Pour la Nuit blanche de ce 5 octobre 2019, le festival Komm, Bach! avait mis les grands plats dans les très grands. Les trois concerts du soir étaient programmés depuis lurette ; restait à les concrétiser. Voici donc le début du récit d’une journée de foufou.

Photo : Bertrand Ferrier

8 h 55

Arrivée des flight cases pour le concert de 23 h 30. Les scoutesses acceptent de céder un peu d’espace afin que l’on puisse provisoirement stocker le matos. Certains chauds lapins le regrettent.

10 h

Après que l’intégralité du matos a été crapahuté sur deux étages et demi, les experts commencent une installation électrique, au sens polysémique – comme stipulerait Mme Romatif, la prof qui nous a permis de rencontrer les loustics au travail : on vérifie ce qu’il manque comme matos digne pour irriguer de jus les engins ; et, forcément, comme tout ne colle pas pile poil, le stress commence.

11 h

François-Xavier Grandjean débarque pour sa seconde répétition de quatre heures. Avec une grimace astucieuse, le Bûcheron des Ardennes fait savoir qu’il trouve que c’est tôt. Heureusement, l’arrivée de sa registrante préférée lui redonne le smile. En revanche, Clément trouve que le mec fait quand même beaucoup de bruit. Courageusement, le programmateur refuse de jouer les médiateurs en prétendant qu’il n’y est pour rien : lui, il prend juste des photos comme Jean-Jacques Goldman – en passant.

Midi

Fix en a ras la courge des tuyaux qui sonnent faux. Il décide de passer outre son vertige et d’aller accorder ce maudit clairon de grand orgue. Faute de rasette, il adopte un couteau qui se prend pour une rasette. De son côté, Loïc Leruyet propose de détendre l’atmosphère en donnant des leçons de chorégraphie à Clément Gulbierz, pourtant expert en dansologie – art qu’il pratique depuis treize ans. On va pas se mentir, elle est pas gagnée, la Nuit blanche qui s’annonce.

Antoine Rychlik (détail) et Samuel Campet pendant l’Ave Maria de Dupré. Photo : Rozenn Douerin.

C’était un concert qui aurait plu à Yann Liorzou, ce grand organiste parisien – en dépit de son nom bien localisé – qui travaille aussi au corps le cor et qui est souventes fois venu enchanter l’orgue de Saint-André de l’Europe. En effet, pour Yann, en tant qu’organiste virtuose et surtout en tant qu’enseignant, le travail instrumental doit être dual. En clair, même le prof d’orgue doit apprendre un autre instrument, sinon c’est pas un prof qui en a. (Je simplifie, je synthétise, je réductionne, Yann, t’énerve pas : j’ai toujours été nul en didactique, tu sais bien.)
Le concert qui, ce 21 juin, concluait la troisième saison du festival Komm, Bach! en l’église Saint-André de l’Europe offrait l’occasion d’écouter trois étudiants du CNSM de Paris jouant chacun de deux instruments. Bon, l’un s’est lâchement débiné au dernier moment ; il ne restait donc, diable, que les deux meilleurs, feat. la virtuose des claviers et compositrice Esther Assuied, ainsi que le virtuose de la composition – claviériste Samuel Campet. Autour d’eux batifolait – pour tirer les jeux, tourner les pages, sécuriser les artistes et tapoter sur la tablette – Antoine Rychlik, lui-même multiple lauréat du CNSM.
Le principe du concert, proposé par les musiciens eux-mêmes, comme quoi ce sont vraiment des grands malades de l’os de la tête ? Esther et Samuel devaient jouer de l’orgue – mais genre par « Viens poupoule, viens » évidemment – et d’un autre zinzin – trompette pour la dame, alto pour le monsieur – pour lequel ils ont eu aussi des tas de diplômes-prix-médailles ; et là, on ne détaille pas car on n’est pas là pour humilier les clampins dont nous sommes. Le résultat ? Un concert pétillant, dont un extrait sérieux fut tantôt diffusé. En voici – sérieux aussi mais musical et inattendu – un deuxième, et je dis bien « un deuxième » car je ne néglige pas la possibilité, parmi d’autres, que la trompettiste à tendance claviériste convainque le modeste Samuel de nous autoriser à diffuser, par exemple, la « Valse » que le très digne monsieur assis avec une chemise blanche interpréta à cette occasion.
Donc, ben, Esther, à vous de jouer.

Photo : Bertrand Ferrier

Les vrais et les habitués de ce site le savent : Esther Assuied est l’une des plus convaincantes jeunes virtuoses des claviers, et non seulement la chouchoute du festival  Komm, Bach! (entre autres). À l’occasion de la Fête de la musique, solidement assistée par deux autres brillants musiciens, Samuel Campet et Antoine Rychlik, elle a lancé le concert de clôture de la troisième saison par Dans la lumière, le chef-d’œuvre pour orgue de Robert M. Helmschrott, notre compositeur-fil rouge cette année.

Cette version en concert fait suite à la version filmée par la musicienne-réalisatrice elle-même. Les deux brillent d’une même énergie, d’un même sens des couleurs, d’une même exigence virtuose. On aurait bien proposé ce double diptyque pour en faire le tube de l’été, mais il paraît que ça n’existe plus, le « tube de l’été ». Du coup, laissons cette lumière devenir le néon estival des curieux, sur lequel les moustiques de toute race qui tentent de médiocriser nos existences et nos goûts sont invités à bien aller se faire griller.


En gros, c’est le projet du moment.
On le détaille demain.
En attendant, on bosse. Si, ça arrive.
Et comme, avant d’être génial et parfait, il faut se mettre raccord, malgré la chaleur, le budget rikiki, ben, on répète avec des artistes assez secoués pour bosser dans des conditions physiques et pécuniaires aussi ric-rac. Un artiste lyrique – comédien récidiviste et une organiste-pianiste-pianofortiste-continuiste également virtuose de la trompette. Ce vendredi, venez les apprécier dans le contexte foufou d’une majestueuse collégiale plongée dans la nuit. Même si, au programme, on mettra, nettoyé des scories des répètes, l’un des plus grands exemples de fayotage jamais écrits par un musicien savant (celui que vous trouvez infra), ça va être wow.

Et voilà, la troisième saison de Komm, Bach! s’achève presque. Cependant, avant d’entendre filer la dernière note du soixante-sixième concert, il reste un peu de pain sur la planche… ou sur l’orgue, tout juste accordé par le facteur Yves Fossaert en personne.
Depuis l’affiche, quelques rebondissements ont défrisé le programme des cinq concerts offerts ce jour, mais l’entrée reste gratuite, la sortie aussi ; les concerts seront bien diffusés sur écran géant sous le regard attentif et expérimenté de la cadreuse du festival, Rozenn Douerin ; et ce qui attend les curieux reste fort croquignolesque, crois-je.



Pour voir tout cela plus en détail, cliquer sur les images ci-d’sous… ou venir, simplement, au 24 bis, rue de Saint-Pétersbourg (Paris 8, proche métros Place de Clichy – Europe et pas loin Saint-Lazare) partager tout ou partie de ces cinq heures de musique !


Augure nous faisant l’amitié de nous fournir notre pain guilloutique régulier, la série de chroniques posthumes commence vraiment avec ces quelques lignes de la onzième notule. En ce jour d’hommage à la vedette, célébré sans doute malgré lui à Notre-Dame, nous avons donc choisi à dessein d’ouvrir la fête mortuaire avec ce disque, dernier phonogramme compilé du vivant de l’artiste, avec son approbation et avec la générosité coutumière des disques d’Augure – le présent opus propose 78’ de sons. De patchwork, il sera question à propos de cette compil’ Widor + Vierne, puisque ce florilège assemble des prises dissemblables : live et prise unique, dans différents endroits… parfois même pour une même pièce. Ainsi, l’Allegro de la Cinquième symphonie de Charles-Marie Widor est capté à Saint-Laurent, à Rotterdam, tandis que les éditeurs ont choisi, pour la Toccata de la même symphonie, la version gravée à Saint-Matthias, à Berlin – sans doute parce que le second volume des lives à Saint-Matthias incluait déjà l’Allegro de la Cinquième. Bref, une question s’impose : cette œuvre de mémoire, qui s’inscrit dans le travail rigoureux et passionné de l’association Augure, vaut-elle comme trace d’un grand interprète ou mérite-t-elle aussi l’intérêt des mélomanes non guilloumaniaques ? Seule manière d’esquisser une réponse : écouter de toutes nos deux oreilles et, si l’émotion s’en mêle, du cœur itou.
L’Allegro de la Sixième symphonie de Widor (9’30 avec cadence !) est l’un des tubes des organistes. Enregistré en 1979, ce premier mouvement associe la solennité d’un tutti dynamique au quasi détaché qui permet à l’interprète de faire respirer et de rendre plus intelligibles les accords qui cinglent l’église. Le pari de l’exécution réside dans ce désir schizophrène de maintenir la pompe sans négliger la vitalité, la liberté et même la facétie : au-delà de la coquetterie d’un virtuose souhaitant montrer combien il virevolte avec aisance – il se le peut permettre, le bougre –, la registration de la pédale (20 jeux disponibles !) avec quelques jeux aigus (quatre registres de pédale entre un et quatre pieds !) ne manque pas d’ironie pour l’arrivée du passage en La. Une cadence pyrotechnique ajoute « beaucoup d’effet » à ce qui, déjà, n’en manquait pas. Celui qui n’a pas frissonné devant une telle débauche d’agilité puissante persillée de malice ne frissonnera décidément jamais et, après tout, tant pis pour sa mouille.
La Cinquième symphonie de Widor est expurgée de ses mouvements centraux pour n’offrir que le premier et le dernier de ses membres. Certes, dès l’Allegro (10’), on décèle çà et là des montages perfectibles (ainsi, celui de 0’07, piste 2, fait sursauter !) ; mais la qualité des bandes originales, déjà quadragénaires, est sans doute plus en cause que le travail de fourmi réalisé par Jean-Claude Bénézech et ses acolytes auguriens. Le mouvement premier permet d’entendre de nouvelles sonorités, des fonds aux petites flûtes que l’artiste éclaire de façon multiple en jouant habilement avec la pédale d’expression. Après quoi, le musicien s’éclate et transforme la partie-à-doubles-croches en « Vol du bourdon ». Ce n’est pas absurde, c’est croquignolesque, pétillant et éminemment spectaculaire. Les modulations sont enlevées avec évidence ; et, si le son n’est pas toujours parfait, l’éventuel manque de définition des graves n’empêche certes pas de suivre les débauches de virtuosité et d’élan vital, symbolisées par la pulsion des accords détachés de la coda avec, pour conclure, la p’tite tierce picarde qui va bien. Il faut alors bondir à Saint-Matthias de Berlin, en 1983, pour profiter d’une toccata enlevée en moins de 4’. Hénaurme tube d’organistes elle aussi, la pièce, jouée ici dans sa version de 1918, fonctionne autour d’un ostinato emporté tellement vite que l’on se demande si les claviers n’ont pas brûlé après le passage de ce grand malade de la vitesse, obligé de swinguer les accords répétés pour avoir le temps de les faufiler. Le jaloux pointera quelques arrangements avec la lettre de sa partition (par ex. à 2’20, changement d’octave de la pédale après le ré bémol, na), quelques confusions, la fatigue aidant (3’10). Le propos n’est certes pas là : cette toccata plaira aux amateurs de technique et de performance, comme elle pourra laisser sur la touche ceux qui aiment admirer des artistes associant une technique surhumaine à un souci de donner à entendre de la musique, pas uniquement des quadruples saltos vrillés. Il est clair que cette berlinade n’a point été effleurée par semblable souci… hélas, à notre très-pas-humble goût.


La Deuxième symphonie de Vierne
est un monstre de 33’33 que Jean Guillou a enregistré le 3 juillet 2003 dans son fief de l’époque, Saint-Eustache. L’Allegro (7’) s’engage dans la voie de la liberté, chère au maître qui joue à domicile. Curieuse impression que cette ouverture dépenaillée : surprise, certes ; mais aussi gâchis apparent du groove qu’a réellement écrit Louis Vierne avec syncopes, échos, contretemps, etc., qui n’avait peut-être pas besoin que lui fussent ajoutés quelques déséquilibres apocryphes. Désarçonné, l’on profite davantage du voyage dans les multiples couleurs de l’orgue – alléluia, y a de quoi faire – que de la promenade viernoise. En fait, cette volonté de secouer la partition s’apaise petit à petit et nous permet de jouir, allons donc, de cette musique à la fois ressassante (un même motif pointé passe et repasse), inventive (ses déclinaisons ne manquent pas de stimuler l’écoute) et ambitieuse (elles font voyager l’auditeur dans l’instrument et dans la musique). Le Choral (8’) s’ouvre sur un majestueux trait de pédale dont l’artiste semble avoir évacué les huit pieds pour rendre d’emblée l’atmosphère – sombre – du mouvement, par opposition à celui qui a précédé, et ce, grâce au 32’ ou aux 16’ les plus sourds. La relative faiblesse de la prise de son rend ce discours plus suggestif que clair. Le propos peut justifier cette posture, oscillant de modulations en modulations, d’Agitato en Largo et retour, de flûtes tremblantes en ensemble d’anches. Une évidence : le crescendo final démontre une science de la registration fascinante. Le Scherzo (moins de 4’) est pris pied au plancher. On y gagne en énergie, en vitalité et en spectaculaire – il faut se le fader, ce mouvement, qui plus est à ce tempo ! – ce que l’on perd en poésie, en dépit des magnifiques sonorités de Saint-Eustache. Comme souvent avec le Jean Guillou interprète, l’appréciation de l’exécution ne relève guère du jugement mais révèle les préférences de chaque auditeur. Mais écou(r)te-t-on Vierne par Guillou pour entendre Vierne ou Guillou ? Vous avez demi-heure.
Le Cantabile (7’) ne laisse pas de défier le Larghetto grâce à l’allant de l’organiste, d’une part, et, d’autre part, grâce au toucher énergique marquant le lead confié d’abord au Cromorne. L’écriture, fort complexe (c’est un euphémisme), est un terrain de jeu gourmand pour l’ardeur de l’interprète qui fait en effet sonner le Wagner qu’il affirme déceler non sans convaincre (2’53, 3’33). Ce quatrième mouvement n’est sans doute pas le passage le plus sexy de Louis Vierne, faut l’dire, hein, on n’est pas dans du pomme-pet-deup, mais aussi bien joué sur un orgue aussi adapté, c’est sans doute l’un des plus émouvants. Le Final (moins de 8’) permet à l’interprète de renouer avec, et d’une, une virtuosité plus exubérante, et de deux, la liberté. Ici, les effets d’attente nous semblent, prétentieux que nous assumons d’être, mieux venus, moins outrés, plus au service du discours du compositeur que dans l’Allegro. Les cornets sonnent ; les basses grondent ; les ruptures de rythme et les contretemps instabilisent, je tente, joyeusement l’écoute ; les contrastes éblouissent ; les modulations passent comme courriel en 5G – hé-hé ! remotivation d’un syntagme figé, et hop ! – ; les progressions ou changements de registration rendent justice à l’orgue joué ; le détaché-alla-Guillou (6’27) fait merveille – bref, seul regret : une prise de son qui, seize ans plus tard, n’est évidemment plus à la hauteur des standards attendus, ni dans le dessin des graves, ni dans le ciselage des tutti (7’17, va-t’en entendre les traits de pédale…). Pourtant, la déficience phonographique porte témoignage et n’altère pas l’appréciation d’une performance techniquement impressionnante et musicalement incapable de laisser quiconque indifférent. En somme, cette version est à acquérir en seconde intention, pour contrebalancer l’idée que l’on a pu se faire, à partir d’interprétations plus sages, de ce qu’est ou de comment se joue une symphonie de Louis Vierne en général… et la deuxième en particulier.
Est venue l’heure des compléments de programme, à commencer par le Carillon de Westminster, mégahit extrait des Pièces de fantaisie de Louis Vierne.  Avec une honnêteté amusante, l’éditeur avoue n’avoir pas su choisir entre deux versions… et propose donc ses deux finalistes – en les séparant sur la set-list pour éviter la lassitude de qui écouterait le disque en continu. La première est issue d’un enregistrement à Saint-Bavo de Haarlem en 1979. Foudroyée en 5’ (Olivier Latry la joue en 6’45, on n’est pas sur le même saucisson), cette version a l’intérêt de l’exceptionnel, au sens d’inouï. C’est au-delà du brillant et, pourtant, en dépit de la beauté de la pédale et de l’équilibre des registrations, cela nous paraît plus vain et confus qu’ébouriffant (écouter par exemple piste 9, autour de 3’11). Quoi que cela ne manque pas d’une certaine saveur, on imagine plus, à l’occasion d’un bis, une tentative de record du monde de vitesse qu’une interprétation sensée et profonde. Comme dirait notre chouchoute Esther Assuied proposant une interprétation autrement plus passionnante de la Danse de la mort de Franz Liszt : noise.
La seconde version, qui clôt le disque, est issue des gravures du 3 juillet 2003 à Saint-Eustache. Moins hâtive, moins soufflante que la première (« irrégularités dès la deuxième mesure, confusion dès la septième », note avec satisfaction le très-médiocre organiste bouffi de jalousie haineuse), cette proposition est beaucoup plus séduisante musicalement : les différents plans sonores sont caractérisés, les sonorités sont magnifiques malgré une moins bonne prise de son, l’énergie de la main droite ne contamine pas l’ensemble de l’exécution, les mutations de registration sont splendides, et les imperfections de cet enregistrement sans doute « dans les conditions du direct » (pédale à 4’21… et suivantes, par ex.) n’ont guère d’importance pour un tel document. Là, on entend de la musique, bon sang !


Dans la même série que le Carillon, l’Impromptu est aussi un tube d’organiste constitué d’une farandole qui s’ébroue irrégulièrement pendant près de 4’. Également enregistré le 3 juillet 2003 à Saint-Eustache, il débute sur un curieux hoquet dès la troisième note et s’accompagne de quelques broutilles qui, loin de faire oublier la qualité des justes notes, valorisent l’intérêt d’un enregistrement sinon à la va-comme-je-te-pousse, du moins à la bonne franquette, comme si l’artiste nous gratifiait d’un récital privé, une fois les portes de la grande église close. Donc ça sature parfois, ça bouscule sciemment, ça pose ou ça accélère quand ça veut, ça trébuche si ça s’présente (piste 12, 2’39, par ex.), mais ça vit, nom d’un p’tit mouton, ça vit ! Le Scherzetto, techniquement hypermoins ardu que les autres pièces, est joué (sur le 3 claviers-40 jeux de Middelbourg) de façon bousculée, comme pour cacher la relative facilité sous une urgence facétieuse… peut-être aussi excitée par la bruyante présence humaine audible piste 10, 0’13. S’inspirant de la registration officielle, Jean Guillou n’y ajoute pas moins sa marque avec les tremblants qui lui sont chers. Le résultat est plus personnel que susceptible de combler l’amateur guindé de Vierne – mais écoute-t-on une interprétation pour retrouver des notes en son ou pour écouter la cohérence entre les notes théoriques et la mise en pratique par un médiateur artistique ? (Nan, même moi, j’ai décroché en cours de phrase, pas de panique.) Enfin, la Toccata, enregistrée itou à Middelbourg, est lancée sur un rythme de fou. Ce devait être très, très spectaculaire en direct ; c’est à la fois vertigineux et guère intéressant  à l’écoute, à moins de chercher sottement les scories (ainsi de la pédale à 1’05) de cette cavalcade démentielle et un peu creuse.
En somme, cette Toccata est à l’image du disque : Jean Guillou avait la virtuosité virevoltante qui le laissait libre de risquer des tempi de guedin. Certes, cette performance circassienne a beau marquer le petit musicien, elle peine, en soi, à l’émouvoir. En revanche, quand la technique superlative s’associe à une science de la registration et à un souci de faire palpiter une œuvre sans se contenter d’en faire un tremplin pour histrion, genre Tryphon Tournesol sur patins à roulettes, là, on tient quelque chose, et quelque chose d’une puissance que peu oseront défier. En ce sens, ce disque est doublement important pour qui veut connaître voire approfondir sa connaissance de l’interprète guilloutiste : il permet d’entendre ses fabuleux excès et d’écouter son art d’interprète. Les deux ne vont pas souvent ensemble, mais leur duel fait le prix de ce disque anthume, supérieurement édité avec un livret mentionnant la composition de chaque orgue et dévoilant une présentation trilingue qui associe les mots du maître à ceux de ses plus fervents et pertinents supporters.


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Le 1er décembre 2018, en ouverture de son concert avec Cyprien Katsaris, Esther Assuied est entrée « Dans la lumière » de Robert M. Helmschrott. Aucune caméra n’ayant gravé l’interprétation du rare diptyque de l’octogénaire allemand honoré cette saison par le festival Komm, Bach!, elle a souhaité l’enregistrer pour le rendre disponible à tous. Voici le résultat. Accrochez vos ceintures !

Photo : Bertrand Ferrier

Dire que l’on attendait ce moment serait un euphémisme. Pourtant, ce n’est pas un aboutissement. Juste un special day, mais quel special day! Grâce à la gentillesse du maestro Cyprien Katsaris, à l’enthousiasme de la virevoltante Esther Assuied et à la bienveillance de l’Association des amis de l’orgue de Saint-André emmenée par Odile Rocher, nous avons pu manigancer un concert orgue et piano. De loin, ça ne paraît rien ; de près, pour une première, c’est un travail hénaurme, avec double retour vidéo, « simple » retour son, négociations de répétition spécifiques, organisation complexe pour intégrer le piano, et bien sûr gestion des aléas tantôt humains (multiples concerts des artistes), religieux (sensibilités autochtones) ou politiques (mouvement des gilets jaunes).

Esther Assuied IRL avant le concert. Photo volée : Bertrand Ferrier

Tout le côté glamour ou presque, nous l’avons montré lors du montage ou de l’avant-dernière répétition. Il est donc temps de se faufiler backstage avec le joyeux foutoir qui précédait le concert. Le plus important : qu’Esther ait une banane une demi-heure avant le concert (c’est l’école Christophe Mantoux), ce qui ne l’empêche pas de croquer la pomme ; et que Cyprien, malgré le stress de sa venue, ait le temps de se poser pour siroter quelques gorgées de jus de cerise bio.

Photo : Bertrand Ferrier

Certes, les blocages du métro par des autorités frileuses ont conduit de nombreux spectateurs à renoncer à leur venue ; mais la chaleur des applaudissements, l’émotion des spectateurs devant l’union formidable de deux instruments et instrumentistes d’exception, l’amabilité de l’assistance malgré la farce de L’Officiel, qui aurait annoncé un concert gratuit, et en dépit de notre retard dû aux perturbations jaunes, tout cela poussa Cyprien Katsaris, en grande forme, à proposer un nouveau concert d’une quinzaine de minutes aux derniers spectateurs hésitant à quitter l’église, autour de pièces de Forqueray. Comme ça, au milieu de nous.

Cyprien Katasris après le concert, à Saint-André comme à la maison. Photo : Bertrand Ferrier.

Oui, on attendait ce moment, partagé avec cathos, athées, anticléricaux, juifs, scientologues, NSP (ne se prononcent pas) et sans doute autres ; subséquemment, comme dirait le philosophe à la tête d’Indochine, ce fut un putain de moment. Merci à tous, et rendez-vous le 15 décembre pour un autre événement – le premier concert dans la capitale de Pauline Chabert depuis la parution de son disque flattant les noëls de Balbastre !

Piano de Noël. Photo : Bertrand Ferrier

On y est.
Vendredi, c’était l’avant-dernière répétition. Pour les zicoss comme pour le so-called technicien.

Photo : Bertrand Ferrier

Histoire que chacun s’aperçoive des yeux et des oreilles dans l’intimité de l’église.

Photo moche : Bertrand Ferrier.

Donc, juste une avant-dernière mise au point.

Photo : Bertrand Ferrier

Avec ce côté Polnareff – pianiste qui étudia au CNSMDP itou – de Cyprien Katsaris, reconnaissable à la partie touffistique de sa têtalité, ainsi qu’à ses lunettes.

Cyprien Polnareff. Photo : Bertrand Ferrier.

Bref, ce samedi a, paradoxalement, commencé par le dernier accord.

William Attig par photophone pourri. Photo pourrie, donc : Bertrand Ferrier.

Avant la dernière répétition, il est temps de mettre un point final au programme avant d’attendre le public – inch’Allalalalalah vous – dès 19 h 30. Ouverture des portes à 19 h 45. Vivement que.

L’orgue de Royaumont 1. Photo : Bertrand Ferrier.

Des hasards, des figures. Des figures, des hasards.
Sans noir désir, te voilà invité à ploum-ploumer « à deux organistes » sur le singulier Cavaillé-Coll de l’abbaye de Royaumont, en compagnie de la grrrrande « jeune talent » Esther Assuied. Après un premier défrichage in situ, today is the day. Jérôme Chartier, el’ patron comme qu’on l’appelle de par nous autres, nous a fixé un objectif : « Inspirer ceux qui vous entendront. » On a le matos, mais toi, public, t’es là ou bien ? J’entends rien ! T’ES LÀ, PUTAIN DE PUBLIC ?
(Oups, on m’avait pourtant dit que c’étaient des gens hyperclasse, eux. Je crois que j’ai trop mis le fire.)

L’orgue de Royaumont 2. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Là où bientôt un piano. Photo : Bertrand Ferrier.

Soit, d’une part, une jeune claviériste de l’autre monde. Genre écorchée vive incapable de surjouer mais surdouée qui bosse comme une tarée, réputée ingérable alors que superpro et plus rigoureuse que n’importe quel rigoureux, enfin musicienne capable d’illuminer la moindre partition quand elle tombe en amour avec elle (ou qu’elle doit se la taper). Soit, d’autre part, une star du piano qui accepte de se produire à l’occasion de la troisième édition du festival Komm, Bach!. Sentons, je vous prie, le groove qui se met à battre le funky beat or somethin’.

Le Cyprien Assuied de l’orgue et la Esther Katsaris du piano. Photo : Bertrand Ferrier.

Le plus important est que nous n’affichons pas de jeunes talents au fronton du festival juste pour faire mimi tout plein. Nous les balançons plein écran. Sans pitié. Beaucoup plus grands que les supposées vedettes du moment. Magie de Hollywood made in Paris.

Photo : Bertrand Ferrier

Car, oui, à Saint-André, nous accueillons des vedettes. Pas en les suppliant. Pas en leur donnant l’occasion d’une super couverture médiatique pour faire pleurer Michel Drucker. Juste en discutant avec elles au hasard d’une formule qui se prenait pour de l’humour. Et elles ne viennent pas faire leur vedette. Elles viennent faire the truc qui fucking compte : du son, du feeling et de la zizik.

Au boulot sans public mais pour lui. Photo : Bertrand Ferrier.

Après, c’est vrai, tu invites pas la star pour qu’elle dédicace des ballons à des gamins avant de se barrer en limousine puis en jet payé par son club. Faut qu’elles bossent. Hé, ça n’empêche pas de profiter de leurs anecdotes et d’être leur porte-voix et de faire des photos, j’ai pô dit ça. Mais on est déjà dans un autre concept. Pas mieux, pas pire, mein Herr. Mais pas pire, that’s a fact.

Les chaises, des Notre Père en moult langues européennes, l’autel, des fleurs, la Vierge, un piano, pas de raton laveur mais Cyprien Katsaris. Photo : Bertrand Ferrier.

Par le fait même du conséquemment, voici l’essentiel : espérer que les deux hurluberlus, histrions et, je n’ai pas peur de le stipuler avec spécificité, zozos, convoqués pour le concert de ce samedi, se connectent sur la même vibe. Nan, en musicien, on naît d’accord : pas espérer. Juste voir ce que. T’y peux rien, après tout.

Bertrand, shut up, thanx, we’re working on it. Photo : Bertrand Ferrier.

Le respect de l’une – peut-être pour les audaces, les improbabilités, la personnalité anticonformiste, la bonhommie faussement tranquille autant que pour les doigts, le palmarès et le vécu – et l’honnêteté de l’autre reconnaissant le talent de la p’tite garçonne, lui faisant toute confiance musicale et n’hésitant jamais à parler vrai, ont fait que l’espoir, comme d’habitude, était vain : en répète comme dans la vie, le bon feeling suffit, no matter why.

Bertrand, told you we’re working on it. Photo : Bertrand Ferrier.

OK, le bon feeling et le boulot. Bref, en scluzzzivité, un extrait de la répétition dont le meilleur est autant pendant qu’à la fin. Si tu trouves pas l’hyperlien à suivre wow malgré l’enregistreur de mârde, surtout pour un premier essai, vas-tu donc bien te faire lanlère. Si tu veux voir dans quel camp tu es, teste, c’est ici. Et si ça te frétille, bienvenue samedi, on t’attend, et on feint pas, les milliers de commensaux Komm, Bach! savent que l’on n’est pas sympa pour le chiffre d’affaires : on est juste heureux de partager de la musique jouée par des extraterrestres.

Photo : Rozenn Douerin

On m’a dit que j’étais le dernier choix. M’en fiche. Grâce à Christophe Martin-Maëder (et sa femme), l’invitant, à Esther Assuied, la registrante si motivée, à Rozenn Douerin, la photographe-camérawomeune privée, et aux foufous venus ouïr un nobody, ai joué dans des conditions de vedette et sur un orgue wow, souffrît-il par exemple du récit. J’aimerais dire que c’est normal.
J’aimerais.
(Non, toi, l’orgue, derrière, tu as eu ton heure de gloire, laisse-moi crâner avec ma chemise chic et mon neupape qu’on voit preskepo.)

Photo : RozennDouerin

Voilà. Chacun son tour. Na.

Photo : Rozenn Douerin

 Sachant que tout se finit toujours de la même sorte chez les ivrognes parisiens. Aimerais avoir honte, mais au contraire.


Photo : Rozenn Douerin

Dernière répétition nocturne à Saint-Augustin, avec les grands moyens : une photographe et l’assistante officielle – l’une des meilleures jeunes organistes que je connaisse – à la console. Le luxe le plus basique dans le confort le plus total. Objectif du soir : vérifier les registrations, leur pertinence et leur faisabilité. Oui, il est rare qu’un rganiss ait le privilège de zouker in situ plusieurs fois ; mais quand le curé en donne l’autorisation au co-titulaire et que le co-titulaire te fait toute confiance, ben, tu vas pas te gêner pour en profiter…

Photo : Rozenn Douerin

Du coup, la photographe inspecte l’endroit avec, en tête, l’obsession du commanditaire : « Che veux des plans de coupe, ha-ha, si, cheveux, coupe, bref, pour illustrer l’article sur cette séance de répétition. » Alors, elle s’exécute, pan.

Puis elle comprend qu’elle est en danger : la vedette du soir, c’est quand même mesdames les Zorgues, bon sang. Faut pas les oublier. Ben parce que, par ézampe, si elles se vénèrent, ça peut faire un gros, gros ZBOÏNG.

Photo : Rozenn Douerin

Du coup, on récupère la photographe pour fixer un souvenir de ce moment naïvement exceptionnel. Au début, elle se trompe de direction et oublie que l’on est sur Terre pour construire des fenêtres, pas des murs. Même ouvragés. Même dans un arrondissement parisien chic. Par pure bonté, je m’énerve pas. Ou alors, à la marge, mais très intérieurement, comme pour défier ma zénitude et mon paisibilisme légendaires.

Photo : Rozenn Douerin

Toutefois, on le comprendra, je recadre la photographe. Disons que, avec beaucoup de respect, etc., je la tuyaute (d’où le respect, sans jeu de mot) sur l’objet de la soirée. Mes efforts de pédagogie, comme qu’on dit chez les pharaons de la Pensée Complexe, payent, comme qu’on dit surtout chez les pharaons de la Pensée Complexe.

Photo : Rozenn Douerin

Pendant ce temps, nous aussi, on bosse. S’agit de trouver la plus large variété de sons possibles et les enchaînements les plus pertinents pour mettre en valeur les partitions et ce magnifique Cavaillé-Coll… tout en se préparant aux sautes d’humeur du Monstre.

Pour tâcher d’y parvenir, on va pas se mentir, y a pas trente-six façons : faut essayer, reprendre, tester, rereprendre, modifier, retester, etc. Et trouver une « assistante » qui, non seulement joue mille fois mieux que toi, mais est encore plus au taquet que toi.

Photo : Rozenn Douerin

Ce qui ne l’empêche pas de se gausser de façon sans doute très insolente, hélas. Incontestablement, elle profite. Un organiste sans combinateur-tourneur de page, c’est encore moins grand-chose qu’avec. Aussi feins-je de ne pas voir ce rire assssolument révoltant et choquant et – bon, on sent que I was being ironic, et pas au sens où je ferais un peu de repassage ? Bien.

Photo : Rozenn Douerin

Fort de ma zénitude naturelle, je saisis l’occasion de faire semblant que je connais la musique en ajoutant un Post-it çà ou en pointant que je vais reprendre n’importe où… tiens, là, par exemple. Après la partie difficile ? C’t une coïncidence, tu penses. Enfin, j’espère que tu le penses. (Hein, Esther ?) (Merci. C’était timide, mais bon.)

Bref, j’ai encore joué pour des chaises. C’était euphorisant. Merci, mesdames les spécialistes du cul. Oui, les chaises, tout à fait. Merci aussi, mesdemoiselles que je vilipende avec une certaine séquétude sous prétexte d’humoriser un post engoncé dans l’hybris du mec-qui-n’y-croit-pas-d’être-là. Et, à vous, les autres gens, rendez-vous dimanche pour réchauffer quelques chaises, si la joie vous en dit – entrée gratuite, écran géant, église super bien chauffée, et programme – disons : programme inattendu, youpi.

Photo : Rozenn Douerin

 

L’ange de l’orgue. Photo : Rozenn Douerin.

L’ange de l’orgue étant prêt pour la Nuit Blanche, ce samedi 6 octobre, coup d’envoi des trois concerts du festival Komm, Bach!. Avec, pour commencer, à 20 h, un concert tutti frutti quasi improvisé suite à l’annulation, 48 h auparavant, d’un artiste programmé, pour raisons de santé. Partant, furent réquisitionnés des artistes de classe, à commencer par l’organiste à la coiffe la mieux pimpée de tout Paris.

Esther Assuied. Photo : Rozenn Douerin.

Forcément, un tel look suscite les passions. Subséquemment, tous les mâles du plateau, tous les autres zozos, donc, sexisme oblige, feignirent la plus hostile indifférence. À commencer par PMB, le saxophoniste qui rigole pas mais envoie du son à faire aimer le sax aux antisaxistes.

Pierre-Marie Bonafos. Photo : Rozenn Douerin.

Les autres hommes présents, aussi, jouaient l’indifférence tout en tripatouillant leurs instruments – en TBTH, bien entendu.

Avec le souffleur Jacques Bon dit Jack Good. Photo : Rozenn Douerin.

Or, in fine, ils se battirent tous, avec une violence inouïe, pour intégrer son boys band stellaire.

Esther Assuied et son boys band. Photo : Rozenn Douerin.

Chacun tenta de faire son beau, quitte à jouer le flouflou – PMB restant le plus digne, peut-être…

Le boys band d’Esther sans Esther. Photo : Rozenn Douerin.

… mais Michaël Koné, haute-contre-ténor (j’oublie toujours quel est son titre de noblesse, alors je préfère fusionner les deux appellations afin de prétexter une faute de frappe, c’est très subtil), estima l’avoir emporté haut la main vu qu’il n’avait pas même eu besoin de se faufiler dans la fanfare, le snob.

Michaël Koné. Photo : Rozenn Douerin.

Quant au résultat, impossible de le livrer, voyons. Ce qui se passe à la tribune reste à la tribune. Au moins à Saint-André de l’Europe.

François-Xavier Grandjean. Photo : Bertrand Ferrier.

Pour la Nuit blanche, le festival Komm, Bach! propulse quatre heures de concert, à travers trois récitals radicalement contrastés. Pour mise en bouche, une expérience collaborative tutti frutti

… pour plat de résistance, le best of orgue par François-Xavier Grandjean, the organiste of Namur…

… et en dessert, l’exploration de la Nuit : un duo orgue et lumières, avec une création en direct de Guillaume Vatan.

Bon appétit à tous !


Le 1er décembre, à 20 h, grrrros concert Komm, Bach!, organisé par la paroisse Saint-André de l’Europe. Orgue et piano, avec notre jeune talent chouchoute, Esther Pérez-Assuied, et le maître du piano qu’est Cyprien Katsaris. Au programme – oui, ça a un peu évolué depuis l’affiche : Bach, Beethoven, Franck, Helmschrott et… Katsaris.
Billets désormais disponibles à l’accueil de l’église Saint-André de l’Europe (10 h – 12 h, 16 h – 18 h en semaine) ou, par courrier, à : Paroisse Saint-André de l’Europe / Bertrand Ferrier / 24 bis, rue de Saint-Pétersbourg / 75008 Paris, contre une enveloppe jointe, timbrée et libellée à votre adresse… et un chèque correspondant à votre demande :

  • plein tarif, 15 € ;
  • tarif réduit (sur présentation de justificatif le jour du concert = + de 75 ans, étudiants, chômeurs, bénéficiaires des minima sociaux), 10 € ;
  • gratuit pour enfants de moins de 12 ans, en présence d’un adulte payant.

En cas de difficultés financières spécifiques, me contacter. Ça va être formidable, faut que tous ceux qui aiment la belle musique en général et les moments wow en particulier puissent venir, même si vous n’êtes pas Liliane Bettencourt.

Le piano de la saison Blüthner à l’institut Goethe (Paris 16). Photo : Bertrand Ferrier.

Un peu d’anatomie, pour planter le personnage : elle est plutôt jolie comme un cœur (de l’Est), elle est enceinte jusqu’aux yeux (sept mois, donc pas d’avion : la miss est arrivée la veille après avoir voyagé en train depuis Moscou) et elle ne joue pas tout à fait comme un pied. Pour le deuxième concert de la « saison Blüthner », organisée par le Goethe-Institut de Paris et la fondation Blüthner-Reinhold, Oxana Shevchenko, lauréate de nombreux concours de pianos depuis le concours international d’Écosse en 2010 jusqu’au concours international d’Ortebello cette année.
Son programme s’ouvre sur la dix-huitième sonate, en Eb, de Ludwig van Beethoven (23′) qui, malgré son numéro pas très sexy, est l’une des plus célèbres voire des plus plaisantes en dépit de son nom faisant référence à un loisir réservé aux décérébrés, j’ai nommé la chasse, sans « i » mais pas loin. L’allegro liminaire ravira les amateurs de musique puisque, d’emblée, l’interprète marque son territoire en réussissant à faire sonner de manière différenciée les différentes strates d’un même plan. En clair : ni l’accompagnement, ni la mélodie et son soutien ne sont balancés d’un bloc mais s’éclairent d’intensités différentes. Quelques doigts accrochent, comme ce sera aussi le cas çà et là au cours du récital ? C’est vrai et c’est presque joyeux, car, d’une part, à cette dose, on s’en tampiponne, et, d’autre part, cela montre bien que nous n’assistons pas à l’énième concert d’une mitraillette à notes. Pour autant, la vivacité des saucisses est au rendez-vous, et on apprécie d’autant plus la capacité des pognes à gérer le discours et à l’extraire de l’ennui dans lequel reprises et formules convenues pourraient, à terme, l’ensuquer. La grâce du menuet et l’énergie du « presto con fuoco » final achèvent de laisser entrevoir le talent singulier de cette néo-trentenaire.
Et ce n’est rien encore : on ne va pas tarder à la découvrir plus à l’aise dans les trois « arrangements » de lieder schubertiens siglés Franz Liszt (13′). « Auf dem Wasser zu singen », dont la musique miroitante et fataliste (en gros, le lied original dit : je vais disparaître tranquillou comme le temps s’efface), « à chanter sur l’eau », est ici glissé avec un équilibre perlé d’une gouleyante élégance. « Die Forelle », le tube des poissonneries, raconte, lui, la connerie des pêcheurs amateurs – après la chasse, faut égaliser : y a, nous dit le texte de base, une truite qui frétille dans une eau qui brille, et boum, un salaud l’attrape, comme ça, pour son kif perso, et quand t’y réfléchis un peu, même si la truite est pas ton animal fétiche, c’est triste – surtout quand tu trancontes (du verbe je me tranconte, il ou elle se tranconte, que je me trancontasse) que, bientôt, ce sera toi, la truite. Devant une partition hérissée de difficultés, de surcroît en Db, ce qui n’est jamais sympa, l’artiste a du mal à masquer que, en vrai, elle a trois bras, obligatoires pour faire toujours chanter la mélodie illustre tout en bariolant à la Liszt autour. Le résultat est moins impressionnant que parfaitement balancé, ce qui, pour le coup, est impressionnant. La trilogie des deux Franz s’achève sur « Erlkoenig », le lied qui raconte comment le roi des aulnes – pas celui de Michel Tournier, merci – prit la vie d’un enfant qui chevauchait dans les bras de son père. Je synthétise, soit – on voit l’idée néanmoins. Ce dernier volet permet à la virtuose de profiter de la plus belle qualité de son Blüthner du soir : la percussion. La violence des notes répétées dialogue avec le thème, glissé entre triolets, arpèges, accords furieux et notes répétées. Oxana Shevchenko ne se résout pourtant pas à déclencher un cataclysme. Elle veut rester maîtresse de cet épanchement, comme si, autobiographie oblige, elle voulait que les parents gardent le contrôle sur la vie de leur enfant. En revanche, elle ne peut empêcher le public de saluer sa performance comme, parfois, il se doit
.
Intelligemment, l’artiste propose alors les Six pièces lyriques op. 43 d’Edvard Grieg (12′). Moins spectaculaires techniquement, ces miniatures exigent toutefois de l’interprète une science du clavier d’autant plus grande que la salle de l’institut Goethe ne valorise pas la résonance et l’évanescent. Sans jamais abuser de la pédale, au contraire, la future maman lance les hostilités avec « Papillon », comme celui qui orne son fourreau rouge du soir, les amateurs de symboles prénatals apprécieront. Sous les doigts de la musicienne, chaque pièce a droit à sa caractérisation. On apprécie la nostalgie toute en sobriété de « Dans mon pays » comme la sécheresse bienvenue des cris de l’« oisillon », et on goûte singulièrement les deux dernières pièces allant du « Poème érotique », pas vraiment lascif quoique égrené avec une langueur contenue, jusqu’« Au printemps », pièce célèbre pour ses bourgeonnements de notes… et de dièses, sept d’entre eux ayant poussé, les barbares.

Oxana Shevchenko à Paris, 5 décembre 2017. Photo bof, mais bon : Bertrand Ferrier.

Or, voici que la pianiste ne se lève pas pour saluer. Elle souhaite enchaîner sur En plein air de Béla Bartók (15′), une série de cinq pièces réservées aux virtuoses parce que, non seulement, il faut envoyer du pâté pour jouer les notes, mais il faut aussi tartiner de la musique pour donner de la chair à cette musique volontiers percussive. L’anti-Grieg, en somme, et la suite parfaite pour donner à entendre le piano Blüthner dans des pièces aussi exigeantes pour l’interprète que passionnantes pour l’auditeur. Tout s’emballe d’emblée à cause de l’arythmie cardiaque du formidable « Tambours et cornemuses » liminaire, pourtant parti pour balancer ses secondes sur un rythme de 2/4 à peine troublé par une mesure à 3/4, Puis tout explose. Pour faire entendre ce que notre pianiste chouchoute, Esther Pérez-Assuied, appellerait sans doute « du bruit », le rythme se fissure. 3/4, 3/8 et 5/8. Cet art de la mesure irrégulière s’étend en une série de contrastes sur un quart d’heure impressionnant, où la puissance d’accords étendus et de vibrations alterne avec la légèreté d’harmonies répétitives (« Musettes »), où l’impressionnisme tardif de la longue et fascinante « Musique de nuit » (écrite sur trois portées, c’est tellement plus simple quand t’as deux mains, d’autant que le contre-chant peut avoir cinq dièses et le reste, zéro, bref) prépare à l’impitoyable « Poursuite », avec quintolets à la main gauche sous un rythme ternaire de la main droite, en six, huit ou neuf temps. Pour réussir à jouer ça, déjà, et, en sus, le faire sonner comme de la grande musique pour le moins séduisante, il faut une artiste solide et une artiste confirmée. Le bis apaisant, en forme ABA, le confirme : cette Kazakhe est au niveau de sa propre exigence !
Pour conclure, notons deux choses : d’une part, la grossièreté moyenne du public, ce soir à la hauteur de certaines autres grandes salles parisiennes (bracelets qui gling-glinguent chez les salopes de vieilles impolies ; iPhones qui photographient et filment pendant le concert chez les connards de vieux cadres qui choisissent ensuite leurs photos puis les facebookent puis consultent leurs réseaux, tant qu’à faire ; débiles qui s’emmerdent et font donc craquer leurs doigts avant de laisser bruisser leurs programmes et de discuter avec leurs voisines, faut bien s’occuper) ; d’autre part, l’accueil joyeux de l’institut. Certes, l’équipe allemande nous offre notre place donc biaise notre chronique en nous permettant de profiter de talents que nous ignorions. Ce nonobstant, venez tester, par exemple le 30 janvier 2018 à 20 h pour le concert de Varuhi Yeristyan, et vous verrez que, oui, c’est vrai, ici, passé le barrage des vigiles, règlementaire, risible mais poli, la responsable de la programmation musicale et son assistante reçoivent effectivement les spectateurs avec le sourire et ne les laissent pas partir sans leur avoir offert un verre et un p’tit truc à grignoter. Le tout pour des billets allant de 5 à 10 €, à deux pas des Champs-Élysées, dans une salle fort confortable et (un peu) trop chauffée. Résultat, même si on a passé une heure dix à lutter pour ne pas faire de scandale en proposant un fight improvisé aux smartphonistes ou un bon picassotage visagal aux mamies à bracelets, trop loin (deux rangs) pour que nous les puissions héler sans déranger l’artiste, la soirée fut belle. Il n’empêche, on ne serait pas contre l’idée que les organisateurs rappelassent et fissent respecter tant l’interdiction de prendre film ou photo pendant le concert, que la nécessité de se faire oublier quand la musique chante, sinon par respect, un concept qui dépasse ces malotr(o)us, du moins parce que, un jour, ben, quelqu’un, pas forcément le plus costaud mais le plus vénère, en aura marre de pas pouvoir profiter pleinement de beaux récitals comme celui d’Oxana Shevchenko, et tâchera de leur péter la gueule. De chagrin, hein.

Esther Assuied, orgue, et Vladimir Saakian, assistant

… on a profité du talent technique, musical et très personnel de miss Esther Assuied, à travers Bach, Wagner, Vierne, Debussy, Pärt, Zimmer et Boédec. Oune pétit bijou. Et cette joie de penser que l’aventure Komm, Bach! se prolonge dès samedi prochain avec Vincent Crosnier en personne pour un programme Bach, Scarlatti, Schumann, Vierne, Vierne encore, Guillou et Charpentier. Ouf et chic !

Esther Assuied, orgue, et Vladimir Saakian, assistant, le 18 novembre 2017 à Paris (Saint-André de l’Europe) pour le festival Komm, Bach!. Vidéo live de Rozenn Douerin.


Esther Assuied est l’une des jeunes musiciennes les plus talentueuses que l’on connaisse. Complètement disjonctée et cependant élève des plus grands conservatoires en piano, pianoforte, orgue et trompette, elle est donc virtuose, professionnelle, personnelle et passionnelle. Si vous pensez encore qu’un récital d’orgue, c’est un truc chiant, restez chez vous.
Vraiment.
Vous seriez obligés de changer d’avis, et on sait combien ça peut être pénible. Et après, vous reviendriez à tous les concerts du festival Komm, Bach!. Non, on ne veut pas vous infliger ça.

Matinée passée à glander :

  • faire imprimer les affiches du concert du 25 septembre puis les massicoter,
  • suivre le règlement de la graphiste,
  • contrôler l’affiche pour le concert du 9 décembre,
  • remplir + faire tamponner + scanner + envoyer la demande d’autorisation SACEM et la set-list du concert de Vincent Crosnier,
  • reclipser l’écran géant et crapahuter sur le hall de l’accueil, dans l’église, pour évaluer la faisabilité d’une dissimulation ultérieure,
  • remettre des leaflets à disposition d’un public qu’une main sale et une âme noire ont brimé en jetant les précédents programmes de la saison 2017-2018 ;
  • prendre rendez-vous pour hisser l’écran vers les voûtes sans que ça dérange trop le patron,
  • se préparer à vidanger la mémoire de la caméra sur le disque dur donc constater la disparition de la connectique adaptée,
  • faire imprimer puis plier les programmes du concert d’Esther Assuied,
  • boire un café.

Ainsi, l’un dans l’autre, la matinée se passe à rien foutre. C’est l’un des avantages d’organiser un festival, faut bien avouer.

Komm Bach!² – 04

Si vous êtes Franciliens samedi, don’t you miss this. Le festival Komm, Bach!² s’honore de recevoir bientôt une de ses chouchoutes, la « jeune virtuose » et grande musicienne Esther Assuied, dite Esther Pérez-Assuied, dite Esther Pérez, ça dépend. Pour fêter la troisième prestation de la demoiselle sur l’orgue de Saint-André de l’Europe, nous vous offrons, généreux, le programme en avant-première, avec une set-list originale, pyrotechnique et incroyablement personnelle. Avec la participation de la grrrande violoniss Camille Théveneau, un grantécran, une entrélibre et un programme papier fourni in situ. Alors, prêts ?

(« Bon, elle sait jouer, d’accord, mais c’est vrai qu’elle est vraiment bizarre en vrai, la fille ?
– Non, si peu. »)

Quand le concert est fini, que le pince-fesses est conclu, que des fous t’ont aidé à tout ranger, que t’as fait ton inspection et éteint le solde de tout compte, tu te retrouves seul, tu travailles. Pour la gloire mondiale d’Esther. Au moins.

Le festival Komm, Bach! revient dès le 23 septembre…
Lancé pour fêter le come-back de l’orgue, tout en invoquant le Maître grâce à une pièce de Johann Sebastian dans tous les concerts (sauf un, c’est vrai), le come-back fait son retour. Le festival s’appellera donc Komm, Bach!², soit le come-back du come-back, donc Komm, Bach! au carré.
Bref, voilà l’programme, qui se déroulera à Paris juste à côté de la place de Clichy, avec des grrrands artisss, des entrées toutes libres, un cocktail et des retransmissions sur écran géant sauf souci technique. Prenez date si le grouve vous en dit !