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Les Jambons

Gérard Morel, PIC (Ivry-sur-Seine), 6 juin 2025 – 2/2

Gérard Morel au PIC (ex-Forum Léo Ferré, Ivry-sur-Seine) le 6 juin 2025. Photo : Rozenn Douerin.

 

En 2017, Gérard Morel gagnait l’Oscar du titre de disque le plus tarabiscoté en signant Affûtiaux cafouilleux, dont il extrait « La prunelle de ses yeux », ode à l’incipit pas très éloigné musicalement du brélique « Amsterdam » et, surtout, hommage à la femme qui « se chauffe au jazz » et le chauffe pas mal, au point qu’il tient à cette mousmé comme « à la prunelle de ses yeux ». Dans le labyrinthe de parophonies et détournements de syntagmes figés, le zozo à la bouille gourmande s’ébroue dans une tension savoureuse entre sensibilité et humour, l’humour servant à la fois de paravent pudique et d’enseigne lumineuse pour crier en lettres de néon l’amour qu’il est si difficile de dire.
D’où, sans doute, son amour pour la grasse mat’ amoureuse, qu’il chante comme « une autre spécialité de l’Ardèche, après la sieste », histoire de profiter des moments où, horizontalement bien accompagnés, on flanche, mordus, en constatant avec délices qu’il « pleut des cordes de pendu ». La stratégie du chansonneur est têtue : je t’attrape par l’humour afin de t’entraîner sur un terrain inattendu grâce à

  • une mélodie,
  • une écriture volontiers antépiphorique – si, si – qui consiste à réutiliser un groupe de mots de façon motorique (et hop),
  • métaphore filée et
  • érotisme alla francese.

Hommage à la pseudo sublimation de la souffrance par la chansonnette et à Bernard Joyet par l’occasion (aucun rapport), « Le tango du lumbago » se risque à confondre « Ay ay ay » avec « aïe aïe aïe » pour réfléchir, l’air de rien, sur le rôle de la chanson comme souffre-douleur – ce que des olibrius de la trempe d’un Jacques Debronckart ou d’un tonton Georges n’ont pas négligé d’aborder. Alors que l’excellent Jean-Pierre Morgand constatait qu’il y avait TCDA, Gérard Morel en propose une de plus, centrée sur les pectoraux, avec cette supplique olé-olé façon Pierre-Dominique Burgaud + Alain Chamfort :

 

Pour que, demain, un grand amour se forge,
Laisse-moi te rester, mon amour, en travers de la gorge.

 

Gérard Morel est définitivement un chanteur du désir. Loin d’être confit en contemplation, il s’expose en homme gourmand. Libidineux ? Ben, heureusement, revendique-t-il quand, en complimentant une nana – une dame, si vous voulez, mais comme il la tutoie, c’est plutôt une nana, et Émile n’y aurait rien vu de mal – pour sa vêture, il reconnaît que tout lui va bien car l’essence donc « le nu lui va si bien ».
Le voici bientôt hésitant entre le lit de Natacha et le chat de Nathalie dans « Le dit du chat de Nathalie », comme Pierre Louki hésitait entre baiser Charlotte et embrasser Sarah. Pour se décider, il se résout à passer à la vitesse supérieure : après les chansons d’amour, les chansons de la déclaration de l’amour. En l’espèce, une formule redoutable, très inconnue, toujours affûtiale, toujours cafouilleuse, qui résume vachement bien de quoi ça cause : « Je t’aime très beaucoup », autrement dit « de Charybde en Scylla ». Juliettique (et certes pas que par sa relation avec Bernard Joyet), Gérard Morel propose – avec une intro courte, souligne-t-il – un festin façon Philippe Chasseloup draguant Amandine pour rappeler que la bonne bouffe à deux n’est pas forcément qu’une question de plat – la courbe nous va si bien.
L’artiste a si bien réussi à séduire le public en passant de la tonne bouffe à la bonne touffe qu’il est contraint de dégainer ses favourite encores : le sacré « Cantique en toque », la très intime « Chanson à la con » et, après que des gens réclament des nouvelles de son beauf, son hénaurmité à lui : « Les goûts d’Olga », son tube éternel.

  • Du métier,
  • de la singularité,
  • de la présence :

une belle soirée de chanson

  • finaude,
  • joyeuse et
  • bien m’née.

Respect, môssieur Gérard Morel !

Sans trembler, avec Tremblay


Ce vendredi, au théâtre L’Odéon – Jean-Roger Caussimon de Tremblay-en-France, a été créé
Tian Wen II de Huihui Cheng par le chœur Soli-Tutti (dans lequel je glisse quelques sons de basse 1), sous la direction de Denis Gautheyrie, avec l’orchestre Densités issu de l’ensemble Divertimento, feat. notamment les excellents Yves Bruchon, première clarinette, et Sandrine Roche, piano, sous la direction de Zahia Ziouani.  Juste avant, une partie des ensembles répétait les Řykadla de Leoš Janáček.
Les reconnaisseurs reconnaissent le régisseur, toujours attentif et serviable (si, un mec qui s’occupe du plateau puis qui tient la porte à une trentaine de clampins, c’est un mec attentif et serviable) à son bun, uniforme de la fonction à égalité avec le casque-micro pendant le feu de l’action. Quant à moi, j’ai vu la mort me faire couroucoucou dans les coulisses : la dernière fois que j’étais venu dans ce théâtre, c’était pas pour chanter de la musique hypercontemporaine, c’était pour applaudir comme spectateur fanatique les Jambons, formidable groupe mouvant marqué par la personnalité de l’excellentissime Philippe Chasseloup.
Si je devais bilaniser cette expérience, ce qui ne veut RIEN dire mais le dit BIEN, je proposerais cette formule : le temps passe ; les souvenirs de charcuterie, non. Bizarreries de la cognition humanoïde.

T-t-t-t-t-technodance

Vous aimez la techno dance ? Appelez la CIPAV, calez une bonne beatbox dessus, et ça va zouker dans l’hiver universel des attentes interminables.

T-t-t-technodance !

Moby lisseOui, le dernier convoi de ce jour commençait t-t-t-t-technodance. (Et ça finissait par Calogero, encore pire.) Pauvre Église qui croit que, en se transformant en Macumba Club, elle va abonder ses quêtes…

The Greatest is back

Le plus drôle chanteur du monde francophone revient avec une nouvelle idée saugrenue à la hauteur de son talent. On peut s’abonner à la nouvelle farfelade de Philippe Chasseloup, entre 10 (1 mois, soit quatre farfelades) et 100 € (12 mois, il est nul en compta). Rens. sur la vidéo et à chasseloup.lesadsl@gmail.com. Aucun doute sur la qualité et le brio de ce que fomente cet olibrius, brillant, subtil voire « improbable » comme on disait jadis. Il FAUT donc s’abonner et OBLIGER, par tout moyen coercitif nécessaire, les genssses à s’abonner en masse – et en toute liberté spontanée. Ils donc moi finirons par vous remercier, comme toujours.

Pour les joyeux ignorants, Philippe Chasseloup (troisième à droite, la voix au dessus de toutes les voix) fut, entre autres, le patron des Jambons, interprètes de cette cover tellement pure.