Le projet est désormais connu : nous avons voulu solliciter des artistes pour qu’ils nous racontent une autre histoire (au moins). Il y aura donc deux concerts. Un samedi, à 20 h 30, et un dimanche, à 16 h [lien à suivre bientôt !].
Pour cela, nous avons réuni un orgue, une soprano, un altiste, un chanteur, une violoncelliste et deux pianistes, qui interprèteront des classiques, des standards, des créations mondiales, le tout allant de Bach à Trenet, de Beethoven à Shemer, de Scarlatti à Markovitch, de Brassens à Sampson, de Borodine à Hirayama, de Le Nagard à Vercoe, de Debussy à O’Malley, etc. De la diversité, de la qualité, du pimpant, du poignant – des histoires, en somme.
Parmi les artistes, les p’tits nouveaux se mêlent aux grands habitués. Côté habitués, saluons d’abord Emmanuelle Isenmann, lauréate des CNR de Rouen et Strasbourg ainsi que du Conservatoire royal de Bruxelles. En soliste, en troupe ou en chœur, la soprano se produit dans le monde entier, de la Sibérie aux tropiques latino, de la Philharmonie de Paris à l’ambassade de France à Washington. Également chantre et chef de chœur, Emmanuelle enseigne au Conservatoire du cinquième arrondissement de Paris.
Elle sévit souvent au côté de Jorris Sauquet, sorte de lutin des tribunes qui a glané, dans sa folle et prime jeunesse, les premiers prix d’orgue, de clavecin et de basse continue au CNR de Boulogne-Billancourt. Jorris a également été une bête à concours – parmi ses titres de gloire, la licence d’interprétation et de virtuosité du concours Marcel Dupré de Chartres, graal de cette compétition. Titulaire du Cavaillé-Coll de Notre-Dame du Rosaire (Paris 14), il a claqué des récitals spectaculaires sur quelques-unes des plus belles orgues de France (la Madeleine, Saint-Étienne-du-Mont, cathédrales de Poitiers ou de Monaco…) sans pour autant renoncer à son travail de claveciniste : il est ainsi de la troupe de la Comédie-Française avec laquelle il a joué sur scène, plusieurs centaines de fois (et ce n’est pas fini !), la musique de Marc-Olivier Dupin qui accompagne Le Malade imaginaire.
Bref, quand les deux zoulous s’acoquinent à Saint-André de l’Europe, ça peut donner des merveilles comme ceci…

 

 

Ceux qui ont profité des Petites symphonies pour un nouveau monde et des Splendeurs de la catastrophe connaissent déjà bien Jasmina Kulaglich. Artiste Naxos, la lauréate – à l’unanimité – du Premier Prix du Conservatoire national supérieur de musique de Belgrade se produit en solo comme en formations chambristes et avec orchestre. Ouïe à la Radio Télévision de Belgrade et à la Radio suisse romande, elle associe à son travail de soliste un devoir de transmission, puisqu’elle est professeur au CRR d’Aubervilliers ainsi qu’au Pôle Supérieur 93, deux endroits d’excellence, où elle enseigne le piano et la musique de chambre. Et, donc, elle joue.

 

 

Dernier artiste désormais habitué, Jean Dubois, chanteur aux centaines de concert, accompagnateur de vocalistes de tout sexe et en nombre variable, auteur de quatre albums principaux, a sévi itou lors des Splendeurs de la catastrophe. Après avoir donné un concert quotidien en Facebook live chaque jour de Grand Confinement que firent Dieu et Pharaon Ier de la pensée complexe, il a retrouvé le goût, jamais vraiment perdu mais parfois sourdiné, des « reprises » variées. Samedi 6 et dimanche 7 juin, lui et la guitare qui l’accompagnent vont donc nous offrir ses propres chansons, excellentissimes, et, histoire de tirer la coverture à eux, sans doute, des œuvres signées d’autres inventeurs de fredonnerie. Attention, ça chatouille !

 

 

Retrouver des habitués est une joie – visages connus, fierté de la confiance renouvelée, plaisir du déjà-vu qui s’enrichit de nouvelles expériences. Mais comme il est doux d’agrandir le cercle grâce à de nouveaux venus dans la danse du festival ! Hannah Holman est de ces artistes tout neufs pour le festival. Violoncelliste du New York City Ballet Orchestra depuis huit saisons, mais son expérience orchestrale va beaucoup plus loin : de l’Angleterre au Michigan, elle s’est intégrée à de multiples formations prestigieuses et tient même le rang de première violoncelliste dans le Quad City Symphony Orchestra, basé dans l’Iowa. Soliste aux multiples disques, chambriste passionnée, enseignante infatigable, Hannah n’a peur de rien, avec son violoncelle Becker de 1920 (celui de sa grand-mère) à la main. Quoique artiste, elle revendique d’être humaine, puisqu’elle a un chat, un fils et des hobbies tout à fait respectables : « Food, wine and finding killer deals on shoes. »

 

 

Pour ces deux concerts, elle nous offre essentiellement des pièces en solo, filant de Bach à la musique contemporaine ; mais elle tenait aussi à s’associer avec sa complice de quarantaine, la pianiste d’origine jordanienne Ghadeer Abaido. Ghadeer a joué dans le monde entier, du Japon aux États-Unis en passant par l’Italie et la République tchèque… sans hésiter à se mesurer à l’art pyrotechnique d’Arcadi Volodos – ce qui se fait de mieux sur la planète digitale.

 

 

Terminons par le septième phénomène de la soirée, Mr B2D. Le pétulant Brett Douglas Deubner s’est imposé comme l’un des altistes qui comptent sur la planète. Il s’est produit en soliste devant des orchestres sur les cinq continents. Musicien aux facilités techniques impressionnantes, l’homme est une bête de scène – les mélomanes apprécieront son sens de l’incarnation lors de ses apparitions sur Racontez-moi une autre  histoire (ou deux). Il mixe pratiques solistes et chambristes… et même direction de festival en Sicile. Passionné par le répertoire et son développement, il vient de remporter le prix ACAM du Meilleur album classique pour son dernier disque, incluant A kiss before the World’s End, le concerto de Houston Dunleavy qu’il a créée à Melbourne  avant de l’enregistrer au Costa Rica. So chic!

 

 

Retrouvez tous ces artistes ce samedi, à 20 h 30, puis dimanche à 16 h pour un programme 100 % différent !

 

Les amateurs de bruit détesteront ce post. Les autres dévoreront la double dentelle proposée en pièce jointe par Jean-Luc Thellin, organiste et claveciniste capable de jouer, et bien, tout ce que Bach a écrit pour deux ou quatre pattounes. Voilà le cadeau qu’il avait réservé pour le concert confiné des Splendeurs de la catastrophe.

 

 

 

Une des premières pièces et une des œuvres les plus spectaculaires d’un compositeur soviétique plus tard vilipendé pour son omnipotence malsaine : voilà à quoi Jasmina Kulaglich s’attaque avec la virtuosité et l’énergie indispensables. Accrochez vos oreilles avant d’appuyer sur « Play », puis bonne écoute !

 

 

 

Enregistré dans les conditions du direct, dans une version pour orgue à deux mains et deux pieds, l’un des sommets in-finis de la fugue selon Bach, avec un chouchou de Jean Guillou (qui taquinait itou son Johann Sebastian)  à l’orgue de Saint-André de l’Europe. Please, enjoy.

 

 

 

– Mais vous n’avez pas invité ces diables de gratteux sans éducation dans un festival de musique savante ?
Ach, nein, mildiou. Juste des chanteurs de classe. Parmi ceux que l’on se dit : si des gens comme ça ils existent, peut-être ça vaut la peine que l’on continue à faire semblant d’exister aussi, nom d’une pipe !

 

 

 

Et bim,on se préparait pour un concert événement. On a trouvé que ça faisait un peu peu, si si. Alors, on a pensé que deux concerts, ce serait plus et sans doute mieux pour se raconter une autre histoire.
Sous prétexte que l’homme est un animal dépendant aux histoires. Qu’il aime se retourner vers son passé voire le réinventer. Qu’il aime se plonger dans les histoires imaginaires. Qu’il aime s’inventer des histoires. Que, parfois, il aime les histoires au sens bagarreur du terme. Et que, dès sa tendre enfance, on l’abreuve d’histoires pour développer son humanité et, parfois, tenter de lui faire gober des fariboles ou de le pousser à consommer.
Face au prosaïsme de certaines existences vécues comme « sans histoire », face à la déception d’avoir été berné par un récit trompeur, face à la noirceur de telle période historique, reste longtemps à l’être humain cette pulsion vitale, cette supplique lancée aux créateurs et aux interprètes : « Racontez-moi une autre histoire ! » fût-ce, comme le chantait Jean-Jacques Goldman, « seulement pour voir / une autre farce dérisoire / sans même y croire / tricher avec un peu d’espoir ».
Pour cela, les musiciens réunis ces 6 et 7 juin au soir ont accepté de murmurer à nos oreilles d’autres histoires. Douces, amères, violentes, puissantes, passionnées, impossibles, mémorielles, fantasmatiques, belles… Oserons-nous les écouter ?
Bienvenue dans d’autres histoires. Les nôtres, forcément.

 

J’vais vous parler d’ma vie, c’est rare quand ça m’arrive. Mais, là, quand même, j’étais en désarroi : mon disque dur a démissionné quelques heures avant la Première YouTube des Paysages intérieurs.
Je n’ai pas pu partager virtuellement avec curieux, artistes et mélomanes ce moment, désormais disponible en replay. Le partager a posteriori avec tous les curieux de belle musique variée, de surprises esthétiques et de métissages esthétiques serait une vraie joie.

 

 

 

Vous êtes des millions à me tirer par la manche en gémissant : « Bertrand, guide-nous vers la lecture ! »
Je cède à vos suppliques, foufous que vous êtes. Dans la boutique, vous dénicherez 1500 nouvelles pages à dévorer.
La base-line : « Quand le rêve devient réalité, le cauchemar n’est pas loin. »
Le pitch de la « trilogie de Mallemonde » : « Ézoah a huit ans et une passion – bizardouiller. Rien qui ne la prépare à débarouler dans un monde où, depuis quelque temps, les montagnes sont des animaux comme les autres et les châteaux des pièges mortels infestés de monstres malades de l’os de la tête. Surtout, rien qui ne la prépare à la mission qui lui a assignée Elder, dans le secret de son délire : sauver les mondes qu’il a créés, jadis, quand il était un enfant pétillant d’imagination et non le vieillard sénile qu’il est devenu. Ézoah est le début d’une impressionnante course contre-la-montre menée tambour battant par celle que l’on a décrite comme la petite sœur d’Arthur et les minimoys… en beaucoup mieux, précisent, modestes, les auteurs. »
Une première édition de la trilogie est parue entre 2005 et 2007 chez Intervista. Réédité en 2008 chez Pocket Jeunesse, traduit en russe, réédité chez Label Libertad entre 2016 et 2018, le cycle complet (Ézoah, Immemoria – un de mes parallélépipèdes feuillus préférés, I must confess – et Ténébria) est enfin disponible sur ce site… et à un prix presque rigolo pour quelques jours. Ça s’pass(me) ici.

 

Au programme, ce soir, à 20 h 30 : de l’orgue, du sax, du clavecin, de la flûte, de la peinture, de la vidéo (si) et de la chanson. Voici le casting.

À l’orgue, Anna Homenya

En 2013, elle obtient ses Premiers prix d’orgue et de clavecin au conservatoire Rimsky-Korsakov de Saint-Pétersbourg, enchaînant directement sur un doctorat de musicologie disséquant les symphonies d’Anton Bruckner. Elle se perfectionne au Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris, avec Christophe Mantoux (orgue) et Noëlle Spieth (clavecin), ainsi que lors de classes de maître très prestigieuses.
En 2017, elle se faufile parmi les finalistes du redoutable concours d’orgue de Dudelange (Luxembourg). La même année, elle devient professeur de piano et de solfège à l’École russe des arts de Paris. Titulaire des orgues de Sankt-Albert (Paris), elle a claqué des concerts mémorables dans de nombreux endroits prestigieux, à Saint-Pétersbourg, à Paris (Saint-Augustin, Saint-Séverin, Saint-Gervais, les Billettes… et même à Saint-André de l’Europe pour la première fois le 9 décembre 2016) et en Allemagne.

 

 

Au saxophone, Dmitri Ouvaroff

Complice habituel d’Anna Homenya, Dmitri Ouvaroff est avant tout un soliste redoutable. Multidiplômé en saxophone classique à Saint-Pétersbourg, il a aussi décroché un master à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Il est membre de l’Orchestre symphonique de la chapelle d’État de Saint-Pétersbourg et, depuis 2020, de l’Orchestre symphonique sicilien de Palerme.
Neuf prix jalonnent le parcours du musicien éclectique, aussi passionné de musique baroque que de musique contemporaine. Il a fondé et dirige l’École russe des arts de Paris, et nous a préparé un programme aussi décoiffant que singulier…

 

 

Au chant, Claudio Zaretti

Si l’on avait respecté l’ordre alphabétique, il ne se serait pas glissé si haut dans la liste. Mais la particularité des concerts YouTube du festival Komm, Bach! étant, pour la deuxième fois, d’accueillir des chanteurs, nous avons décidé de nous tampiponner de l’alphabet pour évoquer dès à présent Claudio Zaretti. Italo-Suisse, il fait ses premières armes d’auteur-compositeur-interprète entre Genève, Lausanne et Spa. Exilé en France, il formalise en conservatoire ses connaissances en harmonie, entre Lyon et Villeurbanne. Guitariste, contrebassiste et chanteur, il écume alors les bars et multiplie les tournées à chaque saison touristique.
En 2005, ce voyageur revendiqué se fixe à Paris « quelque part dans le douzième ». Petites salles et cafés-concerts de la capitale (notamment !) lui ouvrent leurs portes avec chaleur. Alors qu’il contrebasse jazz pour le quintette swing de Paris, cinq disques ont jalonné son parcours dont le tout récent Cosmos hôtel.

 

 

Au piano, Nicolas Horvath

Derrière le beau gosse au brushing mouvant se cache l’un des virtuoses les plus singuliers de la planète classique française. Formé à l’Académie de musique Prince Rainier III de Monaco, Nicolas Horvath s’est perfectionné auprès de nombreux maîtres dont Philippe Entremont et Leslie Howard. Fructueuses ont été ces collaborations, puisque l’interprète a glané moult récompenses, dont les premiers prix des concours internationaux Alexandre Scriabine et Luigi Nono. Interprète des compositeurs pour piano les plus canoniques, de Liszt à Debussy dont il vient d’enregistrer des pièces rares, la patte Nicolas Horvath se caractérise par quatre singularités :

  • un goût non exclusif pour la musique contemporaine, qui l’a fait par ex. tout récemment graver un album Régis Campo peu après avoir défendu Karl Czerny ;
  • un attrait pour le répertoire méconnu, défendu avec talent pour le label GrandPiano ;
  • une dilection envers les concerts et les projets hors normes, comme son intégrale Philip Glass qui a attiré près de 15 000 fans à la Philharmonie de Paris ; et
  • une production électroacoustique partagée entre trois pistes convergentes – études sérieuses à l’École normale et au CRD de Pantin (d’où il sort diplômé) ; fulgurantes explosions (enregistrement harshnoise du Treatise intégral de Corneilus Cardew) ; et expériences d’art total comme cette exposition sanglante de 2013 (vidéo infra).

Ses embardées verront donc aussi bien Nicolas Horvath se produire dans les plus belles salles de la planète que Meldhkwis tourner avec les plus sulfureux des artistes black metal de la scène underground, feat. les cultissimes grogneurs de Hell Militia. Bref, Nicolas Horvath, c’est ça…

 

 

… et ça.

 

 

À la vidéo, Nicolas Fiery

Comme Inna Ouvaroff, danseuse formée au Bolchoï devenue aussi vidéaste (c’est elle qui filme son mari Dmitri dans Paysages intérieurs), Nicolas Fiery est bien le vidéaste qui a travaillé avec Charlotte Isenmann… mais, fondamentalement, il est danseur.
En 2009, il commence à pratiquer son art par le biais des techniques dites funky styles (popping and locking, savent les spécialistes). Dans l’école de Lady Del, dirigée par Candice Alekan, il débute sa formation professionnelle en se concentrant sur les danses hip-hop, jazz, modern… et en s’ouvrant au théâtre. Très vite, il investit les scènes françaises et italiennes, claquant des chorégraphies signées Lady Del et Candice Alekan, bien sûr, mais aussi Kayoko Watanabe et Julie Galopin.
Entre 2013 et 2015, il récolte moult prix en locking et en jazz.
En 2015, il fonde MUMOS, une plateforme artistique servant de support à la création pluridisciplinaire et au rassemblement des cultures. Les créations de la compagnie revendiquent d’être « des performances et des vidéos visant à surmonter les barrières géographiques ». À l’occasion d’un tournage au Costa Rica, Nicolas Fiery a filmé le peintre Jorge Portuez à l’ouvrage, et ce travail a singulièrement inspiré Charlotte…
En 2017, Nicolas intègre The Ailey School, le plus grand centre de danse de la côte Est, et la maison d’Alvin Ailey American Dance Theater. Ayant désormais validé sa formation, il danse pour ASPG, la JPA, et The Heraclitus Project. Ses propres chorégraphies ont été vues dans des lieux de spectacle tels que le Bataclan (Paris), le CRR de Paris, mais aussi Arts On Site et The Tank, à New York.

 

 

À la flûte, Charlotte Isenmann

Apparue en septembre 2000 à Paris, Charlotte Isenmann commence la flûte traversière en conservatoire dès sept ans. Trois ans plus tard, elle intègre le Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris (CRR) dans le cadre d’un double-cursus. Elle suit alors les cours de Madeleine Chassang pendant 5 ans, puis ceux de Frédéric Chatoux, flûte solo de l’orchestre national de l’Opéra de Paris, jusqu’à aujourd’hui. Elle obtient son Diplôme d’Études Musicales (DEM) en juin 2019 et entre en classe préparatoire à l’enseignement supérieur (CPES) en septembre 2019.

Charlotte Isenmann par Olivier Merzoug (extrait, découvrez l’intégralité dès ce samedi, 20 h 30 !)

Elle a participé à de nombreux projets : l’inauguration des studios de Luc Besson à la Cité du Cinéma en tant que piccoliste (2012) ; plusieurs concerts à la Sorbonne avec l’orchestre du lycée Racine ; la célébration des 300 millions de visiteurs à la Tour Eiffel (2017) ainsi que plusieurs masterclasses au CRR (avec le Trio d’argent, Olivier Ombredane, Martin Kutnowski…). Charlotte intègre l’Orchestre symphonique du CRR et entre au conservatoire du quinzième arrondissement dans la classe de jazz de David Patrois en septembre 2019.
En parallèle, Charlotte développe ses qualités de danseuse – décidément – depuis ses huit ans à travers les danses africaine, baroque, modern jazz, contemporaine et, actuellement, danse classique : elle est en sixième au Centre de danse du Marais, sous la houlette d’Anne Meteier. Comme tout cela était bien insuffisant, l’ogre artistique qu’elle a également entamé, en ce mois décisif de septembre 2019, des études de théâtre au conservatoire du Val Maubuée (Noisiel) sous la direction de Claire Delaporte.

 

 

 

Le prochain concert du festival Komm, Bach! se profile : il sera diffusé en Première YouTube ce samedi 23 mai, à 20 h 30. La plupart des artistes seront en direct pour lire vos réactions sur le tchat et partager avec vous ce moment d’émotion en direct.

 

Pourquoi ce concert ?

Paysages intérieurs s’inscrit dans le cadre du festival Komm, Bach!, fondé en octobre 2016 et qui invoque le grand maître de la musique (« Komm, Bach! ») pour célébrer le come-back de l’orgue après restauration… et la musique de Johann Sebastian Bach. Environ 21 concerts par saison, du 21 septembre au 21 juin, constituent le « plus petit festival international d’orgue-et-pas-que », sis en l’église Saint-André de l’Europe (Paris). Ces concerts veulent être accessibles aux mélomanes (seuls de grands musiciens y sont programmés) comme aux curieux, car ils sont

  • courts (en général 1 h 10 maximum),
  • variés (morceaux de durée et d’esprit contrastés, compositeurs métissés, instruments changeants – de l’orgue seul à l’orgue associé avec un choeur, un saxophone, une bombarde, un ensemble de cuivres, un récitant, un film ou des lumières créées pour l’occasion, par ex.),
  • clairs (lors des concerts in situ un programme détaillé est offert aux spectateurs),
  • intrigants (récitals retransmis sur écran géant), et
  • gratuits (à l’entrée et à la sortie) mais drôlement qualitatifs quand même.

Depuis la création du festival, 82 concerts ont été donnés.
Or, pour d’obscures raisons politiques, alors que les supermarchés et l’horrible ligne 13 sont ouverts, alors que les avions s’apprêtent à redécoller sans espacement spécifique des passagers, les concerts vivants sont, eux, interdits. Pour que la musique ne s’arrête pas au gré des décisions opportunistes prises par un gouvernement d’incompétents et de wanna-be dictateurs, des artistes invités se mobilisent au nom du beau dans sa plus large diversité.
Autour d’un thème proposé par le programmateur, ils enregistrent des pièces spécialement pour l’occasion… donc en mode « musique confinée ». La Première YouTube de l’événement est diffusée à l’heure initialement prévue pour le concert physique de la saison du festival Komm, Bach!. Celle du samedi 23 mai prendra la suite des Petites symphonies pour un nouveau monde, diffusé le 28 mars, Splendeurs de la catastrophe, diffusé le 9 mai.

 

 

Pourquoi ce titre ?

Nous habitons le monde ; un monde nous habite. Plusieurs mondes, même. De notre for intérieur, les autres ne savent guère ; mais, nous, qu’en savons-nous vraiment ? Paysages intérieurs est donc, d’abord, une géographie sensuelle de nos états d’âme.
C’est ensuite une exploration risquée de la lave qui bouillonne en nous et menace parfois de submerger nos cratères – nous menant, selon l’expression de René Char dans la deuxième édition du Marteau sans maître, « entre l’imprécation du supplice et le magnifique amour ».
Ces Paysages intérieurs sont, enfin, des suggestions musicales suscitées par des compositeurs promus architectes de nos émotions.
Ces paysages sont propres à chacun et accessibles à tous. Pour les vivre, il suffit de se confronter à l’espace sonore que propulsent ici un orgue, un saxophone, une flûte, un looper, une guitare, une voix, mais aussi à l’espace visuel dessiné par un peintre costaricien et commenté par une improvisation, pour éclairer, ouvrir et enrichir notre territoire intime. Voilà le projet : nous déconfiner l’âme, après le corps !

 

 

Quel est le programme ?

Pour chaque concert YouTube, le programme détaillé est un secret absolu connu de deux personnes seulement ! Ceux qui nous rejoindront samedi seront les premiers à le découvrir à mesure que se dévoilera le film. Quelques précisions néanmoins…

  • Le film durera env. 1 h 25, avec un entracte.
  • Il associera un orgue, un saxophone, un clavecin, une flûte, un piano, une guitare, une voix… mais aussi de la peinture et des loops.
  • On y entendra des pièces de Bach, Couperin, Dalibert, Glazounov, Hermann, Satie, Shirkoohi, Taneïev, Zaretti et une improvisation.

Prêts à affronter un concert qui secoue, remue et fait du bien ? Bienvenue dans le musical de nos états d’âme !

 

 

Photo : Bertrand Ferrier

… j’espère que l’on va m’applaudir, ce soir, pour m’être saigné à ce point. Enfin, public, enfin.

Vincent Crosnier à Saint-André de l’Europe. Photo : Bertrand Ferrier.

Dans la catastrophe, souvent, l’homme improvise. Parfois, le résultat est splendide.
Ici, Vincent Crosnier improvise sur le thème du dernier concert Komm, Bach! en date, Splendeurs de la catastrophe
. Je ne sache pas que ce soit une catastrophe (nouvel exemple pour un euphémisme).

 

 

 

Myriam Barbaux-Cohen le reconnaît, le revendique même : elle n’a pas le bon blason pour devenir une « grande soliste internationale ». Sa faute originelle ? Avoir, certes, un Premier prix de piano et un autre de musique de chambre du conservatoire de Gennevilliers ; avoir certes la plus haute distinction du conservatoire Serge Rachmaninov de Paris (diplôme de concert avec mention très bien et félicitations du jury) ; avoir certes travaillé avec des vedettes comme Philippe Entremont, Jean-Philippe Collard, François-René Duchable ou Michel Béroff ; MAIS elle n’est pas passée par le CNSM de Paris. Désormais installée à Francfort, où elle dispense ses enseignements chez elle aux jeunes comme aux vieux, aux bons comme aux lettràélistes, l’artiste française ajoute une tache indélébile à son épopée, puisqu’elle joue Enrique Granados sans être Espagnole.
Or, le résultat de cette invraisemblance claquée par une incompétente ne cesse de recueillir les lauriers des critiques les plus sévères. Comment diable a-t-elle réussi à renverser la table, au détriment de ceux qui croient à la race et à la pureté, y compris en musique ?

 

 

Les éléments de réponse se nichent dans le disque, qui s’ouvre sur le rare Libro de horas et singulièrement « Dans le jardin ». D’emblée, l’on est saisi par une double caractéristique : la capacité à respirer, c’est-à-dire à suspendre le discours sans briser le fil narratif ; et l’art de se dépatouiller des accords pour toujours offrir une ligne mélodique à laquelle accrocher son oreille. « L’hiver », associé à la mort de l’oiseau-moqueur dans le sous-titre, s’abat alors sur l’auditeur avec le glas – ce swing de l’enterrement, selon le mot de Ricet Barrier déjà cité ici – des graves. Sans presser, cherchant la résonance dans le givre du son, la pianiste sait jouer des différents registres de son Bechstein et de la pédale de sustain pour ordonner sa propre réverbération sans pour autant noyer le propos dans un brouillard floutant. Le dialogue des accords et des harmonies, fondé sur un refrain triste, se laisse fracturer par de brèves envolées jusqu’à l’énigmatique suspension finale : une interprétation à la hauteur d’une belle composition.
« Al Sulpicio » finit de convaincre qu’Enrique Granados n’était point que le compositeur espagnol hispanisant auquel on croit souvent bon de le réduire. Le début minimaliste se prolonge sur une marche solennelle, plus fataliste que dramatique. L’aspiration au vivant – symbolisée par les aigus et les médiums – se cramponne à la terre grâce à la pédale de graves et à d’étonnants sursauts vite étouffés. Sourdent ainsi tension et mystère dont le jeu sûr et attentif de l’interprète rend raison avec poésie.

 

 

S’ensuivent quatre Lettres d’amour, en ABA, sous-titrées « Valses intimes ». « Cadencioso » se balance avec aisance entre ternaire et hésitation juste maintenant le swing. Frissonnant de brèves tentatives de s’envoler (non, ça ne veut rien dire mais, sur le coup, je croyais que si, alors je laisse, on dira que c’est une licence poétique), « Suspirante » s’ébroue, sentimental, avant d’exprimer le doute en basculant en mode mineur : ainsi évoque-t-il le suspense sans lequel aimer sans savoir si – voire aimer en général – n’aurait pas de charme.
« Dolente » hésite à s’assumer, brisant ses caractères sans cesse en dépit de la réexposition de motifs obsédants. « Appassionato » contraste avec plus de fougue, occasion pour l’artiste de dégainer ses pianissimi / fortissimi subito.  C’est tout à fait ravissant, et la prise de son de Manfred Schumacher, très proche, ajoute au charme d’un toucher qui sait être gracieux sans minauder.

 

 

Les sept Escenas poéticas, de forme  essentiellement ABA, commencent par une longue « Berceuse » en Sol, marquée « amoureusement », ce qui fait le lien avec les pièces précédentes. Comme ailleurs, Myriam Barbeaux-Cohen rejette une interprétation mécanique pour laisser la liberté grignoter la pulsation. La tentation du mineur happe la partie en 2/4, dont les harmonies délicates frottent délicieusement, jusque dans les mouvements réflexes du sommeil qui préparent le retour du thème premier. Longue, cette pièce ? La plus longue des sept, oui ; mais pas la moins captivante, quelle que soit sa simplicité apparente.
« Eva et Walter » enchaîne en 3/4, toujours « lento molto espressivo », joignant à l’absence de fioritures une tonalité en Do qui renforce l’impression de liberté, quoique moult altérations défient ce parti pris compositionnel et enrichissent le travail harmonique. Celui-ci est magnifié par la retenue de certaines notes, et la capacité à faire musique, et hop, avec un matériau étique, notamment en nuançant et en caractérisant chaque plan sonore. En 3/4 aussi, la « Danse de la rose » est spécifiée « non vivo e molto semplice con ritmo ». Les couleurs harmoniques tiennent l’oreille en éveil jusqu’au bout – ainsi de l’enchaînement Bbm6 / F ne peut être anticipé et saisit l’oreille comme une belle rose que l’on découvre dans son jardin au matin soleil.
Oui, au matin soleil. Même si ça non plus, ça ne veut rien dire, bien entendu.

 

 

Le second livre des Scènes poétiques s’inaugure avec le « Souvenir de pays lointains », « lento, quasi récitativo », en manière de Mi tenté par le do dièse mineur, et réciproquement. Dans la partie B, les bribes de mémoires surgissent, rompant la logique tonale comme elle couperait la pensée de l’exilé. Le retour au thème premier semble décrire cette structure mentale d’immigrés ancrés dans la remémoration partielle et fugace de soi, insatisfaisante et nécessaire comme une démangeaison qui nous permet de nous réapproprier notre corps par le soulagement de la douleur. « L’ange des cloîtres », en Mi bémol se joue « adagio religioso ». Les tierces descendantes semblent dessiner une piste qu’un accident harmonique suspend un moment jusqu’à la modulation en Si bémol. Les contretemps et les frottements n’empêchent point le retour angélique vers le Mi bémol liminaire – avec, in fine, ce point d’orgue que la pianiste veille, à l’instar des précédents, à ne pas écourter.
Quasi allegretto, la « Chanson de Margarita » se décapsule sur un prélude qui ne débouche sur… presque rien. Une quête souvent monodique secoue la chanson entre 6/8 et 3/4. On sent que Marguerite n’est pas au top de son moral ; toutefois, puisqu’il est ainsi transformé en musique, on se réjouit inconsidérément de son chagrin suspendu. Les « Rêves du poète » s’accompagnent d’un petit texte de présentation : « Dans le jardin de cyprès et de roses, appuyé contre le piédestal de marbre blanc, attendant que l’heure fût venue, le poète s’est endormi. À son côté, caressant son front, veille la muse. » En d’autres termes, on sent bien que le projet n’est pas de tirlipimponner sur le chihuahua. L’andante en Mi bémol (mais pas que) doit être « expressif » et « noble », stipule d’ailleurs le compositeur au cas où le message ne serait pas passé. Sans excès de pompe, Myriam Barbaux-Cohen nous conduit paisiblement dans les tréfonds des rêves poétiques que lance une première modulation pivotant autour de l’ambiguïté du mi bémol – ré dièse (pouvant conduire à la tonalité de Mi par celle de Si). L’ambiguïté de tonalité et d’atmosphère accompagne les soubresauts du somme, permettant à la musicienne d’agir en peintre plus qu’en délivreuse de notes, jusques et y compris dans le retour du thème liminaire.

 

 

Les miniatures des Valses poétiques enquillent avec un Vivace molto en La qui rappelle que, notamment pour une pianiste, avoir des doigts, c’est bien, mais avoir du feeling en sus, c’est mieux. Ici, ça pétille avec la légèreté, les accents et les contrastes qui s’imposent. « Melodico », un tube, est traité avec la même attention : retenue et délicatesse pimentent une partition en AAB(mineur)A. Rebondissant sur le la du La majeur, le « Tempo de vals noble » rhabille ce la dans un accord de Fa, que l’interprète fait pétiller en refusant systématisme rythmique donc en libérant l’énergie des chaînes strictes de la pulsation.
Entre ré mineur et Ré, le « Tempo de vals lento » fait office de respiration avant d’enchaîner sur l’« Allegro humoristico » en Si bémol, aussi spécifié « ritmico ». Myriam Barbaux-Cohen y contraste la partie très terrienne, et la seconde partie en sol mineur, plus aérienne. L’« Allegro (elegante) » en Si bémol, avec son interlude en si bémol mineur, fonctionne presque comme une troisième partie… et se prolonge dans un nostalgique et suspendu « Quasi ad libitum (sentimental) » en fa# mineur, dont le do# liminaire fait évidemment écho au ré bémol entendu dans l’interlude. La musicienne travaille ainsi entre contrastes et continuités pour donner à cette suite, par des accents, des respirations et des intentions, une cohérence qui se nourrit des contrastes. Derechef, on savoure l’attention portée tant à la ligne qu’aux détails (détachés sur le la et le sol dièse à 1’29). L’histoire pourrait se terminer sur un « Vivo » en La qui exploite (un peu) l’aigu du piano, chose rare donc d’autant plus saillante dans ce répertoire ; mais un Presto teinté d’un Vivace tenté par le mineur se visse sur cette pièce en ABA ; et une marche chromatique descendante nous ramène au « Melodico » liminaire. Nous ronronnons d’aise.

 

 

Ceux qui veulent des sensations fortes passeront directement à la piste 24, avec l’Allegro de concert en Do dièse, c’est-à-dire avec sept altérations à la clef. Nous sommes certain que le compositeur voulait en mettre plus, d’altérations, mais on lui a dit : « Non, Ricky, désolé mais y a plus la place. » Il a grogné, mais pas le choix – c’était la triste vérité.
Après 54’ de musique, la pièce peut être considérée comme un premier bis étincelant. Sa virtuosité n’exclut ni la nuance, ni la caractérisation – ainsi de l’énoncé en douceur de la partie en sol dièse mineur, valorisant l’élégance digitale du passage en Sol, sollicitant agilité et ensemble du clavier. On se délecte d’étranges modulations, aboutissant ou non (ainsi de ce Fa#7 semblant préparer un si mineur et s’éclairant d’un retour sur le Sol ferme, ou de ce Ré7 débaroulant sur une mesure en Mib7.
Pour donner une cohérence sensible à cette rhapsodie, Myriam Barbaux-Cohen choisit d’associer au brillant du propos sa voix qui est aussi sa voie, en l’espèce une certaine retenue non point pour fuir la difficulté (la technique ne fait jamais défaut) : grâce à la conviction qu’elle semble avoir faite sienne, selon laquelle la musique ne peut exister dans l’abandon par l’artiste de sa maîtrise. Point, donc, ici, de pyrotechnie démonstrative. Assurément, l’artiste pourrait jouer plus vite et plus fort, emballer davantage les accelerandi et forcer les couleurs pour nous arracher un WCEFÇ, ce fameux : wow, comment elle fait ça ? Elle n’en a point l’usage. De son goût très sûr, se dégage un souci presque pudique de contrôler le son pour en maîtriser le beau. Même dans cette pièce « à effet », la dame refuse le drame, sans pour autant ôter son énergie boule-de-neige aux passages « poco agitato e sempre accelerando » qui précède le retour au thème liminaire, aux modulations vénéneuses, et aux suspensions en équilibre. Ce souci du contrôle décevra les amateurs de la grande clownerie « à tempérament de feu » ; en revanche, il prolongera le plaisir des mélomanes ayant ouï ce qui précède, car il démontre qu’une vision d’interprète n’est pas obligée de muter selon le nombre de triples croches au programme. Ainsi se construit l’unité d’une vision et d’une patte !

 

 

 

Ce nonobstant, subodorant l’effet de l’œuvre, Myriam Barbaux-Cohen offre à ses auditeurs un dernier bis : la deuxième des Douze danses espagnoles, dite « l’Orientale » quoique souvent marquée, simplement, Andante (à ne pas confondre avec la Sardane qui sert de second mouvement aux Danses espagnoles de l’opus 37, ce que ne précise pas le livret). Cette partition plus calme, en Mi bémol, souvent jouée par une guitare et un instrument solo, travaille l’union d’une main gauche lancinante et des tierces de la main droite. La deuxième partie, « Lento assai », passe de 3/4 en 6/8, mêlant des accents hispanisants à des couleurs satiques (2’27, avec l’association do – si bémol puis l’appogiature, ouïr aussi à 3’02…) sur une main gauche qui se balance avant le retour du thème en troisième partie. C’est exécuté en finesse et avec la douceur qui sied aux « au revoir » de classe.

 

 

Terminera-t-on cette notule sans faire notre forte tête, toujours plus maligne que les autres ? Non, impossible, il faut laisser croire à notre totale liberté de pensée cosmique et réminiscente.
Donc, oui, l’on peut à la fois se goberger d’un son idéalement restitué et signaler, çà ou là, tel que nous l’avons perçu, d’étranges vibrations (comme si un métro faisait trembler la salle, piste 9, 0’53 à 1’05), et quelques bruits parasites (piste 9, 0’52, pour garder cet exemple ; piste 12, 0’08, pour en donner un autre), comme pour traduire le fait que l’artiste et son équipe ont préféré, et nous nous en réjouirions, l’énergie de la bonne prise à la perfection de la prise propre mais ennuyeuse. Vétilles, car errements rares permettant – qualité suprême – au nobody de jouer au critique attentif.
Toutefois, l’on peut aussi regretter que, bien que l’artiste reconnaisse l’intérêt du disque dans un « univers dématérialisé », l’attention apportée au livret n’est pas à la hauteur du rendu musical : certes, le texte est trilingue , mais la présentation de la spécificité de chaque pièce est inexistante, et l’on trébuche sur de nombreuses fautes orthotypo (espaces malvenues) ou orthographiques (« el angel de los claustros » auquel manque un « s » dans la liste des pistes, la « canción de Margarita » attend son accent, etc.). Vétilles encore, devons-nous reconnaître, car cela ne souille guère un disque idéal pour raviver la musique de Granados par des sentiers guère fréquentés, et pour faire découvrir une artiste certes sans le bon pedigree, mais avec le savoir-faire, le talent et la personnalité qui justifient, encore aujourd’hui, que l’on puisse conseiller aux gourmands d’acquérir un disque non pas les yeux fermés mais, a minima, les oreilles ouvertes. Car, non, Myriam Barbaux-Cohen n’a pas le blason le plus chic du marché des pianistes virtuoses. La belle affaire ! Comme le petit joueur de flûteau, elle l’a troqué avec une liberté au goût très sûr et à la singularité convaincante que beaucoup de sages emblasonnés, autant que l’héraldique le permet, devraient lui envier avec force – mais en ont-ils le talent ou la subtilité ?


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Cyril, l’OM et voilà, quoi. Photo : Bertrand Ferrier.

Parfois, les gens surestiment mon goût du beau. Après le repasse-cravate opérationnel, il m’a été offert de véritables mémoriaux de notre civilisation. J’ai déjà refusé une offre à 100 € pour le lot mais, la crise aidant, je peux étudier toute proposition sensée, évidemment.

Photo : Bertrand Ferrier

– Ne commencez pas un concert par du Messiaen. C’est du bruit, ça fera fuir tout le monde.
– Merci du conseil, j’adore, c’est tellement, genre, puissant comme un pet sur une plaque de verglas. Et maintenant, bonne écoute du premier morceau programmé pour les Splendeurs de la catastrophe.