Michel Bühler au Limonaire, le 4 mars 2015.

Michel Bühler au Limonaire, le 4 mars 2015…

Michel Bühler, chanteur vaudois de son état, est un puzzle anthropomorphe, dont les morceaux ne cessent de se diffracter de chanson en chanson, ou quelque chose comme ça.
En 2015, le voici remâcheur d’instants (« Rue de la Roquette »), ironiste patenté (« Tribulations d’un chanteur », « Le dragon de Komodo »), claqueur d’instantanés (« Camille », « Nous étions trois amis »), voyageur qui dégaine sa chanson comme d’autres leur appareil (« Le café arabe », « Kosovo »), carabin grivois (« Coming-out »), et, en sous-ma(r)in, homme engagé – à gauche toute, comme l’exige la tradition de la chanson. Pourtant, si l’on excepte la parabole des « Poissons sont des cons », cette veine revendicative était quasi absente du récital qu’il a donné ce mercredi 4 mars au Limonaire.
Aux tubes presque récents (« Vulgaire », « Mondialisation »…) comme aux chansons datant d’antan (« Vivre nus », « La garrigue »…), il préfère les chansons douces plus fraîches, fredonnées mezza voce car sa voix est cassée menue, ce soir-là. Le résultat pourrait être ch(i)ant, d’autant que l’homme ose le total unplugged : guitare sèche, pas de micro. En réalité, l’ambiance chaleureuse, les pointes acidulées, le métier et les savoureux interludes parlés dessinent un portrait attachant de celui qui cumule quarante-cinq ans de chanson-business. Concert maîtrisé, répertoire cohérent, et hommage aux grands en sceptre pour le bis (une rareté de Gilles Vigneault, « Ton père est parti » feat. le mot « historlet », si cher au Québécois ; et une chanson bien suisse de Jean Villard-Gilles) : en une heure vingt, tout ce qui devait être dit fut dit, et cela fut juste et bon.
Le tout sous le regard d’Anne Sylvestre, toujours heureuse de discuter avec les fous qui osent l’aborder (« C’est moi qui vous ai invitée à la fête de Lutte Ouvrière. / – Ah. / – Et vous vous produisez bientôt ? / – Non. Au revoir »).

... et dans la foule, une sylvestre chevelure rouge.

… et dans la foule, une sylvestre chevelure rouge.