Photo : Bertrand Ferrier

Avec ses partners, c’est l’un des plus grands experts en organologie, mondialement connu dans tout le Val-de-Marne après sa célèbre et polémique inspection d’un instrument signé Denis Lacorre.
Toujours muni de son critère de qualité (« une certaine granularité du son »), le spécialiste a tantôt poursuivi sa quête de l’instrument idéal en testant un orgue positif. De source proche de l’enquête, il y aurait goûté « une plaisante sensualité dans la simplicité » et « une présence nullement anodine dans les rapports entre les timbres – et ceci n’a rien à voir avec les postages, humour de facteur ! », bref.
Hélas, nous n’avons pu en savoir plus, le mandant se réservant la primeur de l’analyse fondamentale et poussée à laquelle son envoyé s’est livré. La saga sagace agace, donc elle continuera.

Jean-Luc Thellin juste avant son récital à Saint-Louis de Vincennes. Photo : BF.

D’emblée, j’avoue, j’avoue tout. De ce concert de Jean-Luc Thellin, je ne peux rien dire. Ou presque. Juste que, quoi qu’il fût joué par un monsieur aux airs de gendre idéal (grand bonhomme, lunettes sérieuses, rasage parfait, très léger accent, gnagnagna), le programme était celui d’un malade mental tant il était hérissé de difficultés (digitales, musicales, stylistiques pour adapter des esthétiques complémentaires mais différentes à un nouvel instrument encore en rodage, etc.). Les connaisseurs me comprendront : la set-list incluait, dans l’ordre, la Sinfonia de la cantate BWV 29 dans la très fine et très efficace transcription perso de l’organiste ; les « Naïades » de Louis Vierne, épouvantablement complexes ; la monumentale Suite op. 5 de Maurice Duruflé ; et le monstrueux Ad nos ad salutarem undam de Franz Liszt, avec sa petite demi-heure de variations pyrotechniques autour d’un pauvre thème grégorien.

Le nouvel orgue de Saint-Louis de Vincennes. Photo : BF.

Malheureusement, je ne peux rien dire car, sur quelques pièces, je tournais les pages, tout fier de cette marque de confiance alors que je commence d’avoir une bonne réputation de pire assistant du monde. Et les habitués de ce site connaissent, sinon l’éthique, du moins, restons parfois modeste, l’étiquette de la maison : entre rganiss, ce qui se passe à la tribune reste à la tribune. Seuls les nombreux auditeurs de ce récital exceptionnel pourraient en chanter les louanges. D’autant que ce M. Thellin est aussi un de mes gros donneurs d’ordre. J’aimerais pas passer pour un fayot, quoi que, même si « ça joue méchamment » (pas « ça joue méchamment » au sens « je veux passer pour un fayot », sot, juste « ça joue méchamment » au sens où le mec a quatre bras, six pieds et deux ou trois cerveaux pour les gérer, sans compter le cloud – du spectacle, certainement). Oui, ça joue méchamment, y compris quand le tourneur de pages tente d’accélérer la cadence en tournant deux pages d’un coup – mais, Jean-Luc, on avait dit : ce qui se passe à la tribune… Bref. Si ce p’tit Belge de France passe par chez vous, préparez-vous à être ébloui ou déménagé. Au choix. This guy is good. Il a même été invité à jouer à Notre-Dame et, pire, au Festival Komm, Bach!. Alors ça va, quoi. C’est pas si grave si je peux rien dire. Ouf.

La rosace de Saint-Louis. Photo : BF.