK, tu pinces et t’appelles Bernard Valls du Cancer du Collomb, on en tient un bon.