Photo : Rozenn Douerin

Dans un théâtre-usine où l’accueil des spectateurs est, euphémisme, négligé, Mickaël Denis est Denise. Nous avons été invité à l’aller applaudir dans « Incontrôlable ! », son seul-en-scène comique donné depuis plus d’un an à travers la France.
Le pitch : Denise est un travesti hypocondriaque qui, tous les jours, prend en otage la salle d’attente de l’hôpital afin de passer à la radio(logie), de draguer Fabrice, le plus beau docteur Maison – comme le docteur House mais en plus sexy, de profiter d’un gynécologue qui, entre deux chorégraphies échographiques, lui fait profiter de sa main parkinsonnique, et de se former aux premiers secours – bref, de se donner en spectacle afin d’éviter de n’avoir de blues que blanches (c’est exact, elle est nulle, cette pseudoblague, mais je la risque quand même).

Le personnage apparaît de prime abord comme une pâle copie de Marie-Thérèse Porcher, dont elle reprend certains gimmicks ; on pourrait y ajouter des pincées de Catherine façon Alex Lutz et, la perruque en moins, de Gisèle Lapin version Jérôme Commandeur. L’acteur et ses co-auteurs Fonzie Meatoug, Vincent Aze et William Yag, ne masquent pas – ils auraient du mal – leur fine connaissance des concurrents et autres comiques à succès : çà et là, des brothers les mânes, pfff, planent sur le spectacle (Franck Dubosc en tête, avec un petit clin de zyeux à Pierre Palmade version Michèle Laroque pour les crèmes dépilatoires), mais celles des sisters ne sont point loin (Florence Foresti, Anne Roumanoff, Claudia Tagbo, quelques restes de Muriel Robin et bien sûr la réutilisation du « tu veux que j’vas te l’dire ? » de Julie Ferrier, par exemple).

Avant. Nous, on était plutôt dans des sièges Secondum. C’était bien aussi. Photo : Rozenn Douerin.

Ce mix’n’match difracte, je tente, un humour pour Club Med, ce qui est plus une caractérisation qu’une stigmatisation, avec chansons ouvertement surannées et interactions chargées de rendre le public mal à l’aise puis complice quand le tête-de-Turc a été désigné. Signalons-le : la salle pleine, qui compte de nombreuses personnes encore plus âgées que moi et un joyeux paquet d’invites, est largement hilare. Pour notre part, nous débutons la traversée avec froideur – le bref lever de rideau de Jason façon stand-up et l’humour de Denise ne sont pas notre verre de Cornas préféré. Puis nous reconnaissons volontiers la force d’entraînement d’un acteur qui s’active sans cesse durant toute la première partie. La suite perd hélas en intensité et, du même coup, nous perd, avouons-le avec humilité.

Avant le succès

Les insultes tellement déjà-vu contre les catholiques, l’embourbement autour du Sexodrome, topos d’humoristes en manque de minutes, le bis niaiseux et infini (c’est une estimation) sur le bouche-à-bouche du docteur Maboul et l’appel à la tolérance homophile (mais rappeler que les Chinois ont une petite teub ou que les Antillais sont lents, c’est tolérant), bref, le fond de vulgarité volontaire, tantôt nauséeuse, tantôt plate, que ne parvient pas à dissiper le réel métier de l’acteur – peut-être pas aussi à l’aise dans l’interaction qu’il ne s’imagine, quand il tombe sur des spectateurs au bagout malin et à la répartie percutante – nous empêchent de jeter aux orties notre prévenance liminaire… tout en admettant que ce spectacle semble susceptible de faire « se pisser », selon le marocanisme du copieur Gad Elmaleh tant les jeunes homos qui se sont rencontrés grâce à IG que les mamies en goguette. Et puis, cette expérience nous permettra de dire aux lecteurs dénonçant notre humour de merde : « Vous n’aimez pas mes blagounettes ? Croyez-moi, je sais ce que c’est, de ne pas trouver drôle ce qui est censé l’être. »

Photo : Rozenn Douerin

PS en guise de private joke : Denise, désolé, j’ai essayé de faire comme tu as dit, mais j’avais plus de coke. Ni de W&W’s, c’est dire.