L’Ensemble Vocal International Bastille, sous la direction de Luca Sannai. Photo : Rozenn Douerin.

Impressionnant, émouvant, puissant : en conclusion du week-end magique de Saint-André, le concert de Carême donné par l’Ensemble Vocal International Bastille (EVIB) a fait plus que tenir ses hautes promesses. À la base, une proposition absurde, faite à ces artistes, pour la plupart membres titulaires du chœur de l’Opéra national de Paris : venir chanter pour le festival Komm, Bach!² en contrevenant à une de leurs règles – inclure une partie d’orgue, au moins pour l’ouverture et la conclusion du concert. Ces foufous ont accepté le défi et se sont donc armés du jeune, brillant et néanmoins fort sympathique continuiste Geronimo Fais, formé aux meilleurs conservatoires italiens avant d’intégrer le Conservatoire à Rayonnement Régional de la rue de Madrid, et fortifié par les conseils, entre autres, de Christophe Rousset et Noëlle Spieth.

Dans cette perspective, les artistes dirigés par Luca Sannai ont osé interpréter un programme d’une exigence audacieuse ou d’une audace gorgée d’exigence, va-t’en savoir, qu’ils n’ont point hésité à mettre en espace en fonction du sens des pièces interprétées et de l’acoustique du lieu. Le résultat : 1 h 20, avec entracte, de motets « de circonstance » carémistologique, puisant dans la musique grégorienne comme dans la musique contemporaine (on peut retrouver le détail du programme ici), bref, une set-list capable d’embrasser et d’embraser le cœur du public. Sous la direction d’un chef en fusion (un chef italien, quoi), onze « choristes » ont signé une prestation magnifique pour le seul plaisir de partager de la grande musique interprétée avec de grands talents pour qui n’en veut. Touchant et fort. Méritaient bien un coquetèle de prestige, ces artiss, avec verre en cristal, caviar et champagne grand cru, nom d’une tartiflette.


Merci à chacun des treize olibrius venus passer leur dimanche après-midi en l’église Saint-André de l’Europe, et merci aux frappadingos qui ont bravé la tempête de neige (aka les quelques flocons parisiens) pour les applaudir. À chacun, rendez-vous le 8 avril, 17 h, pour le concert héroïque de l’organiste belge de l’année – je sais pas pourquoi, Komm, Bach! est obsédé par les organistes belges : l’an passé, on accueillait la pépite Jean-Luc Thellin ; cette année, ce sera cet escogriffe de François-Xavier Grandjean pour un programme pyrotechnique allant de Bach à la musique contemporaine, en passant par Franck et Gigout, toujours précieux pour l’interprète virtuose qui souhaite se dégourdir les saucisses. Fais-tu pas ton maudit nigaud de niaiseux, rates-tu pas ça, malheureux !

Le week-end magique de Saint-André de l’Europe s’ouvre ce samedi, à 20 h, avec un incroyable concert orgue et flûte de Pan ; et il s’achève ce dimanche, avec un concert qui commencera à 17 h pétouillantes. Au programme, un chœur formé par les meilleurs choristes titulaires de l’Opéra national de Paris et quelques-uns de leurs estimés collègues, le tout piochant dans les plus brillants gosiers du monde, entre Chine, États-Unis, Espagne, forcément Italie et même, pour la couleur locale, France. Sur leur set-list, des motets magnifiques qui vont de Bach (né en 1685) à Piotr Janczak (né en 1972). À l’orgue, un jeune continuiste formé par les meilleurs rganisss italiens et, côté secouage des saucisses, par un certain Christophe Rousset (Noëlle Spieth vient de le prendre en mains au CRR de la rue de Madrid, ça promet).
Du coup, on va pas se mentir : vous pouvez rater le concert du samedi qui s’annonce original et cultivé, ou ce concert qui s’annonce spectaculaire et poignant, hein. C’est l’inconvénient de la liberté. Parfois, ça pousse à faire des bêtises.  Mais comme ça pousse aussi, parfois, à venir aux concerts Komm, Bach!, ça nous va bien.