Oldan. Photo : Rozenn Douerin.

Longtemps, ils ont vécu dans des mondes parallèles. Oldan vivait dans le monde du mardi, 19 h ; Barthélémy Saurel squattait la galaxie du mardi, 21 h. Les voici réunis pour une nouvelle expérience, toujours dans l’orbite de la Comédie Dalayrac. La collision des deux plaques se fait manière tectonique : chacun glisse deux ou trois titres, puis l’autre s’immisce, se frotte, reprend l’initiative.
Cette relation lascive des deux espaces-temps se dévoile dans le télescope des astronomes venus pour dix euros la place profiter de deux singularités de l’espace. Barthélémy Saurel, c’est le Terrien. Ce soir-là, il projette des chansons qu’il a soigneusement prélevées dans son riche répertoire, rayon « titres que je ne dégaine pas souvent ».

 

 

Pas de rôle prédéfini : c’est drôle quand c’est drôle, c’est pas drôle quand c’est pas drôle. Le mystérieux « Jaloux de rien » tutoie l’onirique « Napoléon » où l’artiste se transforme en grognard pour promouvoir Elvis et la gare d’Austerlitz.
Le « chanteur de race inférieure » (c’est dans ses gênes que y a pas beaucoup d’spectateurs) n’en garde pas moins « Un soleil dans chaqu’ poche » (Oldan, lui a « un couteau dans la poche », nuance) quand il compte les filles qui lui font envie (mais pas la vie qu’elles lui proposent).

Barthélémy Saurel. Photo : Rozenn Douerin.

L’artiste n’évite pas pour autant les problématiques urbaines comme l’art de se garer à Montmartre, ni l’importance de l’art funéraire gastronomique. Bref, on savoure cet art de chansonnier qui reste l’un des plus étrangement cachés du ciel parisien : le type n’est pas une star, mais son talent brille et devrait attirer à lui tous les kiffeurs de bonne chanson.

 

 

Oldan joue dans une catégorie différente. Au Terrien répond l’éthérique – un éthérique qui siffle de la bière, heureusement, car « Les choses sont ce qu’elles sont ». Même si l’olibrius chante parfois (« Léger au bord de la falaise »), il se revendique avant tout diseur.
Pas slameur, au sens où le slam fricoterait avec le rap à travers un travail spécifique sur la vitesse du flow ou la récurrence d’effets phoniques. L’homme a plutôt le cœur à dire des textes sur des fonds musicaux souvent planants mais assez variés pour, eux aussi, capter l’attention.

Photo : Rozenn Douerin

Saisit sa présence d’acteur, épurée avec un métier patent. Il cale sa grande carcasse sur un siège noir, choisit la couleur de sa boule lumineuse, semble rentrer, yeux clos, dans sa bouille où, de face, flottent de faux airs de Bernard Joyet, de Joe Dassin et de Jean-Pierre Ferland (les trois à la fois, c’est fort), et débite avec intention des textes maîtrisés, oscillant entre poésie narrative et nouvelles versifiées.

 

 

L’intérêt du spectacle est bien d’alterner deux conceptions de la chanson à la fois radicalement différentes mais fermement unies dans le métier de l’interprète-créateur, dans la spécificité de son microcosme artistique, et dans l’exigence que l’artiste s’impose pour propulser, en complémentarité, sa fantaisie dans les esgourdes et le palpitant du spectateur.
Il y a de la bonne humeur, de la bonhomie, mais aussi du talent, donc de l’astringent, des failles intimes derrière les sourires et, suspendues, ces interrogations fondamentales qui animent tout homme de scène digne de ce nom.

Quand la soirée se termine, la guitare circule parmi les spectateurs. Ce n’est surtout pas une scène ouverte, c’est la suite du partage. La redescente sur Terre. Sous terre. On boit un dernier gorgeon, on regarde le matériel qui se range, on ressort du Dalayrac. Dehors, il fait beau. Dedans, aussi, merci.


Prochaine séance : mardi 25 février, 21 h, à la Comédie Dalayrac (tout près du métro Quatre-Septembre, Paris 2).
Pour découvrir Barthélémy Saurel, c’est ici.
Pour écouter Oldan, c’est (deux derniers albums en ligne) ou via son site officiel.

Jann Halexander et Bertrand Ferrier. Photo : Rozenn Douerin.

C’est une étoile noire dans la galaxie des chanteurs qui blindent les petites salles, se risquent dans des grandes avec succès et fomentent des projets innovants. Ainsi, dans la même année, le nommé Jann Halexander peut claquer un spectacle singulier autour de Pauline Julien, monologuer sur scène en tant que vampire olé-olé, manigancer un tour de chant partagé entre Gabon et Russie, et préparer une échéance DeLuxe… tout en participant aux concerts des collègues.
Le voici donc, propulsé au milieu du récital qui fête la sortie du disque tout chaud et acquisitionnable ici même.

 

 

Pour l’occasion, le mulâtre a même accepté de reprendre un tube macabre afin d’alimenter le versant funéraire mais presque pas triste du concert. Un moment grinçant et réussi qui prélude à une date importante : le 23 mars 2020.  On en reparle, mais que les Franciliens curieux de chansons inhabituelles sauvegardent la soirée susdite.
Pour le moment, l’un avec l’autre, musiques !

 

Photo : Rozenn Douerin

Lors du concert du 12 décembre à la Comédie Dalayrac, une trilogie liquide et une tétralogie macabre se sont croisées. Voici leur enfant. Le disque, lui, reste paisiblement à votre disposition ici contre quelques sesterces .

 

Jean Dubois dit « Jean Dubois au jus de houblon » le 19 janvier 2019. Photo : Rozenn Douerin.

On va pas s’mentir, mâme Chabot : parmi mes chanteurs préférés et les fredonneurs que je me dis « eh merde, j’aimerais être aussi bon que lui, fait chier », il est dans le top moumoute. Du coup, l’air de rien, je lui suggère sporadiquement de venir pousser mes billevesées bien que nous ayons eu tantôt la glotte sèche (et deux pouces rouges sur YT, la classe). Ce 12 décembre, le frappadingue a accepté et s’est tapé 2 h 30 de route aller (autant au retour) pour tenir sa promesse.

 

 

Quelque part, bon, ça fait splash, d’autant que le disque est toujours disponible .

 

 

Ceci est un concert de chansons avec du texte dedans et de la musique autour, et vice et versa. Ça dure une heure, c’est 10 € l’entrée. Mais ceci n’est pas vraiment un concert. C’est une fête en chansons pour lancer le disque 44 ou presque. Le disque 44 ou presque, lui-même, n’est pas un disque. En fait, c’est un double disque mais il en contient quatre, pour 160′ de musique.
Du coup, le show n’est pas non plus vraiment un récital piano-voix. Ou plutôt, c’est un tour de chant piano-voix troublé par des hurluberlus comme les chanteurs Jean Dubois et Jann Halexander, ou le saxophoniste Pierre-Marie Bonafos. Ceci est donc une heure – et des poussières – constellée de chansons facétieuses-mais-pas-que, réservée à ceux qui ne logent pas leur cerveau que dans leurs chaussettes et qui ne diraient pas « nan » à un partage de joyeuses vibrations dans un endroit taillé sur mesure pour cette aventure. Billets en vente ici.
Le disque sera en vente in situ pour 20 €. Cette somme folle est liée au fait que double disque + livret 24 pages + impression classe. Donc ce n’est pas vraiment une vente non plus. Presque un cadeau juste un peu payant. Un don, en somme, un don de soi, voilà. Enfin, de moi. Bien. Et pour les lointains, les occupés, les gens 2.0, on peut aussi acheter le disque , lala, la, la, etc.


Rendez-vous à 21 h, à la Comédie Dalayrac | 36, rue Dalayrac | Paris 2 | M° : Quatre-Septembre

Photo : Rozenn Douerin

Sans tambour ni trompette, la Comédie Dalayrac, sous la houlette bienveillante de la coach et performeuse Florence Conan, est en train de confirmer sa place parmi les lieux parisiens ouverts aux chanteurs. C’est assez saugrenu pour que l’on le souligne. En effet, où chanter à Paris ? Trois éventualités dominent :

  • les bars où chaque petit chanteur peut essayer de faire ses armes dans des conditions généralement bien péraves,
  • les salles sacrées souvent réservées à de petits cercles se reprogrammant en autarcie, et
  • les théâtres à jauge démesurée et/ou à location exorbitante.

Face à ces hypothèses, la Comédie Dalayrac se positionne. Lieu atypique, superbement situé près de l’Opéra Comique, il refuse de se figer dans une proposition univoque. Accueillant parfois des séminaires de développement personnel la journée, des spectacles comiques sous l’égide de Mathias Sénié, il détone en programmant aussi régulièrement qu’irrégulièrement des chanteurs très différents, que l’on peine à entendre dans d’autres lieux adaptés. Parmi ces proféreurs de sons avec des mots dedans, l’on peut citer Claudio Zaretti, Barthélémy Saurel, Ben Nodji, Oldan et, donc, Ève Guerrier.
Avec sa voix de fumeuse, entre Guesch Patti et Mama Béa Tekielski, et sa crinière évoquant Véronique Sanson ou Céline Dion version Florence Foresti, ladite guerrière se présente seule sur scène avec son micro et sa bande-son – hélas, hélas, trois fois hélas. Ses chansons, co-écrites avec Éric Guéna, revendiquent le goût du charnel. En effet, d’emblée, l’artiste exprime son désir de « croquer la pomme d’ardent » pour fusionner « ardent » et « Ève ». Loufoque, elle dépeint, dans la foulée, un pied jaloux d’autres pieds, de ceux qui font des pieds-de-nez aux pieds manucurés arrivant à cloche-pied. En somme, la chanteuse fait un pas de côté pour avouer qu’elle aimerait prendre son pied, même si ce n’est point évident de positionner chacun de nos morceaux dans le « puzzle du temps ». Face à cette impasse, pour trouver ses mots et conniver – hop-là – avec l’auditeur, le spectacle recourt donc à des intertextes mouchetés, évoquant entre autres les « leçons homériques » ou convoquant Ronsard, Maurice Chevalier, La Fontaine, voire Georges Brassens quand il nous est rappelé que « c’est pas tous les jours qu’on rigole », évidence idéale pour trouver de nouvelles paro-o-o-les… sous le regard d’une spécialiste de Dalida !
Les histoires qu’Ève Guerrier nous raconte, enrichies par ces références jamais pédantes, soufflent aussi sur les braises des parophonies (« on nous vend du vent à tout vent, qu’on soit mistral ou sirocco »), de la dissociation sémantique (comme quand l’héroïne tombe dans un « gué tapant » qui, en l’occurrence, n’est pas un homosexuel violent) ou de la métaphore décalée (« la transparence de ma robe  s’est figée en sushi / exterminée par ta jalousie en fleur de maki / tu m’as découpé ma petite robe façon sashimi »). La langue claudique à dessein, le verbe trébuche sans s’excuser, le sens se carapate souvent dans une idée directrice qui vampirise la chanson, la plongeant tout entière dans un jeu de mots ou un décalage imagé. Partant, il y a de la gourmandise dans le réinvestissement sémantique, dans le désir de partage, bref, dans l’envie de l’autre pour « se tenir la main » entre « galériens » et « fair’ face à cett’ putain de vie ». Inéluctable conséquence : il y a aussi de la revendication, de la colère intériorisée, du réalisme – id est de la lucidité, celle qui fait pointer à la chanteuse

  • çà un monde peuplé de conseillers prêts à nous répondre vingt-huit heures sur vingt-quatre,
  • là un espace où ne sont pas les bienvenus celles qui ne veulent être dématérialisées et,
  • entre les deux, l’absurdité de la technologie moderne : « Je suis rentrée dans ma bagnole / et je lui ai parlé / et elle m’a répondu. »

Photo : Rozenn Douerin

Face à cette dépossession de soi, Ève Guerrier revient à son centre : le charnel. À son lover du moment, elle enjoint de ne plus « jouer carton bristol » car « ce soir, je t’offre mon acropole ». Avec la chair revient la chère chère, consubstantielle. Une typologie cupidonienne assez spécifique en témoigne : « Y a l’amour qui pique les yeux / y a l’amour vache et l’amour food ». Suivent les amours foudre ou floues. Comme la robe se sahimisait, l’amant « reste aimanté à mon cœur / comme la viande à son burger« . D’où la nécessité de boire un coup « au bistro des États-Unis », même si, selon les termes d’Isabelle Mayereau, l’alcool reste « le coup d’fouet qui claque, qui solutionne pas ». Or, c’est à travers ces fêtes charnelles traduites par une gastronomie fantasmatique que la chanson d’Ève Guerrier revendique son ancrage dans un réel qu’elle s’approprie.

  • Le réel que nous connaissons, c’est celui où « chercher du boulot rend gogol / et même quand on en a / on finit les fins d’mois / avec un creux à l’estomac ».
  • Le réel tel qu’elle se l’approprie s’anime quand nous nous transformons en loup-garou (« tous m’aiment et me dessinent / hum’ l’air que je respire / ils pensent que, peut-être / ils sont de la fête »).

Ce titre de pleine lune, servant de teaser pour un quatrième album en préparation, assume l’inachèvement perpétuel du langage, incapable de saisir la multiplicité de notre être-au-monde, puisque nous sommes gens bien et loups-garou, pieds droits jaloux de pieds gauches, robe et sashimi. Aussi la nouvelle chanson est-elle rythmée par l’abandon des mots au profit des onomatopées (« AOUOUOUOUH ! ») et des syllabes déconstruites (« con »), victoire du son sur le langage articulé.
Dans un tel contexte, en un mot, pas étonnant que, à la fin du spectacle, le langage se dérobe tout à fait, se craquèle puis se décompose (« l’amour serait-il mathématique ou ma thématique ? »). Logiquement, à ce stade du récital, l’artiste va puiser chez d’autres le minerai de son propos : deux reprises contrastées (« La louve » de Pierre Perret et « Madame rêve » du trio Alain Bashung – Vic Emerson – Pierre Grillet) encadrent l’aveu amniotique de l’artiste : « Si je nage nue dans la mer [ou la mère ?], je suis et ne serai jamais aussi obscène. »
Dès lors, la scène s’impose comme lieu de l’obscène, où « la vie se saoule dans le ruisseau du temps ». En écho, pour conclure ce seule-en-scène, Jacques Brel nous parle de la mort et de la mer où « les femmes sont lascives ». Cela sonne comme la sainte thèse, la synthèse ou l’ascèse teinte ou la teinte 16 (ça ne veut rien dire, et alors ? on n’a pas tellement compris non plus le titre du spectacle choisi par la dame aux plumes bleues, na) du propos inquiet, amoureux, décalé qui anime la chanson façon Ève Guerrier.


Prochaine représentation le 20 décembre. Réservations ici.

Claudio Zaretti le 15 novembre 2019. Photo : Rozenn Douerin.

Les habitués de ce site le savent : Claudio Zaretti est un chanteur à guitare et un guitariste à chanson. Italo-Suisse inspiré par l’Amérique latine, il chante sa vie (heureusement bestofisée) avec énergie et émotion, laissant la place à la musique entre les mots.
L’homme sait être pêchu et tubesque, mais n’hésite pas non plus à glisser dans le midtempo et la réflexion – l’humour modeste et la spontanéité pleine de métier créant des passerelles entre les différentes atmosphères.

 

 

À l’occasion de la sortie de Cosmos Hôtel, son nouvel album, finement réalisé au côté du talentueux gratteux Hervé Morisot, le baladin protéiforme a proposé un nouveau tour de chant centré sur les chansons fraîches, puisqu’il a interprété les onze chansons de sa nouvelle set-list… mais pas que.
Le résultat : une soirée où, dans une ambiance conviviale, l’on sourit, l’on chante, l’on vibre au gré des engagements, des émotions et des bonnezidées du zozo ; et une nouvelle preuve qu’un concert de Claudio Zaretti, c’est toujours rien chouette. Tu rates-tu pas sa prochaine date si une bonne soirée passer tu veux !

Photo : Rozenn Douerin

Barthélémy Saurel chante toujours le mardi à 21 h à la Comédie Dalayrac. C’est toujours un grand spectacle de chanson et de fantaisie, avec une pincée poétique entre rugosité anticonsensuelle, loufoquerie grinçante et marrade assurée.

Photo : Rozenn Douerin

Avec une nouveauté : désormais, parfois, le chanteur sourit.

Photo : Rozenn Douerin

Pas de panique, le spectacle reste toujours aussi bien quand même. Prochaine édition le 12 novembre. Rates-tu donc pô çô, Francilien.

Sébastien Hoarau. Photo : Bertrand Ferrier.

« À la fin, tu es las de ce monde ancien », proclame Guillaume A. en ouvrant la Zone, frontière de ses Alcools. Fréd Brulé Attend, Perrine Lenzini et Sébastien Hoarau, lassés d’une convention théâtrale sclérosante qui cantonne parfois le comique sur sa p’tite scène, envahissent – à trois, c’est pas si facile – l’alcôve de la Comédie Dalayrac pour y distiller leurs sketchs autour d’un projet délicieusement enivrant : explorer les vapeurs de l’Eros en aguichant les spectateurs par leurs récits éthylo-érotiques. Il semble que cette proximité, parfois interactive, constitue ce que les olibrius appellent « plonger le spectateur dans de l’humour immersif ».
Ce type de révolte contre les us n’est as une première pour le metteur en scène et régisseur Fréd Brulé, coupable assumé d’avoir séduit Laurent Ruquier en proposant, foufou et foufougueux, un one-man-show tout nu. Nous étions à la deuxième du nouveau spectacle qu’il joue et met en scène ; en voici, hips, le récit.

Perrine Lenzini. Photo : Bertrand Ferrier.

Le début in medias res associe un mec bourré et une serveuse bourrue. Elle en a marre. Marre des mecs éméchés, marre des baises de base. Sébastien Hoarau tente de faire diversion en interprétant, sur bande-son, ailes d’ange dans le dos, un premier air de musical, en anglais dans le texte. Trop long pour un premier insert ? Peut-être, mais la jolie voix du chanteur nous aiderait davantage à oublier l’agacement du play-back si le positionnement du propos nous paraissait plus cohérent : tout le spectacle va parler d’amour hétéro ; or, le chanteur joue de façon fort maniérée, et Fréd est ouvertement homosexuel. Pourquoi diable évacuer du spectacle cette orientation ?
Perrine Lenzini n’en a cure. Avec un talent évident, elle incarne la trentenaire modérément libertino-libertaire. Si l’actrice, on l’apprendra a posteriori, tremble pour son chéri, gravement blessé peu avant la représentation, le personnage s’assume dans sa recherche d’ivresse charnelle-mais-pas-que : elle veut à la fois tomber un bon coup et lever plus qu’un bon coup. Genre pas un mec qui associe homme marié et gamin sur le porte-bagages de la vie, le « méga combo ». Car la damoiselle est revenue du fuck virtuel. Désormais, elle revendique de privilégier plutôt le face-à-face que le fake to fake. Super prétexte pour multiplier les sorties. Logique, les sorties, c’est idéal pour être bourrée – alcooliquement, mais pas que, d’où le risque de « perdre [s]a culotte et [s]a dignité ». Oh, la greluche est loin d’être sotte. Elle suppute qu’elle peut mieux faire, mais quoi ?

Fréd Brulé Attend. Photo : Bertrand Ferrier.

Prompt à la conseiller, Fréd, très investi dans son rôle, assume un personnage de dragueur louseur. En dépit voire en débit des rebuffades de la nana, il n’a pas renoncé à capter Perrine dans ses filets, mais il ne sait pas trop s’il doit compter sur l’alcool pour parvenir à ses fins… ou pour excuser ses échecs. Toujours sur bande-son, Sébastien Hoarau s’inspire d’un extrait de musical pour suggérer à Perrine des idées de relookage. Le projet ? Être plus populaire. Fréd fait la moue. Faute de conclure avec la chaudasse, il préfèrerait faire l’amour grâce à des appli de rencontres soft – même si, au couple homo présent, ce mardi, qui affiche son goût pour Grindr, il lance : « Oh, vous êtes pédés ! », réactivant notre question sur le bannissement de l’homosexualité du reste du texte… Quelques fulgurances pimentent sa quête de love, dont le concept de « démouiller », que l’on regrette de ne pas voir davantage développé, mais peut-être le sujet était-il asséché – tout à fait, c’est super pas drôle comme remarque, mais je laisse quand même. Arrêtant soudain d’être ivre, Fréd esquisse un alphabet-typologie du désir moderne (sans le « N », ce soir-là) qui, nous semble-t-il, pourrait gagner à être de mauvaise foi en gommant les lettres où que y a rien à dire – si le mec était ivre, ça passerait super bien.
Le Z du zalphabet zarrivé, voici que Perrine reprend le bar et la barre pour déclarer : « Les mecs sont des chaudières, ça me troue le cul. » Une première étape avant d’admettre que, même quand tu en pinces pour un charmant, la vie n’est pas un conte de faits, plutôt un décompte de rêves échoués dans les ports des porcs ou des pores qui suent. On s’amuse d’entendre remonter l’assent du Sud de la comédienne quand la fatigue semble la saisir. Or, c’est le moment que choisit, in a way, Sébastien Hoarau pour chanter le chagrin – pas vraiment celui d’Allain Leprest, soyons précis, mais manière de souligner que, quoi qu’il arrive, on est presque tous en quête la même ivresse : chercher l’amour, le trouver, et se prouver que l’on peut plaire. Le chanteur sur bande-son assume, grâce à Pierre Lapointe – l’un des Québécois qui a percé en France sans jamais susciter notre fascination, il nous faut l’accepter – que la seule chose qui le rassure, ce sont les joies répétitives. Faute d’elles, il préfèrerait se suicider.

Perrine Lenzini. Photo : Bertrand Ferrier.

D’où la nouvelle question, propre à l’association entre l’amour et la mort – comment crever ? On goûte particulièrement la première idée, celle de l’avortement, que l’on aurait beaucoup aimé voir poussée dans les retranchements de l’absurde. Ben quoi ? Dans un spectacle sur l’amour, désinhibé par l’alcool, on n’aurait pas le droit de fantasmer ? C’est incroyable, ça. Mais l’on apprécie aussi l’hypothèse de l’hypothermie, car elle permet à la seule femme du trio de lancer l’une des meilleures punchlines du spectacle : « Super, et c’est qui qui t’enterres ? Les pingouins ? »
En conclusion, même si les amoureux de l’amour peinent à conclure, voici un spectacle joyeux, dont on sent qu’il est encore en cours de finition. Quelques idées, parmi d’autres, afin de titiller les artistes ?

  • Sans doute le lien avec un public multiple peut-il être fouillé (boudu, quand tu proposes un verre à quelqu’un, paye ton coup, si j’puis dire) ;
  • sans doute la question des sexualités multiples gagnerait-elle à être mieux assumée ;
  • peut-être l’extension du domaine des échanges entre les trois zozos, atténuant l’impression d’une succession de sketchs, serait-elle une piste à suivre ;
  • peut-être certains sketchs gagneraient-ils à être condensés pour gagner en efficacité – il est probable que, à force de se confronter au public, tel ou tel passage sera densifié ;
  • peut-être l’interaction avec le public sera-t-elle plus percutante en s’approfondissant – elle paraît parfois avoir du mal à lier le dialogue ainsi noué avec la suite du spectacle ;
  • enfin, le statut de l’alcool, après avoir été prépondérant au début autour de l’excellente question de l’ivresse, se délite un peu pour ressurgir sous forme apaisée en fin de bal (sans trou, merci). Dès lors, en l’état, l’on pourrait çà et là regretter que le titre apparaisse, parfois, comme un prétexte pour des sketchs autour de l’amour à l’autoproclamée ère 2.0 – et ce n’est pas un jéroboam de vodka déposé en fond de salle qui suffit à recentrer la question autour du degré dans le sang.

Tel est le propre des spectacles drôles, que l’on a plaisir à voir se construire, s’éroder, se bâtir à mesure que le public s’y frotte et s’y pique. En attendant, cela se sait, quand j’ai vu, j’bois double. Alors, comptez sur moi pour chanter, avec Guillaume A., l’universelle ivrognerie ; et je boirai encor, s’il me plaît, l’univers. Na.

Perrine Lenzini et son shot (extrait). Photo : Bertrand Ferrier.

Pour ceux que ce projet en construction titille, rendez-vous à la Comédie Dalayrac, tout proche de l’Opéra. C’est le mardi à 19 h 30 jusqu’au 25 juin – billets ici pour moins de six euros, ce qui rend la découverte abordable. (Et, à 21 h, même endroit, pour dix euros, chante l’extraordinaire Barthélémy Saurel, tu dois-tu pas rater ça pantoute.)

Photo : Jacques Bon

C’était un pari foufou :

  • quatre récitals avec guitare,
  • quatre mardis consécutifs,
  • sur quatre thèmes distincts,
  • animés par quarante-quatre chansons toutes différentes,
  • avec quatre invités pour éclairer les concerts d’une sonorité alternative or somethin’,
  • le tout afin de tester le concept et de promouvoir le projet d’album de 44 chansons avec piano, auquel vous pouvez contribuer en cliquant ici.

Pour conclure l’aventure, ce 7 mai, le quatrième épisode a commencé de la sorte.

L’objectif était moins de parler du chanteur que de ce que l’on voit dans un miroir, comme dans une noix, de préférence quand le chanteur est fermé – sinon, on mange le tout sans traîner, et puis bonsoir. Voici, donc, une capture d’écran de Monsieur Ferrier.

Dans le miroir, on voit des visages, des figures. Mais l’on voit aussi des défauts. Les siens, parfois. Et, curieusement, souvent, ceux des autres. Occasion rêvée pour avouer une phobie carrément choquante – et pourtant source du premier inédit de la soirée.

Ne mentons pas : dans le miroir, on voit aussi tout ce que l’on n’est pas. Ce qui peut faire beaucoup, selon la lucidité des individus, et paraître plus ou moins désirable, selon leurs polarités. Le sujet n’a certes pas été escamoté pour cette dernière au Dalayrac !

Manière de fêter ce quatrième volet, il a été invité un musicien-pas-chanteur, histoire de contraster avec les prestations parolées, si si, de Jean Dubois, Claudio Zaretti et Jann Halexander. Pierre-Marie Bonafos, virtuose du sax et jazzman d’excellence, a accepté de se chauffer en direct (il sera sur les disques à venir !). Son souffle et son son, et hop, nous ont propulsés loin, loin, comme dans un film américain.

Comme le rappelle la présence de Pierre-Marie, dans le miroir flottent une identité d’apparence faute d’être d’apparat, et la présence de ceux qui ne sont pas sur la photo mais vous permettent d’être sur l’image. Et, heureusement, la chanson est un tantinet plus claire que ce blablabla fuligineux.

La vérité, la voilà : le miroir ne nous renvoie que ce que nous acceptons de voir. Un récital de chansons dans le miroir doit donc accepter d’évoquer ce que nous feignons de ne surtout pas être, par exemple par peur de laisser du jeu au hasard.

Hélas, le miroir a aussi ses vérités, en deux mots, qu’il assène sans ménagement. Il nous renvoie à ce que nous sommes, aimerions être, n’aimerions pas, ne sommes pas. Il nous rabougrit à notre échelle – c’était le sujet, amené avec une légèreté de chantilly industrielle, reconnaissons-le.

C’est un tournant du spectacle, le twist final. Ce moment où le miroir devient poétique ou, du moins, intérieur. Très intérieur. Trop intérieur ? Incontestablement. Résultat, on finit par s’en encolérer.

Plus qu’à remédier à un problème structurel

… et il est temps d’offrir un second bis qui fait zizir. Merci à tous les spectateurs, aux curieux qui feuillettent les vidéos, et à ceux qui soutiennent le projet d’enregistrement sur la page dédiée. Bons miroirs à chacun. Restons-y, toujours, les plus beaux (au moins).


Fin de la Nouvelle tétralogie ce mardi. Parfois, la fin, c’est joyeux, surtout quand y a des gens sympa pour vivre ça. Ce coup-ci, je vais me mirer dans le miroir pour, comme un escargot et Vincent Baguian, vérifier si j’y ai laissé une trace. Au moins un invité de luxe viendra nous soutenir, vous et moi, sur ce chemin de joie : Pierre-Marie Bonafos, virtuose et jazzman, sera là pour souquer ferme dans ce monde de chansons, swinguer les conventions et pulser l’attendu.
Peut-être Pierre-Marie ne sera–t-il pas le seul invité. Sauront ceux qui seront là à 19 h 30 ! On compte sur vous, surtout si ça vous fait kiffer de partager de la chanson avec du texte et de la musique dedans – sinon, mon Dieu, vivez heureux sans, ce sera aussi mieux. Promis. Dans le cas contraire, merci, simplement, d’être bientôt là.


Réserver pour le concert, c’est ici.
Soutenir le projet de disque, c’est bien utile et c’est .

Photo : Purple Shadow Agency

Mardi 30 avril, c’était parti pour le troisième épisode de la Nouvelle tétralogie. C’était même mal parti. Sur une déception terrible. Une trahison.

Pas de quoi m’empêcher de profiter de la scène pour raconter ma vie. Quand même. Y a un minimum, bon sang.

En effet, cet épisode était résolument amoureux. Il fallait donc le reconnaître : on n’est pas faits pour vivre seuls…



… même si certains pensent que, eh bien, si mais peut-être nan, ça dépend (profondeur de l’amour).



Pour relever le niveau, il fallait rien moins que l’intervention de Jann Halexander afin que l’on se crût, enfin, dans une chanson d’Anne Sylvestre – ou tout comme.



Sans craindre de me prendre une veste, même celle que j’avais enlevée, j’ai donc lancé un appel clair et définitif.

Faute de volontaire clairement motivée, j’ai dû préciser mon propos en recourant à la pire déclaration amoureuse possible : la prière à saint Max.

Était-ce une façon de prétendre que toutes mes pensées amoureuses ressortissaient de la pureté métaphysique et éthérique ? Foin, point, tchoin. J’assume, dans mes pulsions chantées, une certaine part d’animalité.

Certains supputeront que cette attention à d’autres règnes est une astuce pour ne pas s’enfermer dans une vision trop étriquée. Ils ont raison, ou je la leur donne en ouvrant la porte.

Comme l’amour est jamais meilleur que quand il se vit sans trop de préoccupations pécuniaires, je tâche de m’y préparer en écrivant des succès qui me mettent à l’abri des besoins matériels. Signer une chanson en anglais et en gestuation m’a paru une bonne astuce pour y parvenir.

Soucieux de rendre à la langue française le territoire qui lui appartient, Jann Halexander est revenu mettre un soupçon de gaulois sur la scène du Dalayrac. J’ai trouvé ça un peu égoïste ; voilà donc ce que ça donne, quand deux égoïstes se rencontrent.

Pour replacer l’amûûûûr au cœur du spectacle, j’ai choisi d’aller faire un tour à la brocante. Mon rare côté Thomas Fersen, I must confess.

Puisque la fin du spectacle approchait, j’ai décidé de glisser en bis, avant la dernière chanson, une chanson d’amour européenne à déguster après quelques hectolitres de Guinness. Bonne soif à tous.

En conclusion, on le peut poser avec fermeté : amour et spectacle ont ceci de similaire que, soyons en sûrs, tout cela passera. Sauf que, avant cela, nous aurons aimé, na.

Bref, comme qu’on dit, à mardi !

Photo : Purple Shadow Agency


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Ce mardi 30 avril, près de l’Opéra Garnier, se déroule le troisième épisode du projet « Nouvelle tétralogie ». Aujourd’hui sont prévues des chansons amoureuses. Selon l’expression de l’expert Céline, venez vivre l’infini à la portée des caniches que nous sommes. C’est vrai que, déjà du temps de Je m’appelle Firmin, l’amour était une préoccupation infinie pour nous autres puisque « Tout le monde fait l’amour » (Paroles et clavier : Bertrand Ferrier / Musique et voix : Damien Ferrier / Réalisation : Thierry « Titi » Tonelli).

Ce soir encore, on va pleurer sur mon sort, rigoler de la vie, s’amuser de nous, méditer avec une grande profondeur (de vue, bien sûr), faire des « oh » et des « ah », compter les erreurs de textes et les accords loupés, citer Ricet Barrier, parler de tartines et accueillir l’invité vedette voire la guest star du jour, Herr Jann Halexander, pour deux chansons et demie. Pour ceux qui veulent me voir près de manches à balai, c’est ci-d’sous.


Pour ceux qui veulent me voir près de(ux) micros, c’est çà.
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Photo : Rozenn Douerin

J’ai laissé des bouts de moi un peu dans chaque endroit, peut-être dans quelques esgourdes itou. Des bonnes et des fausses notes, des paroles, des bonbons, des chocolats parfois. Ce soir-là, pour le deuxième épisode de la Nouvelle tétralogie, constitué de « Chansons géographiques », j’ai invité mes commensaux à commencer – c’est hilarant, presque comme le funeste – par faire un tour au troquet.

Après un détour par Nanterre, on s’est enfoncé davantage dans des terres beaucoup plus intérieures que j’ai intitulées des tunisies. Il paraît que le nom était déjà pris, tant pis : sur un malentendu, ça passe.

Cet atavisme sudiste m’a poussé à parler d’un fantasme qui sent l’iode et le rosé, les cigales et l’élection de miss Nibards, le festival de danse folklorique et les marchands de churros – bref, des vacances à Narbonne-Plage.

Du coup, l’invité du jour a jeté sa gourme pour avouer qu’il était un vrai routard, peut-être pas tout à fait punk, mais à chien tout de même. Dans le quartier de l’Opéra où avait lieu le concert, ça en jette.

En tant que puissance, si si, invitante, j’ai été contraint de renchérir et de me situer non loin du signor : pas tout à fait au niveau du chien, pas encore au niveau du loup. En somme, dans la géographie mouvante de nos animalités.

Pourtant, point ne s’agissait de réduire les géographies à nos petites personnes. Un grand souffle glacé a ainsi embras(s)é la Comédie Dalayrac en inspirant une chanson intimement géographique et torturée : complètement québécoise, sauf l’accent qui est plus grave qu’aigu – disons circonspect.

À la vérité, une chanson qui est d’ailleurs et de nulle part correspond au projet de chansons géographiques. Les lieux ne sont que des prétextes où laisser des bouts de soi et emporter des bouts des autres – tous ceux qui ont fricoté avec la gare d’Arras le savent.

Il n’en reste pas moins que la géographie peut être aussi physique (un lieu) que fantasmée, temporelle (un moment entre deux moments), inspiratrice ou sociale. Le géographe Jean-Jacques Goldman ne parlait-il pas des gens « d’un certain milieu, d’un certain style » ? Du coup, s’il n’en parlait-il pas, ben, pourquoi pas moi ?

Avec son affabilité coutumière, Claudio Zaretti nous a gratifié de son tube inédit, cosmique et hospitalier. C’est bien sûr avec son autorisation que nous diffusons ce petit moment de feel-good song – moment résolument géographique.

Après, la soirée de chansons a continué par une géographie humaine. Pour savoir ce qui, alors, s’est tramé, nous ne diffuserons qu’un dernier extrait. Le reste, seuls ceux qui se faufilèrent jusqu’à la Comédie Dalayrac le connaissent. Faites partie des prochains en réservant votre billet pour le prochain épisode – un épisode résolument amûûûûreux (références ci-d’sous !).


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Oui, ce mardi, pour le deuxième épisode de la nouvelle tétralogie, j’ai géo.

De fait, l’on va fredonner des chansons géographiques en mêlant (avec un « m », pas un « b ») les cartographies autochtones à celles de Claudio Zaretti. Compter sur votre curiosité voire, soyons flouflous, votre présence, cela serait bigrement joyeux ; et cela se peut réserver illico presto ici même. Hop.

Bertrand Ferrier à la Comédie Dalayrac. Photo : Rozenn Douerin.

Le premier épisode était bien, était chouette. Y avait des gens, du bon esprit, des fredonneries. Juste, le problème de base, c’est qu’il n’y avait point de piano. Donc j’ai demandé l’aide du public. Voilà le résultat.

Démuni, j’ai arrêté de rêver, afin de me consacrer aux rêves des autres.  C’est hyperplus généreux.

Et puis, on va pas s’mentir, ça permettrait de préserver ses propres rêves, nom d’une pipe en bois.

Cette ouverture onirique n’exclut pas un certain pragmatisme. Normal : tant qu’à ne pas être friqué, être froqué est un minimum.

Bref, il était temps que la poésie liquide de Jean Dubois remît un peu d’essence dans le moteur de la soirée.

Quand l’artiste eut fini, le tâcheron dut se remettre au travail. Car, on va pas se mentir,

Était-ce une raison suffisante pour admettre l’énormité de mon cerveau ? Ne sais pas, ne me prononce pas, passe le fromage à mon voisin.

Tant d’incompétence déçoit, inquiète, chagrine – en somme, donne le cœur gros.

Il semblerait bien que ce spectacle, comme la vie souvent, ne fût qu’un ample gribouillage. Genre ça.

Photo : Rozenn Douerin

Ou genre ça.

Il était temps de se pousser sinon du col, du moins de la fleur des chants.

Ne le contestons pas : ce fut une bonne surprise.

En effet, jusqu’ici, l’un dans l’autre, bon an mal an, cahin caha, on s’approchait dangereusement de la journée de merde.

Une telle analyse appelait un diagnostic sans, précisément, appel : on veut à boire. Allez, bonne année et à mardi !


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Début de la saga ce jour.
Je reviens sur scène à Paris, juste à côté de l’Opéra Garnier.
Dans un endroit improbable, central mais bien caché.
Avec l’incroyable Jean Dubois en invité. J’y tenais, il a accepté. Au moins, là, je suis sûr que vous aurez entendu un grand chanteur.
Et, aussi, c’est moi qui choisis la musique de fond pour quand vous entrez (ouverture des portes à 19 h 20). J’y tiens, et il paraît que j’ai le droit, alors bon. Au moins, là, je serai sûr que vous entendrez du bon son.
En fait, non, j’ai pas le droit. Il faut que ce soit uniquement instrumental. Du coup, j’en ai rien à foutre, vous entendrez du bon son après.
Bref, y a plus qu’à. Avec vous serait un sus. À l’ancienne.


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Photo : Bertrand Ferrier

Après quatre ans dans un petit théâtre parisien, Barthélémy Saurel revient dans… un autre petit théâtre parisien, afin d’y plaquer accords, textes et musiques « entre chanson et humour ». On va être stipulatoire : ceux qui aiment la chanson de qualité avec du texte dedans, précipitez-vous. Oui, je me suis engueulé avec cette tête de mule – il était 100% en tort, je peux le dire, c’est mon site – mais, une fois de plus, je dois le reconnaître : ce que fomente ce paltoquet est fort, drôle-mais-pas-que, et fait avec autant de talent que de maîtrise (modalités de réservation en bas de notule).
Développer le dithyrambe ? Soit car, si un lecteur feuilletant ce site ne connaît pas encore le gaillard, on ne peut que l’inciter à filer l’applaudir. En effet, Barthélémy Saurel est l’une des pépites que cèlent les scènes de la capitale à triple titre, ce qui est plus facile à écrire qu’à dire :

  • un excellent auteur-compositeur,
  • un interprète remarquablement rompu à l’artisanat artistique de la chanson, et
  • un personnage à la singularité jamais putassière.



La personnalité en apparence monobloc qui sévit ce soir à l’occasion de sa deuxième représentation in situ a préparé rien moins que vingt-cinq chansons, interrompues par un entracte, pour embarquer les spectateurs dans son univers. Après plus de deux ans que je ne l’avais vu, suite à quelque échange aussi bref que vif concluant l’aventure du Soum-soum, c’est joie de replonger dans ce répertoire puissamment secoué, savamment drôle et parfaitement propulsé par :

  • une voix sûre,
  • une guitare jouée seul mais avec maestria, et
  • un sens du rythme qui garantit un récital en rebondissement perpétuel, sans gras ni tunnels ennuyeux.

Pour les spectateurs, c’est une grande jubilation d’1 h 30 ; pour le spectateur chantonneur, c’est une leçon devant laquelle il convient de s’incliner en pensant : « Nan mais, c’est pas grave, je fais pas moins bien, juste pas le même style que lui. »

Photo : Bertrand Ferrier

Posant d’emblée que « chaque homme a son moulin / et se cherche du grain à moudre », l’artiste admet être passé « de seul contre tous à qui m’aime me suive », à l’instar du tueur qui, optant pour la méthode douce des balles à blanc puis constatant que personne ne tombe ni ne caveau, comprend qu’il ne va « pas longtemps supporter ça ». Pour autant, Barthélémy Saurel est très clair : lui qui se revendique comme « chanteur de race inférieure (c’est dans mes gênes que j’ai pas beaucoup d’spectateurs) » ne feint pas la douceur séductrice. Il ne cajole pas, il ne racole pas.
Le roi Loth n’aime pas participer ? Barthélémy Saurel l’imite, il n’aime pas être en adéquation : « J’veux pas qu’on m’gratifie / j’veux pas qu’on m’certifie / qu’on m’scelle ou qu’on m’décore » non pour jouer au petit miséreux – non, juste pour « ne pas douter de [s]a sincérité ». Au point qu’il le clame : « J’veux pas être dans un groupe : ça, c’est bien entendu / mais j’veux pas d’l’exclusion, elle rapproch’ les exclus / et tout c’qui est social me dégoûte tellement / qu’j’veux pas être asocial, y a l’mot social dedans. » T’en veux-tu d’la punchline, en v’là, Mistinguette !

Pareil pour l’amour : si d’aventure le chanteur le croisait, quelle catastrophe ! « Si les autr’ filles n’existent plus, dites-moi pourquoi exister ? » Conscient que sa posture peut choquer, il prévient : « J’veux surtout pas voir de docteur / surtout si c’est un qui guérit. » Résultat, il ne lui reste de l’amour qu’un « peu d’mépris pour les roses / et cette fidélité que ni j’demande ni je propose. » Titube-t-il et voit-il des papillons en sortant de chez sa dulcinée ? Pas d’inquiétude, « c’est parc’ que l’amour ne remplace ni la viande roug’ ni le poisson. » Autant dire que les stigmates qui font ouh-ouhter les sots, par exemple parce que vendre des missiles, c’est caca, il s’en tampiponne et revendique d’avoir pu être footeux quasi vedette ou, au moins, « dans une équipe qui gagne grâce à [s]on père qui fabriquait des armes ».
Dès lors, rien d’étonnant si ce napoléonophile est « volontaire pour la Révolution » pour « avoir quelque chose à fair’ le soir » ou « emmerder l’All’magne, l’Amérique et l’Japon », « à condition qu’ell’ soit improvisée / peut-êtr’ souhaitée mais pas autorisée / et qu’ell’ se fass’ sans sponsor et sans subvention ». L’homme rue dans les brancards des religions, ces « sectes démodées » qui, curieusement, réservent toutes un accueil particulier au pauvre cochon. Ce nonobstant, l’objectivité l’oblige à reconnaître qu’elles ont un grand intérêt, puisque « les tenues religieuses sont pratiques pour chier discrètement ». Bref, face aux dogmes millénaires, lui paraissent plus pertinentes des questions existentielles moins courues du style : « L’eau sait-elle que la vapeur, c’est elle ? » Ou : peut-on apprécier les pauvres quand on sait que d’autres sont encore plus pauvres ? Ou : faut-il respecter les minorités de plus de un, surtout si elles sont majoritaires ?

« Avec une guitare mais sans micro » dit le pitch. Contrairement aux apparences, c’est vrai. Photo : Bertrand Ferrier

À la mi-temps, on l’a compris, le ronchon ne manque ni d’idées très personelles, ni de fantasmes fort singulier. Dès la reprise, il le prouve encore, révélant qu’il aurait « tell’ment aimé être une ville italienne », non par pour coincer la bulle mais afin de « prendre une voie antique pour sortir de moi-même, et ram’ner un nuag’ pour dormir sous la pluie ». Aussi serait-il benêt de réduire Barthélémy Saurel à un chanteur drôle, ce qu’il est avec férocité. Son interprétation de « La danza » de Gioachino Rossini, visant à prolonger son escapade de chercheur de Botte, démontre son souci de ne pas se cantonner dans l’efficacité univoque : surprise, diversité et pas de côté sont aussi des atours séduisants. D’ailleurs, statistiques de conquêtes rêvées à l’appui, le chanteur perçoit le monde comme un immense champ de possibles, et il peine à accepter que, en réalité, le monde est, surtout, un immense marécage d’impossibles. Sa persévérance de chanteur « de race inférieure » illustre et éclaire à la fois cette tension.
Ainsi, à l’image de telle fille qui, non seulement est à moitié cinglée « mais moi je dis aussi qu’il [lui] manque l’autre moitié », le personnage Saurel peut se laisser séduire par sa moitié… avant d’apprendre « que c’est Roger l’nom du nouveau ». Furieux d’avoir cru au couple, il s’amuse pourtant de voir que Roger, à son tour, y croit, concluant : « Et ce s’ra quoi, l’nom du prochain ? » Entre ironie et autodérision, l’auteur sait s’amuser avec des situations ou avec des séries de jeux de mots comme dans « Un ramoneur la suit ». C’est aussi cette variété incroyable, toujours de qualité supérieure, qui époustoufle.
D’autant que la facétie n’empêche point l’artiste d’être prophétique. Selon lui, « au train où vont les choses, les objets finiront par vivre / et y a des chanc’ pour que, pour nous, ça complique un peu la vie qui va suivre. » Et c’est vrai, que se pass’ra-t-il quand les escaliers changeront l’ordre de leurs marches et que l’on ne pourra plus atteindre la première, ou quand les lunettes se colleront du papier parce qu’elles en auront marre qu’on leur regarder au travers ? Probable qu’il nous faille mourir et être, au mieux, « incinéré au feu d’bois », ce qui suscitera un nouveau problème : être ou ne pas être incinéré au bois de hêtre ?



En attendant cette perspective, notre gastronomie suivra le cours de notre couple, suggère Barthélémy Saurel en avouant que, « de raviolis en boîte en raviolis en boîte, j’en suis à m’demander / (…) si final’ment j’ai eu raison de te quitter »… quitte, justement, à reconnaître que « de petits gâteaux secs en petits gâteaux secs, / il vaut mieux final’ment que j’aille au restaurant. » Au cœur du faux cynique et de l’humoriste accompli qui enchaîne les chansons sans temps mort, palpite l’espoir de l’amûûûûr, qui « multiplie les joies par cent et qui divise les peurs par mille », prouvant ainsi que « l’amour, c’est pour les vieux et pour les imbéciles ».
Du coup, le chanteur se sert de cet infini à la portée des caniches pour essayer d’élargir son public, par exemple en écrivant une « chanson pour tous ceux qui ne sont pas nés » : « C’est vrai qu’ils entendent pas, mais qu’est-ce qu’ils sont nombreux ! » Ainsi ne cesse-t-il de transformer le réel, décevant et fantasmatique à souhait, chantant que, pour lui, « les tristes symphonies tell’ment avar’s en doubles croches / résonnent comm’ du Johnny – moi, j’ai un soleil dans chaqu’ poche ». Trois bis claquent en fin de bal : l’excellent « Montreuil-sous-Bois », repris jadis en compagnie de joyeux lurons ; la tubesque « Prière pour être seul à quarante ans », quasi québécoise au refrain (comme le couplet du « Soleil dans chaque poche » évoquait Félix Leclerc) ; et « 2 h 30 », qui dure un peu moins que son titre ne le laisse craindre, et certains peuvent presque penser « hélas ».

En conclusion, pas de nouvelles de Vincent ni de sa copine, cette fois, mais un récital impressionnant de drôleries, de maîtrise technique et de tenue. L’émotion est sans cesse celée derrière

  • un humour percutant,
  • un personnage brut mais certes pas abruti, et
  • un artiste dont on s’étonne que quelques places soient encore disponibles pour l’entendre prochainement pousser la goualante.

Tant pis si, parfois, dans sa vie, le zozo tient du gugusse, du gougnafier voire du pignouf (il préfère) : ce qu’il fait sur scène est, a minima, remarquable ; ne pas l’aller tester ou sur scène pour dix euros, près de l’Opéra, dans un p’tit théâtre original et parfaitement adapté à ce type de prestation, mazette, quelle idée saugrenue ce serait !


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