« En société. Pastels du Louvre », Musée du Louvre, 10 août 2018

Photo : Josée Novicz

Ceci n’est pas une exposition, plutôt la mise en valeur d’un département souvent négligé dans ce monstre qu’est le Louvre. La raison ? La restauration (en cours) des 150 œuvres de ce genre, datées des dix-septième et dix-huitième siècles et conservées sous la Pyramide. Précisons l’évidence : ce n’est pas grâce à l’institution que la millionnaire aux lunettes rondes tente de dissoudre au nom de la bancocratie des ordures en marche, que le musée peut attirer l’attention sur un ensemble de portraits techniquement spectaculaires. Pourtant, la restauration a permis de remplir plusieurs missions, parmi lesquelles on peut citer, au gré de la conférence de présentation utilement mise en ligne :

  • le dépoussiérage,
  • la restauration des parties abîmées ou cachées par tel recadrage,
  • la vérification des attributions aux artistes,
  • la correction de titres erronés (les noms des modèles présentés paraissant parfois suspects aux conservateurs), et
  • l’inspection des parties cachées (donc la découverte d’académies ou d’esquisses).

Aussi la re-présentation de cette collection s’adresse-t-elle à ceux qui n’ont pas encore sondé l’intégralité des ressources locales (à tous, donc) ; on ne peut que se réjouir du souci de pousser en avant ce qui, d’ordinaire, peut tendre à se fondre dans la masse de chefs-d’œuvre blottie sous la mini-tour Eiffel asiatique qui souille la place du musée. C’est surtout l’occasion, en dépit d’un éclairage souvent insatisfaisant tant les lumières tendent à taper sur les verres protecteurs, d’apprécier l’art du pastel dans ses plus fines expressions, telles que :

  • le rapport entre ombres et lumières ;
  • la richesse des nuances ;
  • la précision des contours ;
  • le sens des postures ;
  • la variété des expressions ;
  • la capacité à défier des formats variés, même quand l’imprimerie ne suivait pas ;
  • l’originalité de certaines compositions repoussant le portraituré au second plan ;
  • le goût sporadique pour le détail (les fameuses « cerises » de John Russell ou les encyclopédies de la Pompadour par le grand Maurice dont certaines traces révèlent les différentes versions du pastel…),
  • le mélange de techniques (la peinture s’associant parfois au pastel), sans oublier
  • la splendeur des encadrements (pardon, des bordures).

De même, la finalité variée des œuvres nourrit l’imaginaire du visiteur. Il peut s’agir, par exemple,

  • d’œuvres de commande visant à fixer les traits d’une personne importante, c’est-à-dire riche ;
  • d’images de pub pour promettre à son éventuel futur mec que Marie-Antoinette n’était pas un laideron ;
  • de fixations de moments familiaux voire spéculaires (autoportraits de Jean Baptiste Siméon Chardin) traduisant la virtuosité du pastelliste ; et
  • de projets plus tournés vers l’expressivité artistique, qu’elle s’appuie sur des prétextes classiques (nymphe de la suite d’Apollon par Rosalba Carriera), des visages anonymes (la « dame âgée » croquée par Joseph Ducreux), des paysages pas si fréquents au pastel (étendues montagnardes de Jean Pillement) ou des sentiments (l’effroi par Jean-Baptiste Greuze, l’innocence – ce prétexte érotique – qui émoustille Pierre-Paul Prud’hon).

Pour autant, force est de reconnaître que, en dépit de la relative petite taille de l’événement, le non-expert peut se sentir un peu perdu devant la similarité des réalisations – quasi exclusivement des portraits –, ainsi que par la spécialisation poussée des questions liées à l’attribution (l’exemple donné par Xavier Salmon sur la touche de blanc dans un œil justifiant la signature de Quentin de La Tour laissera probablement sceptiques les ignorants) ou à la recherche des modèles (le non-historien se sentira vite exclu d’un débat proche des polémiques autour du médaillon d’Isis Novnak). Ce nonobstant, une telle hypothèse témoigne, à l’évidence,

  • de l’ignorance du présent visiteur,
  • de l’utilité que peut avoir un guide de talent (une seule visite proposée, le samedi à 11 h 30 : quel dommage !), et
  • de la difficulté étrange que nous éprouvons parfois à nous laisser, simplement, séduire par une perfection artistique apparemment redondante – mais apparemment seulement.

En conclusion, ce coup de Stabylo sur des pièces remarquables et revivifiées – rappelons-le : pas grâce à l’État français, plus soucieux de payer une piscine à cette cochonnerie de Pharaon Ier de la Pensée Complexe – ne décevra sans doute que le visiteur lui-même décevant. L’on peut donc s’y rendre d’autant plus joyeusement que, outre la curiosité légitime que doit susciter l’événement, le coûteux billet d’entrée permet ensuite de folâtrer partout dans les expositions permanentes. Ne pas ressortir ébloui de telles baguenauderies, même lorsque l’on a oublié son appareil photographique – d’où les clichés médiocres qui accompagnent cette notule –, mériterait alors la décollation avec un minimum de courtoisie, soit, mais sans délai.

Photo : Josée Novicz

Jusqu’au 10 septembre. 15 à 17 €, ce qui est quand même super cher vu qu’un contribuable parisien paye déjà pas mal de fois pour ce musée, mârde. Rens. ici.

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POUËT !


Ben on bosse, voilà. Tout à fait, même avec un trompettiss. Ouais, même en août. Assoluman, rendez-vous le 15 septembre. Pas de menace, madame, pas de menace. On verra avé les syndicats (1h16’42, c’est précis).

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Aimer, c’est regarder ensemble dans la même direction…

Photo : Bertrand Ferrier

… pfff.

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Marre du pape ? Vivent les soupapes !


Lampe en main, Étienne traque le responsable du cornement persistant du 1Db au récit. Je le conseille de mon inutile mais perçant regard noir et blanc. La vie estivale d’un orgue, quoâ.

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That’s why


Ce moment où, pour 2 h 30, tu comprends pourquoi être rganiss, c’est coule. Car, non, tu ne pars pas en vacances – tu es trop petit pour zapper deux mois de casuel, mais voici août, c’est la night et t’es au centre d’un Paris vidé, donc tu vas répéter en p-a-i-x, sans faute de rtograf. Et, après une première mi-temps en solitaire, tu vas pulser en compagnie d’un trompettiss pomme-pet-deup, pour un concert qui te tient aux entrailles. Quoi d’autre ?

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Fenêtre sur un autre monde


… car c’est, au fond, souvent la question : comment les spammeurs-hackers du quotidien peuvent-ils se faire fourguer des lots de courriels si peu crédibles ? Leur monde paraît aussi opaque et puant que stupide. Personnellement, j’ai une conviction : certains sont des poètes frustrés en quête de lecteurs. Les salves de courriels qu’ils m’envoient ces temps-ci laissent peu de doute à ce sujet. Après une livraison qui avait hacker, ha-ha, de rendre un hommage dionysiaque à la créativité de ces brigands ballots, voici un premier recueil de leurs plus beaux à-coups de l’été, livrés dans leur jus créatif et dysorthographique.

  • « Vous n’êtes toujours pas science avec ce service? Comment cela peut-il être? Ici vous pouvez trouver bernique qui change totalement votre destin. »
  • « Il se révèle que les biens peuvent être commandées vite et direct dans le texte du site. Comment faire cela, vous serez informés. »
  • « Avez-vous l’activité préférée que vous voulez au quotidien? Aidez à construire un loisir pour toutes les aubaines. Même les grands sceptiques ont été éberlué. »
  • « Vous désirez du travail et la trouve continue à une coordination exclusif? Ici tout va améliorer. »
  • « Hier, je cherchais Internet et j’ai eu la possibilité d’acheter vite et de façon gratuite supplémentaires. vérifiez par ta pomme. »
  • « Mon cerveau pourrait représenter un tel mer d’informations patente ! Je n’ai jamais conçu que c’était possible pour site Internet. »
  • « Mon randonnée était exclusif. Les idéal sont résolues aussi vite qu’elles le sont. Vous avez tous les recommandations sur l’ennui là. »
  • « Nous détenons un certain temps cherché des casseroles et, enfin, nous avons mal découvert ce site http page pourtant. »
  • « Des solutions imbattables à un juste coût : à ce moment lien Web vous trouverez d’une part des solutions originales, mais des témoignages intéressants sur tout. »
  • « Je ne sais toujours pas quelle est la chose la plus idéale relatif à toi dans les choses? Événements étranges, renomée ou cherche d’information?. »
  • « Pourquoi ne pas diversifier votre adieu mais dans le cas où la us quotidienne s’ennuie? Nous vendons une fleur bonne pour omettre les choses. »

À suivre !

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Écriture exclusive


Le danger de cette ineptie d’écriture inclusive, c’est ça (par exemple).

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Mi-quenelle, mi-hommage

– Je ne sais pas de quoi ça parle, me dit la vedette concernée par cette image qu’il m’envoie.
– Je ne sais pas quel organe de semi-paltoquet m’a semi-piqué cette photo, réponds-je. Si quelqu’un dit m’avoir contacté, lo niego todo.
– Survivons-y, suggère-t-il.
– Bon, si t’insistes, je ferai mon possible, conclus-je.
– …
– Ben alors, t’insistes, David ?

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« Les impressionnistes à Londres », Petit Palais, 3 août 2018

James Tissot, « Bal sur le pont (The Ball on Shipboard) » (1874). Photo : Rozenn Douerin.

Les migrants sont un sujet chéri des grrrandes expositions du Petit Palais. Après « Les Hollandais à Paris », voici « Les impressionnistes à Londres. Artistes français en exil », couvrant, en gros, la période 1870 – 1910, cumulant les chefs-d’œuvre, proposant une déambulation à la fois spacieuse et éblouissante, et évitant de répondre à la question de base : « C’est quoi, un impressionniste ? »
Ce sera, à peu près, le seul regret, pas négligeable, de cette exposition associant huiles sur toile, dessins à la plume, gravures à l’eau-forte, marbres, terres cuites, photographies et documents audio pas idiots, joliment présentés dans des cabines à l’ancienne.  La problématique consiste à examiner ce que, en dépit de leurs différences, les artistes français (en général) ont pu produire lorsque l’exil leur parut préférable (mais notez bien qu’eux n’en tirèrent aucun orgueil, pas comme ce couard charlot De Gaulle). Puis la question s’enrichit en examinant ponctuellement le regard croisé d’artistes autochtones traitant des sujets proches, voire d’artistes venus à Londres par curiosité (Monet) voire encore d’artistes venus rendre hommage à des artistes venus à Londres par curiosité (Derain). Cet élargissement du spectre pictural charme le visiteur sans tout à fait satisfaire celui qui s’attendait à une exposition correspondant au titre et au sous-titre précis annoncés.

Frappe au début de l’exposition, quand l’exil est frais, la beauté de la déchirure. Car, c’est un stéréotype, l’art se délecte de la ruine, qu’elle soit de l’âme, des pierres ou des corps. Placé sous le signe de de la partition, du schisme interne et externe « Les impressionnistes à Londres » se délecte de cette thématique, qu’elle se traduise par un climat de désolation, par des scènes de misère ou par des représentations de la désolation. Pauvreté, rationnement, saccages sont sublimés par des pattes faisant miroiter la beauté du pas-grand-chose ou du plus-rien. Gustave Doré et Ernest Meissonier croquent le siège de Paris, Isidore Pils se délecte de la colonne de Vendôme renversée, Henry Dupray et René Gilbert saisissent par la masse et la perspective le rationnement lié au bombardement, Jean-Baptiste Corot transforme Paris en un paysage dévasté par l’incendie  que Frans Moormans concentre sur un Hôtel de ville éventré ; Charles-Joseph Beauverie nous introduit, par son dessin à la plume, dans les ruines fascinantes de l’escalier des appartements du préfet et dans les ruines des Tuileries. Qu’elle soit impressionniste (suggestions, estompes, silhouettes versus traits de détail) ou ultraprécise, la démonstration technique des artistes se double d’un sens du cadrage qui avive la force évocatrice des objets transcrits sur toile ou papier. Dans la perspective d’une exposition sur l’exil, cette mise en beauté du résidu, entendu comme ce qui fut grand mais n’est plus, résonne comme manière de prosopopée autobiographique chez des artistes dont on s’amuse, pour ainsi dire, à imaginer qu’ils saisissent autant les états du bâti que la déréliction de leur âme.

En sus de la capacité à créer un effet de réel saisissant, les plus belles toiles et gravures ici présentées captent l’intérêt par leur souci d’impressionner le visiteur, au sens d’imprimer sur lui moins un lieu qu’une atmosphère. Celle-ci peut s’exprimer par un travail sur la composition, la couleur et le chromatisme, comme quand le Hollandais Siebe Johannes Ten Cate capte la place du Carrousel en l’enveloppant d’une fumée triste, de l’étonnant oxymoron que forment des ruines majestueuses, et d’une pluie londonienne quoique made in France. Son « tour de force » (en français dans mon texte) s’accompagne d’un floutage des silhouettes, y compris de celle des deux chiens qui courent sans but apparent, comme si la destruction engendrée par les soubresauts politiques avait aussi effacé une partie de l’identité des autochtones.

De telles impressions contrastent avec les tableaux de 1871 que Claude Monet peint à Londres. « Hyde Park » esquisse une sorte de de contre-zoom immobile, l’artiste semblant éloigné de tout, surplombant presque des arbres automnaux, de grandes étendues de chemins et de pelouses, et des silhouettes de couples, imprécises autant que fragiles. Poursuivant cette veine quasi nostalgique, en tout cas dégagée d’une franche affirmation du réel, la « Méditation » de Camille Doncieux, aka Mme Monet, réussit à la fois à saisir le regard perdu du modèle et à perdre le regard du visiteur dans un décor profus en motifs hypnotiques et dégradés de couleurs tamisées. La capacité du peintre à rendre la lumière et à lui donner du sens séduit et absorbe aisément le promeneur du Petit Palais.

Le travail sur la couleur, la composition et la forme permet alors de construire une représentation captivante de la nature ou, plus précisément, de l’homme face au paysage, motif récurrent des réalisations présentées ici. La banalité relative des sujets se dissout dans un traitement chromatique d’une richesse exceptionnelle. Ainsi, la Tamise inspire à Charles-François Daubigny un tableau de fin de jour proprement grignoté par un vide palpitant ; et le même ne craint pas la provocation en intitulant « La cathédrale Saint-Paul » un tableau où l’on ne voit presque pas ledit monument, happé par le brouillard. Par-delà les scènes de genre, superbement réalisées, l’artiste semble prendre goût à faire art en déjouant le regard, en l’obligeant à errer soit dans un rien apparent, soit dans un quelque-chose quasi invisible.  Camille Pissarro, à sa manière, fait écho à ce penchant en reléguant l’objet du tableau – tel que le college de Dulwich – au second plan, créant ainsi une mise à distance qui secoue l’apparente simplicité du projet. Saute alors aux yeux non pas le monument qui est représenté mais le regard de l’artiste, car ce qui sépare l’édifice du premier plan n’est autre que ce que l’on pourrait appeler le point de vue, ici rendu sensible, concret, physique, par l’éloignement, l’insertion d’un arbre, de la nature, de silhouettes, d’un lac, de reflets et, enfin, du college fraîchement bâti.

La peinture de Pissarro semble volontiers repousser les sujets du tableau en arrière-plan. Autrement dit, c’est d’abord l’environnement, donc la distance, que le peintre nous donne à saisir. L’enneigement ensoleillé de Fox-Hill capte un plan d’ensemble peuplé de petits détails (la maison qui fume, la silhouette à chapeau qui progresse, les dames qui viennent vers nous), comme « Sydenham » rythme l’espace libre de l’avenue avec ombrelles, calèche, arbres, bordures et maisons. De la sorte, le tableau frotte, plus qu’il ne confronte, le pérenne (la voie et l’architecture) avec, d’une part, l’éphémère (le passage des gens) et, d’autre part, le cosmique (le temps qu’il fait). Scène de genre ? Assurément ; mais surtout vignette narrative, concentré de contradictions entre mouvement et statisme, saisissement d’un instantané qui donne matière à récit car la palette de l’artiste transforme le non-dit en spectre lumineux spécifique. En ce sens, la technique de peinture elle-même est significative puisque, il faut bien le pointer, de loin, tout est clair alors que, de près, les détails se dérobent – d’où le choix de l’artiste de proposer un grand angle plutôt qu’une minifocale. C’est l’association entre lisibilité, force d’évocation et relâchement maîtrisé de la précision qui, dans ces masterworks, nous ébaubit le plus.

Car, admettons-le, la puissance de l’impressionnisme est de cumuler la science de la représentation et l’ambiguïté du rendu. Cela rend même admirable des tableaux de propagande représentant des gens répugnants comme des impératrice et autre prince impérial, représentant de ces profiteurs éhontés, vivant à fortune, ça veut rien dire mais j’aime bien, et sans raison sur le dos du peuple. Ainsi James Tissot, formé à la meilleure source, diffracte son tableau en hommage au duo impérial, assez ridicule, pour offrir au visiteur une peinture où les pantins superfétatoires sont cantonnés dans leur petit coin, tandis que la vie (la végétation automnale, le chien, les silhouettes) paraissent remettre ces nigauds à leur juste importance – peanuts, donc. Cette vitalité d’une œuvre qui dépasse le projet officiel transcende les catégories artistiques. La Flore de Jean-Baptiste Carpeaux, joliment mise en valeur par la scénographie de l’exposition, répond certes à la commande de l’Académie royale anglaise sur le thème du printemps, mais elle exprime bien plus que le « gentle spring » exigé. La précision du rendu est un concentré d’énergie rayonnant qui emporte le regard, séduit et emporte le visiteur – ou au moins moi, ce qui, à mes yeux, n’est pas si négligeable, non  mais.

C’est cette passion pour la vie et son dépassement par l’art qui anime l’un des peintres les plus intéressants exposés ici, l’Italien Giuseppe de Nittis. Sa « National Gallery » croque des Anglais très chic quoique « de toutes conditions », stipule la notice. Le tableau s’amuse d’un panel d’expressions et d’attitudes que le talent du peintre croque avec une gourmandise non feinte. Le même sens de la foule, de la profondeur et du mouvement irradie dans « Piccadilly », déplaçant simplement le procédé du défilé des pékins dans une température plus frisquette et une voie moins stabilisée. Une fois de plus, on est ébloui par le rendu des corps (les chevaux !) et des moues (la fillette !), exigeant excellente composition d’ensemble, science de la silhouette, maîtrise des masses, capacité à rendre le flux et puissance de la couleur – le jaune qui scintille autour de la calèche produit un effet remarquable. La richesse de ces tableaux, qui fonctionne aussi grâce à une certaine pauvreté dans le lointain (lampadaires à peine esquissés, ombres grossières) afin de suggérer la grandeur de cet espace ; dire que cette étape soutient l’intérêt de la visite serait, on l’aura peut-être subodoré, un euphémisme.

Aux quatre stratégies évoquées supra – couleur, cadrage, profondeur, mouvement – s’ajoute une cinquième : celle de la peinture narrative, chère à James Tissot. Cette fois, l’artiste saisit un instant que le titre du tableau, en forme de légende, rend sapide. Visite des provinciaux, bavardages intempestifs au moment d’un interlude violonique, petites têtes qui dépassent d’une double porte tandis que les grands (donc peut-être le peintre) s’ennuient avant la danse, et séquence de pique-nique dans un parc anglais façon parc Monceau sont autant de prétexte à donner une puissance diégétique à la peinture. En clair, la voici histoire. Est-elle encore impressionniste ? Il eût fallu une définition un tant soit peu précise de ce courant pour en décider. Si l’on réduit cette mode à un mode, ô humour sexué, d’expression travaillant davantage sur les à-plats et la concaténation de couleurs que sur la précision des traits et le recours à ce que les dix-huitiémistes eussent appelé la pointe plutôt que l’anecdote, certes non. Qu’importe ou presque, puisque ces remarquables divertissements flattent l’œil, retiennent l’attention, et se prolongent plaisamment par des scènes de genre (les aubergistes miséreux, les dames sur un bateau, la séparation des amoureux…) dont l’éclat et la virtuosité attestent l’art du peintre peu soucieux d’émouvoir le visiteur en brandissant « des grands sujets, des grands machins ».

Comme évoqué supra, l’exposition ici chroniquée brille tant ses qualités sont nombreuses – citons parmi d’autres la richesse des pièces installées, l’optimisation de la disposition dans un contexte grandiose, et la variété des matériaux employés. Ainsi, après le marbre de Carpeaux, les sculptures de Jules Dalou charment par leur maîtrise technique qui ne les rend kitsch qu’aux yeux des snobs dont, pour une fois, nous ne sommes pas tout à fait. L’art de donner du mouvement à l’immobile, de faire pétiller un regard, de donner de la vie à des topoi assumés donnent un charme certain à ces démonstrations où le savoir-faire suscite l’admiration à défaut du frisson éventuellement intellectualisé devant l’idée géniale ou le projet dissonant. L’accompagne un écho pictural laissé par la famille de l’artiste grâce à Lawrence Alma-Tadema.

L’exposition revient à l’huile sur toile et à l’impressionnisme plus purement juteux (si, pur jus, purement juteux… bon, tant pis, je tentai) avec une salve de chefs-d’œuvre qui annoncent une péroraison grandiose et une coda de haute volée. On bondit des années 1870 vers les années 1890 avec le « Charing Cross » de Camille Pissarro, qui associe une peinture impressionniste à ce kaléidoscope de couleurs dicté par le « divisionnisme », censé rendre le côté métallique du pont (pas sûr que ça fasse métal, mais c’est chou tout plein – pardon d’employer des termes hermétiques par petites touches). Le sujet, ultrareconnaissable pour un Anglais, est choisi pour plaire aux autochtones – faut bien vivre ; le résultat est stupéfiant (ce ciel, boudu !). L’artiste ne se complaît cependant pas dans les grisailles londoniennes : il explore aussi les verts des étendues de pelouse arborées (« Kew Green ») sans que cela n’empêche la couleur locale, donc la pluie, de maculer ses toiles (« Saint Anne »).

Une salle rassemble ces merveilles qui chantent le végétal à pleins tubes de peinture avant que l’eau ne reprenne ses droits. Alfred Sisley s’approprie à son tour le pont de Charing Cross. La technique juxtapose des touches de lumière triste qui décomposent l’eau en un miroitement où chaque clapotis s’amuse de sa propre lumière opaque. Le ciel est peint de façon mouvementée, tombant d’un gris clair vers un rosé incertain qui contraste avec la masse peu distincte des habitations en partie noyées sous la fumée des bateaux. L’artiste saisit aussi la nouvelle vogue des régates dans un tableau où l’orage menace une foule imprécise de navigants et de spectateurs. Formes et couleurs se substituent aux délimitations classiques. Les reflets du ciel, des marins, des drapeaux et des suiveurs se mêlent avec une joyeuse confusion auquel le temps instable ajoute une petite touche d’urgence. À cette atmosphère à la fois festive et inquiète, James Abbott Mcneill Whistler préfère le monde plus ouaté des bateleurs nocturnes de Battersea, superbe éloge de la nuit qui tombe, du voile crépusculaire, du brouillard local et des vapeurs méphitiques, partant fascinantes, qui émanent de ces paysages quand un peintre de qualité supérieure sait les saisir et les restituer tels qu’il les a ruminés.

Vient alors la salle vedette, autant dire la toccata couronnant cette suite impressionnante dont nous n’avons égrené, en ignorant des Beaux-Arts assumé, que quelques-uns des cent quarante mouvements. La salle Claude Monet montre l’artiste dans sa veine iconique entre brouillard suggestif et lumières sombres. La décomposition des monuments et des éléments naturels ne les rend pas fantomatiques : elle les fond les uns dans les autres dans le creuset du tableau. Le floutage des contours, le choix d’une palette médiane, l’éclairage et les reflets, le cadrage sciemment déséquilibré vivifient le Parlement et l’habillent d’un mystère, presque au sens sacré du terme. La question n’est certes pas météorologique : sous le soleil, nihil novi, le Parlement reste une énigme et un rite aussi présents qu’absents. L’artiste a apposé sa vision d’une architecture pour laquelle le réel ne peut être qu’un prétexte – car ce qui est remis au centre est l’impression qu’il fait sur l’artiste et que l’artiste offre à son tour au visiteur. Fantomatique, non, toujours pas ; mais fantasmatique, heureusement ! D’autant que ce festival de beautés indistinctes est coloré par un écho signé Giuseppe De Nittis. Ce grand peintre pimente son Westminster embrouillardé tel que l’observent des badauds qui… fument. De la sorte, De Nittis peint autant le brouillard et l’invisibilité que les éléments physiques. Ce dialogue entre le discernable et le voilé est aussi séduisant que vertigineux à contempler.

Pour finir, un bis éclatant rassemble quelques tableaux, souvent bien connus mais non moins savoureux, d’André Derain. Parmi eux, un « Pont de Charing Cross », nouvelle version, surjouant une fausse naïveté tant dans les formes que dans l’application claudicante de couleurs inattendues ; le « Big Ben » tintinnabulant d’éclats nocturnes apposés par larges touches ; et un « Bassin de Londres » en plongée dont le chromatisme claironnant n’aurait rien à envier à la représentation d’un petit port du Sud de la France.  Les grands à-plats carmins dialoguent harmonieusement avec les autres teintes vives, parfois apposées en traces, en gribouillis, en coups formant des parallélépipèdes à peine esquissés qui suffisent à donner une impression de perspective… Une bien jolie façon de ponctuer une exposition impressionnante (ha-ha) que l’on aurait l’air prétentieux de conseiller mais, comme on s’en moque, on la conseille quand même, na.

 

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Audition estivale


« Si, ça m’intéresse beaucoup. Vas-y, je t’écoute. Zzzzzz… »

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Un beau compliment que l’on peut te faire à la fin d’une célébration

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Je suis seau


Moins connue que la crim’, sauf en été, voici la clim’ appliquée à l’orgue. Tout à fait, une bassine d’eau dans le buffet. Voilà, c’était notre cours de facture d’orgue pour aujourd’hui. On se revoit à la rentrée pour de nouveaux éclaircissements – faut pas abuser des connaissances.

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J’veux du soleil

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Île fauchée (ou Nantes)


Quand il fait chaud, en août, parfois, je fais des compotes. C’est peut-être pour ça qu’il fait chaud. Pas d’inquiétude : animé par une curiosité toute scientifique, je vais bientôt arrêter afin de vérifier s’il y a vraiment un lien. Vous m’en direz des nouvelles.

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Anywhere in the world


Merci aux foufous qui grignotent L’Homme qui jouait de l’orgue depuis les fjords scandinaves jusqu’au hamac de leur jardin. En cliquant ici, rejoignez leur mouvement afin de profiter au mieux de vos vacances. Quoi que…

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Tout le monde fait la mûre

Installation et photographie : Bertrand Ferrier

… tout le monde, même moi. Voici donc ma nouvelle photographie d’art intitulée « Murmure des bains de sang » (casserole et mûres des Batignolles).
En prime, le mégahit qui a lancé la carrière météoritique, portée par une espèce de vérité, du trio Je m’appelle Firmin. Voici donc « X (Tout le monde fait l’amour) » (Paroles : Bertrand Ferrier / Musique et chant : Damien Ferrier / Réalisation : Thierry « Titi » Tonelli).

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Respect aux calmants, Jeanne


« – Merci de respecter la mémoire de mon père en ne jouant, pour ses funérailles, que du Messiaen et du Duruflé. Et attention, je connais très bien l’orgue de cette église, j’y ai joué les plus grandes pièces de ces génies, inutile d’essayer de me berner. / – Après, j’ai pas le numéro de tous les sikatr, mais autant que concerné je suis, ce serait peut-être bien si vous faites un coucou au vôtre, quand même. J’dis ‘peut-être’, c’est pour le rythme, hein. »

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« The Guilty », Cinéma des cinéastes, 30 juillet 2018

La problématique : la mode des polars qui viennent du froid touche le cinéma comme la littérature. Voici donc un film dont le titre danois a été habilement traduit en français par The Guilty, tellement sexy. Mais qui est ce ou cette coupable ? et le film de Gustav Möller est-il vraiment un film, puisque le réalisateur s’échine à ne pas filmer ce qui fait le cœur de l’action ?
L’histoire : Asger est puni. Cet agent de la police danoise s’est mal comporté. Suspendu de ses fonctions sur la voie publique, il est affecté aux appels d’urgence en attendant son jugement, le lendemain. Alors que son service est sur le point de prendre fin, une femme prénommée Iben l’appelle. Elle vient d’être enlevée par son ex. Prisonnière dans une camionnette blanche, elle laisse derrière elle son très jeune fils et sa jeune fille. Asger envoie des agents à son domicile et lance les recherches pour sauver la malheureuse. Mais le très jeune fils est mort, et la malheureuse, eh bien…


Le film :
The Guilty est filmé dans deux pièces closes et un couloir. Il n’y a quasiment qu’un acteur en live, Jakob Cedergren, ses principaux interlocuteurs restant au téléphone. Le projet fonctionne donc sur deux défis : le temps réel et la captation de tout ce qui n’est pas l’action. Les deux astuces jouent sur la frustration du spectateur, puisqu’il s’agit de donner l’impression que « ça ne va pas assez vite » et que « l’autre, là, il devrait aller sur place plutôt que solliciter collègues hostiles ou potes plus ou moins refroidis ». Le pari, en soi, est assez malin. Il contrarie maintes habitudes scénaristiques, maintes coutumes du polar, maintes facilités chères au spectateur. Il permet aussi de développer le contraire d’un film muet : un film sonore, puisque l’essentiel se passe dans les coups de fil échangés entre Asger et ses interlocuteurs. Pour autant, est-il totalement séduisant ?


Malgré l’aspect ascétique donc violent et excitant de la chose, ce film intelligent peut décevoir. D’abord parce que, peut-être par obligation, il rentre dans les codes du polar moyen (le flic a, disons pour ne pas spoiler, ses propres démons, tant perso que pro, qui ne le rendent pas toujours bon juge, l’histoire le prouvera). Ensuite parce que, si le cinéaste retire l’action du visuel pour la rabattre sur le son, il n’offre guère de nourriture visuelle, à notre appétit, pour substituer à ce sobre retrait une chips ou une noix de cajou susceptible de nous laisser en appétit – en clair, ne rien montrer, c’est mignon, stimulant pour les esgourdes, tout ça, mais, sur 90’, ça finit par ressembler un brin à une facilité, si l’on excepte la scène de l’aveu final avec les collègues plus ou moins flous. Enfin parce que le scénario paraît être tiraillé entre sa volonté d’être audacieux (on voit que ce qui se passe pas) et bien gentillet (ça se termine presque bien, et tout est explicité à la fin, en contradiction avec l’affirmation du réalisateur qui déclare avoir choisi l’acteur parce que « avec ses yeux, c’est comme s’il vous cachait un secret »).


La conclusion :
The Guilty est un film fort intéressant mais qui échoue à nous séduire pleinement. C’est en partie notre faute : difficile de nous éblouir avec une pièce de théâtre filmée. Bizarrement, ce nonobstant, il faut l’admettre, nous aurions pu adhérer à ce film si le bouclage n’avait pas été aussi ferme. De fait, notre objectivité de non-cinéphile nous oblige à admettre qu’une certaine déception nous saisit devant la contradiction entre un projet original (on va faire un film où le son désamorce la nécessité du voir) et le souci de rester autant que possible « réaliste » (plans larges, référents, costumes). Aussi la tension entre une narration classique et la volonté de créer un huis clos téléphonique dissonant (loin de l’énergie mainstream  de Phone Game, par exemple) voire invraisemblable (un flic accusé d’avoir buté un jeune est toujours en fonction) nous semble-t-elle fonctionner à demi. Bref, nous eussions aimé éprouver la veine onirique de ce film inégalement recherché, afin de rejeter l’idée que nous eussions eu plus de joie à l’applaudir à la télé en tant que théâtre filmé.
(Oui, ça fait beaucoup de « zussion », mais bon, foutez-nous des titres en français et on reparlera stylistique, bon sang.)

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SPA Grammont, 30 juillet 2018


C’est toujours un projet sympa : passer une matinée à s’ébaubir en baguenaudant avec des chiens qui, le reste du temps, sont cloîtrés dans des cages en attendant un éventuel adoptant. Après une désillusion pas si lointaine, j’ai appelé pour savoir si l’on pouvait sortir les chiens plus tôt, afin d’éviter d’être bloqué parce que « fait trop chaud ». Bonne nouvelle : oui, on peut se faufiler dès neuf heures. Youpi. Ainsi, je pus – avec un « s », merci – fasseyer dans le parc jouxtant le refuge de Grammont sans Clyde mais avec Bonnie. Arrivée de la Guadeloupe, elle est annoncée partante car adoptée. Opérée en conséquence, elle s’apprête à s’enfuir de la prison à sauts et à gambades, pour rigoler avec de nouveaux deux-pattes.


Et voilà, c’est tout. Parce que, non, en fait, pour sortir des chiens qui ne sont pas à l’infirmerie, c’est plus compliqué. Il faut les « réserver », apprends-je a posteriori.  Sinon, on les nourrit, comme d’hab’, et il convient de nouveau d’attendre 11 h pour les pouvoir promener. Sauf que, à 11 h, fait trop chaud, plus de promenade. Bref, j’ai sorti Bonnie, on a rigolé, on s’est hydraté aux fontaines car c’est sain (« Bonnie, bar ? »), on a grattouillé, mais il est vrai que, en repartant, j’étais assez d’accord avec elle quand elle me lança…

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Laure Prouvost, « Ring, sing and drink for trespassing », Palais de Tokyo, 19 juillet 2018

Photo : Rozenn Douerin

Au détour d’un couloir noir, entrée différenciante façonnée par Laure Prouvost pour son exposition au Palais de Tokyo, surgit la question qui transcende les catégories artistiques : que serait l’art sans les nichons ? L’artiste replace cette problématique essentielle en nichant une fontaine soutenue, débordante et gorgée de nichons au centre des installations autour desquelles le curieux est invité à tourner en zigzag. De ci de là, des pièces sont rassemblées pour former des assemblages hétéroclites au sein (ha, ha) de structures à la fois délimitées et ouvertes, comme cette tonnelle où l’on regrette l’absence de vin blanc… mais pas de nichons, ouf.

Laure Prouvost juxtapose des objets, des écrits, des associations, souvent déconnectés d’un projet clairement identifiable. Il s’agit de laisser le visiteur en liberté tant de mouvement que d’étonnement. L’objectif est, croit-on déceler, moins le décryptage que la concaténation abrupte, laquelle disjoint souvent le geste artistique de ses adjuvants classiques : la science artisanale ou la puissance conceptuelle. En clair, l’artiste ne cherche pas à prouver qu’elle sait « faire de l’art » ou « avoir des idées qui sidèrent ». Certes, les éléments de langage parlent de « paysage apocalyptique » et de « dépassement des limites » ; mais, et c’est heureux, l’exposition propose un pas de côté contre ces poncifs en incitant plutôt le visiteur à s’approprier l’espace et le sens (voire le non-sens) du rangé dérangeant.

L’artiste rejette toute parataxe susceptible de fomenter du liant. La connexion entre les divers objets laisse en général perplexe ; et la connexion entre l’idée d’art et l’exposition de ces bouts de trucs ne convainc jamais. C’est un choix patent. Ce n’est ni l’objet per se ni le contexte muséal qui artistise, ben ouais, une proposition, mais la question que, devant l’objet contextualisé, le visiteur est capable de se poser grâce à l’artiste. D’où le recours aux signaux métadiscursifs (méta = qui réfléchit sur soi-même – en l’espèce, les miroirs, piquetés ou non, par le truchement desquels le visiteur devient œuvre d’art éphémère : c’est bien lui qui fabrique l’appellation et constitue la pièce, donc l’art) et aux faits antidiscursifs (objets détruits, frigo abandonné et curieusement organisé, détournement de choses ou de mots). L’art, ici, se construit dans l’interrogation du rapport entre notre finitude (péremption, fragilité, beauté et danger de l’interaction) et la pulsion inaliénable qui relie, envers et contre tout, l’humain ordonné à une abscisse transcendantale, mystérieuse mais capable d’attirer, par exemple, des gens dans un musée où exposer des trucs dans un frigo, c’est faire art plus que, Bertrand, faire yeah.

Cette volonté de nier le liant, de désamorcer l’explicable, d’exploser les catégories envisageables, renvoie à l’idée que l’art surgit parce que l’homme de tout sexe sait que l’on se retrouvera tous au bac à sable où l’on se croisa jadis, mais plus actif. Partant, en fin de compte, l’homme finit-il à Tchernobyl ? Se réduit-il à lui-même ? Ne se réjouit-il que dans la contemplation de sa propre image ou de sa conception personnelle de l’absolue consubstantialité de ce-qu’est-l’art ? Laure Prouvost paraît s’amuser, sans jamais creuser ouvertement la veine humoristique, de l’indécidabilité de ce qui constitue la spécificité humaine, notamment dans son aspiration à un au-delà plus-qu’humain. Ne présente-t-elle pas des personnages de métal penchés, écran-tête en avant, sur la serpillière dont nous sommes libres de penser ce qu’elle doit essuyer ? La photographe Rozenn Douerin s’en amuse en choutant des plans de coupe au hasard de nos déambulations. Rien ne dissocie objectivement la plupart des installations de ce qui leur est périphérique ; et cette porosité est une joyeuse conséquence d’une conception de l’art non plus comme perspective tendant vers l’infinitude, mais comme projet donnant sens à l’ici-bas, faisant résonner le déjà-là, pas dans le ready made, non : dans la construction du regard, celui qui nous pousse à trancher entre « wow » et « et c’est de la merde ».

Est-ce une raison pour s’échapper devant notre question liminaire ? Certes non. Donc, que serait l’art sans les nichons ? Partant, que serait l’art sans la bite ? La fontaine généreuse de l’art contemporain et les chiottes du musée souhaitent, sans cesse, nous donner de nouvelles pistes de réflexion. Suspendons donc notre jugement et acceptons que des professionnels posent de curieuses hypothèses à la fois bitologiques et artistiques : même si elles nous laissent aussi sceptiques que le storytelling l’accompagnant et nous rendant d’autant plus suspicieux (« Laure Prouvost vit entre Londres, Anvers et une caravane dans le désert croate »), les sous dépensés dans cette facétie sont autant que l’utilitarisme macroniste n’aura pas – et que les cons qui achètent du Swarovski auront cofinancé. « Na » nous paraît, hic et nunc, une judicieuse conclusion.

Rens. ici sur la première heure de gloire parisienne de Laure Prouvost.

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Motivé, motivé, mais bon


Tu connais ce moment, oh, tu connais ce moment où, arrivant à ton travail d’organiste, tu essayes de recueillir le programme entre les différents intervenants pour démontrer la plus grande motivation. Puis vient le moment où, pfff, si personne veut bosser avec un peu de rigueur, pourquoi moi, bordel ?

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Big Cat is watching me


Il est sympa (il est invité à la tribune, c’est dire). Tu lui as négocié des draps pour faire le con. Tu lui as rafraîchi le bol d’eau que tu lui as dédié. Mais tu sens que le chat du patron enregistre la moindre de tes fausses notes. Même en répétition. Un chat, quoi.

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Canis homo est

Photo : Bertrand Ferrier

On va pas se mentir. D’après les maîtres, structurellement, un chien adore son maître. Rien que voir cette merveille de la nature, si généreuse en dépit de sa séquétude, est un bonheur de tous les moments pour l’animal. Sans rire.

Photo : Rozenn Douerin

Être plus proche du maître qu’un brin de paille ne l’est de son voisin de botte : voilà l’objectif de tous les instants que tâche de remplir le chien. Il ne peut supporter de se masquer à la vue de son maître, surtout pour lui signifier qu’il a faim ou que le deux-pattes est trop lent.

Photo : Rozenn Douerin

Bon, peut-être l’exemple photographié ici n’est-il pas nickel, nickel. Il n’empêche que cette confiance mutuelle rend le maître assez confiant pour laisser son esclave libre, même sur une six-voies très fréquentée.

Photo : Rozenn Douerin

Du coup, mieux vaut tirer (j’ai pas fini) le rideau. La sieste, c’est comme l’apéro : c’est toujours l’heure pour s’y astreindre. Sur ce point, au moins, homme et chien se retrouvent, na.

Photo : Bertrand Ferrier

 

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Après ça

Photo : Rozenn Douerin

Quand on sort d’une exposition Delacroix, qu’est-ce qu’on peut bien faire, après ça ? Se balader, prendre l’air, oublier le sang, l’éther. Reprendre la petite roue de la vie en regardant le monde respirer, si tranquille tant qu’on ignore le reste. À mon échelle, c’est déjà pas mal, peste.

Photo : Rozenn Douerin

 

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Sacré strip-tease


Les gens les plus importants quand t’es organiste : la secrétaire et le sacristain. Surtout si ledit sacripant est Antillais et qu’il connaît ta foi profonde dans l’idée que la beauté est extérieure mais, bon, parfois, quand ça t’arrange, intérieure. La preuve, il m’a offert une magique baguette (sans « r ») au sésame siglée Auchan. C’était bizarre, mais la lumière fut bientôt, et l’on changea de saucisson.

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