Le projet est désormais connu : nous avons voulu solliciter des artistes pour qu’ils nous racontent une autre histoire (au moins). Il y aura donc deux concerts. Un samedi, à 20 h 30, et un dimanche, à 16 h [lien à suivre bientôt !].
Pour cela, nous avons réuni un orgue, une soprano, un altiste, un chanteur, une violoncelliste et deux pianistes, qui interprèteront des classiques, des standards, des créations mondiales, le tout allant de Bach à Trenet, de Beethoven à Shemer, de Scarlatti à Markovitch, de Brassens à Sampson, de Borodine à Hirayama, de Le Nagard à Vercoe, de Debussy à O’Malley, etc. De la diversité, de la qualité, du pimpant, du poignant – des histoires, en somme.
Parmi les artistes, les p’tits nouveaux se mêlent aux grands habitués. Côté habitués, saluons d’abord Emmanuelle Isenmann, lauréate des CNR de Rouen et Strasbourg ainsi que du Conservatoire royal de Bruxelles. En soliste, en troupe ou en chœur, la soprano se produit dans le monde entier, de la Sibérie aux tropiques latino, de la Philharmonie de Paris à l’ambassade de France à Washington. Également chantre et chef de chœur, Emmanuelle enseigne au Conservatoire du cinquième arrondissement de Paris.
Elle sévit souvent au côté de Jorris Sauquet, sorte de lutin des tribunes qui a glané, dans sa folle et prime jeunesse, les premiers prix d’orgue, de clavecin et de basse continue au CNR de Boulogne-Billancourt. Jorris a également été une bête à concours – parmi ses titres de gloire, la licence d’interprétation et de virtuosité du concours Marcel Dupré de Chartres, graal de cette compétition. Titulaire du Cavaillé-Coll de Notre-Dame du Rosaire (Paris 14), il a claqué des récitals spectaculaires sur quelques-unes des plus belles orgues de France (la Madeleine, Saint-Étienne-du-Mont, cathédrales de Poitiers ou de Monaco…) sans pour autant renoncer à son travail de claveciniste : il est ainsi de la troupe de la Comédie-Française avec laquelle il a joué sur scène, plusieurs centaines de fois (et ce n’est pas fini !), la musique de Marc-Olivier Dupin qui accompagne Le Malade imaginaire.
Bref, quand les deux zoulous s’acoquinent à Saint-André de l’Europe, ça peut donner des merveilles comme ceci…

 

 

Ceux qui ont profité des Petites symphonies pour un nouveau monde et des Splendeurs de la catastrophe connaissent déjà bien Jasmina Kulaglich. Artiste Naxos, la lauréate – à l’unanimité – du Premier Prix du Conservatoire national supérieur de musique de Belgrade se produit en solo comme en formations chambristes et avec orchestre. Ouïe à la Radio Télévision de Belgrade et à la Radio suisse romande, elle associe à son travail de soliste un devoir de transmission, puisqu’elle est professeur au CRR d’Aubervilliers ainsi qu’au Pôle Supérieur 93, deux endroits d’excellence, où elle enseigne le piano et la musique de chambre. Et, donc, elle joue.

 

 

Dernier artiste désormais habitué, Jean Dubois, chanteur aux centaines de concert, accompagnateur de vocalistes de tout sexe et en nombre variable, auteur de quatre albums principaux, a sévi itou lors des Splendeurs de la catastrophe. Après avoir donné un concert quotidien en Facebook live chaque jour de Grand Confinement que firent Dieu et Pharaon Ier de la pensée complexe, il a retrouvé le goût, jamais vraiment perdu mais parfois sourdiné, des « reprises » variées. Samedi 6 et dimanche 7 juin, lui et la guitare qui l’accompagnent vont donc nous offrir ses propres chansons, excellentissimes, et, histoire de tirer la coverture à eux, sans doute, des œuvres signées d’autres inventeurs de fredonnerie. Attention, ça chatouille !

 

 

Retrouver des habitués est une joie – visages connus, fierté de la confiance renouvelée, plaisir du déjà-vu qui s’enrichit de nouvelles expériences. Mais comme il est doux d’agrandir le cercle grâce à de nouveaux venus dans la danse du festival ! Hannah Holman est de ces artistes tout neufs pour le festival. Violoncelliste du New York City Ballet Orchestra depuis huit saisons, mais son expérience orchestrale va beaucoup plus loin : de l’Angleterre au Michigan, elle s’est intégrée à de multiples formations prestigieuses et tient même le rang de première violoncelliste dans le Quad City Symphony Orchestra, basé dans l’Iowa. Soliste aux multiples disques, chambriste passionnée, enseignante infatigable, Hannah n’a peur de rien, avec son violoncelle Becker de 1920 (celui de sa grand-mère) à la main. Quoique artiste, elle revendique d’être humaine, puisqu’elle a un chat, un fils et des hobbies tout à fait respectables : « Food, wine and finding killer deals on shoes. »

 

 

Pour ces deux concerts, elle nous offre essentiellement des pièces en solo, filant de Bach à la musique contemporaine ; mais elle tenait aussi à s’associer avec sa complice de quarantaine, la pianiste d’origine jordanienne Ghadeer Abaido. Ghadeer a joué dans le monde entier, du Japon aux États-Unis en passant par l’Italie et la République tchèque… sans hésiter à se mesurer à l’art pyrotechnique d’Arcadi Volodos – ce qui se fait de mieux sur la planète digitale.

 

 

Terminons par le septième phénomène de la soirée, Mr B2D. Le pétulant Brett Douglas Deubner s’est imposé comme l’un des altistes qui comptent sur la planète. Il s’est produit en soliste devant des orchestres sur les cinq continents. Musicien aux facilités techniques impressionnantes, l’homme est une bête de scène – les mélomanes apprécieront son sens de l’incarnation lors de ses apparitions sur Racontez-moi une autre  histoire (ou deux). Il mixe pratiques solistes et chambristes… et même direction de festival en Sicile. Passionné par le répertoire et son développement, il vient de remporter le prix ACAM du Meilleur album classique pour son dernier disque, incluant A kiss before the World’s End, le concerto de Houston Dunleavy qu’il a créée à Melbourne  avant de l’enregistrer au Costa Rica. So chic!

 

 

Retrouvez tous ces artistes ce samedi, à 20 h 30, puis dimanche à 16 h pour un programme 100 % différent !

 

Enregistré dans les conditions du direct, dans une version pour orgue à deux mains et deux pieds, l’un des sommets in-finis de la fugue selon Bach, avec un chouchou de Jean Guillou (qui taquinait itou son Johann Sebastian)  à l’orgue de Saint-André de l’Europe. Please, enjoy.

 

 

 

J’vais vous parler d’ma vie, c’est rare quand ça m’arrive. Mais, là, quand même, j’étais en désarroi : mon disque dur a démissionné quelques heures avant la Première YouTube des Paysages intérieurs.
Je n’ai pas pu partager virtuellement avec curieux, artistes et mélomanes ce moment, désormais disponible en replay. Le partager a posteriori avec tous les curieux de belle musique variée, de surprises esthétiques et de métissages esthétiques serait une vraie joie.

 

 

 

Au programme, ce soir, à 20 h 30 : de l’orgue, du sax, du clavecin, de la flûte, de la peinture, de la vidéo (si) et de la chanson. Voici le casting.

À l’orgue, Anna Homenya

En 2013, elle obtient ses Premiers prix d’orgue et de clavecin au conservatoire Rimsky-Korsakov de Saint-Pétersbourg, enchaînant directement sur un doctorat de musicologie disséquant les symphonies d’Anton Bruckner. Elle se perfectionne au Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris, avec Christophe Mantoux (orgue) et Noëlle Spieth (clavecin), ainsi que lors de classes de maître très prestigieuses.
En 2017, elle se faufile parmi les finalistes du redoutable concours d’orgue de Dudelange (Luxembourg). La même année, elle devient professeur de piano et de solfège à l’École russe des arts de Paris. Titulaire des orgues de Sankt-Albert (Paris), elle a claqué des concerts mémorables dans de nombreux endroits prestigieux, à Saint-Pétersbourg, à Paris (Saint-Augustin, Saint-Séverin, Saint-Gervais, les Billettes… et même à Saint-André de l’Europe pour la première fois le 9 décembre 2016) et en Allemagne.

 

 

Au saxophone, Dmitri Ouvaroff

Complice habituel d’Anna Homenya, Dmitri Ouvaroff est avant tout un soliste redoutable. Multidiplômé en saxophone classique à Saint-Pétersbourg, il a aussi décroché un master à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Il est membre de l’Orchestre symphonique de la chapelle d’État de Saint-Pétersbourg et, depuis 2020, de l’Orchestre symphonique sicilien de Palerme.
Neuf prix jalonnent le parcours du musicien éclectique, aussi passionné de musique baroque que de musique contemporaine. Il a fondé et dirige l’École russe des arts de Paris, et nous a préparé un programme aussi décoiffant que singulier…

 

 

Au chant, Claudio Zaretti

Si l’on avait respecté l’ordre alphabétique, il ne se serait pas glissé si haut dans la liste. Mais la particularité des concerts YouTube du festival Komm, Bach! étant, pour la deuxième fois, d’accueillir des chanteurs, nous avons décidé de nous tampiponner de l’alphabet pour évoquer dès à présent Claudio Zaretti. Italo-Suisse, il fait ses premières armes d’auteur-compositeur-interprète entre Genève, Lausanne et Spa. Exilé en France, il formalise en conservatoire ses connaissances en harmonie, entre Lyon et Villeurbanne. Guitariste, contrebassiste et chanteur, il écume alors les bars et multiplie les tournées à chaque saison touristique.
En 2005, ce voyageur revendiqué se fixe à Paris « quelque part dans le douzième ». Petites salles et cafés-concerts de la capitale (notamment !) lui ouvrent leurs portes avec chaleur. Alors qu’il contrebasse jazz pour le quintette swing de Paris, cinq disques ont jalonné son parcours dont le tout récent Cosmos hôtel.

 

 

Au piano, Nicolas Horvath

Derrière le beau gosse au brushing mouvant se cache l’un des virtuoses les plus singuliers de la planète classique française. Formé à l’Académie de musique Prince Rainier III de Monaco, Nicolas Horvath s’est perfectionné auprès de nombreux maîtres dont Philippe Entremont et Leslie Howard. Fructueuses ont été ces collaborations, puisque l’interprète a glané moult récompenses, dont les premiers prix des concours internationaux Alexandre Scriabine et Luigi Nono. Interprète des compositeurs pour piano les plus canoniques, de Liszt à Debussy dont il vient d’enregistrer des pièces rares, la patte Nicolas Horvath se caractérise par quatre singularités :

  • un goût non exclusif pour la musique contemporaine, qui l’a fait par ex. tout récemment graver un album Régis Campo peu après avoir défendu Karl Czerny ;
  • un attrait pour le répertoire méconnu, défendu avec talent pour le label GrandPiano ;
  • une dilection envers les concerts et les projets hors normes, comme son intégrale Philip Glass qui a attiré près de 15 000 fans à la Philharmonie de Paris ; et
  • une production électroacoustique partagée entre trois pistes convergentes – études sérieuses à l’École normale et au CRD de Pantin (d’où il sort diplômé) ; fulgurantes explosions (enregistrement harshnoise du Treatise intégral de Corneilus Cardew) ; et expériences d’art total comme cette exposition sanglante de 2013 (vidéo infra).

Ses embardées verront donc aussi bien Nicolas Horvath se produire dans les plus belles salles de la planète que Meldhkwis tourner avec les plus sulfureux des artistes black metal de la scène underground, feat. les cultissimes grogneurs de Hell Militia. Bref, Nicolas Horvath, c’est ça…

 

 

… et ça.

 

 

À la vidéo, Nicolas Fiery

Comme Inna Ouvaroff, danseuse formée au Bolchoï devenue aussi vidéaste (c’est elle qui filme son mari Dmitri dans Paysages intérieurs), Nicolas Fiery est bien le vidéaste qui a travaillé avec Charlotte Isenmann… mais, fondamentalement, il est danseur.
En 2009, il commence à pratiquer son art par le biais des techniques dites funky styles (popping and locking, savent les spécialistes). Dans l’école de Lady Del, dirigée par Candice Alekan, il débute sa formation professionnelle en se concentrant sur les danses hip-hop, jazz, modern… et en s’ouvrant au théâtre. Très vite, il investit les scènes françaises et italiennes, claquant des chorégraphies signées Lady Del et Candice Alekan, bien sûr, mais aussi Kayoko Watanabe et Julie Galopin.
Entre 2013 et 2015, il récolte moult prix en locking et en jazz.
En 2015, il fonde MUMOS, une plateforme artistique servant de support à la création pluridisciplinaire et au rassemblement des cultures. Les créations de la compagnie revendiquent d’être « des performances et des vidéos visant à surmonter les barrières géographiques ». À l’occasion d’un tournage au Costa Rica, Nicolas Fiery a filmé le peintre Jorge Portuez à l’ouvrage, et ce travail a singulièrement inspiré Charlotte…
En 2017, Nicolas intègre The Ailey School, le plus grand centre de danse de la côte Est, et la maison d’Alvin Ailey American Dance Theater. Ayant désormais validé sa formation, il danse pour ASPG, la JPA, et The Heraclitus Project. Ses propres chorégraphies ont été vues dans des lieux de spectacle tels que le Bataclan (Paris), le CRR de Paris, mais aussi Arts On Site et The Tank, à New York.

 

 

À la flûte, Charlotte Isenmann

Apparue en septembre 2000 à Paris, Charlotte Isenmann commence la flûte traversière en conservatoire dès sept ans. Trois ans plus tard, elle intègre le Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris (CRR) dans le cadre d’un double-cursus. Elle suit alors les cours de Madeleine Chassang pendant 5 ans, puis ceux de Frédéric Chatoux, flûte solo de l’orchestre national de l’Opéra de Paris, jusqu’à aujourd’hui. Elle obtient son Diplôme d’Études Musicales (DEM) en juin 2019 et entre en classe préparatoire à l’enseignement supérieur (CPES) en septembre 2019.

Charlotte Isenmann par Olivier Merzoug (extrait, découvrez l’intégralité dès ce samedi, 20 h 30 !)

Elle a participé à de nombreux projets : l’inauguration des studios de Luc Besson à la Cité du Cinéma en tant que piccoliste (2012) ; plusieurs concerts à la Sorbonne avec l’orchestre du lycée Racine ; la célébration des 300 millions de visiteurs à la Tour Eiffel (2017) ainsi que plusieurs masterclasses au CRR (avec le Trio d’argent, Olivier Ombredane, Martin Kutnowski…). Charlotte intègre l’Orchestre symphonique du CRR et entre au conservatoire du quinzième arrondissement dans la classe de jazz de David Patrois en septembre 2019.
En parallèle, Charlotte développe ses qualités de danseuse – décidément – depuis ses huit ans à travers les danses africaine, baroque, modern jazz, contemporaine et, actuellement, danse classique : elle est en sixième au Centre de danse du Marais, sous la houlette d’Anne Meteier. Comme tout cela était bien insuffisant, l’ogre artistique qu’elle a également entamé, en ce mois décisif de septembre 2019, des études de théâtre au conservatoire du Val Maubuée (Noisiel) sous la direction de Claire Delaporte.

 

 

Photo : Bertrand Ferrier

– Ne commencez pas un concert par du Messiaen. C’est du bruit, ça fera fuir tout le monde.
– Merci du conseil, j’adore, c’est tellement, genre, puissant comme un pet sur une plaque de verglas. Et maintenant, bonne écoute du premier morceau programmé pour les Splendeurs de la catastrophe.

 

 

Cyrielle Golin by Cyrielle Golin, for Komm, Bach!

Ce samedi, no matter le Grand Confinement, on les avait réunis tous les huit. La violoncelliste Cyrielle Golin avait saisi son instrument DeLuxe.

Jean Dubois by Jean Dubois for Komm, Bach!

Jean Dubois, avec sa guitare à la main, n’avait presque peur de rien.

Jasmina Kulaglich by Jasmina Kulaglich for Komm, Bach!

Jasmina Kulaglich, attentive et sereine, patientait devant son piano.

Jean-Luc Thellin by Jean-Luc Thellin for Komm, Bach!

Jean-Luc Thellin attendait dans son jardin que fût venue l’heure de demander à son clavecin de pincer quelques cordes.

Vincent Crosnier by Vincent Crosnier for Komm, Bach!

Chargé de lancer le show par un lâcher de ténèbres, Vincent Crosnier n’était que concentration.

Akos Quartet by Akos Quartet for Komm, Bach!. Feat.: Alexis Gomez, Cyrielle Golin, Théo Delianne et Aya Murakami.

Il semble que les p’tits jeunes du quatuor Akos, ayant alors récupéré leur violoncelliste, n’étaient pas tout à fait traumatisés par la perspective de prendre bientôt l’antenne. Et tout ça réuni, ç’a donné ce qui suit.

 

 

 

Samedi 9 mai, à 20 h 30, deuxième édition des concerts Komm, Bach! sur YouTube suite au succès de la première édition.

Le thème

Splendeurs de la catastrophe

Le pitch

Les compositeurs ont toujours réagi à des catastrophes d’ampleur variée, transformant l’effondrement en beauté. Ainsi, la guerre, la mort, la fin d’un amour ou la perte d’un sou ont été mis en musique. D’autres bouleversements secouent le répertoire : compositeurs disparus à la fleur de l’âge, partitions inachevées ou gloires posthumes liées à des fakes – l’Adagio dit d’Albinoni ou l’Ave Maria dit de Caccini en sont des exemples célèbres.
Enfin, des bouleversements pragmatiques peuvent être constitutifs d’un morceau. Pensons aux conditions de composition de certaines pièces, tel  le « Quatuor pour la fin des temps », ou aux accidents instrumentaux comme ces notes coincées qui inspirent à Jehan Alain la « Berceuse sur une note qui corne ». En s’appropriant librement l’idée de « catastrophe », les artistes de ce concert illustrent, à leur manière, comment la musique peut, parfois, sublimer les bouleversements intimes et extérieurs – jusqu’à, peut-être, inspirer positivement ceux qui l’écoutent et se sentent, eux aussi, bouleversés.

Le contexte

Le projet s’inscrit dans le cadre du festival Kom, Bach!, fondé en octobre 2016 pour célébrer le come-back de l’orgue après restauration… et la musique de Johann Sebastian Bach. Environ 21 concerts par saison, du 21 septembre au 21 juin, constituent le « plus petit festival international d’orgue-et-pas-que », sis physiquement en l’église Saint-André de l’Europe (Paris). Ces concerts veulent être accessibles aux mélomanes (seuls de grands musiciens y sont programmés) comme aux curieux, car ils sont

  • courts (en général 1 h 10 maximum),
  • variés (morceaux de durée et d’esprit contrastés, compositeurs métissés, instruments changeants – de l’orgue seul à l’orgue associé avec un chœur, un saxophone, une bombarde, un ensemble de cuivres, un récitant, un film ou des lumières créées pour l’occasion, par ex.),
  • clairs (un programme détaillé est offert aux spectateurs),
  • intrigants (récitals retransmis sur écran géant),
  • gratuits (à l’entrée et à la sortie) mais drôlement biens quand même.

Depuis la création du festival, 81 concerts ont été donnés.
Cependant, en raison du Grand Confinement, les concerts vivants sont momentanément annulés. Pour que la musique ne s’arrête pas au gré des décisions opportunistes prises par le gouvernement, des artistes invités se mobilisent et, autour d’un thème proposé par le programmateur, enregistrent des pièces spécialement pour l’occasion… donc en mode confinement. La Première YouTube de l’événement est diffusée à l’heure initialement prévue pour le concert physique – donc le samedi 9 mai à 20 h 30 tintinnabulantes.

Au programme

Bach, Borodine, Božiċ, Eötvös, Hindemith, Khatchaturian, Kirchner, Messiaen, Mozart, Schubert, surprises et improvisations.

Avec la participation de

Vincent Crosnier (orgue), Jean Dubois (chanson), Cyrielle Golin (violoncelle), Jasmina Kulaglich (piano), Jean-Luc Thellin (clavecin) + un caméo du quatuor Akos. Présentation des artistes à venir !
Avec, en back-up technique et arty, la musicienne, femme de lettres et néanmoins vidéaste Esther Assuied, le graphiste Ludovic Nowicki et, en feat., Rozenn Douerin la cadreuse live du festival. Et, peut-être, vous derrière l’écran !

 

Photo : Bertrand Ferrier

Certains préludes de choral de Johann Sebastian Bach comptent parmi les chefs-d’œuvre de la littérature pour orgue. À l’occasion des « Petites symphonies pour un nouveau monde », Anna Homenya a interprété dans les conditions du direct ce trio (chaque main et les pieds ont une importance égale) d’une difficulté redoutable en théorie… même si, en pratique, il paraît couler de source. Constatez par vous-même, grâce à cette vidéo d’Inna Ouvaroff habillée par Esther Assuied !

 

 

Dmitry Uvarov et Anna Homenya (aperçu). Photo : Bertrand Ferrier.

C’est un truc évident et injouable, avec des breaks incessants et invisibles, et des mesures improbables. Pourtant, ce remix bachologique de Jean-Denis Michat sonne avec un naturel swinguant qui sidère grâce aux images d’Inna Ouvaroff, à la précision d’Anna Homenya et au souffle de Dmitry Uvarov – un disciple de… Jean-Denis Michat.
Démonstration en vidéo ci-dessous.

 

 

Anna Homenya et Dmitry Ouvaroff en l’église Saint-André de l’Europe (Paris 8). Photo : Bertrand Ferrier.

And now for something completely different: un tango pour orgue et saxophone avec les complices russes qui ont illuminé les « Petites symphonies pour un nouveau monde », Anna Homenya et Dmitry Ouvaroff.
C’est léger et poisseux, poignant et vibratoire, délicat et puissant. Belles émotions aux curieux.

 

 

Photo : Bertrand Ferrier

Alors que les ministres de l’État français répandent le coronavirus dans toute la France en parfaite impunité, crachons-leur dessus à notre niveau.
En face-à-face, on aurait plaisir à les gibleuder pour voir si, sans les p’tites catcheuses qui les enveloppent, ces salopes sont capables de résister au virus de la vraie vie ; faute de quoi, on leur injecte ce qu’elles n’ont pas, ces immondes gourdasses, qu’elles s’appellent Brune ou Jacqueline : la culture du beau. J’espère que vous êtes mortes, garces.

 

Capture d’écran de la vidéo d’Inna Ouvaroff

Originellement écrit pour piano et saxophone, voici un extrait des « Tableaux de Provence » adapté pour orgue et saxophone par Anna Homenya et Dmitry Uvarov. L’occasion pour chacun de découvrir ou réentendre Paule Maurice, une compositrice guère prisée des programmateurs en quête de noms bankable.
Les amateurs de trouvailles harmoniques et d’ambiances goûtues le regretteront – mais ils auront, a minima, cette vidéo pour rêver au riche répertoire laissé par la créatrice !

 

Anna Homenya et Dmitry Uvarov (aperçu). Photo : Bertrand Ferrier.

Après avoir mis en ligne la première version YouTube de Tanets de Naji Hakim par Marie-Agnès Grall-Menet, en présence du compositeur…

 

 

… le festival Komm, Bach! est tout frétillant de présenter en création mondiale une miniature écrite spécialement par le chef et compositeur Nikita Sorokine pour le concert des Petites symphonies pour un nouveau monde. Bonne découverte ou réécoute de cette petite perle apte à pimper le collier de nos habitudes !

 

 

Ce n’était pas le premier concert collectif, mais c’était le premier concert doté d’ubiquité du festival Komm, Bach! : ce samedi 28 mars, a été diffusé pour la première fois sur YouTube le film des Petites symphonies pour un nouveau monde, avec six artistes internationaux. Voici le résultat.

 

 

Les curieux de belle musique peuvent prolonger l’expérience à travers les derniers disques des musiciens, comme…

Belles écoutes à chacun.

 

Vittorio Forte. Photo : Rozenn Douerin.

Le samedi 28 mars, à 20 h 30, le festival Komm, Bach! réunit six concertistes internationaux pour un concert exceptionnel diffusé sur YouTube et intitulé Petites symphonies pour un nouveau monde. Le concert s’articulera autour de pièces pour orgue et saxophone, présentés tantôt, et pivotera autour de pastilles distillées par pianos et clavecin. Quatre invités VIP ont accepté de participer au projet : aujourd’hui, nous allons découvrir les deux premiers (par ordre d’apparition à l’écran). Les deux suivants débarouleront demain.
Le premier nommé est un quasi habitué des habitués (j’ai pas fini) de ce site. Vittorio Forte est l’un des secrets les mieux gardés du piano virtuose et néanmoins musical, puissant et cependant subtil. En dépit de sa modestie envahissante, c’est un hénaurme pianiste, aussi brillant techniquement que généreux humainement, aussi curieux musicalement que sidérant digitalement. De ce grand escogriffe, il nous est même arrivé de dire plus que du bien, chose si rare paraît-il, çà et .

Photo : Bertrand Ferrier

Guidé par un pédagogue argentin, le zozo ne s’est consacré au piano qu’à 17 ans, quasiment à l’âge de la retraite chez certains. En quelques années, il a raflé moult prix de concours nationaux, avant d’aller se perfectionner auprès de pianistes prestigieux, de la trempe de György Sándor ou Mikhail Petukhov. En 1996, il glane le premier prix du concours international de Zumaia (en Espagne, évidemment), donc le droit de jouer son premier concerto avec orchestre – le mozartien Jeunehomme. En 1998, un nouveau concours lui permet de quitter l’Italie pour gagner les rives (françaises) du Léman. Une tournée de concerts européens passant par la Bulgarie et Toulon, si si, lui permet de décrocher une bourse.
De la sorte, le voici grenouillant au conservatoire de Lausanne, puis auprès d’hurluberlus notoires feat. Paul Badura-Skoda et Jean-Marc Luisada. Quant à François-René Duchable, c’est pire : il choisit Vittorio pour interpréter le Cinquième concerto dit « Empereur » de LvB avec rien moins que l’Orchestre de chambre de Lausanne.

Photo : Bertrand Ferrier

Le sommet ? Que nenni. L’Européen Forte continue de gagner des concours, d’intégrer des classes de maître spectaculaires avec, entre autres, des mentors de l’acabit d’un Andreas Staier ou d’un Menahem Pressler. Au Grand Prix Vlado Perlemuter, il récolte deux prix, dont le prix Chopin pour la meilleure interprétation d’une pièce du compositeur polonais. Lyrinx l’alpague, et son disque Clementi (ne vous fiez pas à la pochette pourrie, c’est wow) remporte, notamment 5 diapasons. S’ensuivent de nombreux enregistrements vite considérés comme des références, dont un disque Schumann, un disque Couperin-Chopin, un disque Carl Philip Emmanuel Bach, des intégrales et des récitals comme ce « Voyage mélodique de Schubert à Gershwin » qui alpague aussitôt ses cinq diapasons.
Ses innombrables récitals ne l’empêchent pas de délivrer de nombreuses classes de maître à son tour, et de susciter l’admiration incrédule de tous ceux qui assistent à ses concerts. Ne croyez rien au marketing : oui, Volodos, ça joue superbement ; mais Forte, c’est au moins aussi magnifique.

 

Jasmina Kulaglich. Photo : Laura Cortès, by courtesy of the model.

Jasmina Kulaglich est moins explosive. Plus intérieure. Pas moins volontaire, c’est un fait. À Belgrade, où la concurrence est rude, elle toque un Premier prix à l’unanimité au Conservatoire national supérieur de musique. Plus le Grand prix de l’université des arts. Plus le Premier prix au concours des jeunes pianistes serbes. Plus le Prix d’octobre de Belgrade. Rien que ça…
La jeune femme est volontaire, elle souhaite encore se perfectionner auprès – notamment – de disciples d’un certain Claudio Arrau. Son aura grandit et l’amène à se produire en France, en Suisse, en Italie et en Hollande.

 

 

Mais la dame n’est pas univoque. Soliste ? Soit. Chambriste itou. Elle se produit en petit comité – mais quel « petit » comité – avec les solistes et membres du Philhar de Radio France, de l’ONF, de l’Orchestre de Paris et de l’ONIF. Elle fracasse Londres avec l’Orchestre romantique européen, elle envahit le clavier devant l’Ensemble symphonique de Paris et l’Orchestre de chambre Dionysos. Elle gagne le New Jersey avec le trio Botticelli et la presse avec le trio Bohème, autour d’un excitant programme saisonnier disponible ici.
Chambriste, soit ? Soliste avant tout. Elle a notamment créé Byzantine Mosaic de Svetislav Božiċ, œuvre et disque inspirés par les monastères orthodoxes des Balkans. Le disque est un choc salué notamment par Radio Classique, France Musique et la Radio Suisse romande.

 

 

Critiques et experts se gobergent et s’écharpent pour savoir qui louera le mieux sa sonorité fruitée (si), sa sonorité idéale, son aisance diabolique, son intériorité sensible ou son don inné pour la beauté. Insatiable, la dame séduit la Radio Télévision de Belgrade et la Radio Suisse Romande qui l’enregistre avec admiration, et elle poursuit son projet musical doublement : d’une part en tant que prof (au Conservatoire à Rayonnement Régional d’Aubervilliers et au Pôle Sup’ 93), d’autre part en… mais oui, en participant au concert du 28 mars où, par ma foi, l’on vous attend !

Anna Homenya. Photo : Nikita Sorokine pour le festival Komm, Bach! (détail).

Le samedi 28 mars, à 20 h 30, le festival Komm, Bach! réunit six concertistes internationaux pour un concert exceptionnel diffusé sur YouTube et intitulé Petites symphonies pour un nouveau monde. Le concert s’articulera autour de pièces pour orgue et saxophone – nous présenterons leurs manipulateurs dans ce post. Il pivotera autour de pastilles distillées par pianos et clavecin – nous présenterons demain les VIP qui ont accepté de participer au projet.
Première à entrer en lice, Anna Homenya avait déjà coché la date et l’heure : elle devait se produire avec sa complice ce soir-là, en direct, pour un concert d’orgue à huit pieds et mains. Camille Déruelle étant contrainte de rester chez elle pour garder sa fille, Anna a décidé de maintenir sa participation avec un autre complice – un saxophoniste, pour changer. C’est une joyeuse nouvelle car la demoiselle vaut le coup d’oreilles.
En 2013, elle décroche le Premier prix d’orgue et de clavecin au conservatoire Rimsky-Korsakov de Saint-Pétersbourg et, dans la foulée, soutient son doctorat de musicologie – il porte sur les symphonies de Bruckner. Elle poursuit sa formation auprès de grands maîtres de l’orgue – comme Michel Bouvard et Louis Robilliard – et du clavcein – comme Christophe Rousset, Andrea Steier et Skip Sempé ; et elle la termine au Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris, dans les classes de Christophe Mantoux (orgue) et Noëlle Spieth (clavecin). Parallèlement, elle multiplie les concerts DeLuxe en se faisant entendre à la Chapelle académique de Saint-Pétersbourg, à la Marienkirche de Stralsund, en Allemagne et, à Paris, aux grandes orgues des églises Saint-Séverin, Saint-Gervais, Saint-Augustin et des Billettes à Paris.

Insatiable, elle accumule les lauriers. Quelques exemples ? En 2017, elle est l’une des cinq finalistes du très prestigieux concours d’orgue de Dudelange (Luxembourg). En 2018, elle devient l’accompagnatrice de Quadrivium, un ensemble de musique baroque qui, avec le musée des Arts et métiers, déploie un programme de concerts autour des compositrices. Soliste, elle se plaît à travailler aussi en duo. Avec la claveciniste Tatsiana Khalevo, elle joue François Couperin à la Philharmonie de Minsk, en Biélorussie. En 2019, avec Camille Déruelle, elle s’aventure à Annecy pour une première expérience autour de l’orgue à huit pattes.
En 2019, elle participe au concert d’ouverture du festival Paris les Orgues parmi une pléiade d’organistes qui, à défaut d’être des chaussures, sont déjà des pointures connues et reconnues. La même année, elle joue au festival d’orgue de Murcia, en Espagne, fait ses débuts au Royaume-Uni sur l’orgue historique d’August Gern abrité à Leven, et est invitée comme professeur d’orgue à l’université de Saint Andrews, en Écosse. Parallèlement, elle est l’organiste de l’église parisienne de Sankt-Albert, grave la musique de Boris Tischchenko pour Naxos (disque paru début 2020), et enseigne piano et solfège à l’École russe des arts, cofondée en 2016 par Inna Ouvaroff – qui a réalisé plusieurs séquences des Petites symphonies pour un nouveau monde – et Dmitri Ouvaroff, le saxophoniste du concert.

Dmitri Ouvaroff à Saint-André de l’Europe. Photo : Inna Ouvaroff pour le festival Komm, Bach!.

Dmitri est né en 1985 à Apatity (en Russie, comme chacun feindra de le savoir). Il obtient son diplôme de saxophone – avec la mention Excellent, s’il vous plaît – au Collège d’État de musique de Saint-Pétersbourg Modeste Moussorgski, se spécialise en saxophone classique en terminant ses études au conservatoire Rimsky-Korsakov de Saint-Pétersbourg. Enfin, il ne termine pas vraiment puisque, en 2018, il soutient son master d’Arts, lettres et langues, mention musicologie à l’université de Versailles-Saint-Quentin.
Entre 2004 et 2014, il est lauréat d’une dizaine de concours internationaux. Dès 2006, il intègre l’Orchestre symphonique de la chapelle d’État de Saint-Pétersbourg. Rapidement, il est invité par les orchestres symphoniques du Mariinsky et de l’Académie philharmonique du Saint-Pétersbourg. Tout en peaufinant son art auprès de grands musiciens (dont Jean-Denis Michat, qui sera joué lors des Petites symphonies pour un nouveau monde), il se produit dans de grands festivals internationaux comme Aix-en-Provence et Vittenberg. En Italie, il se produit dans le cadre des « Jeunes talents de Saint-Pétersbourg » organisé par l’État russe. En Chine, il participe aux Journées de Saint-Pétersbourg. À Moscou, il joue pour le Festival de Pâques. À Paris, en sus d’avoir fondé et de diriger l’École russe des arts, il devient l’artiste de DAU, le projet acoquiné avec le festival de film de Berlin. Depuis cette année, il est lié à l’Orchestre symphonique de Palerme. Bref, ça joue.
À demain pour partir à la découverte des invités VIP !

 

 

Malgré la lutte contre le coronavirus et l’écrasement des libertés publiques, le festival Komm, Bach!, autoproclamé « plus petit festival international d’orgue-mais-pas-que », est heureux de propulser « 17 petites symphonies pour un nouveau monde » en toute salubrité publique puisque ce concert virtuel sera diffusé sur YouTube. Malgré la fermeture des frontières, il rassemblera des artistes russes, serbe, italien, suisse et même, folie, français (ce qui n’est pas exclusif des autres possibilités, et réciproquement).
Autour de pièces associant orgue et saxophone, des pastilles de clavecin et de piano contribueront à mêler des musiques ancienne et toute fraîche (incluant une création mondiale !), le tout offert avec grâce par les concertistes internationaux Jasmina Kulaglich, Vittorio Forte, Anna Homenya, Dmitri Ouvaroff, Christian Chamorel et Nicolas Horvath.
Au côté des vidéos signées par la réalisatrice Inna Ouvaroff, des capsules faites « en mode confinement », non pas comme à la maison mais à la maison, simplement, par les invités VIP, témoignent de la réalité du moment, dans un écrin conçu et réalisé en un temps record par la claviériste et artiste visuelle Esther Aliénor.
Ce film sera projeté pour la première fois le samedi 28 mars à 20 h 30 sur la chaîne YT du festival. Ne ratez pas cet événement exceptionnel et intime ! (Toutes infos sur l’événement FB.)

 

Anna Homenya en plein ménage. Photo : Bertrand Ferrier.

Après son passage à la tribune de Saint-André de l’Europe, sans renoncer à faire le buzz, Anna Homenya efface toute trace virale grâce à son stylo rayonnant magique.  Comme elle compte revenir (et que nous comptons sur son retour), on peut dire qu’a été sauvée encore une vie russe.
(Comme ça, ça, c’est fait. Je pensais aller plus loin pour ceux qui n’ont pas l’accent du Sudeuh en parlant d’un petit navire, mais c’était bateau.)
Rendez-vous le samedi 28 mars, 20 h 30 sur la chaîne du festival Komm, Bach!.

Anna Homenya, Dmitri et Inna Ouvaroff

Anna Homenya, Dmitry et Inna Ouvaroff. Photo : Bertrand Ferrier.

Donc, c’est dit : le 28 mars, sur vos écrans quoique pas sur Netflix, ça va zouker. Avec, notamment, Anna Homenya et Dmitri Ouvaroff. Mais aussi grâce à Inna Ouvaroff, réalisatrice qui, devant le talent de filmationneur qui auréole Bertrand Ferrier, a accepté de reprendre la main pour réaliser de vraies belles vidéos, avec un vrai beau son. Oh, soit, sur le principe, c’est un peu vexant, mais que j’aime cette vexation !

Inna Uvarov. Photo : Bertrand Ferrier.

L’ambiance devait être correcte puisque, le temps qu’Anna et Dmitry aillent se reposer avant d’enregistrer leurs solos respectifs, la capteuse d’images s’est posée à l’orgue. Oui, avec la bénédiction du titulaire – chacun sait que, dans le cas contraire, le zozo surgit, hystérique, avec a minima un fouet dans la main, surtout si l’intrus joue mieux que le local, c’est logique.

Dmitry et Inna Uvarov. Photo : Bertrand Ferrier.

Et pendant que Dmitry souffrait sous la caméra mobile de son épouse, Anna Homenya, oui, la Anna qui déteste être prise en photo ou en film, Anna, donc, fixait son collègue sur pixels. Et elle avait l’air d’aimer cela, la diablesse. Comme quoi, ben, l’ambiance devait certes être correcte, comme vous le verrez peut-être en vous connectant sur la chaîne YouTube du festival ce samedi à 20 h 30… même si le concert ira encore plus loin !

Anna Homenya. Photo : Bertrand Ferrier.

Photo : Bertrand Ferrier

A priori, a posteriori et même au-delà, il ne pouvait y avoir de concert Komm, Bach! avec deux organistes le 28 mars ainsi que prévu. A priori, a posteriori et même au-delà, hein. Alors, on s’est dit : chiche. Mais chiche, c’est flou, la preuve (anagramme de « le pauvre » quoi que cela n’ait rien à voir).

Photo : Bertrand Ferrier

Alors, on a proposé aux artistes d’inventer un truc ensemble malgré le confinement, donc grâce à lui. L’une venait d’être maman et préférait sécuriser sa progéniture ; l’autre a dit : « Hé, pourquoi pas ? » Donc, on s’est mis au travail.

Photo : Bertrand Ferrier

Révéler tout ce qui en est sorti ? Tout ce qui se fomente ? Ben non, pas le genre de la maison. Mais ça travaille, soit. Voilà : ça travaille. Clairement, ça travaille autour d’Anna Homenya. Voilà. Le reste, c’est du suce-pince pour tous les bienveillants. (Les autres, on s’en fout, c’est pour ça.)

Photo : Bertrand Ferrier

Photo : Bertrand Ferrier

… et ce sera comme une virgule dans un monde de points, comme un ressort dans un monde de plombs, comme un doigt d’honneur dans un monde de lèche-culs. Un doigt d’honneur à la tristesse, à l’anxiété, à la finitude, à la mort.
Plus simplement, une nouvelle interprétation de la Pastorius toccata par un artiste du festival Komm, Bach!. Une conclusion festive au récital exceptionnel d’Aurélien Fillion. La rencontre ravivée du groove virtuose avec la grosse machinerie de l’orgue. Le tout dans l’idée du partage au moment où, après avoir massacré les services publics en général en général et la santé en particulier, la dictature hygiéniste tente de museler la culture pour commencer et la France dans la foulée.
C’est une poussière dans l’espace, dans la souffrance des suffocants, dans le respect des morts séparés de leurs proches pour complaire des experts de mon cul, mais c’est une respiration. Ça s’appelle la Pastorius toccata, c’est Aurélien Fillion qui conduit, et quoi qu’il nous arrive dans les jours qui viennent, c’est fort d’être embarqué dans cette aventure.

 

Photo : Rozenn Douerin

Dans ce monde de mollesse et de soumission, de compromis moches et de trucs pas nets, Aurélien Fillion stands his ground. Il savait. Savait que Paris serait vide, hanté par the invisible menace, hanté par la promesse d’une mort imminente et longue, hanté par les conséquences d’un gouvernement qui a contribué à la destruction du service de santé publique et a contraint à la démission, devant le maxistress, sa ministresse de la Santé.
Français exporté depuis onze ans en Belgique néerlandophone, le jeune virtuose a osé tenir sa parole. Il est donc venu à Paris propulser de la musique à la gueule du virus, fomenter un concert de Carême con fantasia, rencontrer un public curieux quoique pas forcément frotté de musique savante récente.
Le résultat est forcément joyeux. Intérieur. Profond. Et la photographie de Rozenn Douerin rend bien cette intensité sans concession, sans rage, sans mépris. Cette concentration qui fait l’artiste et qui renvoie dans les cordes les souffrances qui nous attendent demain. Le 14 mars, Aurélien Fillion nous a envolés. A bousculé les oreilles habituées à la musique classique de bon ton. A proposé son concert, sa vision, son art. Et c’était chouette, bis inclus. Démo en vidéo.

 

Photo : Sandra Aquilanti. Reproduite avec l’aimable autorisation du modèle.

Vous êtes beaucoup à n’avoir pu assister au récital d’Aurélien Fillion, qui restera sans doute comme le dernier concert avant la fin du monde. Obligations, rangement des rouleaux de papier hygiénique, peurs, éloignement et sensibilité à l’art anxiogène de Pharaon Ier de la Pensée complexe ont pu saper votre amour de la musique vivante, en dépit de la promesse d’un récital original, personnel, engagé, exigeant et puissant – promesse tenue et bien tenue.
Pour célébrer cet événement et combler un peu du temps confiné que l’on nous promet, voici le début de notre minisérie qui permet de revivre le meilleur du concert comme si vous y étiez – ou y aviez été. Bonne découverte de ces vidéos choisies avec l’artiste en personne, belle réécoute et joyeux courages à tous.