Bruno Beaufils de Guérigny, dit 2bdG. Photo : Rozenn Douerin.

Ce 21 juin, Bruno Beaufils de Guérigny, aka 2bdG, a participé aux 5 h 30 de concerts donnés pour la Fête de la musique en l’église Saint-André de l’Europe (Paris 8), dans le cadre du festival Komm, Bach!. En dépit de la chaleur ambiante, son programme rigoureusement original, son engagement interprétatif et ses choix judicieux de registration ont suscité l’enthousiasme du public. En accord, avec l’artiste, voici deux (beaux) extraits du concert. D’une part, le gros choral de César Franck, le dernier, peut-être le plus passionnant – qui sera de retour à Saint-André pour le concert de la Nuit blanche donné à 22 h par le Bûcheron des Ardennes, aka François-Xavier Grandjean.

 

 

D’autre part, le clou du spectacle : « Réflexion et lumière », hommage rendu à Albert Schweitzer par Robert Maximilian Helmschrott, dont les œuvres à la fois messiaeniques et personnelles ont rythmé la troisième saison du festival. Il était heureux que, grâce à 2bdG, un tel chef-d’œuvre, rarement ouï dans nos contrées, puisse résonner à l’occasion d’une Fête de la musique que l’on réduit souvent au massacre de « Quelque chose en toi / ne tourne pas rond » au bar du coin-coin. À l’issue de ce solide morceau, le triomphe réservé à l’artiste témoigne que le public n’est point aussi sot que l’espèrent les crétins qui nous gouvernent. Voici donc venue la séance de rattrapage ou de gourmandise pour tous les amateurs de découverte sonore !

 

Le voici donc, ce disque qui, avant même sa parution, a suscité une polémique typique de l’amour que l’orgue sait susciter entre interprètes ! En effet, un ex-organiste, ayant renoncé à l’orgue pour mieux se consacrer aux chambres d’hôte, a publié sur Facebook un billet furibond contre son compatriote Jean-Luc Thellin, jugeant inutile son projet d’intégrale et pitoyable sa façon de jouer. L’originalité de cette analyse infamante était, assurément, de n’avoir pu se fonder, au mieux, que sur l’écoute des seules vingt secondes par titre disponibles, soit (13X20) / [(66X60) + 12] X 100, autrement dit 6,5 %. C’est peu, fût-ce pour envisager un billet vachard de qualité. Et c’est d’autant plus regrettable que – indépendamment des aigreurs qui valent bien, après tout, les courbettes hypocrites propres au milieu du travail, fût-il artistique – ce projet d’intégrale Bach mérite a minima que l’on s’y intéresse avant de postillonner son p’tit glaviot.
Porté chez Organroxx par un jeune musicien à la fois expérimenté et au début de son ascension, déjà prof au conservatoire de Chartres et concertiste sur quelques-unes des plus belles orgues mondiales, le projet, gigantesque et réaliste à la fois, revendique une posture aussi musicologique que musicale. Chaque volume est joué sur un orgue choisi pour les morceaux qui, eux-mêmes, sont sélectionnés à la façon d’un récital et non selon une logique encyclopédique, de date de composition ou de numérotation. De plus, la prise de son du précédent disque était remarquable ; et, même si le design supposément moderne du livret est aussi malpratique que possible, l’on appréciait, en décembre 2018, l’abondance d’informations fournies, telles que les registrations de chaque pièce (idéal pour permettre aux organistes de rêver). Autant d’ambitions et de qualités qui valent que l’on écoutille, et hop, le produit avant de venimer, et re-hop.

[Pour retrouver la déclaration d’intérêts relative à toute critique de Jean-Luc Thellin paraissant – avec « ai » tout de même – sur ce site, voir ici la chronique du précédent volume.]

Or, le livret du deuxième volume (non du « second », comme il est spécifié, puisque le troisième pointe déjà le bout de sa rondelle à l’occasion du concert rémois de l’artiste, ce 22 septembre 2019) nous met en garde : cette fois, on ne va pas rigoler. Finie la forfanterie délicieuse de la BWV 565 ! Désormais, nous allons contempler la face obscure de Bach. Pour en rendre raison, Jean-Luc Thellin a encore choisi un orgue de Dominique Thomas, le facteur qui remporte à peu près tous les gros marchés de facture en Europe. Le livret, même s’il n’est pas explicitement signé Dominique Thomas, permet au facteur de présenter cet instrument de style nord-allemand sis à Wissembourg. On eût préféré que l’interprète le présentât lui-même pour expliquer sa préférence pour la Bête, mais le niveau d’ensemble du livret est très élevé, plus-que-justifiant l’achat d’un disque physique à l’ère ou le streaming est censé l’emporter… quoi que l’on regrette que le disque et ses titres n’aient pas été « marqués » (sur notre lecteur informatique, l’album reste inconnu et les pistes non nommées). Toutefois, avant d’envisager une telle acquisition, dépassant souvent les deux heures et demie de SMIC, encore faut-il que la grosse heure de musique soit à la hauteur de l’écrin. Le vérifier est l’objet du présent blabla.
D’emblée, le premier mouvement du Prélude et fugue BWV 546 saisit. Loin des ténèbres austères que l’on pourrait craindre, cette pièce en do mineur – qui finit quand même par claquer sa petite tierce picarde, à l’instar du dernier morceau de la set-list – révèle l’art thellinique du swing :

  • assise rythmique sûre, indispensable pour contraster binaire et ternaire ;
  • travail précis sur le legato et les doigtés, sans lequel jamais on ne peut suivre la logique polyphonique de cette sorte de gigantesque fugue servie en guise de prélude ; et
  • art de la respiration sobre et bien amenée (voir à l’approche de la reprise-coda 5’58 et 6’08, par ex.), vitale pour ne pas donner l’impression à l’auditeur que lui est servi un gloubiboulga aussi impressionnant qu’indigeste.

Jean-Luc Thellin (et non Arnold Schwarzenegger). Photo : Rozenn Douerin.

Même si la registration moins puissante permet d’entendre les faiblesses des 2G, 2A et voisins sifflants (un soudain changement de température, entre l’accord de l’orgue et la captation, explique ce signe de vie), la sérénité du tempo, ni ébouriffant, ni ensablé, met à l’aise l’auditeur.

[Pour nos lecteurs non coutumiers du jargon de l’orgue, expliquons à la louche que la registration est l’art de choisir le type de sons – aussi appelés jeux ou registres – que l’on va utiliser (doux, nasillards, profonds…). Les « pieds » se réfèrent à la taille des tuyaux. Plus le tuyau est grand, plus le son est grave. 8, c’est un tuyau normal. Un « 16 pieds » sonne deux fois plus grave qu’un « 8 » ; un « 2 », trois fois plus aigu, etc.]

Les jolies sonorités bien harmonisées (superbe pédale en simple 16-8) réservent quelques surprises (1Ab sonnant comme un 16 pieds à 3’12, ou le 1F à 4’40… et le 1G évidemment) qui, à l’instar des légères inégalités sporadiques ou des ornementations finement choisies, donnent de la vie à ce qui, sans cela, serait un bloc marmoréen beau, certes, mais vite lassant. Le résultat n’est pas spectaculaire. Il est, bien plutôt, bigrement convaincant. On y décèle :

  • de la solidité technique,
  • de la hauteur de vue,
  • de l’assurance – celle qui permet de renoncer aux froufrous pour midinettes de tout sexe – et
  • du savoir-faire pour rendre raison d’une musique puissante sans assommer l’auditeur par une déclamation pédagogique.

 

 

Après la fugue, la deuxième séquence rassemble trois préludes de choral sur « Nun komm, der Heiden Heiland ». Le BWV 659, c’est le tube de l’Avent. La mélodie fanfreluche – du néoverbe « fanfrelucher » comme dans « je fanfreluche, tu fanfreluches, il ou elle fanfreluche », etc. – sur un accompagnement à deux voix (main gauche) plus une basse perpétuelle (pédale). L’articulation du solo joué sur manière de cornet (8, 4, Nasard 2 2/3 et Flûte de 2) est ici essentielle si l’on veut jauger le sérieux de l’interprétation ; et Jean-Luc Thellin soigne précisément cet aspect, en choisissant ce qu’il lie et ce qu’il détache. Il laisse traîner sa patte d’artiste avec de légers décalages-ritendo (2’41) qui ne ralentissent pas le propos mais lui donnent du coffre. Le BWV 660 explore intelligemment d’autres registres de l’orgue – la dulciane du GO et la trompette du récit – pour ce redoutable trio.

[Pour nos lecteurs non coutumiers de ce genre, sous-titrons l’affaire en précisant qu’un trio, à l’orgue, consiste en une partition accordant une voix et une seule à la main gauche, à la main droite et au pédalier. En clair, ce type de pièce exige de l’interprète une maîtrise absolue de l’indépendance et des mains, et des pieds.]

L’option du musicien : marier énergie (tempo sans précipitation ni retenue) et solidité – qui n’est pas lourdeur, comme en témoigne le choix de ne pas renforcer la pédale par un 16 pieds, afin sans doute de traiter la ligne basse à égalité avec ses collègues. L’association entre principal de 8 et 4-3-2 comblera les amateurs de sonorités nordiques, déjà alléchés par le prélude liminaire – ceux qui préfèrent des sonorités plus rondes n’auront qu’à sautiller jusqu’à la Fantaisie. Le BWV 661 clôture la trilogie avec les pleins jeux plus le p’tit nasard qui va bien. Tandis que les choix de liaison de Jean-Luc Thellin assurent la lisibilité du pépiement des claviers, une bonne grosse pédale des familles énonce le thème jusqu’à la résolution mettant en valeur la tierce picarde faisant rayonner l’espérance que présente, pour les croyants, la venue du sauveur des païens.
Rien de spectaculaire en apparence (on oscille souvent cependant entre quatre et cinq voix) dans la Fantaisie BWV 537, qui se motorise, et pourquoi pas ? sur un long système d’écho. Jean-Luc Thellin a la juste idée de ne pas la specturaliser par une registration évolutive ou démonstrative. La Fugue qui lui est associée joue en écho le sérieux au côté du brillant – incluant l’ornementation comme le mordant sur le si bémol à 1’01. Les experts débattront sans doute de l’octave de certaines basses (1’34, Ab et G) ; mais nul honnête homme ne contestera l’efficacité de la longue marche chromatique qui suit, interprétée sans trembler de la fesse.
Curieusement, l’intégraliste revient en Avent – popopo – avec la prime version de « Nun Komm » (BWV 599), la pièce ouvrant un Petit livre d’orgue qu’il sera toujours plus chic d’appeler Orgelbüchlein. Ce passage obligé d’une intégrale est exécuté avec l’apparente modestie qui sied – les organistes de niveau correct savent néanmoins ce que cèlent de technicité ce respect du tempo et cette impression de souplesse contredite par le métronome.

 

 

Plus question de modestie avec la Deuxième sonate en trio BWV 526 choisie par l’organiste afin, suppose-t-on, de proposer un récital d’une grande variété. La registration du Vivace est idéale, associant 8-4, 8-2, et deux 8 pieds très élégants à la pédale. Le tempo est tout aussi malin : vif, oui, mais pas extravagant, à l’instar d’une exécution qui privilégie le travail d’articulation, donc de ligne musicale, sur celui de l’esbroufe technique. Les très légères respirations thelliniques le soulignent – ainsi de cet art de poser le do de pédale au troisième temps de la huitième mesure, 0’25, astuce que l’on retrouve une minute plus tard, évitant aux gammes descendantes de sombrer dans le fastidieux sans, pour autant, leur ôter le groove que leur confère la régularité. Le mouvement coule de la sorte, avec fluidité et sens du détail (ornement pour corser les doubles de la pédale à 3’46), ouvrant paisiblement la voie au Largo en majeur, bien posé sur une soubasse de 16. L’association voix humaine – tremblant (+ flûte de 4) pour le solo sonne pertinente, et tant mieux si le résultat n’en sera pas moins apprécié diversement selon les esgourdes des auditeurs.
En effet, dans ce mouvement technique, guère plus secouant que le premier, c’est bien la spécificité sonore de l’orgue de Wissembourg qui capte l’attention. La précision de l’interprète, elle, confère à ce passage à trois temps un balancement opportun, aéré par les petites respirations qui désamorcent le risque de s’embourber entre lancinant et mécanique tout en maintenant la paix hypnotique du morceau – écoutez, par ex., la légère tenue du la bécarre à 2’38 (main droite) ou du do, une minute plus tard, à la main gauche. En associant rigueur et musicalité, il faut une bonne dose de talent pour garder le cap dessiné par le compositeur et éviter les récifs du gnangnan et de la minauderie ; l’exercice, réussi, se prolonge aussi joliment dans l’Allegro conclusif, vif, certes, mais surtout allègre quoique en mineur. La pétillance, voilà bien l’état d’esprit de ce mouvement qui éclaire la sonate d’un rai de lumière bienvenu. Réjouissent l’auditeur :

  • les flûtes et le nasard,
  • l’ajout par tirasse d’un jeu de 4 à la pédale qui allège la pompe des huit pieds, ainsi que
  • l’interprétation allante et sûre.

Les tuyaux lâchent alors deux tubes coup sur coup. Le premier n’est autre que la Fugue en sol mineur BWV 578. Ce mégahit bénéficie d’un choix audacieux de registration : une flûte de 4, même à la pédale, et c’est marre. Pour quiconque pense, comme moi, qu’un concert de flûtes à bec magnifique n’est qu’un oxymoron, voici le contre-exemple spectaculaire. Le pari de la couleur unique et claire est convaincant et tenu par une exécution sans défaut, crépitant d’ornements choisis avec soin. Quelle réussite !

Jean-Luc Thellin. Photo : Rozenn Douerin.

Seule la Passacaille en do mineur BWV 582, le chef-d’œuvre absolu de Johann Sebastian Bach, pouvait être enquillée après ça et conclure le disque – voici donc le second tube annoncé supra.

[Pour nos lecteurs qui ne sont pas des fous de musicologie, la passacaille est une pièce qui tourne autour d’un sample perpétuel. Ici, le thème est énoncé au début à la pédale. Les pieds de l’organiste vont répéter cet échantillon de huit mesures pendant 3’33, tandis que des variations s’organisent. Pendant le reste du morceau, la même séquence de huit mesures ne bouge pas, qu’elle soit jouée explicitement ou que, juste, l’on respecte la grille d’accords qu’elle impose. Cette passacaille est la plus sa mère impressionnante du répertoire.]

Jean-Luc Thellin choisit un tempo qui n’a rien d’extravagant (la pièce tient en 13’20, durée similaire à la plupart des versions de référence), et des registrations qui jouent l’ombre et la lumière en partant de 8+16 pour gagner les deux pieds et se colorer, au gré des variations, d’une sesquialtera, de mixtures, d’une trompette et de l’indispensable Posaune [trombone] de 16 au finale, d’autant plus efficace que l’interprète se refuse à faire pouët-pouëter la Bête. Nue au début, la pédale laisse entendre les souffrances endurées par l’orgue (souffle continu : écoutez par ex. à partir de 0’11). L’entrée des claviers masque vite ce rappel que l’orgue est un instrument énorme mais fragile, et impressionnant mais vivant. De la forme mafflue propre à la passacaille, l’interprète tâche de pincer les deux joues à la fois : il s’agit de garder une unité de caractère au fil des vingt et une variations, mais aussi de présenter une diversité d’humeurs et de styles correspondant aux évolutions proposées par la partition. D’où, peut-être, le choix d’une registration sérieuse et logique, dont les mutations accompagnent le texte en omettant de le brusquer ou de le fanfariser, tsoin-tsoin. En effet, ce qui est à dire est déjà assez abondant pour ne pas avoir à sortir son Stabylo ou mettre un coup de tut-tut afin de garder l’auditeur en éveil. Derrière la technique, la patte thellinique se retrouve musicalement à travers

  • le travail sur le legato donc le détaché,
  • l’utilisation de microdilatations-respirations,
  • le souci de clarifier le discours en veillant à la cohérence de la polyphonie (ce que seule une technique magistrale et un compagnonnage de longue date avec l’œuvre permet).

Les changements de jeux, jamais extravagants, confortent le choix d’une interprétation qui préfère le précis et le tonique à l’extraverti et au foufou. Cela réussit doublement : en solennisant le formel et en donnant du cachet aux variations ouvertement virtuoses. L’arrivée d’un « thema fugatum » résolu pousse davantage l’orgue que l’organiste dans ses retranchements : la soupape du 1G de pédale peine parfois, par ex., à se relever complètement à temps (8’35). Rien de méchant, car l’exécution est impressionnante bien qu’elle ne cherche – ou parce qu’elle ne cherche – jamais à impressionner. Elle file le propos sur la quenouille de la rigueur distincte du rouet de la rigidité. En témoignent, par ex., la légère dilatation qui installe le retour du thème à 10’27 ; le choix personnel du mi bémol – fa – mi bémol – fa bissé à 10’57, mes. 247, quand d’autres versions optent pour un sol lors des premières doubles ; le ritardendo entamé dès la mesure 290 et non mesure 291. Cette association entre respect du texte et investissement artistique offrent une péroraison maîtrisée à un disque enregistré en deux nuits seulement, sous les micros toujours alertes de Paul Baluwé.
En conclusion, il y a quelque chose de jouissif et de révoltant à penser que cette intégrale passe sous les radars des grands médias. Jouissif, car nous partageons ainsi un secret qui, n’étant pas porté par une grande boîte ou une star, désintéresse les paresseux plus ou moins corrompus qui somnolent dans les organes médiatiques importants. Révoltant, car ces premiers jalons laissent augurer d’une somme importante dans l’histoire récente des intégrales de l’œuvre d’orgue de Bach ; partant, il est assez hideux que les gens capables de la promouvoir préfèrent promouvoir en exclusivité les productions de mastodontes ou de vedettes du petit monde claviéristique. La qualité objective et l’engagement subjectif de l’interprète méritent que tous ceux que cette aventure et cette musique intriguent se risquent à acquérir l’un des disques, donc à soutenir ce projet discret mais, autant que nous en puissions juger, digne des superlatifs les plus flatteurs. Tant pis si les apostats motards pestent : au stade actuel, çuikidi cette énième intégrale est nulle et inutile, çuikilé.


Pour acheter le disque, c’est ici.

Figus, expert et partner, en inspection à Sainte-Julienne de Namur. Photo : Bertrand Ferrier.

Ça ne prévient presque pas, ça arrive – du coup, on vient de loin. À l’invitation de François-Xavier Grandjean, j’ai rejoint Namur cet été pour y propulser un concert d’improvisations en l’église Sainte-Julienne. Par le fait même, j’étais flanqué d’un expert chargé de scruter la granularité sonore des claviers belges. Dès l’arrivée, il s’est agi d’organiser une inspection en profondeur, puis un test selon la technique dite du tape-cul, un truc que seuls certains facteurs d’orgue sont habilités à pratiquer.

Test du tape-cul à Sainte-Julienne de Namur. Photo : Bertrand Ferrier.

Le spécialiste ayant donné son accord, les répétitions ont pu commencer. Et il y a de quoi faire, d’autant que, face à moi, se dresse la concurrence du festival Les Solidarités, un gros machin bien beauf avec, en vedette, Pascal Obispo et Aya Nakamura, et, en invitée, la gagnante d’un télécrochet belge qui n’a pas encore de chanson à son répertoire, à part « Bohemian Rhapsody » mais, si elle a gagné c’est sûrement une future vedette, ce qui est un gage de qualité comme chacun sait. Pas question, donc, de décevoir ceux qui auraient renoncé au featuring de Charlotte pour assister à mon concert à moi.

Répétition à Sainte-Julienne de Namur. Photo : François-Xavier Grandjean.

Enfin, « mon concert à moi »… En vérité, c’est plus compliqué, mais on y viendra. Pendant que je travaille, l’expert, lui se remet de ses émotions – ce qui, selon lui, constitue néanmoins une autre facette de son travail. En effet, il s’agit de compenser « une extrême attention où les connaissances accumulées, les exigences de l’analyse et l’objectivation de la subjectivité indispensable au jugement » par un retour au calme à même de « structurer les conditions sine qua non d’une évaluation probante et, forcément, granulaire ». Ce qui, en termes iconographiques, se traduit ainsi…

Le repos de l’expert. Photo : Bertrand Ferrier.

On notera que la présence d’une bière ambrée s’inscrit dans une volonté résolue de s’imprégner de la culture locale » afin de mieux saisir les particularismes propres aux orgues de la capitale de la Wallonie » et de se ressourcer aux fiertés autochtones. Il ne s’agit donc aucunement d’une perversion ou d’un simple apéro au bord d’une piscine chic. Bien plus, l’on doit parler d’une imprégnation – le terme est bon, je trouve – aussi méthodique que consciencieuse, seule à même de cerner les spécificités géographiques dans leur dimension holistique, au moins. Sinon, oui, il paraît que la bière était délicieuse.

La conscience de l’expert, en gros. Photo : Bertrand Ferrier.

Pendant ce temps, à la différence du spécialiste, parti se ressourcer après tant d’émotion consciencieuse

Photo : Bertrand Ferrier

… le musicien était tenu de ploum-ploumer. Alors, soit, on ne va point le cacher, selon certaines révélations, lui aussi avait dû céder aux pressions – le terme est excellent, je trouve – et se retrouver dans tel ou tel endroit de perdition, en l’espèce le Cardinal. Mais c’était essentiellement pour profiter d’un super piano idéalement désaccordé, fracasser des standards et échanger des impros à quatre mains sur des marches harmoniques bien carrées avec le Bûcheron des Ardennes qui se trouve être le prof d’orgue du coin.

Photo : François-Xavier Grandjean

Puisque certains farceurs ont cru bon de faire circuler cette photo, nous préférons la révéler nous-même : oui, à un moment, nous avons partagé quelques gouttes de houblon avec le patron du lieu ; mais c’est, bien entendu, parce qu’il eût été indélicat de lui refuser un tel honneur, après en avoir accepté de semblables de la part d’à peu près tous les habitués du lieu. Pas question de risquer un incident diplomatique alors qu’approche à toute berzingue le concert, intitulé « France-Belgique, le match »

Il reste toujours deux coups à boire au Cardinal de Namur, surtout avec Hoki, le patron. Photo : François-Xavier Grandjean.

Le dimanche venu, forcément trop tôt après un bref passage au Cardinal, il n’en était pas moins temps d’aller à la messe. L’occasion faisant le luron, l’expert a décidé de se transbahuter aux grandes orgues de la cathédrale de Namur, où le titulaire, Emmanuel Clacens, lui a volontiers laissé expertiser sa Bête. Disons que, là, il ne s’agissait plus d’être dans l’esprit ploum-ploum-tagada. Clairement, le projet était différent, comme le sous-tendait une certaine esthétique peu propice à la farce et à la gaudriole.

C’est donc avec le sérieux respectueux requis que l’expert a décidé de se coller à son expertise, dont le clou reste forcément l’épreuve du tape-cul, réalisée d’abord très posément puis dans la vitalité que l’exercice impose.

Après avoir eu la chance de jouer un offertoire et la sortie à la cathédrale, ne restait plus qu’à préparer le concert de l’après-midi à Sainte-Julienne ; et c’est alors que, patatras, une idée surgit. Et si, tant qu’à improviser, on intégrait un local de l’étape, le tout nouveau directeur de conservatoire et excellent flûtiste Jean-François Dossogne ? Aussitôt dit, aussitôt acté. Pour la troisième fois sur trois concerts namurois, l’énergumène s’est retrouvé engagé dans une nouvelle posture : d’abord co-soliste, ensuite percussionniste, enfin, ce 25 août, partenaire pour la première des trois séries d’improvisations.

Avec Jean-François Dossogne, devant Sainte-Julienne de Namur. Photo : François-Xavier Grandjean.

Après écoute, l’expert est formel : il attend avec hâte une prochaine invitation en Wallonie. Il estime n’en avoir pas fini avec cette granularité sonore qu’il traque inlassablement à chaque tribune que ses partners et lui visitent. L’appel est lancé. Au nom du salut, puisse-t-il être bon entendu !

Convoi avec le chantre, le prêtre, le rganiss, le mort, et c’est tout. Photo : Bertrand Ferrier

… la solitude. Car on est seul à vivre, seul à mourir, seul à pourrir bientôt. Ce n’est ni grave, ni aigu ; cela permet parfois de relativiser quelques balabalas – parfois si joyeux – qui séparent les deux solitudes définitives.

Photo : Bertrand Ferrier

Tantôt, les vrais le savent, nous étions en goguette, mais nous n’étions point seul. Un expert en granularité sonore était aussi du voyage. Depuis que Sleepy & Partners ont décidé de dénicher l’instrument idéal, qui plus est depuis qu’ils ont eu leur petit succès dans le diocèse de Créteil en suscitant un scandale tant leurs connaissances pointues sont susceptibles d’effrayer les sots, ils ne ratent plus une occasion de tester de nouvelles Bêtes afin d’élargir leur palette auditive et de « rester au plus près du terrain, en toute simplicité ». Leur tournée passait tantôt par Gap, où le Partner ne manqua point de glisser une petite improvisation si l’on en croit ce document exclusif.

Bien entendu, la somme des connaissances nécessaires pour expertiser un orgue n’exclut pas de posséder itou un minimum de savoir-vivre. Un maximum ? Restons sobres, pour une fois. C’est donc avec autant de douceur que d’exigence que le mandataire des testeurs d’orgue a profité de la souplesse des claviers du Jean Dunand soumis à sa sagacité. « Nous essayons d’être à la fois en empathie avec les vibrations et en lucidité face à la réalité technique, autrement dit autant dans l’intériorité que dans le surplombant », a glissé l’intervenant, énigmatique comme le veut la tradition.

Photo : Bertrand Ferrier

Devant l’importance du déplacement effectué par leur invité, les organisateurs ont tenu à offrir une chambre d’hôtel à l’inspecteur des travaux infinis. Ainsi coqenpâté, le spécialiste a pu « se ressourcer à la simplicité des choses, car « il n’est pire erreur de jugement que celle commise par un sachant hors-sol », a-t-il tenu à stipuler pour se justifier. « Pour des experts, zapper est aussi manière de reconnexion à une certaine simplicité, même si celle-ci ne doit point nous ensuquer dans quelque médiocrisation aussi insidieuse que pernicieuse. Comme l’écrit Daniel Boulanger dans ‘Retouche à la maison d’enfance’ (in : Les Dessous du ciel, Poésie/Gallimard, 1973 – 1997, p. 195, je simplifie évidemment), ‘le jour de propreté, on faisait les poussières / toutes les fautes nourrissaient un baiser / soleil mêlé d’un désir d’ombre en vol’. » Quand nous lui avons demandé pourquoi il citait cela, l’expert nous a soufflé avec manière de commisération discrète : « Si la rose est sans pourquoi, peut-être est-ce pour que chacun puisse la voir aussi comme une question insaisissable, non comme une simple fleur. » Alors voilà, quoi.

Photo : Bertrand Ferrier

L’idiolecte quasi mystique des experts organologues ne doit cependant point laisser nos lecteurs échafauder des hypothèses du type : « Mon Dieu, peste et bigre, ces énergumènes ne seraient-ils pas en train de faire du mal aux moches ou aux mouches par le truchement d’un forage exigeant une intériorisation du fondement ? » Autant que nous en avons pu juger, sous leurs dehors inaccessibles, les experts que nous avons suivis – donc pas ceux qui sont à la solde de telle imposante institution, par exemple, ou acoquinés avec quelque facteur non opposé à un geste à finalité remerciante, une option n’excluant pas l’autre, nous soufflent de bons connaisseurs du sujet ayant exigé l’anonymat – sont, avant tout, de fieffés travailleurs, capables de se passionner pour des instruments existant comme pour des instruments ayant existé. En témoigne cet examen archéologique précis mené « à titre complémentaire » par le Partner sur l’ancienne console du grand orgue. Le sachant-pas-hors-sol nous a même concédé, au passage : « Pas d’inquiétude, ce supplément ne sera pas compté. »

Photo : Bertrand Ferrier

À vrai dire, l’inquiétude ne nous avait pas effleuré. D’une part parce que, bon, faut pas abuser ; d’autre part parce que, avouons-le, sachant que nous n’aurions vent, pour ainsi dire, du résultat des expertises, nous avions trouvé des préoccupations plus à notre portée. Les résument cette photographie où les deux messages nous laissent tout autant rêveur, suspendu, comme capté dans ce que Daniel Boulanger appelle, dans « Retouche au temps », l’« angoisse d’une note sensible qui retarde indéfiniment sa mort dans la tonique » (in : Les Dessous du ciel, Poésie/Gallimard, 1973 – 1997, p. 305, moi aussi, je simplifie, non mais).

Photo : Bertrand Ferrier

Vivement la prochaine expertise !

Photo : Bertrand Ferrier

Photo : Bertrand Ferrier

Tout frétillant d’être invité par l’organiste-compositeur Serge Ollive à participer aux prestigieux « Mardis de l’orgue », festival organisé avec une volonté et un succès de dingue, je suis parti quelques jours avant le concert avec, dans ma musette, un programme associant des pièces si possible choisies pour, hop-là, leur pétillance, et une « symphonie » à improviser autour de quatre thèmes de Berlioz – histoire de saluer sa mémoire en l’honneur des 150 ans de sa mort. Notons que, presque sans me vanter, j’ai eu raison de débarouler ici : la légende locale affirme que celui qui est nul part ailleurs.

Photo : Bertrand Ferrier

J’ai ainsi eu l’occasion d’admirer la prévoyance des Gapençais. Mal informés, ils craignaient que je ne vinsse chanter. Aussi, connaissant mon inclination pour Isabelle Mayereau dite la baleine, avaient-ils semé sur la ville quelque foultitude de parapluies. Bien que le malentendu ait promptement été dissipé, ils ont maintenu le dispositif en arguant que, qui sait si, en fin de soirée, il ne me viendrait point à l’idée d’émettre quelque mélodie d’une voix tout pourrie ? Assurancetourix se fût offusqué et eût proféré quelque jugement à l’emporte-pièce tel que « barbare ». Pour ma part, j’ai trouvé touchants cette humilité consistant à se placer sous l’égide de Cherbourg, et ce souci de rester au sec quand le reste de la France prie Pharaon Ier de la Pensée complexe afin qu’une averse reremplisse les nappes phréatiques pompées et gaspillées, notamment, par les entreprises si chères à Pharaon, bref.

Photo : Bertrand Ferrier

Au demeurant, peu importait cette méfiance, fort compréhensible quand un Parigot vient galipetter loin de chez lui. Il m’appartenait de dénouer les tensions en prouvant que j’étais, cette fois, venu pour ploum-ploumer et non point pour vocaliser. Chaleur ou pas, il s’agissait de démontrer une certaine propension à découvrir l’orgue, à en valoriser les richesses et à faire le djaube, tout bonnement. Las, l’affaire s’est mal présentée : devant le faible nombre de Post-it (ingrédient typique du vrai organiste) que j’avais apportés (en plus, ils étaient tous de la même couleur, c’est d’un plouc), le quasi titulaire de l’orgue a douté de mon professionnalisme ; par chance, j’ai promptement pu le rassurer en lui montrant que j’avais apporté du cirage afin que luisent mes chaussures lors de la retransmission vidéo du concert. Je veux croire que, grâce à cette astuce d’une musicalité extrême, j’ai pu, un temps, presque passer pour un vrai organiste.

Photo : Bertrand Ferrier (en revanche, la faute d’orthographe, c’est pas moi).

Suite à l’affaire des Post-it, j’ai renoncé à mon idée liminaire : pour l’improvisation, j’avais eu envie de laisser une certaine liberté chromatique à mon assistant de luxe à la console. Plutôt que de lui indiquer des formes préétablies (« on y va sur le crescendo de la partie B du ABA »)  ou des changements de registration fixes ou mobiles (« rajoute-moi un 4 pieds au positif », « tout au GO moins les anches », « et cette bière, elle arrive ou faut qu’j’aille me l’ouvrir moi-même ? », etc.), j’avais envisagé de lui susurrer des couleurs, du genre : « Bleute-moi le récit, je te prie », « Pixellise-moi cette atmosphère », ou « Crée-moi un grain sépia mais sans les ondulants, ce s’rait trop facile ». Afin d’éviter la polémique sur mes Post-it monochromes, je suis resté beaucoup plus factuel. Une prochaine fois, peut-être ?

Pour cette édition, étant reçu avec générosité, pouvant répéter à loisir, je ne souhaitais pas créer un différend et gardais donc mon souci de chromatisme pour mes neurones rien qu’à moi. L’accueil incroyable d’un public de 380 personnes a prouvé que ne pas se fâcher de suite avec les organisateurs valaient vraiment la peine. Grâce à l’engagement farfelu des bénévoles, à une certaine bonne volonté des autorités techniques et administratives (dans laquelle ledit engagement farfelu des bénévoles n’est certes pas pour rien), à l’attention sans faille de Serge Ollive comme registrant-tourneur-chapeauteur, et à l’audace de spectateurs venus en masse écouter un récital-que-d’orgue même pas farci de bons gros compositeurs tous bien connus, je suis reparti ragaillardi et fort impressionné de l’escapade. Vivement le prochain baguenaudage, nom d’une soubasse en bois (de 64′), et à bientôt pour le volet backstage de ce reportage !

Photo : Bertrand Ferrier

Les vrais et les habitués de ce site le savent : Esther Assuied est l’une des plus convaincantes jeunes virtuoses des claviers, et non seulement la chouchoute du festival  Komm, Bach! (entre autres). À l’occasion de la Fête de la musique, solidement assistée par deux autres brillants musiciens, Samuel Campet et Antoine Rychlik, elle a lancé le concert de clôture de la troisième saison par Dans la lumière, le chef-d’œuvre pour orgue de Robert M. Helmschrott, notre compositeur-fil rouge cette année.

Cette version en concert fait suite à la version filmée par la musicienne-réalisatrice elle-même. Les deux brillent d’une même énergie, d’un même sens des couleurs, d’une même exigence virtuose. On aurait bien proposé ce double diptyque pour en faire le tube de l’été, mais il paraît que ça n’existe plus, le « tube de l’été ». Du coup, laissons cette lumière devenir le néon estival des curieux, sur lequel les moustiques de toute race qui tentent de médiocriser nos existences et nos goûts sont invités à bien aller se faire griller.

Photo : Bertrand Ferrier

Avec ses partners, c’est l’un des plus grands experts en organologie, mondialement connu dans tout le Val-de-Marne après sa célèbre et polémique inspection d’un instrument signé Denis Lacorre.
Toujours muni de son critère de qualité (« une certaine granularité du son »), le spécialiste a tantôt poursuivi sa quête de l’instrument idéal en testant un orgue positif. De source proche de l’enquête, il y aurait goûté « une plaisante sensualité dans la simplicité » et « une présence nullement anodine dans les rapports entre les timbres – et ceci n’a rien à voir avec les postages, humour de facteur ! », bref.
Hélas, nous n’avons pu en savoir plus, le mandant se réservant la primeur de l’analyse fondamentale et poussée à laquelle son envoyé s’est livré. La saga sagace agace, donc elle continuera.

Photo : d’après Serge Ollive

J’ai de bonnes nouvelles, vole l’hirondelle, j’ai de bonnes nouvelles à vous donner de moi. Malgré les architectes, les monuments – la France, en somme – mardi prochain, sauf cataclysme nucléaire ou assimilé, j’irai fracasser les claviers de l’orgue de la cathédrale de Gap. On y fera notamment zouker Sigismond Neukomm, Wolfgang Amadeus Mozart, Louis-James-Alfred Lefébure-Wély et Hector Berlioz.
Vous y croisillonner serait un sus.

Photo : Bertrand Ferrier

Après le scandale – qui risque d’aller loin, et c’est pour une fois pas du tout une blague – suscité par un titulaire de belle tribune, choqué qu’un mandataire de Sleepy & Partners ait expertisé son orgue, nous avons le plaisir de présenter la nouvelle étape de la tournée des Partners.

  • Premièrement parce que c’est entre bidion et rigolo, pensons-nous ;
  • deuxièmement parce que la tournée passait ce jour par un endroit où cette fois, le titulaire est sensé [ici, consécutivement, résidait une blague fielleuse contre le titulaire non-sensé, on l’a virée parce que c’est pas la peine, avec deux « e »] ; et
  • troisièmement parce que, ben, si ça peut faire bisquer les imbéciles, j’avoue, c’est encore meilleur.

Photo : Bertrand Ferrier

Pourtant, ne le nions pas, l’expert a examiné les moindres recoins auxquels il a eu accès. Ses connaissances mystérieuses restent centrées sur une quête : la granularité sonoristologique, le Graal qui motive cette enquête de vaste ampleur. À en croire le partner, « il y a ici beaucoup de positivité dans un son très franc, très honnête, apte à défier la sinuosité des timbres historiquement informés plutôt qu’à les imiter » ce contre quoi, ma foi, y a pas grand-chose à redire vu que c’est pas non plus comme si c’était clair-clair.

Photo : Bertrand Ferrier

Même le tableau électrique a eu droit à son inspection – ce qui est tout à fait légitime. Tout juste a-t-on pu empêcher la subtilisation d’une inscription manuscrite que l’expert a immédiatement identifiée comme « celle d’un mec qui a vachement fréquenté Jean Guillou » ce qui l’a rendu flouflou. Par chance et talent, peut-être, nous avons réussi à le raisonner. La suite de la visite a pu se passer au mieux, y compris la visualisation des « bitounious très fins qui s’agitent quand c’est qu’on s’excite » selon les termes du spécialiste.

Photo : Bertrand Ferrier

En conclusion, dans l’ensemble, « la chose est par ma foi tout à fait gouleyante, mais je réserve les conclusions à mon mandant », a fermement précisé l’expert, ce qui ne surprendra qu’avec souplesse nos lecteurs les plus assidus.

Photo : Bertrand Ferrier

Les visites d’experts continuent. Après Montmorency et Saint-André, Saint-Marcel, Sainte-Marie-Madeleine de Domont et Saint-Martin de Groslay, c’était tantôt au presque nouvel instrument de Saint-Louis de Vincennes – examiné tantôt sous les doigts de Jean-Luc Thellin – de passer à la question. On ne sait pas trop quelle question, mais cela rend le projet d’autant plus mystérieux.

Photo : Bertrand Ferrier

Le néo-spécialiste expert a tenu à « établir une facture » (qu’il n’a pas manqué de m’envoyer) en observant les entrailles de la Bête. Pour autant, il n’a pas souhaité révéler le résultat de ses observations : « Je préfère réserver mes conclusions à mon mandant. Il est toutefois certain que nous poursuivrons notre réflexion de terrain en la confrontant à notre idéal de granularité du son. » J’ai voulu en savoir plus sur cet idéal granulaire, mais le mec m’a fait comprendre qu’il avait assez bossé pour le moment. Donc, mister Mystère à suivre.

Photo : Bertrand Ferrier

 


– Eh bien, vous qui entrez dans notre église pour profiter de sa fraîcheur, n’êtes-vous pas de ceux qui protestiez en hiver parce qu’il y faisait froid ?
– Euh, la deuxième, c’est juste, l’autre, je vois pas de quoi ça cause.

Photo : Bertrand Ferrier

Vivre une église de jour, c’est d’un banal ! Oser l’expérience de nuit – ce pour quoi beaucoup de p’tits rganiss, mais pas que, sont devenus rganiss – permet d’entrer dans une autre dimension. L’occasion est donnée aux Franciliens de se faufiler douze heures durant dans la vie d’une collégiale qui, comme seuls les vrais le savent, est un être vivant susceptible de se dévoiler aux hommes de patiente constitution.

Photo : Bertrand Ferrier

Dans le cadre national de la Nuit des églises, la paroisse Saint-Martin de Montmorency mijote depuis plus de six mois un projet extrême pour curieux et gourmands, catho ou pas du tout. Au programme : de la musique savante, des textes, des orgues, un derviche tourneur, du hautbois, des flambeaux qui ne manquent pas de feu, de la « pop louange » façon pentecôtiste catho du Val-d’Oise, de la trompette, des calligraphies, un contre-ténor mais, a priori, pas de raton-laveur, argh. Plus de détails ci-d’sous !

 


En gros, c’est le projet du moment.
On le détaille demain.
En attendant, on bosse. Si, ça arrive.
Et comme, avant d’être génial et parfait, il faut se mettre raccord, malgré la chaleur, le budget rikiki, ben, on répète avec des artistes assez secoués pour bosser dans des conditions physiques et pécuniaires aussi ric-rac. Un artiste lyrique – comédien récidiviste et une organiste-pianiste-pianofortiste-continuiste également virtuose de la trompette. Ce vendredi, venez les apprécier dans le contexte foufou d’une majestueuse collégiale plongée dans la nuit. Même si, au programme, on mettra, nettoyé des scories des répètes, l’un des plus grands exemples de fayotage jamais écrits par un musicien savant (celui que vous trouvez infra), ça va être wow.


Dans la saga des accompagnements au carré (puisqu’il s’agit d’accompagner un accompagnateur), nouvel épisode ! Après le grantogre de Montmorency et le moins grand Monstre de Saint-André de l’Europe, l’inspection des Bêtes s’est poursuivie sur le gros Bidule de l’église Saint-Marcel, antre de Vera Nikitine, et sur le p’tit presque-Cavaillé-Coll de Sainte-Marie-Madeleine de Domont. Tantôt, c’est au tour du Binou électronique de Groslay d’être passé en revue par la Team Expert, comme se sont baptisés les zozos, « en référence à notre physique de handballeur », qu’ils disent.


Le fait est qu’ils sont tout aussi intéressés par l’harmonium, même si l’expert a émis une réserve : « Quand tu souhaites en jouer avec les quatre membres, il faut mobiliser un assistant pour faire du cardio sur les pédales pendant ce temps – le son n’est pas sans charme à l’ère du tout-factice mais, d’un point de vue conceptuel, la faille est notoire et pourrait passer pour discriminatoire. » Bref, l’inspection va devoir continuer.


Komm, Bach!, saison 3, c’est fini ! Forts du succès croissant de la manifestation, du soutien et de la paroisse qui l’accueille, et des artistes qui nous font l’amitié – le mot n’est pas vain – de venir se produire, et du facteur Yves Fossaert qui, après avoir brillamment restauré l’orgue avec ses ouailles, reste toujours aussi réactif que compréhensif devant les impératifs et aléas propres à une telle manifestation, il est temps pour nous d’envisager, avec une modestie touchante, notre passage à l’ère Vivaldi.
En effet, dès le 21 septembre, nous égalerons le nombre de saisons d’Antonio – des saisons tour à tour primesautières, enténébrées, vaporeuses, fuligineuses, déstructurées, aguicheuses, frissonnantes, tressailleuses et sifflotières, pourquoi pas. Puisque voilà l’été, voilà l’été, voilà l’été qui, pour les aficionados de Komm, Bach! est cette « étrange saison où il neige sans discontinuer », il nous revient de donner appétit à tous en révélant enfin le programme de la saison qui nous attend – et ce, dans la mise en page de la graphiste qui a accepté de succéder à l’excellente Tomoë Sugiura, Marie-Aude Waymel de la Serve.
Au programme ?

  • 21/09, Journées européennes du patrimoine
    • 17 h : visite commentée de l’orgue
    • 20 h : concert à deux organistes, avec Benjamin Pras et Hervé Désarbre
  • 05/10, Nuit blanche
    • 20 h : orgue, basson et bombarde, avec Jean-Pierre Rolland et Jean-Michel Alhaits
    • 21 h 30 : best of pipe organ, vol. 2, avec François-Xavier Grandjean
    • 23 h : orgue et lumières, « Nuits et brouillards » avec Clément Gulbierz, Loïc Leruyet, peut-être Madeleine Campa et, à tous les coups, Bertrand Ferrier
  • 12/10, 20 h : orgue et saxophone du Québec, avec Jacques Boucher et Sophie Poulin de Courval
  • 16/11, 20 h : orgue et récitant de Bretagne, avec Michel Boédec et Anne Le Coutour
  • 07/12, 20 h : orgue et soprano, avec Jorris Sauquet et Emmanuelle Isenmann
  • 24/12, 20 h : concert de la veille don’ Noé
    • 15 h : visite commentée de l’orgue pour petits, grands, moyens et autres
    • 15 h 45 : concert tutti frutti pour tous
  • Le mois des quatre samedis
  • 14/03, 20 h : grand récital d’orgue contemporain, avec Aurélien Fillion
  • 28/03, 20 h : concert à deux organistes, avec Camille Déruelle et Anna Homenya
  • 09/05, 20 h : grand récital catastrophe avec Esther Assuied
  • 23/05, 20 h : grand récital d’orgue avec Serge Ollive
  • 06/06, 20 h : grand récital d’orgue avec Denis Comtet
  • 21/06, Fête de la musique (avec la participation du Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris)
    • 14 h : le choix de Christophe Mantoux – Midori Abe et Vladimir Korolevsky
    • 15 h : orgue et chœur, avec les élèves de Sylvie Mallet et la Maîtrise de Paris dirigée par Edwige Parat
    • 16 h : la pépite de Christophe Mantoux – Liubov Nosova
    • 17 h : Bertrand Ferrier & friends play Ferrier

Et voilà, la troisième saison de Komm, Bach! s’achève presque. Cependant, avant d’entendre filer la dernière note du soixante-sixième concert, il reste un peu de pain sur la planche… ou sur l’orgue, tout juste accordé par le facteur Yves Fossaert en personne.
Depuis l’affiche, quelques rebondissements ont défrisé le programme des cinq concerts offerts ce jour, mais l’entrée reste gratuite, la sortie aussi ; les concerts seront bien diffusés sur écran géant sous le regard attentif et expérimenté de la cadreuse du festival, Rozenn Douerin ; et ce qui attend les curieux reste fort croquignolesque, crois-je.



Pour voir tout cela plus en détail, cliquer sur les images ci-d’sous… ou venir, simplement, au 24 bis, rue de Saint-Pétersbourg (Paris 8, proche métros Place de Clichy – Europe et pas loin Saint-Lazare) partager tout ou partie de ces cinq heures de musique !

Egor Kolesov. Photo : Bertrand Ferrier.

Quand, au cours d’une répétition pour la Fête de la musique, un jeune organiste nommé Egor Kolesov se faufile à la tribune, tu le laisses tester la Bête comme tu eusses aimé que, en semblable circonstance, on te laissât tâter quelque monstre. Du coup, tu lui proposes de graver un souvenir de son passage – il accepte, l’effronté ; et, de fil en aiguille, tu lui suggères de venir participer à la Fête. Et il dit oui ! Retrouvez le bougre à 17 h et 18 h ce 21 juin, lors des concerts « orgue, contre-ténor et chanteuse de jazz ».

Michaël Koné. Photo : Bertrand Ferrier.

C’est un complice. Un mec qui a une voix inattendue (si, haute-contre-ténor, en gros, c’est inattendu), une présence ultracharismatique et une personnalité formidablement sympathique – au point que, même quand on voudrait le jalouser, on n’y arrive pas, ce qui est encor plus fort escagassant. Aussi à l’aise dans la musique savante (c’est  un habitué des grandes scènes opératiques), dans la technosphère, dans les théâtres, sur les plateaux saturés de caméras et dans le monde mystérieux des musicals, Michaël Koné était la proie idéale à convoquer pour zouker l’ouverture de la Fête de la musique de Saint-André de l’Europe. Suite au désistement in extremis pour raisons de santé d’un artiste programmé à 18 h, l’olibrius a accepté d’inventer avec moi un semi-double récital que nous avons intitulé « Vice et versa ». Nous donnerons donc le même récital, mais à l’envers, à 17 h et à 18 h.
Dedans, y aura du Bach.

Michaël Koné chante Bach. Photo : Bertrand Ferrier.

Du concept.

Photo : Bertrand Ferrier

De la marrade.

Photo : Bertrand Ferrier

Du chant profond visant à fouailler l’intestinité de l’auditeur.

Photo : Bertrand Ferrier

Des gestes lumineux (le concert sera retransmis sur écran géant, quand même).

Photo : Bertrand Ferrier

Et un peu de l’orgue aussi, ne serait-ce que pour swinguer les tubes au programme.

Photo : Bertrand Ferrier

Bref, en 2 X 45′, on ne devrait pas trop s’ennuyer. D’autant que, en sus du contre-ténor, une musicienne inattendue viendra se faufiler pour faire sourire le Roi des instruments et, en passant, émouvoir les auditeurs. Alors, Saint-André de l’Europe, are you ready to rrrrrrumble?

Photo : Bertrand Ferrier

 

Anne-Isabelle Parcevaux et Jennifer Young en répétition (et pourtant déjà hyperbien assorties, c’est dire). Photo : Anne Lemaitre.

Bientôt la Fête de la musique. Cinq concerts en 5 h 15 : projet foufou, qui se peaufine en compagnie d’artistes au taquet, comme Jennifer Young, qui viendra armée de sa nouvelle accompagnatrice, madame Anne-Isabelle de Parcevaux en personne. Les dernières répétitions sont lancées. Compter sur votre présence le jour J serait un plus positif, tu penses.

Orgue de l’église Saint-Marcel (Paris 13). Photo : Bertrand Ferrier.

Émule de la starteupe néchonne, je me suis mis en mode fusion pour ce post. Après la session « coup de pouce » et le moment « bien accompagné », voici le mix : le coup de pouce bien accompagné. En d’autres termes, il s’agit de l’après-midi registration-tourne du dimanche pour un ami au carré (un ami d’ami, donc), qui s’aventurait sur les terres de Vera Nikitine en compagnie d’un jeune apprenti coaché, comme la puissance invitante, par Jean-Luc Thellin.
Cerise sur le clafoutis, deux percussionnistes étaient de la partie pour interpréter le Boléro de Pierre et Jean-Marc Cochereau. Enfin, deux et demi. Récapitulons afin d’être stipulatoire. À la base, nous avons donc deux organistes en formation.

Grégoire Veyrac et Franck Patrone. Photo : Bertrand Ferrier.

Aux deux organistes s’ajoutent deux percussionnistes professionnels, ici présentés sur une photo d’organiste. On appelle « photo d’organiste » une photo de groupe où les organistes sont presque nets, les percussionnistes, non. Peut-être aussi parce que lesdits percussionnistes sont soupçonnés d’être allés boire une bière avant le concert sans inviter le photographe – ça peut jouer.

Franck Patrone, Grégoire Veyrac, Cédric Cyprien et William Mège. Photo moche : Bertrand Ferrier.

Ce nonobstant, notre exigence de transparence nous oblige à stipuler que ce concert concaténant Buxtehude, Bach, Mozart, Lefébure-Wély, Franck, Messiaen et Cochereau n’aurait sans doute pas été le même si un artiste polymorphe n’avait pas pris la peine d’apporter ses lumières musicales. Sleepy, dit Grand Gourou, avait une nouvelle fois décidé de tester (« quasiment au sens anglais de goûtation buccale ») les deux contributeurs instrumentaux du jour, à commencer par l’orgue.

Photo : Bertrand Ferrier

Après s’être senti très à l’aise, au point de faire l’article du Beuchet-Debierre à la façon d’un guide très sûr de lui, il a condescendu à s’essayer à la percussion. Il a fort apprécié cette expérience, puis a regagné sa place de spectateur privilégié afin d’assister, en connaisseur, à ce qu’il considérait dès lors comme « son concert ». Jugeant « gouleyant » le sens du rythme de l’un, « scrupuleux » le souci de restitution de l’autre, il a surtout goûté les interventions de ses amies les percussions. Au point d’envisager de ne plus s’appeler seulement Grand Gourou mais, peut-être, aussi, en guise de sous-titre, King of the Groove. Voilà où l’on en est, hic et nunc. La suite, inch’Allalalalah, aux prochains épisodes.

Photo : Bertrand Ferrier

 

Photo : Bertrand Ferrier

À l’occasion des trois cérémonies à jouer ce jour, j’étais escorté par un « amateur de curiosités ». Sa conclusion : « Pour jouer de la musique comme pour boire quelques coups, l’important est d’être fort bien assis. Le reste relève de la paraffine. » Dont acte.

Photo : Bertrand Ferrier