Abd el Hafid Benchouk. Photo : Bertrand Ferrier.

« Des soufis et des hommes »,
épisode 1

Lors de la Nuit de la collégiale qui s’est déroulée le 28 juin à Montmorency, une place de choix avait été réservée à un groupe de musiciens musulmans accompagné d’un derviche tourneur. Au succès considérable remporté par Dervish Spirit ont succédé des messages virulents s’offusquant de ce que des musulmans viennent partager l’art des soufis dans une église. Plutôt que de balayer ces interrogations en considérant, par exemple, que Dervish Spirit se produit régulièrement dans des églises et des temples, donc circulez y a rien à voir, il nous a semblé plus stimulant de postuler que l’on pouvait de bonne foi s’interroger sur cette dissonance entre l’art soufi et son inscription dans un espace sacrément catholique.
Estimant qu’il n’y avait pas d’explication à apporter, le curé de la collégiale a préféré ne pas s’exprimer afin, d’une part, de ne pas nourrir la minipolémique naissante et, d’autre part, de ne pas accorder d’importance disproportionnée aux mécontents. Nous respectons cette posture mais, dans le cadre de ce site, pensons que les questions posées, parfois en termes posés, ha-ha, ne sont pas bouffies d’une haine taboue et méritent attention. Aussi explorerons-nous des pistes qui prolongent l’inquiétude et le questionnement qui nous sont parvenus, pesant la curiosité sous l’acrimonie cultu(r)elle.
Pour obtenir des éléments de réponse, nous nous sommes donc tourné vers le maître spirituel du combo et l’artiste qui chapeaute la banda. Objectif : creuser avec eux les interrogations que leur prestation et leur succès ont pu susciter. Le patron de la Maison soufie, Abd el Hafid Benchouk, pour la partie spirituelle, et Enris Qinami, pour la partie artistique, ont accepté de très bonne grâce, euphémisme, de se plier à l’exercice de vulgarisation, selon trois axes.

  • Qu’est-ce le soufisme ?
  • Quel rapport entre la spiritualité soufie et l’art ?
  • Quel sens y a-t-il à faire résonner des chants soufis dans une église ?

Nous commençons de publier ce jour le résultat de nos échanges.
Dernière note avant d’embrayer in medias res : on a déjà accordé toute la place nécessaire à un extraterrestre scientologue et que l’on organise une aventure autour de « Nuits et brouillards » prochainement. Autant dire que les insultes sur notre islamisme, mêlées aux insultes sur notre scientologisme et sur notre juivisime, on se les taille en biseau et on les offre aux crétins suintant de sottise bornée afin qu’ils se les carrent dans une béance du corps fondementale et les ressortent éventuellement par l’un de leurs naseaux. Précisons que nous ne fournissons pas l’éventuelle vaseline : Gregory Porter eût stipulé que « it’s like water under bridges that have already burned ». Tout le reste, donc ce qui suit infra, est offert aux curieux de bonne volonté – cette catégorie de bâtards, de fifrelins et d’énergumènes à laquelle nous nous efforçons d’émarger en espérant, les soirs de solitude, que nous ne sommes pas seuls.


Abd el Hafid Benchouk – Votre proposition d’entretien ne nous a pas surpris car, effectivement, le soufisme a besoin d’être un peu plus et un peu mieux compris. Il est souvent un nom dont on ignore le sens, ou que l’on réduit à la danse et à la musique. Or, avant tout, le soufisme est une quête de sens et une quête de sincérité dans le cadre de l’islam. Depuis les premiers siècles de l’islam, des hommes et des femmes ont eu cette soif de consacrer tout ce qu’ils pouvaient à la recherche de la proximité divine. Dans le catholicisme, vous parleriez de saints ; eh bien, le soufisme, c’est la voie de sainteté en islam.

Donc tous les adeptes du soufisme sont des saints ?
On aimerait bien ! Hélas, comme dans les ordres religieux chrétiens, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Le soufisme est, lui aussi, une exigence. Celle d’être vrai avec soi-même. Pour cela, en dehors des cinq piliers de l’islam, il y a des techniques, dont l’une des principales est le dhikr, c’est-à-dire la remémoration des noms de Dieu. Pour accomplir cette remémoration, plusieurs méthodes existent. L’une d’elles s’apparente à une pratique catholique : elle utilise le chapelet. Il s’agit d’un dhikr personnel. Cependant, le dhikr peut aussi être partagé. Au moins une fois par semaine, les disciples d’une confrérie se rencontrent. Au cours de ces réunions, peuvent se mêler des chants, la danse des derviches tourneurs, mais aussi des aspects moins connus comme la hadra, que l’on a un peu montrée à la fin du concert de Montmorency, en faisant des gestes debout avec balancement du corps.

Le corps semble au cœur de votre expression spirituelle, au sens où vous paraissez le décrire comme un outil susceptible de permettre à l’homme de se connecter à votre dieu.
Disons que, par la foi et ses différentes formes d’expression, nous cherchons à relier le corps, l’âme et l’esprit. C’est ainsi que nous tâchons de nous rapprocher de Dieu, par la musique – pour tous – et par la danse derviche pour ceux qui la pratiquent – car nous ne sommes pas tous des derviches tourneurs ! En revanche, au sein de l’islam soufi – à défaut d’un autre nom –, une confrérie apprend la danse derviche à ses adeptes, dans le cadre de pratiques quotidiennes. Bien entendu, ils n’apprennent pas que cela : ils pratiquent aussi le dikhr ; et ils s’initient souvent aux instruments de musique comme le nay (la flûte de roseau) ou le daf (le tambourin).

À l’instar du corps, et ce n’est pas un hasard, le rythme est un élément important dans votre spiritualité (répétition, cycles, moments-clefs…) et dans votre musique.
Le rythme, c’est capital. Pensez que le daf reproduit le son primordial ! Ainsi contribue-t-il à nous éloigner du superficiel pour nous rapprocher de l’essentiel.

Justement, si l’on devait définir l’essence du soufisme…
C’est quelque chose sur lequel on se trompe souvent. Rien que parler d’islam soufi induit en erreur. Cela laisse imaginer qu’il existe un islam soufi, un islam chiite, un islam sunnite, etc. Or, le soufisme est une manière d’être et de cheminer au sein, en général, de l’islam sunnite. Les gens pensent parfois qu’il y a, d’un côté, les sunnites, de l’autre, les soufis. Balivernes : les soufis se considèrent comme faisant partie de la grande famille sunnite… bien que la frontière ne soit pas très précise avec le chiisme puisque, au départ (à l’arrivée, il en est souvent loin), le chiisme était un ésotérisme.

Le soufisme est donc une conception proche du sunnisme, mais virtuellement compatible avec le chiisme ?
Le soufisme construit des ponts vers les diverses sensibilités de l’islam. Toutefois, il a aussi des caractéristiques singulières. Ainsi attache-t-il une grande importance à la personne du prophète Mohammed. Cette dévotion envers lui ne va pas jusqu’à la déification comme les catholiques ont déifié Jésus ; n’empêche, cet amour pour le prophète est central dans la voie soufie.

N’est-ce pas une voie très partagée par l’ensemble des musulmans ?
Oui et non. Par exemple, quand nos frères ont cessé de fêter le Mawlid, id est l’anniversaire de naissance du prophète, les soufis ont continué de célébrer cette date. De la sorte, nous manifestons notre conscience de l’importance de l’immanence, autrement dit de la présence de Dieu chez les êtres humains. Dieu n’est pas que transcendance. Il est et transcendance, c’est-à-dire inaccessible, et immanence – comme il est écrit dans le Coran, Dieu est plus près de nous que notre veine jugulaire. Pour la raison, c’est difficile de comprendre ça. Pourtant, il y a, là aussi, un moyen de s’approcher de Dieu de manière négative en posant qu’il n’est ni ceci, ni cela, et à la fois ceci et cela. Parler ainsi se prête très bien à la présence divine. En effet, dire de Dieu qu’il est loin et n’a rien à voir avec le monde, cela n’aurait pas de sens ; de même, dire que Dieu n’est qu’ici et que, partant, nous sommes tous Dieu, cela serait une énormité.

Pourquoi ?
Bah, on voit bien que nous posons des actes qui, parfois, n’ont rien de divin ou de seigneurial. La parole coranique dit : « Kûnû rabbaniyyin », soyez seigneuriaux, puisque vous enseignez le Livre et l’étudiez. Cette injonction exige un chemin de noblesse – voilà à quoi appelle le soufisme : le chemin de noblesse de l’âme et du caractère.

Comment un tel projet se manifeste-t-il ?
Nous devons considérer que l’autre est prioritaire ; nous devons aussi tâcher d’écouter sans cesse la volonté divine qui habite notre propre cœur… et nous y conformer. Mais, en vous disant cela, je suis un peu gêné, car nous pourrions parler des heures et des heures du soufisme sans parvenir à donner une idée juste de sa richesse et de sa plénitude.

Bien entendu, le cadre de cette présentation est réducteur. Néanmoins, il me semble que vous dressez un triple portrait de votre spiritualité : respect des piliers de l’islam ; apports doctrinaux propres ; et tension permanente entre immanence et transcendance, qui vous guide dans votre vie autant que chaque adepte y parvient. Dès lors, j’ai envie de vous poser une question plus précise. Dans la présentation de votre concert à la collégiale, ni vous, ni la paroisse, n’avez mentionné les mots « islam » et « musulman ». Quelle est la place actuelle du soufisme dans la grande famille – parfois en bisbille, comme presque toutes les familles – tant du sunnisme en particulier que de l’islam en général ?
Le soufisme n’a pas tellement à se positionner. Il a été présent dans le monde musulman en général, du Maroc à l’Andalousie, de la Tunisie à la Chine, des Balkans à l’Inde. Autant dire qu’il n’y a pas un pays musulman où n’a jamais exercé un maître soufi entouré de disciples. La naissance des confréries soufies en tant qu’organisation remonte environ au douzième siècle – au même moment que les organisations confrériques chrétiennes, d’ailleurs. À la tête de la confrérie se situe toujours un maître spirituel. Il est à la fois exemple vivant et porteur du secret.

Qu’est-ce donc qu’un « porteur de secret » ?
Le porteur du secret est celui qui est en connexion permanente ou quasi permanente avec la présence divine, beaucoup plus que tous ses disciples. Grâce à cette connexion, reçue par le maître spirituel du maître spirituel, etc., il fait le lien entre aujourd’hui et une tradition ininterrompue qui remonte aux premiers temps de l’islam. Toutes les confréries soufies doivent avoir une Histoire qui les rattache, de maître en maître, jusqu’à la présence prophétique de Mohammed, entre 570 et 632 de l’ère chrétienne.

Qui sont, socialement, les soufis ?
De tout temps, on a pu trouver des soufis dans toutes les composantes de la société, aussi bien dans les spécialisations juridiques que parmi le peuple, autrement dit les artisans, les commerçants, les gyrovagues, voire parmi les sultans. Ainsi, tel sultan a pu faire pénitence totale, abandonnant le pouvoir pour se consacrer à la spiritualité. Il est important de noter que cette spiritualité s’inscrit dans le monde, bien qu’il y ait des périodes de retraite spirituelle qui soient conseillées, comme dans toutes les traditions.

Que signifie « s’inscrire dans le monde » ?
Eh bien, par exemple, sauf cas exceptionnel, les soufis se marient, travaillent et vivent dans la cité où ils partagent la vie de tous les jours avec tout un chacun. Or, chemin faisant, ils sont aussi à la recherche de la sagesse, cette sagesse qui permet d’atteindre la paix du cœur d’abord avec soi puis, une fois cette paix acquise, avec autrui tant il est vrai que, une fois acquise pour soi, cette paix est aisée et joyeuse à dispenser aux alentours.

Donc le soufisme est l’une des choses du monde les plus universellement partagées…
Oui, il y a des soufis partout. Sauf qu’il y a eu une attaque en règle à partir du début du vingtième siècle, lorsque ceux que l’on appelle les wahhabites ont accédé au royaume d’Arabie saoudite. Ces gens, qui sont toujours au pouvoir, ont décidé d’en découdre avec les soufis et de distiller une méfiance à notre égard dans l’ensemble du monde musulman. C’est ce qui explique que, de nos jours, on entend moins parler du soufisme, bien que les choses, heureusement, commencent à changer.

Est-ce à dire que le soufisme constitue une minorité au sein de l’islam ?
Absolument pas. Le soufisme nourrit l’islam sans nécessairement le montrer. Abû Ḥamid Mohammed ibn Mohammed al-Ghazālī, l’un des plus grands savants musulmans des onzième et douzième siècles, définit le soufisme comme le cœur de l’islam. Le cœur, pas la façade. Le soufisme n’a rien à voir avec un islam sclérosé. Rien à voir avec un islam qui fait peur. Rien à voir avec un islam qui est désagréable. Quand les croyants se fourvoient, c’est parce que l’islam n’est plus irrigué par le souffle vivant porté par les soufis. Lorsque le souffle soufi était accepté de manière générale, l’islam rayonnait de mille façons – en témoignent les traces architecturales, poétiques ou scientifiques, qui montrent que quelque chose de l’ordre de l’esprit est à l’œuvre.

À vous en croire, c’est par les soufis que cet enrichissement humain a irrigué le monde de l’islam…
C’est le cas. Aussi ne sont-ils pas le moins du monde minoritaires, loin s’en faut. Tout récemment, un disciple d’une voie soufie a obtenu une journée du vivre-ensemble auprès de l’ONU. Il a considéré que les soufis étaient entre 500 et 600 millions, soit un tiers de musulmans rattachés au soufisme. Et j’insiste : même les musulmans qui ne sont pas soufis sont irrigués par la voie soufie. Aujourd’hui, c’est le recul de ce souffle – le souffle soufi, c’est celui de la bonté divine, tout simplement – qui entraîne ce que l’on peut voir, à droite et à gauche, de l’islam.

Enris venant d’arriver, j’imagine que vos propos constituent une belle transition entre la voie soufie, que vous venez de résumer autant que possible, et la voix des soufis que porte Dervish Spirit : notre prochain épisode va donc aborder, aussi énergiquement et – autant que nous saurons le faire – toujours sans tabou, le rapport entre religion, spiritualité et art.


To be continued

Valérie Capliez et le Dervish Spirit. Photo : Bertrand Ferrier.

C’était l’audace du P. Emeric Dupont, curé de la collégiale de Montmorency : inviter, en place d’honneur, des représentants de la communauté musulmane – même si le mot ne fut jamais prononcé, fût-ce devant le fâcheux qui écrit ces lignes et entra, personne ne souhaitant déranger les artistes, dans la sacristie-loge, afin de signifier aux instrumentistes-chanteurs que tout était prêt pour les accueillir, pile au moment où ils échangeaient de réputés terrrribles « Allah Akbar », curieusement paisibles, eux – pour fêter la Nuit des églises. En compagnie de son complice Omar-le-tourneur, le gang du Dervish Spirit, habitué à se produire dans les églises (entre autres), a relevé ce projet qui pouvait paraître provocant et qui a eu un effet wow auprès de toute l’assistance. Sans doute est-il ainsi devenu le combo le plus capté de toute l’histoire de la collégiale. À commencer par Valérie Capliez, à peine remise de son brillant concert. À continuer par le coordinateur de la soirée, Mr David Goldberger en personne…

David Goldberger et le Dervish Spirit. Photo : Bertrand Ferrier.

… par le contre-ténor Michaël Koné, spécialiste du live FB entre deux prestations…

Michaël Koné et le Dervish Spirit. Photo : Bertrand Ferrier.

… et par l’organiste-trompettiste Esther Assuied (et, donc, en plus des vedettes de la soirée, par à peu près toute l’assistance).

Esther Assuied et le Dervish Spirit. Photo : Bertrand Ferrier.

Disons-le : ce fut la folie dans l’enceinte sacrée des Montmorency. En dépit du gap culturel, le projet associant culturel et cultuel a fonctionné avec brio. La simplicité des musiciens, leur souci de pédagogiser surtout sans en faire des caisses, l’efficacité des boucles, la qualité des synchro, la finesse des crescendi-decrescendi, la variété de la diversité dans l’unité, le plaisir partagé par leurs fans et par les Montmorencéens, le professionnalisme des zozos qui n’est jamais indifférence ou mépris pour l’assistance, la combinaison multiple avec le derviche tourneur en forme de dialogue nullement univoque ou monodirectionnel, tout cela a subsumé les discours sirupeux et défécatoires que l’on entend d’ordinaire sur la tolérance mielleuse et le vivre-ensemble gorgé d’effrois multiples, impressionnnant voire saisissant l’assistance par les seuls biais qui vaillent : l’art, le ressenti et la beauté.

Omar et le Dervish Spirit. Photo moche mais on voit l’idée : Bertrand Ferrier.

Même les sceptiques ont kiffé une prestation à la fois artistique, accessible, euphorisante et puissante. Pour une fois, notre mauvais esprit doit s’incliner : sacrée inspiration du curé pour cette invitation, parce que ça swingue, parce que c’est bien fait, et parce que ça dissone intelligemment (sur ce site, on aime pas plein de trucs, mais les dissonances intelligentes, on walide et on assume). En témoigne la vidéo hypermoche et bancale ci-jointe – heureusement, l’on ne doute pas que moult iPhoneurs ont fait moins pis, c’est pas difficile, et, de la sorte, laissé davantage vibrer la réussite de ce groupe religieux-mais-pas-que.

Photo : Bertrand Ferrier

La promesse : douze heures dans la vie d’une collégiale, et ça commence ainsi. Enfin, après le suicide d’Épinay-Villetaneuse qui a failli, en sus d’ôter la vie d’un malheureux ravi de signaler sa mort à un maximum de zozos, empêcher les artistes de débarouler à l’heure au lieu dit. Donc, pour commencer, après le stress tout à fait celé, une messe avec deux orgues, trompette et contre-ténor. Puis un repas. Puis une découverte de la collégiale racontée par un mec qui a glané deux doctorats de classe – un en médecine et un en Histoire. Entre autres, bien sûr (on simplifie, tu penses, en vrai le mec était prof de thérapeutique à Bobigny et spécialiste d’hématologie, tout en étant comédien et metteur en scène, tu vois le CV d’ici).

Philippe Casassus. Photo : Bertrand Ferrier.


Pour éclairer la conférence déambulée de l’historien-mais-pas-que, des flambeaux qui, contrairement à ceux de la référence en termes de flambeaux, Jean-Jacques Goldman, ne manquaient pas de feu et n’éclairaient pas si peu. Bon, force revient à la loi (c’est bien le problème) et est d’admettre que ça n’était pas vraiment des flambeaux mais, comme ça n’était pas vraiment une conférence, ça se marie plutôt pas mal.

Photo : Bertrand Ferrier

Après quoi, un trio de femmes prenait le pouvoir pour un concert orgue et hautbois. Après avoir commencé face public, à l’orgue de chœur, les artistes crapahutaient vers le grand orgue pour se retrouver au grand complet avec Stella Yahya-Nascimbeni au hautbois, Valérie Capliez au ploum-ploum et Madame Aude, à la tourne, à la sécurité technique, au changement de combinaison et à la rassuration (terme technique hyperimportant pour les musiciens).

Stella Yahya-Nascimbeni, Valérie Capliez et madame Aude. Photo : Bertrand Ferrier.

La souffleuse, ultraconcentrée, a prévenu d’entrée : « Tu peux filmer (ce qui fut fait), mais je ne veux rien sur YouTube. » Cela se comprend et se respecte – le tope-là est notre contrat souvent préféré ; mais voilà, cher lecteur, tout ce qui restera de son travail où précision de l’attaque, gestion du souffle, complicité musicale et souci de rendre les contrastes d’atmosphère pourrait donc être ce genre de cliché. Vu le rendu, dynamique, accessible au mélomane comme au curieux, soucieux de variations d’intentions et d’intensités, c’est dommage – mais, en attendant que la dame change d’avis, cela laisse une large part au fantasme, ce qui est plutôt joyeux, faute de mieux.

Stella Yahya-Nascimbeni. Photo : Bertrand Ferrier.

Pas de quoi troubler la faussement monolithique Valérie Capliez ! Cette musicienne accomplie cache son tempérament de feu sous un masque impénétrable qui tient le temps du concert. Quand certains surjouent le feeling et la vibe, Valérie préfère éviter les gestes et mimiques parasites ou démonstratifs afin que, le feeling et la vibe, ce soient les auditeurs qui l’éprouvent. Tant dans les soli choisis parmi les chefs-d’œuvre de Johann Sebastian Bach que dans les pièces en duo – et en dialogue – avec sa compère à l’anche double, l’organiste déploie un jeu intelligent, efficace, dépourvu du superfétatoire sirupeux dans lequel se complaisent maints collègues.

Valérie Capliez (en arrière-plan Stella Yahya-Nascimbeni). Photo : Bertrand Ferrier.

L’accueil enthousiaste d’un public nombreux, ravi d’optimiser les bancs de la collégiale au dossier intelligemment réversible, a confirmé la pertinence du pari de ces artistes qui ne cessent de développer leur pacte musical : en trio dimanche 7 juillet à l’église de Luzarches avec Bénédicte Viteau à la traversière, et bientôt en duo sur le bel orgue de l’église parisienne de Saint-Laurent, dont on préfère ne pas parler pour ne pas avoir à rappeler que l’on n’oublie pas et que dès que, bref, pim pam poum, une promesse est une promesse sans date de péremption, même pour 80 €, hope you marked my words, you fucking asshole.

Photo sciemment floue (pour une fois) : Bertrand Ferrier

Et le reste, préservons-le pour une prochaine recension où l’on parlera, autant que l’on y parviendra, encore plus de musique, de spiritualités et de plein de trucs qui pimpent notre vie en dépit de l’existence de ces bousins mentionnés supra. Et ça, ça compte, nom d’une pipe en bois.

Photo : Bertrand Ferrier

Vivre une église de jour, c’est d’un banal ! Oser l’expérience de nuit – ce pour quoi beaucoup de p’tits rganiss, mais pas que, sont devenus rganiss – permet d’entrer dans une autre dimension. L’occasion est donnée aux Franciliens de se faufiler douze heures durant dans la vie d’une collégiale qui, comme seuls les vrais le savent, est un être vivant susceptible de se dévoiler aux hommes de patiente constitution.

Photo : Bertrand Ferrier

Dans le cadre national de la Nuit des églises, la paroisse Saint-Martin de Montmorency mijote depuis plus de six mois un projet extrême pour curieux et gourmands, catho ou pas du tout. Au programme : de la musique savante, des textes, des orgues, un derviche tourneur, du hautbois, des flambeaux qui ne manquent pas de feu, de la « pop louange » façon pentecôtiste catho du Val-d’Oise, de la trompette, des calligraphies, un contre-ténor mais, a priori, pas de raton-laveur, argh. Plus de détails ci-d’sous !

 


En gros, c’est le projet du moment.
On le détaille demain.
En attendant, on bosse. Si, ça arrive.
Et comme, avant d’être génial et parfait, il faut se mettre raccord, malgré la chaleur, le budget rikiki, ben, on répète avec des artistes assez secoués pour bosser dans des conditions physiques et pécuniaires aussi ric-rac. Un artiste lyrique – comédien récidiviste et une organiste-pianiste-pianofortiste-continuiste également virtuose de la trompette. Ce vendredi, venez les apprécier dans le contexte foufou d’une majestueuse collégiale plongée dans la nuit. Même si, au programme, on mettra, nettoyé des scories des répètes, l’un des plus grands exemples de fayotage jamais écrits par un musicien savant (celui que vous trouvez infra), ça va être wow.


Le 28 juin 2019, dans le cadre d’une manifestation nationale intitulée la « Nuit des églises », la paroisse Saint-Martin de Montmorency ouvre la collégiale pendant 12 heures afin que chacun, indépendamment de sa foi, puisse y vivre une expérience inédite et « à la carte ». En effet, il sera possible de participer (gratuitement) à l’ensemble des manifestations ou de ne se faufiler dans la collégiale que le temps d’une petite visite ! De 18 h 30 à 6 h 30, messe solennelle, repas festif, et surtout visite aux flambeaux, récitals originaux, derviche tourneur, exposition de calligraphies et lectures mises en musique – entre autres – rythmeront cet événement culturel sis dans un magnifique monument cultuel. Au programme…

  • 18 h 30 : grand-messe avec deux orgues, trompette et chœur
  • 19  h 30 : repas sur le parvis
  • 20 h 30 : visite contée aux flambeaux
  • 21 h 30 : récital orgues et hautbois
  • 22 h 30 : chants soufis et derviche tourneur
  • Minuit : « L’heure de l’extase » pour récitants et deux orgues
  • 1 h 30 : lectures de l’Apocalypse
  • 3 h 30 : pop louange
  • 5 h : grandes orgues et cinéma
  • 6 h : laudes
  • 6 h 30 : p’tit-déj’ des survivants