Chaque année, depuis 2003, en l’église de Saint-André de l’Europe, on festoie la veille don’ Noë.
Au programme, d’abord, une visite commentée de l’orgue pour tous, enfants comme adultes – cette année à 15 h, un conseil : arrivez à l’avance, seuls les trente premiers environ pourront monter à la tribune pour voir le Monstre en face ! Ensuite, à 15 h 45, un p’tit concert associant grande musique et chants de Noël traditionnels (programme ci-dessous). Le tout gratuit et avec le sourire, hop, hop, hop.
On vous attend déjà.

Photo : Bertrand Ferrier

À la base, on va pas se mentir, il fait froid. Même si on attend ce moment depuis que l’on a découvert son premier disque en 2008, il fait froid. OK, un baptême que d’aucuns « oublièrent » d’inscrire dans l’agenda officiel perturba un créneau officiel réservé de longue date pour cette artiste venue de si loin sans crainte des gilets jaunes ni, pire, des sbires du Pharaon Ier de la Pensée Complexe. Aussi pause fut-elle imposée – dans la paix grâce à la famille bienveillante et à l’artiste cool. Donc mitan au café fut organisé ; mais on va pas s’mentir : il fait froid, ce samedi 15 décembre. C’est-à-dire, si des artistes de la deuxième édition de Komm, Bach! nous ont signifié :
– On revient l’an prochain, mais tu nous programmes quand il fait moins froid,
c’est que, le message est passé, dernière édition, il fait froid.

Photo : Bertrand Ferrier

Mais faut bosser. Alors, pendant que l’artiste travaille, on s’active autour d’elle pour faire genre : « Oui, je ne vérifie pas ce que tu fais, je, eh bien, me démène afin que ton concert soit optimal. » Enfin, lamitpo, m’a-t-on justement fait remarquer pile avant le concert – ouais, c’est pas clair et, cependant, à la relecture dans un miroir de « optimal », ça passe.

En théorie, Pauline Chabert. Pour les observateurs comme noB seuqcaJ, trebahc eniluaP sur grantécran. Photo : Bertrand Ferrier.

L’important restait de dénicher quelque âtre où la virtuose puisse désengourdir ses doigts malmenés par une longue après-midi de mise au point.  Après, nous avons des techniques pour cela à Saint-André que nous ne pouvons révéler ici afin de nous préserver de la concurrence. Toujours est-il que, après la répétition, il restait ceci – cela dit en toute objectivité.


Et, après la pause, il restait ce sourire, à l’aune de l’artiste, genre : « Quoi j’ai fait ? Oh, non, mais ça, c’est rien. Pas comme si j’avais convoqué ma famille depuis Bruxelles voire Milan malgré les perturbations aériennes. Ni comme si j’étais venu de l’autre bout du monde français. C’est rien, arrête. » Le genre de rien qui fait arriver des paroissiennes en retard « car l’heure est pas écrite et j’ai pas Internet » et sortir en larmes sur l’air du : « Mais elle est merveilleuse, cette fille ! »

« – Mais tu proposes cette photo en noir et blanc parce que ta couleur de peau est moins… / – Oh, ta gueule ou je t’inscris dans le fan-club de Benoît Hamon. » Photo : Rozenn Douerin.

Comme si, à Komm, Bach!, on choisissait des artistes par hasard ou pour booster notre niveau de sympathie chez ceux qui comptabilisent le pourcentage de personnes d’obédience féminine qui acceptent de se faufiler à la tribune sans, et c’est fort, accuser le Harvey Weinstein du huitième arrondissement de harcèlement (c’en deviendrait vexant, à l’aune du débat organistique moyen). Ici, les artistes sont invités parce qu’ils – quel que soit leur sexe, que nous n’examinons pas – nous paraissent plus-que-talentueux, sympa (si, ça compte sa mère) et qu’ils sont assez fous pour accepter les conditions honteuses que nous pouvons leur proposer parce que nous n’avons pas honte, déjà, et que nous ne pouvons leur proposer mieux, ça compte aussi. Pauline était de ceux-là. Dire que l’on était sa mère fier, on le fera pas, ce serait d’un vulgaire fort déplacé, fi, voyons, peste.

Photo : Rozenn Douerin

N’empêche, comme on était sa mère fier. Merci, madame Pauline, d’avoir noëlisé l’orgue de Saint-André de l’Europe par ton talent.

Photo : Rozenn Douerin

 

Les Parisiens inventent le sapin de Pâques

Mesdames, messieurs les Parisiens, Pâques est passé. Si. Nan mais chupolo pour tépatr. Merci de jeter vos sapins bien emballés, comme ce premier avril, afin que M. Chien les arrose d’une dernière proposition urinaire. Youpi, et à Noël prochain.

Ténors : Davide Cusumano, John Bernard et Gilles Safaru. Basses : Bernard Arrieta, Pier Paolo Palloni, Marc Chapron. Sopranos : Jennifer Elaine Young, Barbara Montinaro, Vania Boneva. Altos : Eun Young Jung, Marianne Chandelier, Olga Oussova. Dir. : Luca Sannai. Photo : BF.

Douze voix plus une, pas de ploum-ploum derrière, rien que du chant de haut niveau : voilà le projet de l’Ensemble Vocal International Bastille (EVIB) dirigé par Luca Sannai et composé pour partie de chanteurs du chœur de l’Opéra.
Le concert du 8 janvier suit un cap : musique sacrée autour de Noël et de la Vierge, avec quelques embardées allant du « Notre Père » de Nikolaï Kedrov aux gospels… ce qui brouille donc enrichit le répertoire, sans témoigner d’un manque de biscuit noëllique puisqu’un medley de noëls servira de bis. L’EVIB fait montre de réelles qualités : un choix cohérent de pièces à la fois consonantes et contemporaines ; des solistes sachant allier souffle et projection, notamment lors des tenues ; un souci de spatialisation ponctuel (« Det är en Ros Utsprunger » de Jan Sandström, avec choral de Praetorius dissocié, façon Immortal Bach de Knut Nystedt, Notre Père entre hommes autour de l’autel, ou l’hymne à la vierge de Benjamin Britten avec chœur partiellement envoyé dans une chapelle au fond de cour) ; une belle brochette de chanteurs sachant chanter, parmi lesquelles on note, entre autres, les belles dispositions du chef ou de la soprano soliste, miss Jennifer Elaine Young. Peut-être certains pointeront-ils telle scorie selon son goût (justesse qui se cherche un peu dans certaine reprise ; interprétation de gospels volontariste mais un peu figée en dépit du plaisir communicatif de John Bernard – ténor aux faux airs de Geoffroy Heurard ; souci de cohérence des pièces pouvant ne pas rendre justice du potentiel du chœur à force d’harmonisations bien troussées mais un brin similaires – on aurait aimé entendre le groupe oser quelques compositions décapantes, même si le projet d’un concert grand public explique la très paisible set-list…).
Les qualités patentes emportant les réserves sous leur puissance, le spectateur est obligé d’être séduit par cette somme d’individualités, peut-être pas encore fondues dans un même souffle et cependant déjà capables d’offrir, avec enthousiasme, leur talent et leur désir de chanter ensemble devant un public venu nombreux les applaudir. À suivre, concluront les gourmands !

Quand les démineurs parisiens ont su qu’il m’avait été apporté quelques périmées et feues bières Slavia des brasseries Demory, ils sont partis en vacances jusqu’à Pâques ou la Trinité. Trop d’anges heureux. « On peut être suicidaire sans être con », aurait stipulé l’un d’entre eux.

Le septième concert du festival Komm, Bach! est avancé ! Pour faire une pause pétillante dans la course aux préparatifs, et pour bien kiffer la vibe de Noël accessoirement, venez vous faufiler près de la place de Clichy, à Paris, pour un deux-en-un gourmand : 15 h, visite de l’orgue ; 15 h 30 : p’tit concert pour tous (orgue et chants de Noël).  Et voici l’programme…

20141219_133608« Bertrand Ferrier, vous êtes en direct, ce week-end, pour la fameuse course de Noël.
– Tout à fait, je suis sur la dernière ligne droite de départ, et pour cause ! Pour causer, aussi, car, actuellement, ce qui passionne les Français, c’est cette course de Noël dont on peut dire que, au niveau du mental, elle a déjà plus que commencé.
– « Au niveau du mental » ? « Plus que commencer » ? Qu’est-ce que le sens de à propos de quoi ou dans quel ordre ?
– Eh bien, pour le moment, cher camarade, l’atmosphère est barométrique à l’extrême, et la pression est absolument maximale, sauf dans mon verre, hélas – un peu d’humour ne fait jamais de mal.
– « Absolument maximale » ? Nan mais ça va pas mieux, vous !
– Visez plutôt : comme d’habitude, les candidats ont les Kro, les bienheureux. On remarque notamment du bon, du bonnet, et même du beau nez qui coule – il faut dire qu’il fait un peu froid. Et ça tombe bien car, tout à l’heure, on a vu un prophète en train de draguer dans sa guérite.
– Ha ?
– Alors nous avons enquêté en caméra kasher, et voici l’explication : c’était un stand « devin chaud ».
– Mais c’est affligeant… C’est même plus de l’humour au rabais, c’est de la camelote ! Faut m’promettre d’arrêter ce genre de vannes, là !
– Vous rigolez ? Elles ont un max de succès, c’est pas pourri, hein : on parle de blagues à tabac. Bref, pour rester dans le sérieux et la gaudriole, on voit hips et nunc la Vierge Marie avec son petit ventre rond qu’elle tente de masquer afin de ne pas ressembler à un petit cochon, ou plus probablement afin d’impressionner ses adversaires : enceinte, peut-être, mais affûtée. Rayon info-intox, on note aussi la présence des rois mages, de bons mâtins qui n’ont pas encore été éradiqués par Anne Hidalgo.
– Quel rapport ?
– Eh bien, où qu’ils crèchent (ce sont au moins des concurrents bi-terroir), ils se comportent comme de vrais Diesel : ils commencent toujours adagio, mais quel finish quand la machine est lancée ! On dirait qu’ils ont une petite musique ou une horloge dans la tête. Les deux, peut-être. Tiens, on pourrait s’appeler le chant de l’heure.
– Bon, euh, sans déconner, faut rendre l’antenne, maintenant. Sinon, je pourrais vous tuer. De chagrin.
– Attendez ! On aperçoit également Joseph, dont certains affirment qu’il serait là pour « mettre un taquet à tout le monde », ce qui traduirait de sérieuses ambitions, surtout pour un charpentier. Enfin, pas d’étonnement, Jésus reste fidèle à lui-même et préfère se dissimuler. D’après la rumeur, on ne l’attendrait pas sur le circuit avant le 24 au soir. En somme, du classique, mais pas de quoi mettre en bière le dernier brin (ou blond, t’as compris, « houblon » ? oh, humour, humour, quand tu nous tiens) de suspense car, ce qui compte, in fine, c’est d’arriver sans tonneau à bon port. De préférence au port d’Amstel, dame !
Señor, ten piedad de nosotros. Et maintenant, rentrons dans la magie de Noël : où trouver encore les habits de Barbie…
– Elle est pas de la maison close, Barbie ?
– … ta gueule, à queusteumiser soi-même ? C’est tout de suite après une page de publicité pour…
– Mais non ! Arrêtons avec ces conneries !
– Coco, mange ça. Je veux dire : co… comment ça ?
– À une pub qui a de l’impac’, préférons les pubs : ils auront toujours plus d’un pack.
– Super. Page de pub avec modération, et à tout de suite pour replonger dans Noël…
– … du bonheur en bouteille !
– Coupez. »

Bertrand Ferrier en concert à Saint-André de l'Europe (Paris 8). Photo : Rozenn G. Douerin.

Bertrand Ferrier en concert à Saint-André de l’Europe (Paris 8). Photo : Rozenn G. Douerin.

Improvisations sur des images de la Nativité
Concert donné en l’église Saint-André de l’Europe (Paris 8),
le 4 décembre 2014
Programme intégral disponible ici

1. Amadeo Modigliani – La Maternité

2. Fra Angelico – L’Annonciation

3. Paul Gauguin – Te Tamari no atua

4. Sandro Botticelli – La Nativité

5. Marie Vassilieff – Nativité

6. El Greco – L’Adoration

7. Giovanni Benedetto Castiglione – L’Adoration

8. Raphael – La Sainte Famille

9. Bartolomé Estebán Murillo – La Sainte Famille

10. Giovanni Bellini – La Présentation au temple

11. Carl Larsson – À l’église

Encens jusqu'aux yeux

Hé, les gens, good news de chez good news. Ça commence à devenir une bonne habitude : derechef, cette année, Marie est enceinte !
(Quoi, on comprend pas la contrepèterie du titre sur « Paris-Match, des révélations ? » Pfff, l’autre, pas d’humour, va falloir repasser l’art Greg…)

Ce 24 décembre, à 15 h pétantes, je vous invite à visiter l’orgue de Saint-André de l’Europe (Paris 8) – je vous suggère de vous hisser à la tribune, j’ouvre la Bête, j’explique ce qui se passe dedans – puis à assister à un concert tutti frutti : orgue, orgue et trompette, chants de Noël, guitare et trompette… Ces 45′ conviviales se terminent par un chocolat chaud. Le tout est gratuit. Vous pouvez ne pas venir, bien sûr, mais c’est dommage. Featuring Rémy Richard à la trompette, et Damien Ferrier himself, le charismatique chanteur de JMAF, rien que ça !