Photo : Bertrand Ferrier

J’aurais pu aider aux caisses, aux urnes ou au catering du concert de soutien pour les grévistes de la CGT par des stars – relatives – en quête d’une onction sociale et plus bankable que les artistes du Syndicat des artistes, tout juste bons à pouët-pouëter dans les manifs ou les gares, ces nazes que nous sommes.
Après une heure quinze de transport aller, vingt minutes de crapahutage dans les bois à la recherche d’une entrée, entre la porte 9 et la porte 13, j’ai renoncé à devenir petite main. Et je suis revenu à la vraie vie et à ses introspections :

  • comment trouver un chemin de retour dans la nuit, même après avoir joué avec des chiennes de passage ?
  • comment entrer dans une rame de métro bondée ?
  • comment faire réparer ma chaudière sans claquer ma colossale fortune en me faisant emphysiquer ? et, surtout, en ce moment,
  • où est le Dolibuprofène ?

Ma conscience sociale est peu de chose, ma foi.

 

Aujourd’hui, conseil syndical mensuel. Toujours important, pour les musiciens comme pour les autres, d’avoir conscience des lignes rouges, de savoir quand voir rouge ou comment aider ceux qui sont mis dans le rouge professionnellement, et quel chiffon rouge agiter afin que ceux qui se prennent pour des taureaux mordent la poussière.
(Non, pour boire rouge, en revanche, ça va, j’ai pas besoin de conseil.)
Luttons ensemble, ne serait-ce que pour faire bisquer Pharaon Ier de la Pensée complexe et tous les minipharaons de la Pensée complexe qui croient pouvoir se la ouèj en toute impunité. Osons rugir rouge sans rougir !


… pour chantonner en substance(s), micro en main : « Jusque-là, vous avez brillamment parlé de la culture vue du côté de ceux qui perçoivent des dizaines de millions d’euros de subvention. En tant que porte-parole mandaté par la CGT, je voulais poser une question sur le contraire, notamment à vous, monsieur qui, caché derrière votre Mac, proposez d’ouvrir la culture aux gens financièrement défavorisés et vous, monsieur, qui espérez élargir votre public tout en vous réjouissant que, lors de votre étude préalable, la discussion n’ait réuni que des gens qui se connaissaient. » Bien.


J’y étais, je peux témoigner : il n’y avait personne, à la manif, comme en témoigne cette photo du cortège en train de se former, une heure et demie avant le départ effectif. En revanche, c’est vrai et pardon, il y a eu des heurts (des coups de Soleil, au moins). L’ambiance était délétère, et tout le monde disait : « Au fond, le Pharaon Ier de la Pensée Complexe a raison, oh oui, tellement raison. »
Pour inciter les autres à reconnaître la défaite des Français devant la puissance du Banquier Suprême, le Snam-Cgt a joué des airs tristes qui ont incité les gens à pleurer et à se frapper entre manifestants, parce que nous n’avions rien à foutre dans la rue, même si nous étions un ou deux, à la rigueur, selon le « cabinet d’experts financé par Le Figaro », journal dont l’objectivité de lèche-cul est l’honneur de la presse française. Ainsi que le stipule
le Barnabooth du richissime Valéry Larbaud,

« Ah ! il faut que ces bruits et que ce mouvement
Entrent dans mes poèmes et disent
Pour moi ma vie indicible, ma vie
D’enfant qui ne veut rien savoir, sinon
Espérer éternellement des choses vagues. »


C’est donc tout à fait par hasard si j’ai croisé tel ou tel avec mon T-shirt customisé. Voyons. Par hasard, on vous dit. Fi.