Photo : Rozenn Douerin

Aujourd’hui, on arrête les chansons drôles, mais on rappelle que le double disque est disponible dans tous les paris de France et du monde – juste en cliquant ici.

 

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Debussy de la Lorette en Cornouailles. Photo : Bertrand Ferrier.

On va pas se mentir. Aussi loin que concerné je suis, depuis le 1er avril 2014, chacun devrait être premier ministre de son cul, pis ça s’rait pas pire, mein Herr.

 

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Photo : Rozenn Douerin

Le 12 décembre 2019, j’ai inventé la chanson-dentifrice. Nul ne pourra plus dire que jamais je ne fis rien. Na.

 

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Ceci est un concert de chansons avec du texte dedans et de la musique autour, et vice et versa. Ça dure une heure, c’est 10 € l’entrée. Mais ceci n’est pas vraiment un concert. C’est une fête en chansons pour lancer le disque 44 ou presque. Le disque 44 ou presque, lui-même, n’est pas un disque. En fait, c’est un double disque mais il en contient quatre, pour 160′ de musique.
Du coup, le show n’est pas non plus vraiment un récital piano-voix. Ou plutôt, c’est un tour de chant piano-voix troublé par des hurluberlus comme les chanteurs Jean Dubois et Jann Halexander, ou le saxophoniste Pierre-Marie Bonafos. Ceci est donc une heure – et des poussières – constellée de chansons facétieuses-mais-pas-que, réservée à ceux qui ne logent pas leur cerveau que dans leurs chaussettes et qui ne diraient pas « nan » à un partage de joyeuses vibrations dans un endroit taillé sur mesure pour cette aventure. Billets en vente ici.
Le disque sera en vente in situ pour 20 €. Cette somme folle est liée au fait que double disque + livret 24 pages + impression classe. Donc ce n’est pas vraiment une vente non plus. Presque un cadeau juste un peu payant. Un don, en somme, un don de soi, voilà. Enfin, de moi. Bien. Et pour les lointains, les occupés, les gens 2.0, on peut aussi acheter le disque , lala, la, la, etc.


Rendez-vous à 21 h, à la Comédie Dalayrac | 36, rue Dalayrac | Paris 2 | M° : Quatre-Septembre

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Bienvenue dans cet espace qui doit faire trembler Amazon autant que « les petits commerces locaux bio et socialement responsables de proximité » !

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… et que tu sens bien que, du coup, jamais tu ne finiras au Panthéon, snif.

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Photo : Bertrand Ferrier

Mise en vente : sur ce site, mercredi.
44-ou-presque-double-cd-bertrand-ferrier-face-avantConcert de lancement : jeudi.
Réserver pour le concert ici.

Photo : Kuhuru.com | Graphisme : Studio M-A

Hâte.

Photo : Bertrand Ferrier

 

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Photo : Rozenn Douerin

Régulièrement, les Sleepy & partners, experts organiers, partent examiner des orgues. Sans fin est leur quête de granularité sonore et d’instrument idéal. Ils se sont lancés à la recherche de la vibration gourmande et/ou de la gouleyance faite ondulation musicale. Moi-même, je n’entends goutte à la substance de cette inspection généralisée des orgues, mais je me réjouis qu’elle ait pu faire scandale dans le Val-de-Marne (Sleepy a été dénoncé comme un intrus déloyal à l’évêque du lieu, la classe !) et continue d’amuser d’autres titulaires moins benêts voire des lecteurs bienveillants.
En l’état, sans entendre avec précision le détail de leur idiolecte ultratechnique, du moins puis-je constater l’entrain de la fine équipe qui ne manque nulle occasion de tester un nouveau monstre. Tantôt, c’est le KanGourou en personne, SLM (Sleepy-Lui-Même) qui s’est déplacé pour jauger, selon ses termes, le « Cavaillé-Cool » du Val-de-Grâce.

Photo : Rozenn Douerin

Nullement impressionné à l’idée de ploum-ploumer sur l’instrument d’Hervé Désarbre et de son adjoint Benjamin Pras, l’expert spécialiste a tâché de percevoir « la spécificité transversale d’une observation envisageant en Narcisse, si t’es mieux, la personnalité propre d’un instrument – en tant que telle – et, en coordonnées, la subjectivité objectivante d’un projet de recherche subsumant ». Bon, c’est un peu le problème quand on parle de facture d’orgue : rapidement, ça devient un brin le brun quand t’es toi-même ni postier ni facteur.
Hélas, aucun moyen de tirer davantage de lombrics de la narine du Konnaisseur. La saga n’étant point finie, les conclusions sont hic et nunc réservées au cénacle des Sleepy & partners. C’est déceptif – mais quel teasing, mazette, quel teasing !

Photo : Rozenn Douerin

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Photo : Bertrand Ferrier

En cette période que les pharaonistes présentent comme révolutionnaire, il est peut-être temps qu’une voix s’élève pour revendiquer ses privilèges et ses régimes spéciaux. Puisque personne ne se dévoue, autant que, sur ce post, résonne mon timbre.
Oui, en tant que titulaire d’un orgue parisien, nulle peur d’être décapité me le fera nier : je bénéficie d’une aura et d’un prestige qui me valent autant considération que récompenses. Les gens me remercient d’être moi, et les bougres, émus de frôler le maître – oui, moi –, tiennent à le manifester en me couvrant de dons dont (et non de dondons, grosses ou pas) (ni de dindons) (ni de Vincent Lindon, heureusement) la personnalisation tutoie le sublime. Cela m’aide, en dépit de ma position dominante, du moins en altitude quand je suis à la tribune, à rester oxymoriquement proche des gens. C’est précieux.
Parmi les monceaux de cadeaux qui me reviennent, j’en ai choisi deux qui illustrent fort bien mon propos, je crois.

Photo : Bertrand Ferrier

Premier choix, et c’est le cas de le dire, un repasse-cravate so british, déniché par une paroissienne sensible à cette élégance dont j’ai fait l’une de mes marques de fabrique. Généreux en diable, je le propose à la vente au prix de 50 €, port compris pour la France métropolitaine. Bien entendu, la somme éventuellement récoltée – moins les frais de cochon, faut pas abuser de ma bonté même sans catilinaires – sera intégralement reversée à l’une ou l’autre œuvre de la paroisse en question – et ceci n’est pas une blague.
Pour tous les passionnés souhaitant faire don de cet appareil vintage mais neuf à une personne portée sur la cravate et/ou le froissage-défroissage, voire souhaitant s’offrir un vrai beau cadeau, tutoyant le concept de vistemboire cher à Achille Talon, me contacter en cliquant sur l’enveloppe en haut de cette page.

Photo : Bertrand Ferrier

Le second choix n’est certes pas de la merde. Il rend hommage au don d’une apprentie organiste, élevée au lait de Jacques Pichard. Souhaitant me remercier pour l’avoir accueillie à la tribune à l’occasion d’une messe, elle m’a cédé ce magnifique sac pragois. Grâce à son esthétique quasi opticienne tant elle est portée sur la lunette, vous ne verrez plus jamais avec le même regard cette ville où il n’est point jusqu’aux sacs à crottes de chien qui ne soient culture. C’est pas le Paris de la répugnante héritière de l’autre Bertrand qui en pourrait dire autant.

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Jacques Bon, BF, Esther Assuied, Hervé Désarbre et Emmanuelle Isenmann après le concert du 1er décembre au Val-de-Grâce. Photo : Rozenn Douerin.

Changement de programme, toute ! Le prestigieux organiste et chef Denis Comtet, qui devait propulser son deuxième récital à Saint-André de l’Europe ce samedi à 20 h 30, vient de se faire porter pâle, certificat médical et voix brisée à l’appui. Par conséquent, le « grand récital d’orgue pour l’Avent » est remplacé au pied levé par les « Douze regards sur la vie d’un croyant ». À la tribune : mezzo-soprano, hautbois, trompette, flûte irlandaise et orgue. Au programme : Bach, Haendel, Pergolese, Poulenc, Duruflé et deux pièces toutes fraîches de Bertrand Ferrier en personne lui-même sur des textes de Guillevic et Francis Jammes.
Le tout dessine, nos lecteurs habitués s’en souviennent, le parcours d’un croyant, en douze étapes, de sa naissance à l’au-delà, à travers ses joies et ses coups au coeur, au corps et à l’âme. L’ensemble forme une biographie imaginaire d’une petite heure, où se déploient la variété des atmosphères, la diversité des sonorités et les mélanges protéiformes. Le programme vient de triompher en l’église du Val-de-Grâce, sous l’égide d’Hervé Désarbre. Cette fois-ci, nous sommes très heureux d’accueillir le timbre chaleureux et la fraîcheur de la mezzo-soprano Marine Breesé. Cette jeune artiste n’a point hésité à remplacer au pied levé la soprano Emmanuelle Isenmann, retenue par d’autres occupations. Esther Aliénor persistera à la trompette et à la flûte irlandaise, Jacques Bon tricotera du hautbois et je tiendrai les orgues locales.
Deniers détails ? Église chauffée, retransmission du concert sur écran géant avec cadrage live par Rozenn Douerin, entrée gratuite, sortie aussi, et concert bien quand même. À la vérité, on voulait faire mieux, mais on a manqué d’idées. Pardon, pardon, pardon.


Concert le samedi 7 décembre, 20 h 30, en l’église Saint-André de l’Europe.
24 bis, rue de Saint-Pétersbourg | Paris 8 | métro : Place de Clichy, Europe | proximité immédiate bus 66, 80 et 95
Événement Facebook à retrouver ici

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Aujourd’hui, conseil syndical mensuel. Toujours important, pour les musiciens comme pour les autres, d’avoir conscience des lignes rouges, de savoir quand voir rouge ou comment aider ceux qui sont mis dans le rouge professionnellement, et quel chiffon rouge agiter afin que ceux qui se prennent pour des taureaux mordent la poussière.
(Non, pour boire rouge, en revanche, ça va, j’ai pas besoin de conseil.)
Luttons ensemble, ne serait-ce que pour faire bisquer Pharaon Ier de la Pensée complexe et tous les minipharaons de la Pensée complexe qui croient pouvoir se la ouèj en toute impunité. Osons rugir rouge sans rougir !

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Photo : Rozenn Douerin

Après moult circonvolutions, révolutions et répétitions, plus moyen de se défiler : l’arrivée du mois de décembre coïncide avec le concert concocté, fomenté et monté à l’initiative d’Hervé Désarbre, organiste du ministère de la Défense en personne. Le show va s’arrêter sur douze émotions susceptibles d’avoir rythmé la vie – et pas que – d’un croyant.
Autour du Cavaillé-Coll de l’église du Val-de-Grâce, tour à tour accompagnateur et soliste-improvisateur, se tiendront Emmanuelle Isenmann, soprano, Esther Assuied, trompettiste pour l’occasion, et Jacques Bon, hautboïste. Au programme (consultable ci-dessous, mais il sera hyperplus joli et lisible – disons jolisible – sur place) : Bach, Pergolese, Haendel, Britten et deux créations de moi-même-je sur des textes de Francis Jammes et Guillevic. Au total, une petite heure de musique dans une grande église chauffée, pour le prix exceptionnel de zéro euro. On fera malgré tout notre possible pour que ce concert biographique soit chouette quand même.

Pénultième répétition au Val-de-Grâce. Photo : Rozenn Douerin.

Rendez-vous à l’église du Val-de-Grâce (1, place Alphonse Laveran | Paris 5), ce premier décembre à 17 h 30 pétaradantes !

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Photo : Rozenn Douerin

Sans tambour ni trompette, la Comédie Dalayrac, sous la houlette bienveillante de la coach et performeuse Florence Conan, est en train de confirmer sa place parmi les lieux parisiens ouverts aux chanteurs. C’est assez saugrenu pour que l’on le souligne. En effet, où chanter à Paris ? Trois éventualités dominent :

  • les bars où chaque petit chanteur peut essayer de faire ses armes dans des conditions généralement bien péraves,
  • les salles sacrées souvent réservées à de petits cercles se reprogrammant en autarcie, et
  • les théâtres à jauge démesurée et/ou à location exorbitante.

Face à ces hypothèses, la Comédie Dalayrac se positionne. Lieu atypique, superbement situé près de l’Opéra Comique, il refuse de se figer dans une proposition univoque. Accueillant parfois des séminaires de développement personnel la journée, des spectacles comiques sous l’égide de Mathias Sénié, il détone en programmant aussi régulièrement qu’irrégulièrement des chanteurs très différents, que l’on peine à entendre dans d’autres lieux adaptés. Parmi ces proféreurs de sons avec des mots dedans, l’on peut citer Claudio Zaretti, Barthélémy Saurel, Ben Nodji, Oldan et, donc, Ève Guerrier.
Avec sa voix de fumeuse, entre Guesch Patti et Mama Béa Tekielski, et sa crinière évoquant Véronique Sanson ou Céline Dion version Florence Foresti, ladite guerrière se présente seule sur scène avec son micro et sa bande-son – hélas, hélas, trois fois hélas. Ses chansons, co-écrites avec Éric Guéna, revendiquent le goût du charnel. En effet, d’emblée, l’artiste exprime son désir de « croquer la pomme d’ardent » pour fusionner « ardent » et « Ève ». Loufoque, elle dépeint, dans la foulée, un pied jaloux d’autres pieds, de ceux qui font des pieds-de-nez aux pieds manucurés arrivant à cloche-pied. En somme, la chanteuse fait un pas de côté pour avouer qu’elle aimerait prendre son pied, même si ce n’est point évident de positionner chacun de nos morceaux dans le « puzzle du temps ». Face à cette impasse, pour trouver ses mots et conniver – hop-là – avec l’auditeur, le spectacle recourt donc à des intertextes mouchetés, évoquant entre autres les « leçons homériques » ou convoquant Ronsard, Maurice Chevalier, La Fontaine, voire Georges Brassens quand il nous est rappelé que « c’est pas tous les jours qu’on rigole », évidence idéale pour trouver de nouvelles paro-o-o-les… sous le regard d’une spécialiste de Dalida !
Les histoires qu’Ève Guerrier nous raconte, enrichies par ces références jamais pédantes, soufflent aussi sur les braises des parophonies (« on nous vend du vent à tout vent, qu’on soit mistral ou sirocco »), de la dissociation sémantique (comme quand l’héroïne tombe dans un « gué tapant » qui, en l’occurrence, n’est pas un homosexuel violent) ou de la métaphore décalée (« la transparence de ma robe  s’est figée en sushi / exterminée par ta jalousie en fleur de maki / tu m’as découpé ma petite robe façon sashimi »). La langue claudique à dessein, le verbe trébuche sans s’excuser, le sens se carapate souvent dans une idée directrice qui vampirise la chanson, la plongeant tout entière dans un jeu de mots ou un décalage imagé. Partant, il y a de la gourmandise dans le réinvestissement sémantique, dans le désir de partage, bref, dans l’envie de l’autre pour « se tenir la main » entre « galériens » et « fair’ face à cett’ putain de vie ». Inéluctable conséquence : il y a aussi de la revendication, de la colère intériorisée, du réalisme – id est de la lucidité, celle qui fait pointer à la chanteuse

  • çà un monde peuplé de conseillers prêts à nous répondre vingt-huit heures sur vingt-quatre,
  • là un espace où ne sont pas les bienvenus celles qui ne veulent être dématérialisées et,
  • entre les deux, l’absurdité de la technologie moderne : « Je suis rentrée dans ma bagnole / et je lui ai parlé / et elle m’a répondu. »

Photo : Rozenn Douerin

Face à cette dépossession de soi, Ève Guerrier revient à son centre : le charnel. À son lover du moment, elle enjoint de ne plus « jouer carton bristol » car « ce soir, je t’offre mon acropole ». Avec la chair revient la chère chère, consubstantielle. Une typologie cupidonienne assez spécifique en témoigne : « Y a l’amour qui pique les yeux / y a l’amour vache et l’amour food ». Suivent les amours foudre ou floues. Comme la robe se sahimisait, l’amant « reste aimanté à mon cœur / comme la viande à son burger« . D’où la nécessité de boire un coup « au bistro des États-Unis », même si, selon les termes d’Isabelle Mayereau, l’alcool reste « le coup d’fouet qui claque, qui solutionne pas ». Or, c’est à travers ces fêtes charnelles traduites par une gastronomie fantasmatique que la chanson d’Ève Guerrier revendique son ancrage dans un réel qu’elle s’approprie.

  • Le réel que nous connaissons, c’est celui où « chercher du boulot rend gogol / et même quand on en a / on finit les fins d’mois / avec un creux à l’estomac ».
  • Le réel tel qu’elle se l’approprie s’anime quand nous nous transformons en loup-garou (« tous m’aiment et me dessinent / hum’ l’air que je respire / ils pensent que, peut-être / ils sont de la fête »).

Ce titre de pleine lune, servant de teaser pour un quatrième album en préparation, assume l’inachèvement perpétuel du langage, incapable de saisir la multiplicité de notre être-au-monde, puisque nous sommes gens bien et loups-garou, pieds droits jaloux de pieds gauches, robe et sashimi. Aussi la nouvelle chanson est-elle rythmée par l’abandon des mots au profit des onomatopées (« AOUOUOUOUH ! ») et des syllabes déconstruites (« con »), victoire du son sur le langage articulé.
Dans un tel contexte, en un mot, pas étonnant que, à la fin du spectacle, le langage se dérobe tout à fait, se craquèle puis se décompose (« l’amour serait-il mathématique ou ma thématique ? »). Logiquement, à ce stade du récital, l’artiste va puiser chez d’autres le minerai de son propos : deux reprises contrastées (« La louve » de Pierre Perret et « Madame rêve » du trio Alain Bashung – Vic Emerson – Pierre Grillet) encadrent l’aveu amniotique de l’artiste : « Si je nage nue dans la mer [ou la mère ?], je suis et ne serai jamais aussi obscène. »
Dès lors, la scène s’impose comme lieu de l’obscène, où « la vie se saoule dans le ruisseau du temps ». En écho, pour conclure ce seule-en-scène, Jacques Brel nous parle de la mort et de la mer où « les femmes sont lascives ». Cela sonne comme la sainte thèse, la synthèse ou l’ascèse teinte ou la teinte 16 (ça ne veut rien dire, et alors ? on n’a pas tellement compris non plus le titre du spectacle choisi par la dame aux plumes bleues, na) du propos inquiet, amoureux, décalé qui anime la chanson façon Ève Guerrier.


Prochaine représentation le 20 décembre. Réservations ici.

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Décor final, si si : Rebecca Ringst. Photo : Bertrand Ferrier.

L’histoire

Le roi Lear se sent vieux. Il décide de partager son royaume entre ses trois filles mais exige qu’elles lui lèchent le cul pour avoir leur part. Cordelia est la seule qui refuse de flatter le vieux croûton, précisément parce qu’elle l’aime bien et qu’elle pense que lui lécher l’entre-fondement serait le renier. Le vieux n’y entend goutte et s’offusque. La sainte-nitouche n’aura donc rien et est envoyée sans dot au roi de France, son futur époux. Goneril et Regan, les nouvelles régnantes s’associent pour bouter leur père hors des affaires du royaume. Recueilli par « le fou des marais », en voie de démentisation, le roi est conduit à Douvres pour y être en sécurité (acte I, 80′).
Après la pause, tout part en vrilles. Regan et Goneril chient sur leurs époux et trouvent un même amant. Celui-ci défait le roi de France venu attaquer les Angliches et pécho la sœur rebelle plus le roi, qu’il condamne à mort. Après que le vice et la bassesse semblent l’avoir emporté, tout le monde s’entretue, se suicide ou meurt, et c’est la fin (acte II, 60′).

Le scandale

Comme de coutume, on ne retrouve pas un Français dans la distribution de l’Opéra de Paris, ni chez les chanteurs, ni dans l’équipe technique – si, un, le Nantais Franck Evin, soit 4 % de la troupe. Pour un opéra « national », c’est toujours aussi sale. Il faut absolument que l’État français baisse ses subventions pour cette entreprise mondialisée qui n’a rien de nationale et abîme, donc, les artistes natifs. L’embauche d’un patron étranger n’augure rien ni de bon, ni de mauvais : l’actuel Français à la tête de la Grande maison a laissé tout pouvoir au Grec pour se soumettre aux agents et exclure les Hexagonaux du plateau. C’est immonde et, quitte à paraître se répéter pour nos lecteurs réguliers ou presque, il faut le stipuler.

Photo prise à côté, cinq minutes avant la représentation : Bertrand Ferrier

La musique

Dodécaphoniste et sériel, Lear porte trace de la mode qui survivait encore à la fin des années 1970. Pourtant, loin de paraître suranné ou réservé à une élite de prout-prout-ma-chère, le résultat dramatique est tout à fait convaincant. En accord avec un livret inégal mais qui commence bien et travaille ensuite sur le temps (brièveté des morts, effets d’attente, dilatation de certains dialogues), la partition est toujours expressive et magistralement tenue par un excellent Fabio Luisi. Qui accepte de renoncer à l’art de l’air mélodieux se retrouvera plongé dans une magnifique musique de film. Tantôt descriptive, la partie instrumentale se risque çà et là à contredire le texte. La variation des effectifs est entre très sage et habile, associant soli, ensembles, chœurs d’hommes (trop rares à notre goût), passages instrumentaux et voix parlée (Ernst Alisch).
La caractérisation de certaines voix par l’usage abondant, par exemple, des extrêmes aigus fortissimi pour le méchant Edmund (Andreas Conrad) ou par un ambitus large flattant le timbre protéiforme de Lear (Bo Skovhus), impressionne moins qu’elle ne convainc. Des trouvailles de couleurs instrumentales (duo puis trio de flûtes sur fond de cordes à la fin du I, ponctuation récurrente par trois ou quatre percussions différentes au II…) saisissent. Laissons les expertologistes se demander s’il est pertinent de reprendre cet ouvrage à Garnier alors que tant d’autres pièces majeures attendent leur exhumation parisienne. Commercialement, c’est un échec attendu, ainsi que le laisse entendre la photo supra. Toutefois, en dépit de la complexité évidente de l’écriture, le résultat, rendu avec engagement par l’orchestre et le chœur, déploie un drame accessible à tout auditeur de bonne volonté, en dépit d’une mise en scène affligeante.

Annette Dasch et Evelyn Herlitzius. Photo moche : Bertrand Ferrier.

Le spectacle

Bien entendu, le décor de Rebecca Ringst représente le vide : des planches en bois éventuellement mobiles à partir du second acte, entourent ou surplombent rien, comme pour traduire le vide, au goût de cercueil de nos existences – au fond, comme les personnages, nous finirons tous par crever en emportant wallou. C’est naze, c’est pourri, c’est se foutre de la gueule du monde et tenter de transformer une paresse économique pour de l’art. Par chance, d’où l’on est, l’on est (j’ai pas fini) moins perturbé par la vidéo – aussi indispensable pour faire yéyé que superfétatoire – de Sarah Derendinger, inaccessible aux spectateurs des rangs latéraux – c’est vachement bien pensé – que par les lumières agressives de Franck Evin, qui nous éblouissent – au sens hé, connard, j’ai mal aux yeux – derrière le rideau de planches, c’est toujours aussi bien pensé.
La mise en scène de la star Calixto Bieito, donc la dramaturgie de Bettina Auer, sont à l’avenant : consternantes. Si, dans la vie, certains se touchent la nouille, ici, tout le monde se touche la cravate – le costume-cravate, ce niveau zéro du costume choisi ici par Ingo Krügler, sauf pour Lear qui passe une bonne partie de la représentation en calbute, c’est classe. À en croire ce que l’on voit, la pièce de Jacques Spire aurait été transformée en opéra sur la cravate. Pour un opéra sur la vieillesse, la déchéance et les folies, c’est affligeant.
De même, la contradiction entre texte et représentation, preuve de sottise s’il en est, est probablement pensée comme un signe de génie. Du coup, quand le texte dit : « Retenez-le », personne n’est autour du prisonnier, ce serait trop TF1, comme projet. Quand le texte chanté par Annette Dasch – on parle pas de Joe le clodo, hein – dit : « Ils auraient au moins pu avoir pitié de ses cheveux blancs », le mec est chauve (tandis que le fou des marais rêve, lui, de se coiffer d’une perruque bleue, c’est donc ça la créativité de Bieito). Quand le texte dit : la nana se poignarde, en fait, sur la scène, elle s’étrangle avec son foulard. Ben parce que, sans doute.
Le reste de la direction d’acteurs englue les malheureux dans un érotisme tantôt homo (même si le narrateur n’est pas habillé en mariée, contrairement à Hambourg, 2012), tantôt brièvement hétéro pour Edmund, tantôt incestueux. Après quoi, faute d’autres idées sans doute, on demande aux survivants de transformer les morts en serpillière, autrement dit de les tirer (tsss, mauvais esprits) sur la scène : Bedienter (chanté par notre chouchou Luca Sannai) a, sur ce plan, une place de choix dans le projet de nettoyage du plateau. C’est pitoyable.

Photo : Bertrand Ferrier

Le plateau

Dans un plateau 100 % non-hexagonal, rien ne dépare. Brillent les vedettes attendues : l’étendue vocale de Bo Skovhus, sa sensibilité à la musique récente et son habitude de jouer les souffrants impressionne, en dépit d’une mise en scène qui le réduit à un pantin grimaçant moins pitoyable humainement que scéniquement limité. Hélas, son charisme s’en ressent, comme souvent. Les metteurs en scène de Paris le réduisent à un M. Propre déchu, c’est triste pour lui, car son chant semble toujours vigoureux. Le duo de sœurs lèche-culs et salopes, Evelyn Herlitzius et Erika Sunnegårdh, fonctionne dans la complémentarité. Comme attendu et comme le veut la partition, l’aisance spectaculaire et l’incarnation superlative de la première, soprano d’exception qui illumine les répertoires straussiens et modernes, captivent davantage, mais sa consœur joue la garce un peu bêtasse avec une gourmandise non dissimulée et une virtuosité jamais surjouée.
Le rôle du bâtard, toujours poussé dans ses retranchements vocaux, est courageusement endossé par Andreas Conrad. La Cordelia d’Annette Dasch, aussi habituée qu’habitée, est parfaite de pureté naïve, même si la longue scène finale où le metteur en scène la fait frotter puis se frotter à son père sonne aussi faux que stupide – pas la faute de l’artiste, évidemment. Andrew Watts n’a pas peur d’affronter la jointure entre ténor et contreténor dans un rôle ambigu qui peut agacer à la longue mais en alimentant les brava pour l’artiste, ce n’est pas rien.
Le reste du plateau se défend. Gidon Saks a peu de temps pour sonner, mais sa voix légèrement en retrait par rapport aux autres correspond à son rôle. Les adjuvants que sont Derek Welton, Michael Colvin, Kor-Jan Dusseljee et Lauri Vasar tiennent vaillamment leurs parties, tantôt méchants, tantôt poules mouillées, et à la fin éradiqués comme il se doit. Et notre chouchou Luca Sannai, dans un rôle bref très éloigné de ses penchants plutôt situés – et c’est large – entre Bach et Verdi, performe puis se fait tuer, bousculer et traîner avec une motivation qu’Erika doit apprécier.

Evelyn Herlitzius, Fabio Luisi et Bo Skovhus. Photo moche : Bertrand Ferrier.

La conclusion

Soirée paradoxale : un opéra daté mais prenant, une mise en scène honteuse mais insuffisante pour brider le talent des artistes, des musiciens et des chanteurs au taquet sous la direction d’un chef très concentré. En gros, c’était bien, mais faut aussi mettre des artistes français puisque ce sont les Français qui payent, et faut surtout virer les metteurs en scène et leur équipe qui sont dans la place et, décidément se foutent du monde, à Garnier comme à Bastille. PS : si toi vertige avoir, toi jamais quatrième loge premier rang car toi mourir de peur pendant tout le spectacle et même après, moi te pouvoir dire.


Les suites

Franck Evin nous a fait la tendre amitié de répondre à cette critique de la sorte.

« C’ est avec Horreur que je viens devoir que vous êtes toujours actif …vos critiques sont de la MERDE innommable comme votre Xenophobie et votre ton Haineux . dans un OPERA ALLEMAND on N’engage de preference des Chanteurs qui Chantent ALLEMAND et qui connaisse le role d’ une Ouvre très peu jouer .pour quelque’ un qui se veux au courant de tout il serait du meilleur effet de vous renseigner. »

Notre réponse unique restera celle-ci.

« Il arrive que des artistes, s’offusquant de propos qui leur disconviennent, invitent au débat en s’étonnant d’une incompréhension de leur projet. Jugeant cette perspective stimulante et ayant plutôt un a priori favorable sur la parole des acteurs de l’art, j’en accepte volontiers l’augure.
En revanche, sur  le genre de pichenette infantile dont vous vous rendez coupable, sans argument, sans propos, sans perspective, il est évidemment tentant de surenchérir dans l’invective. Ce serait facile et vain car, chacun le sait : sur Internet, les petits coqs sont prompts à insulter et à dénoncer la haine tout en crachant la leur. Souhaitons-leur simplement de se rendormir bientôt dans le fumier de leur sottise emplumée. Tout au plus pourrait-on leur suggérer qu’ils sachent, toutes stars qu’ils soient, la prochaine fois qu’ils écrivent leurs âneries en FRANÇAIS, écrire en FRANÇAIS.
Ce serait inapproprié : à la vérité, le type de propos dont ils se rendent coupables paraît assez correspondre à ce que l’on a pressenti. En conséquence, mieux vaut briser là et laisser les sots dont ils sont à leur trépignement ridicule, puisque telle est la posture qu’ils ont choisie. C’est dommage, mais, pour reprendre l’idiolecte étrange de votre message sans pour autant céder aux insultes du correspondant que vous fûtes : à la fin, merde. »

 

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Laure Striolo et Blandine Bernard. Photo : Bertrand Ferrier.

À la base, j’étais venu écouter un concert de musique baroque donné par l’ensemble Sylène. Mais j’ai croisé l’organisateur et, de fil en aiguille, on a un peu discuté le coup. Si bien que ma chronique sera brève : c’était bien rempli et bien tout court.
En plus, c’est mieux comme ça, vu que j’ai pris des photos mais, à tous les coups, la soprano aurait pas aimé celle que j’aurai choisie pour l’article, ç’aurait fait des sketchs à n’en plus finir. Peut-être même certains visiteurs du site, grâces leur soient rendues, se seraient-ils sentis obligés de lire la notule, les pauvres. Non, je crois qu’il est plus raisonnable pour tous que nous brisions là pour aujourd’hui. Tant pis, on se rattrapera demain or something.

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Photo moche : Bertrand Ferrier

Tu connais ce moment, oh, tu connais ce moment où tu as les clefs d’un endroit magique et impressionnant…

Photo : Jacques Bon

… et où tu arrives à tout saccager sous prétexte de répétition, avec chaussures de marche apparentes, sac moche et partition jetée en vrac pour pas louper la mesure 123.

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Photo : Bertrand Ferrier

Pour la première fois,un expert en granularité sonore organistique a été surpris avant son passage à l’acte. Très concentré, très précis, très serviette. Sur le fil de la technicité et de la représentation. L’objectif des Partners, chaque habitué de ce site en a notion, est de jauger la granularité sonore des instruments qui leur sont soumis. Leurs expertises ont suscité la demande d’intervention d’évêques, tant ces savants sont importants, mais ce ne fut point le cas ce jour.

Photo : Bertrand Ferrier

L’objectif restait de goûter la spécificité décibélistique de l’instrument ouvert aux délibérations. Le partner de Sleepy, aka le KanGourou, a souligné la spécificité des plans sonores, la richesse des possibles, la complémentarité des registres et – après, faute d’être un technicien accompli moi-même, je n’ai pas forcément saisi les propos sur la ductilité des mélismes legato, faut pas exagérer non plus, quelque part.

Photo : Bertrand Ferrier

L’étude de la vigourosité du clavier, l’examen de l’efficacité de la machine Barker, l’observation de l’élocution de la tonalité transversale (moi, je sais pas, hein, je suis juste le transcripteur de l’observation, je juge pas) structurent un proccessus observationnel – mais on en est là – strictement musicologique. In fine, le test le plus important restera toujours le tape-cul, et je n’aurai jamais copie du rapport signé par l’expert, alors bon.

Photo : Bertrand Ferrier

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Quand on te demande de jouer un vieux cantique pour un enterrement du samedi, que tu ne trouves nulle part la partition sur le Web, que tu dois – ayant été correctement abordé par le laïc missionné, pour une fois – le retracer à la main en écoutant une vidéo et que, partant, tu repenses à toutes ces occasions que tu as eues de voler le volume 1 des Chants notés – bible des vieux chants d’Église avant que ne s’impose le diktat répugnant des chants finançant les sectes charismatiques – où est celée la partition…

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La star de l’orgue du CNSMDP. Photo : Bertrand Ferrier.

À la base, c’est l’histoire d’une nana – ça change de l’histoire d’un mec – qui fume de l’herbe, qui blasphème en bande organisée et qui, quelques années plus tard, en fait son sujet de thèse même si elle eût initialement préféré scruter les musiques électro.
Désormais, cette histoire, c’est l’histoire de Marie Baltazar. L’ex-fofolle est devenue chercheuse spécialisée en tout et néanmoins revendiquant son appartenance aux humains chic de base, du genre qui glisse à la fin de la présentation parisienne de son livre paru aux Éditions de la Maison des sciences de l’homme : « Là, je vais enfin me payer une semaine de vacances chez moi, à regarder des séries, j’en rêve depuis siiii longtemps » confie-t-elle sans prétendre se confiner dans son monde pour relire l’intégrale de Lévi-Strauss.

L’orgue du CNSMDP (détail). Photo : Bertrand Ferrier.

L’anecdote n’est point si anecdotique qu’il y paraît : le livre porte trace de la pulsion de spontanéité qui paraît habiter cette anthropologue du proximal et de l’extraordinaire. Tout l’émerveille, tout lui paraît digne d’intérêt. Du coup, elle se méfie de l’intellectualisation, de la mise en perspective sèche, de la scientifisation du « terrain » comme elle aime à labelliser ses observations. Le titre du livre adapté de sa thèse en porte trace, tant on aurait pu l’envisager sous de multiples axes. Ainsi du bruit, jamais défini, et qui évoque pourtant moult pistes telles que, parmi tant d’autres :

  • le bruit comme rumeur qui construit et déconstruit la pratique de l’orgue (analyse de la perception de l’orgue selon divers « terrains ») ;
  • le bruit comme retentissement (au sens de renommée, donc de l’usage de l’orgue dans la société, entre symbole religieux ringard – pas que catho – et symbole luxueux revivifié des grandes salles symphoniques) ;
  • le bruit comme son indistinct (disons : bruit de fond), recoupant la pratique de l’orgue liturgique et révélant les schismes avec les nouvelles pratiques de gling-gling liturgique qui concurrencent l’organiste de cérémonie ;
  • le bruit comme émission brute opposée à l’harmonie, interrogeant le rapport de l’organiste à la machinerie bruyante de l’orgue mais aussi la perception de l’orgue par les saints béni-oui-oui qui le voient comme « trop bruyant » ;
  • le bruit comme vibration au milieu d’autres vibrations (dans le cadre d’un concert, d’une « visite », d’une cérémonie religieuse) ;
  • le bruit comme écho recherché ou obtenu par exemple dans les réseaux sociaux (la cyberprésentation des organistes de tout niveau sur Internet eût pu donner lieu à l’analyse de ce-que-c-‘est-qu’être-organiste d’après les organistes eux-mêmes) ;
  • le bruit comme son attirant l’attention, ce qui aurait permis l’analyse du rituel très protéiforme du « concert d’orgue » ;
  • le bruit comme opposition au silence ordinairement associé aux établissements sacrés, etc.

Esther Assuied et Jean-Baptiste Dupont. Enfin, de dos, mais bon. Photo : Bertrand Ferrier.

La question sonore ne distrait pourtant pas l’ethnologue de son projet que l’on pourrait résumer de la sorte : définir qui joue les orgues – ces trucs bruyants, fascinants, coûteux, surannés, impressionnants, synonymes de chiantise, et comment sont-ils devenus ces gens qui jouent des trucs bruyants, fascinants, etc. L’aspect sexuel, propre aux délices, aux amours et aux orgues, est un élément déterminant, d’après l’enquêtrice, qui frétille en pensant à toutes ces personnes du sexe qui se mettent à apprendre l’orgue sans, désormais, forcément passer par le piano. Le fait est que les hommes auraient longtemps dominé l’orgue (ceux qui suivent nos postes muséaux reconnaîtront une chanson connue, en un mot) ; l’arrivée des femmes pourrait tout changer.
Cela pourrait vexer celles qui sont là depuis longtemps, ou étonner les mâles demandant ce qu’on leur reproche. Une telle proposition pourrait aussi suggérer une étrange réduction des gens à leur bas-ventre, ou feindre d’ignorer qu’orientation et identité sexuelle – si combattue par les gender hystériques – sont deux éléments scénaristiquement moins intéressants, ici, que le copula qui les unit (option évoquée curieusement dans le sous-chapitre « Le goût du vacarme »). Oui, il y a des organistes avec des bites, des organistes avec des chattes, et parmi eux des homos (quel pourcentage ?), des hétéros, des bi et des asexués. Qu’en conclure, hormis qu’organiste peut être, contrairement au prestige dont chaque associé rêve ou au rebours de la mythologie que chaque zozorganiss espère perpétuer, un métier ou un hobby, hélas, presque comme un autre ?

Jean-Baptiste Dupont improvisant. Photo : Bertrand Ferrier.

Encore une fois, de tels débats s’essoufflent dans le contexte. Marie Baltazar ne débat ni ne combat. Elle parle du peu qu’elle a vu. Entendu. Constaté. Invité chez elle. Elle ne prétend pas savoir. Elle pose des questions. Parle de ce qu’elle aimerait. De ce qu’elle croit. Pour quoi elle milite. Objective autant qu’elle peut ; vivante surtout. Elle lève des lièvres puis les repose – ce qui sera toujours préférable aux salopards qui les lèvent puis les butent parce que ce sont, simplement, des p’tites merdes de chasseurs, ces couards qu’il conviendrait d’éradiquer définitivement. Donc Marie Baltazar dénonce, oui, la reproduction de la vieille caste organistique, mais elle ne cherche pas à la prouver. Rien sur les manigances des milieux organistiques, des dévoiements « syndicaux » aux dessous – le terme est bon, je trouve – des concours de grande tribune, sur lesquels ni les témoignages, les évidences ou, même, les articles objectifs ne manquent.
Dans cette perspective, l’on pourrait s’étonner de retrouver Guillou sous la seule accusation d’un anonyme le soupçonnant de ne faire que du braoum (t’as écouté ses interprétations éditées chez Augure, crétin ? bon, alors ferme-la physiquement à tout jamais). De même, l’on pourrait se surprendre en voyant encore évoqué « Jean-Sébastien Bach » ou en lisant des sentences extravagantes – nous n’en ferons point la recension digne du fat, quoi qu’il y en ait quelques-unes – comme « le 32 pieds apparaît de nos jours comme l’aboutissement de l’évolution de l’orgue » (191, gâ ?) même si ce genre de propos, délirant en soi, fait écho au souci d’optimismes de l’auteur :

  • optimisme sexiste (plus de nanas, c’est plus mieux),
  • optimisme quantitatif (plus d’élèves en orgue, ça sauvera les orgues et ça cassera la reproduction ancien-régimiste des mêmes schémas académiques),
  • optimisme chronologique (de toute façon, ce sera mieux demain), qui tranche avec la vraie vie des organistes, même outrageusement talentueuses.

Esther Assuied, le 22 novembre 2019. Photo : Bertrand Ferrier, avec l’autorisation de l’artiste.

Après l’introduction brillante et joyeuse de Philippe Brandeis, patron des chercheurs du lieu mais avant tout hénaurme organiste, les artistes invités par Marie Baltazar répondent à leur manière aux propos fragmentaires énoncés ce soir. Dans une salle dépourvue de la moindre résonance, Esther Assuied ose le « Chant des fleurs » de Jean-Louis Florentz puis les tubesques mais très techniques « Litanies » de Jehan Alain. Jean-Baptiste Dupont, le malheureux et brillant organiste bordelais, confronté à l’impéritie conne, dégueulasse, lâche, stupide et typique de cette ordure d’Alain Juppé et des autorités laissant dégrader son orgue, cingle trois improvisations distinctes :

  • la complétion à la BWV 565,
  • une ondulation brillamment structurée et
  • un parcours magistral sur l’échelle des registrations envisageables en crescendo et decrescendo.

Esther Assuied conclut la fête sur un tube de Grieg qu’elle a elle-même transcrit, rappelant que la musique de l’orgue, c’est

  • de l’interprétation,
  • de l’impro et
  • de la transcription.

Esther Assuied, Jean-Baptiste Dupont et Marie Baltazar. Photo : Bertrand Ferrier.

En conclusion, si vous cherchez un livre sur l’art de devenir le futur titulaire de Notre-Dame, sur l’analyse de la profession d’organiste aujourd’hui, sur la notion d’organiste dans une société en voie de déséglisiation, sur le concept technique d’orgue en 2019 (aucun entretien avec les stars de la facture contemporaine n’est au programme, par exemple), ne lisez surtout pas Du bruit à la musique. Devenir organiste de Marie Baltazar.
En revanche, si vous osez envisager ces questions du point de vue d’une Candidesse essentiellement armée de ses observations de terrain activées au début des années 2000 et réactivées en 2017, habitée par une curiosité sincère, enthousiaste et accessible par son refus d’un rigorisme ou d’une exigence scientifique, foncez : ce livre, animé par de nombreux extraits d’entretiens et par des illustrations diverses, sans complexe et sans concept effrayant, est pour vous !

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Photo : Jacques Bon

Avant le concert au Val-de-Grâce mais après la manutention musicale, voici le temps de la ploum-ploum attitude lors des répétitions entre instrumentistes. Enfin, entre instrumentistes et pas que, quand même.

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Claudio Zaretti le 15 novembre 2019. Photo : Rozenn Douerin.

Les habitués de ce site le savent : Claudio Zaretti est un chanteur à guitare et un guitariste à chanson. Italo-Suisse inspiré par l’Amérique latine, il chante sa vie (heureusement bestofisée) avec énergie et émotion, laissant la place à la musique entre les mots.
L’homme sait être pêchu et tubesque, mais n’hésite pas non plus à glisser dans le midtempo et la réflexion – l’humour modeste et la spontanéité pleine de métier créant des passerelles entre les différentes atmosphères.

 

 

À l’occasion de la sortie de Cosmos Hôtel, son nouvel album, finement réalisé au côté du talentueux gratteux Hervé Morisot, le baladin protéiforme a proposé un nouveau tour de chant centré sur les chansons fraîches, puisqu’il a interprété les onze chansons de sa nouvelle set-list… mais pas que.
Le résultat : une soirée où, dans une ambiance conviviale, l’on sourit, l’on chante, l’on vibre au gré des engagements, des émotions et des bonnezidées du zozo ; et une nouvelle preuve qu’un concert de Claudio Zaretti, c’est toujours rien chouette. Tu rates-tu pas sa prochaine date si une bonne soirée passer tu veux !

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Ce samedi 16 novembre, pour fêter son soixante et onzième épisode (on est très fort en prétextes), le festival Komm, Bach! passe en mode breton avec le play-boy titulaire de Saint-Pierre de Montmartre, Michel Boédec, associé à sa fidèle récitante, Anne Le Coutour. Les deux hurluberlus viennent nous faire rêver, frissonner et vibrer entre narration, improvisations savantes mais bien quand même, et musique traditionnelle.
Pendant une heure tout rond, venez faire la nique au froid, à la pluie et à la haine de la culture manifestée par les hordes de Pharaon Ier de la Pensée complexe. Venez, donc, vous blottir dans une église chauffée, enveloppés par le folklore importé au cœur de Paris par deux passionnés, avec respect et originalité. Un écran géant permet de suivre en direct le concert au plus près des artistes. L’entrée et la sortie sont tout autant libres – que l’on donne pour soutenir les artistes et le festival, ou que l’on ne donne pas, on est les bienvenus. Et, à la fin, on peut discuter le coup avec les artistes, que l’on achète ou non leurs disques (dont le tout dernier album de Michel Boédec encensé dans Diapason par le grand organiste Vincent Genvrin en personne).
Pour vous impatienter comme nous, retrouvez d’ores et déjà le programme ci-dessous et préparez-vous à recevoir comme il faut le terrrible Ankou en l’église Saint-André de l’Europe, 24 bis, rue de Saint-Pétersbourg (Paris 8) !

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Photo : Rozenn Douerin

… d’autant que les réservations pour le concert qui s’affiche sont enfin ouvertes ici !

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Photo : Bertrand Ferrier.

– Je sais pas pourquoi ces connards de compositeurs s’obstinent à faire des partitions de plus de trois pages. C’est complètement débile, aucun pupitre d’orgue n’est assez grand pour…
– Mais c’est toi, le connard de compositeur !
– Dans ce cas, c’est pas si complètement débile que ça ; et j’aimerais bien que, quand on s’adresse à un compositeur, on le traite avec un tout p’tit peu plus de respect, nom d’une pipe en bois !
– Seigneur, prends pitié.

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Hervé Désarbre et Benjamin Pras. Photo : Rozenn Douerin.

Sur la route, 66 : soixante-sixième concert depuis la création du festival Komm, Bach!. C’est lui qui inaugurait la quatrième saison du festival, ce 21 septembre. En conséquence, Hervé Désarbre, organiste du ministère de la Défense s’il vous plaît, avait concocté un programme spécifique, intitulé « Ça s’est passé un 21 septembre ». Et ça incluait un hommage au 21 septembre 1435 – date, comme chacun sait, où le traité d’Arras mit fin à la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Et le commandant Désarbre est homme à choisir son camp, fût-ce par Benjamin Pras interposé.

 

 

Puisque le 21 septembre 1778 est né l’entomologiste Carl Ludwig Koch, il était logique – d’après l’hurluberlu – d’honorer un compositeur qui n’hésite point à puiser son inspiration dans le Cantique des cantiques ou certains passages de la Bible. Si c’est pour rendre hommage à la puce, au papillon de nuit, au criquet, à la chenille et au doryphore, on se pourrait demander pourquoi, mais admettons que certains êtres sont plus spirituels que l’auteur de ces lignes.

 

 

Le 21 septembre 1930, le Grand Prix automobile filait faire fantasmer Pau. Aussi le grand secrétaire de l’Association internationale Dmitri Chostakovitch a-t-il opté pour un extrait des Aventures de Korzinkina, comédie cinématographique de 1940, dont il a souhaité ploum-ploumer la parodie de film muet suivante.

 

 

Le 21 septembre 1874, naissait Gustav Holst. Il faudra quelques années avant que le pauvre Gus soit écrasé par le succès de sa suite symphonique planétaire. Pour attendrir sa mémoire, Hervé a proposé à Benjamin Pras de se coller à l’éloge de la paix inséré dans l’hommage à Vénus. Benjamin ne s’est pas dérobé. Voici le résultat de ce complot.

 

 

Le 21 septembre 1832 périssait Walter Scott. Une marche écossaise s’imposait, selon Hervé, d’autant que celle-ci est écrite par un organiste de théâtre, tantôt engagé dans la Royal Air Force, tantôt animateur de télé quand cet organe honorait « la musique légère », et hop. Voici, donc, de la musique pas légère mais qui, jouée par le zozo du soir, swingue.

 

 

Le 21 septembre 1860 trépassait Arthur Schopenhauer, donc héritait Atma, son caniche et légataire universel. Si « j’ai déjà un pied dans la tombe » pourrait passer pour l’hymne des humains en général, c’est surtout une hymne protestante devenue une cantate de Johann Sebastian Bach, dont la sinfonia n’est pas très éloignée d’un concerto pour hautbois et cordes. En vrai, on n’est pas obligé de balancer le hautbois, car ça donne ça.

 

 

Le 21 septembre 2011 fut le premier 21 septembre raté par Yannick Daguerre depuis sa naissance. Yannick était un formidable organiste et un compositeur protéiforme qui sut mourir à 41 ans pour chagriner à vue ceux qui le connurent. Cette année, le festival Komm, Bach! lui rend hommage en éditant la partition de sa Pastorius toccata et en sollicitant les artistes programmés pour qu’ils la jouent. Hervé est le premier à s’être prêté à ce jeu à la fois triste et joyeux. En dépit de la justesse imprécise des anches au sortir de l’été, son interprétation, vivante et personnelle, recherchant plus l’effet que la mesquine précision, l’illustre.

 

 

Le 21 septembre 1776, New York crame après avoir été occupé par les Britanniques. James Hewitt n’y est pour rien, il avait six ans. En revanche, c’est lui, l’organiste, qui a composé le premier donné en costumes aux USA. Et c’est lui, l’organiste de Boston, qui a écrit ces variations sur un thème que même les non-spécialistes devraient reconnaître sans même le shazamer.

 

 

Le 21 septembre 1711, le corsaire Duguay-Trouin prenait Rio de Janeiro. 206 ans plus tard, José Gomes, pseudonymé Zequinha, de Abreu signait l’un des plus grands tubes interstellaires de tous les temps brésiliens. Son « moineau de la farine » continue de zouker all over the world, parfois avec la grâce d’un Benjamin Pras en état de, euh, lévitation. (Ouf, j’ai évité la répétition de peu. Comme je sors d’une autre forme de répétition, je n’en suis pas malheureux.) La preuve par l’image animée.

 

 

Le meilleur prétexte, Hervé Désarbre l’a gardé pour la quasi fin. « Le 21 septembre 2017, la réserve ornithologique du Grand-Laviers effectue un comptage des oiseaux qui recense, entre autres, trois bécassines des marais, un busard des roseaux et trois pies bavardes. » Si c’est l’occasion d’entendre un arrangement de l’intro de La Pie voleuse pour orgue à quatre mains, pas façon Marillion mais presque, on dit : « Encore ! Encore de la mauvaise foi ! »

 

 

Devant tant de tristesse, de traumatisme, de musique jouée avec souffrance, vous reprendrez bien un p’tit bis, non ?

 

 

Pour les passionnés, qu’ils aient ou non vibré à ce concert virevoltant donné par le clergyman facétieux Hervé Désarbre et son adjoint cachant sa virtuosité et sa bonhommie sous les airs de playboy relax qu’il est aussi, rendez-vous ce samedi 16 novembre, à 20 h 30, pour un nouvel épisode improbable du festival.

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