Valérie Capliez et le Dervish Spirit. Photo : Bertrand Ferrier.

C’était l’audace du P. Emeric Dupont, curé de la collégiale de Montmorency : inviter, en place d’honneur, des représentants de la communauté musulmane – même si le mot ne fut jamais prononcé, fût-ce devant le fâcheux qui écrit ces lignes et entra, personne ne souhaitant déranger les artistes, dans la sacristie-loge, afin de signifier aux instrumentistes-chanteurs que tout était prêt pour les accueillir, pile au moment où ils échangeaient de réputés terrrribles « Allah Akbar », curieusement paisibles, eux – pour fêter la Nuit des églises. En compagnie de son complice Omar-le-tourneur, le gang du Dervish Spirit, habitué à se produire dans les églises (entre autres), a relevé ce projet qui pouvait paraître provocant et qui a eu un effet wow auprès de toute l’assistance. Sans doute est-il ainsi devenu le combo le plus capté de toute l’histoire de la collégiale. À commencer par Valérie Capliez, à peine remise de son brillant concert. À continuer par le coordinateur de la soirée, Mr David Goldberger en personne…

David Goldberger et le Dervish Spirit. Photo : Bertrand Ferrier.

… par le contre-ténor Michaël Koné, spécialiste du live FB entre deux prestations…

Michaël Koné et le Dervish Spirit. Photo : Bertrand Ferrier.

… et par l’organiste-trompettiste Esther Assuied (et, donc, en plus des vedettes de la soirée, par à peu près toute l’assistance).

Esther Assuied et le Dervish Spirit. Photo : Bertrand Ferrier.

Disons-le : ce fut la folie dans l’enceinte sacrée des Montmorency. En dépit du gap culturel, le projet associant culturel et cultuel a fonctionné avec brio. La simplicité des musiciens, leur souci de pédagogiser surtout sans en faire des caisses, l’efficacité des boucles, la qualité des synchro, la finesse des crescendi-decrescendi, la variété de la diversité dans l’unité, le plaisir partagé par leurs fans et par les Montmorencéens, le professionnalisme des zozos qui n’est jamais indifférence ou mépris pour l’assistance, la combinaison multiple avec le derviche tourneur en forme de dialogue nullement univoque ou monodirectionnel, tout cela a subsumé les discours sirupeux et défécatoires que l’on entend d’ordinaire sur la tolérance mielleuse et le vivre-ensemble gorgé d’effrois multiples, impressionnnant voire saisissant l’assistance par les seuls biais qui vaillent : l’art, le ressenti et la beauté.

Omar et le Dervish Spirit. Photo moche mais on voit l’idée : Bertrand Ferrier.

Même les sceptiques ont kiffé une prestation à la fois artistique, accessible, euphorisante et puissante. Pour une fois, notre mauvais esprit doit s’incliner : sacrée inspiration du curé pour cette invitation, parce que ça swingue, parce que c’est bien fait, et parce que ça dissone intelligemment (sur ce site, on aime pas plein de trucs, mais les dissonances intelligentes, on walide et on assume). En témoigne la vidéo hypermoche et bancale ci-jointe – heureusement, l’on ne doute pas que moult iPhoneurs ont fait moins pis, c’est pas difficile, et, de la sorte, laissé davantage vibrer la réussite de ce groupe religieux-mais-pas-que.