Photo : Rozenn Douerin

Régulièrement, les Sleepy & partners, experts organiers, partent examiner des orgues. Sans fin est leur quête de granularité sonore et d’instrument idéal. Ils se sont lancés à la recherche de la vibration gourmande et/ou de la gouleyance faite ondulation musicale. Moi-même, je n’entends goutte à la substance de cette inspection généralisée des orgues, mais je me réjouis qu’elle ait pu faire scandale dans le Val-de-Marne (Sleepy a été dénoncé comme un intrus déloyal à l’évêque du lieu, la classe !) et continue d’amuser d’autres titulaires moins benêts voire des lecteurs bienveillants.
En l’état, sans entendre avec précision le détail de leur idiolecte ultratechnique, du moins puis-je constater l’entrain de la fine équipe qui ne manque nulle occasion de tester un nouveau monstre. Tantôt, c’est le KanGourou en personne, SLM (Sleepy-Lui-Même) qui s’est déplacé pour jauger, selon ses termes, le « Cavaillé-Cool » du Val-de-Grâce.

Photo : Rozenn Douerin

Nullement impressionné à l’idée de ploum-ploumer sur l’instrument d’Hervé Désarbre et de son adjoint Benjamin Pras, l’expert spécialiste a tâché de percevoir « la spécificité transversale d’une observation envisageant en Narcisse, si t’es mieux, la personnalité propre d’un instrument – en tant que telle – et, en coordonnées, la subjectivité objectivante d’un projet de recherche subsumant ». Bon, c’est un peu le problème quand on parle de facture d’orgue : rapidement, ça devient un brin le brun quand t’es toi-même ni postier ni facteur.
Hélas, aucun moyen de tirer davantage de lombrics de la narine du Konnaisseur. La saga n’étant point finie, les conclusions sont hic et nunc réservées au cénacle des Sleepy & partners. C’est déceptif – mais quel teasing, mazette, quel teasing !

Photo : Rozenn Douerin

Photo : Rozenn Douerin

Après moult circonvolutions, révolutions et répétitions, plus moyen de se défiler : l’arrivée du mois de décembre coïncide avec le concert concocté, fomenté et monté à l’initiative d’Hervé Désarbre, organiste du ministère de la Défense en personne. Le show va s’arrêter sur douze émotions susceptibles d’avoir rythmé la vie – et pas que – d’un croyant.
Autour du Cavaillé-Coll de l’église du Val-de-Grâce, tour à tour accompagnateur et soliste-improvisateur, se tiendront Emmanuelle Isenmann, soprano, Esther Assuied, trompettiste pour l’occasion, et Jacques Bon, hautboïste. Au programme (consultable ci-dessous, mais il sera hyperplus joli et lisible – disons jolisible – sur place) : Bach, Pergolese, Haendel, Britten et deux créations de moi-même-je sur des textes de Francis Jammes et Guillevic. Au total, une petite heure de musique dans une grande église chauffée, pour le prix exceptionnel de zéro euro. On fera malgré tout notre possible pour que ce concert biographique soit chouette quand même.

Pénultième répétition au Val-de-Grâce. Photo : Rozenn Douerin.

Rendez-vous à l’église du Val-de-Grâce (1, place Alphonse Laveran | Paris 5), ce premier décembre à 17 h 30 pétaradantes !

Photo moche : Bertrand Ferrier

Tu connais ce moment, oh, tu connais ce moment où tu as les clefs d’un endroit magique et impressionnant…

Photo : Jacques Bon

… et où tu arrives à tout saccager sous prétexte de répétition, avec chaussures de marche apparentes, sac moche et partition jetée en vrac pour pas louper la mesure 123.

Photo : Bertrand Ferrier.

– Je sais pas pourquoi ces connards de compositeurs s’obstinent à faire des partitions de plus de trois pages. C’est complètement débile, aucun pupitre d’orgue n’est assez grand pour…
– Mais c’est toi, le connard de compositeur !
– Dans ce cas, c’est pas si complètement débile que ça ; et j’aimerais bien que, quand on s’adresse à un compositeur, on le traite avec un tout p’tit peu plus de respect, nom d’une pipe en bois !
– Seigneur, prends pitié.