Guy Angelloz à Saint-André. Détail d’une photo de Bertrand Ferrier.

Jacques Boucher étant tombé gravement malade, le concert « orgue et sax from Québec » qui nous avait tant mobilisé s’est transformé en « orgue et flûtes from Paname », ce qui zouke aussi. On s’inquiète pour l’artiste de Montréal et on regrette le projet qui nous tient en haleine depuis plusieurs années grâce aussi à la ténacité de Sophie de Courval, but show still goes on (quand on a des nouvelles du malade, on partage). Ce samedi, on perd en exotisme et en découverte, mais pas en dynamisme et en souci du public puisque Guy Angelloz s’associe à Gilles Ranticelli, un organiste virtuose et néanmoins stéphanois, devenu percussionniste de l’Orchestre national de France, afin d’éblouir son public inattendu.

Le programme va pétiller, entre tubes, changement d’instrument et tricotage de saucisses. En butinant un menu concocté in extremis, curieux et néophytes devraient avoir plaisir à déguster ce qui suit. Si vous êtes tentés, rendez-vous ce samedi, 20 h 30, église Saint-André de l’Europe, 24 bis rue de Saint-Pétersbourg Paris 8, tout près place de Clichy, pas loin gare Saint-Lazare. Et hop !

François-Xavier Grandjean, le 5 octobre 2019. Photo : Rozenn Douerin.

Dans le désordre de la vie, voici de bonnes nouvelles du soixante-septième concert organisé autour de l’orgue de Saint-André de l’Europe depuis octobre 2016. Soixante-septième fête, donc, depuis la réinauguration de la Bête par Daniel Roth, après restauration par la manufacture Yves Fossaert. Et troisième occasion d’entendre en l’église Saint-André de l’Europe le sieur François-Xavier Grandjean, titulaire des grandes orgues de Sainte-Julienne de Namur et professeur dans de multiples académies. Ce 5 octobre, il illuminait la Nuit blanche avec le deuxième épisode de son florilège intitulé « Les plus grands tubes pour tuyaux ». Sur le pupitre, des partitions métissées, où les piliers du répertoire (Bach et Franck en tête) taillaient une bavette avec des compositeurs moins connus, tel le religieux et néanmoins brillant ploum-ploumiste Jean-Marie Plum (1899-1944).

 

 

Ce début festif, écrit par un prêtre, illustrait avec brio la tension propre au répertoire de l’orgue entre sacré et profane. Symbole du répertoire sacré, l’un des trois grands préludes de choral écrits par Johann Sebastian Bach sur « Nun Komm der Heiden Heiland » semblait répondre – avec la froufoutante solennité voulue – à l’exubérance anglo-belge liminaire. Armé d’une technique solide, donc d’une pulsation têtue, l’interprète optait pour un jeu direct, sans chichiterie, seul à même de rendre la double tonalité de la pièce : à la fois supplication visant au come-back du Sauveur, et renouvellement de l’acte de foi – quel plus beau credo que d’espérer le retour de son Dieu ?

 

 

Pour découvrir une autre version de la pièce sur le même orgue, par un autre organiste belge bien connu des habitués du présent site, c’est ci-d’sous.

 

 

Heureusement, il n’y a pas que Bach, dans la vie. Surtout pour un organiste belge, impossible de faire l’impasse sur César Franck. Après le Deuxième choral l’an passé, François-Xavier Grandjean a élu le Troisième, l’une des rares pièces pour orgue durant près d’un quart d’heure à ne pas lasser même les néophytes : variété des climats, différenciation des registres, récurrence de motifs reconnaissables, harmonies singulières, inventivité nullement séraphique éclairent le hiératisme du titre de « choral », dont le caractère sacré reste, joyeusement, hypothétique.

 

 

Dans la touffeur de juin, Bruno Beaufils de Guérigny en avait proposé une interprétation singulièrement différente, à découvrir ci-dessous. Outre le respect des désirs des interprètes, c’est le plaisir de réentendre de multiples visions des piliers du répertoire qui nous incite à « reprogrammer » volontiers de telles splendeurs lorsque les virtuoses le suggèrent.

 

 

Autre pièce ambiguë quant au rapport entre sacré et profane, le « Choral dorien » de Jehan Alain prolongeait astucieusement le climat méditatif créé par le finale du choral de Franck… et préparait le surgissement du fil rouge de cette saison Komm, Bach! : la Pastorius toccata de feu Yannick Daguerre. Le compositeur avait joué cette pièce lors d’un récital à Saint-André. Le festival l’a édité cette année. Elle sera jouée une dizaine de fois. Après Hervé Désarbre, c’est le tonique Bûcheron des Ardennes qui propulse sa version tout feu tout swing.

 

 

… et il en faut, du tonus, pour s’attaquer à la mystérieuse Fantaisie BWV 572 de Johann Sebastian Bach. Sa structure étrange, son origine nébuleuse (aucun manuscrit autographe n’est disponible), ses multiples moutures repérées par les historiens, son rapprochement avec le mythique duel avorté entre JSB et Louis Marchand, tout nimbe cette pièce brillante d’un halo excitant. La technique sûre de Fix Grandjean permet aux auditeurs de profiter de cette énigme musicale qui ne manque pas de scintiller dans les cœurs longtemps, longtemps, longtemps après que l’écho du dernier accord s’est résorbé.

 

 

Pour finir ce deuxième volume des tubes pour tuyaux, François-Xavier avait choisi d’envoyer du lourd. La célèbre et somptueuse « Suite gothique » de Léon Boëllmann était donc au programme, bouclant ce récital comme pour synthétiser la tension entre sacré et profane que l’orgue magnifie (trois pièces de la suite ont des noms profanes, l’une des plus célèbres est manière d’Ave Maria). Nos lecteurs coutumiers ont eu l’occasion d’en apprécier les deux premiers mouvements en répétition…

 

 

Les auditeurs de 23 h ont été happés par une interprétation qui revendique à la fois la fidélité au texte et une place laissée à la spécificité du moment : respirations, travail sur la réverbération, prise en compte de la spécificité de l’instrument… Nous laisserons aux courageux du samedi soir la chance d’avoir entendu la spectaculaire Toccata qui conclut la tétralogie. En revanche, comme, hélas, on n’est pas chien, on veut bien partager la Prière à Notre-Dame qui, grâce à la belle registration choisie par l’artiste et par un jeu ne confondant pas « méditatif » et « sirupeux », se pare de mille diaprures sur l’orgue de Saint-André de l’Europe.

 

 

Des regrets de n’avoir point assisté à ce moment ? Merci. Mais triple raison d’être rassurés : premièrement, inch’Allalalalah, François-Xavier reviendra l’an prochain pour le troisième volume des tubes pour tuyaux ; deuxièmement, sa précieuse assistante du jour, dans la vraie vie claviériste-compositrice-photographe-écrivain virtuose, sera en forme et en concert le samedi 9 mai, à 20 h 30, dans cette même église de Saint-André de l’Europe, pour un récital dingodingue…

François-Xavier Grandjean et Esther Assuied. Photo : Rozenn Douerin.

… et, troisièmement, dès ce samedi 12 octobre, un concert formidable nous attend dans le cadre du festival Komm, Bach!. Orgue et flûtes se rejoindront pour un récital prestigieux, feat. la fine fleur des orchestres parisiens aux commandes. C’est gratuit, y a un écran géant pour tout voir de ce qui se passe là-haut, et le programme bluffera les mélomanes experts tout en emballant les curieux. Vous y croiser serait une joie, tu penses.

 

Après l’arrivée du matériel et la mise en route des dernières répétitions à l’orgue (épisode 1), vient le moment de la mise en route technique pour le projet lumineux.

Loïc Leruyet et Clément Gulbierz. Photo moche : Bertrand Ferrier

13 h

Tu connais ce moment, oh, tu connais ce moment où ça devrait marcher. Ajouter quelque chose serait superfétatoire, voire carrément relou.

Photo de la tribune d’orgue : Bertrand Ferrier

14 h

Je demande aux régisseurs le 06 de leurs mamans. Je veux savoir comment elles s’y prennent pour les faire ranger leur chambre.

Photo : Bertrand Ferrier

15 h

Les jeunes régisseurs admettent enfin que l’on ne peut pas déambuler dans le monde du spectacle sans boire. Encore jeunes, ils ont opté pour un alcool raisonnable mais secoué.

Loïc Leruyet et Clément Gulbierz au travail. Photo : Bertrand Ferrier.

16 h

Loïc et Clément regardent vers la voûte. Soi-disant pour vérifier si ça marche. Je les soupçonne surtout d’invoquer le Ciel parce que ça ne marche pas, mais bon.

17 h

Tu connais ce moment, tu connais ce moment où ça marche, mais ça marche trop. En clair, le projecteur fait ce qu’il veut ; et son goût pour le zouk déstructuré ne cadre pas avec les plans très précis des régisseurs. Du coup, ils filent s’en occuper. Bien sûr, je pourrais me saisir de la console – non, pas pour la revendre sur eBay, voyons, plutôt pour reprendre la main et mettre en pratique mon talent d’ignorant. Par bonheur, je préfère les laisser apprendre leur métier par eux-mêmes et me contente de prendre une photo.

Photo : Bertrand Ferrier

18 h

L’heure de la messe approche. Le local de l’étape prépare donc un catering pour les artistes, régisseurs, assistants et vidéastes du soir. La drogue des ex-élèves du lycée Paul-Poiret est évidemment sur la table. Bientôt, y aura plus qu’à.


Pour la Nuit blanche de ce 5 octobre 2019, le festival Komm, Bach! avait mis les grands plats dans les très grands. Les trois concerts du soir étaient programmés depuis lurette ; restait à les concrétiser. Voici donc le début du récit d’une journée de foufou.

Photo : Bertrand Ferrier

8 h 55

Arrivée des flight cases pour le concert de 23 h 30. Les scoutesses acceptent de céder un peu d’espace afin que l’on puisse provisoirement stocker le matos. Certains chauds lapins le regrettent.

10 h

Après que l’intégralité du matos a été crapahuté sur deux étages et demi, les experts commencent une installation électrique, au sens polysémique – comme stipulerait Mme Romatif, la prof qui nous a permis de rencontrer les loustics au travail : on vérifie ce qu’il manque comme matos digne pour irriguer de jus les engins ; et, forcément, comme tout ne colle pas pile poil, le stress commence.

11 h

François-Xavier Grandjean débarque pour sa seconde répétition de quatre heures. Avec une grimace astucieuse, le Bûcheron des Ardennes fait savoir qu’il trouve que c’est tôt. Heureusement, l’arrivée de sa registrante préférée lui redonne le smile. En revanche, Clément trouve que le mec fait quand même beaucoup de bruit. Courageusement, le programmateur refuse de jouer les médiateurs en prétendant qu’il n’y est pour rien : lui, il prend juste des photos comme Jean-Jacques Goldman – en passant.

Midi

Fix en a ras la courge des tuyaux qui sonnent faux. Il décide de passer outre son vertige et d’aller accorder ce maudit clairon de grand orgue. Faute de rasette, il adopte un couteau qui se prend pour une rasette. De son côté, Loïc Leruyet propose de détendre l’atmosphère en donnant des leçons de chorégraphie à Clément Gulbierz, pourtant expert en dansologie – art qu’il pratique depuis treize ans. On va pas se mentir, elle est pas gagnée, la Nuit blanche qui s’annonce.

Photo : Rozenn Douerin

Pour la deuxième année consécutive, le festival Komm, Bach! vous invite à une soirée pleine de wow, d’émotions et de surprises (au moins), avec écran géant, entrée libre, sortie aussi, mais concerts – d’env. 1 h – bien quand même.
À 20 h 30, Jean-Michel Alhaits (bombarde et basson) s’acoquine avec Jean-Pierre Rolland pour un récital animé par de vrais morceaux de Frescobaldi, Bach et Boëly – notamment. Amateurs de musique ennuyeuse, un conseil : restez loin du 24 bis, rue de Saint-Pétersbourg pour cette victoire de la musique sur la mort – prévu l’an passé, ce concert avait dû être repoussé suite à l’hospitalisation en urgence de l’un des artistes.

 

 

À 22 h pétaradantes, François-Xavier Grandjean, herr titulaire des grandes orgues de Sainte-Julienne de Namur, débaroule de Belgique pour envahir Paris avec le deuxième volume du florilège de la musique d’orgue finement intitulé « Les plus grands tubes pour tuyaux ». Au programme, quelques-unes des œuvres les plus sexy jamais écrites pour l’instrument monstrueux, écrites notamment par Jehan Alain, César Franck, Johann Sebastian Bach, Yannick Daguerre et… Léon Boëllmann.

 

 

Et, pour finir, à 23 h 30 tintinnabulantes, place à la poésie et à la magie. Poésie avec cette série de quinze improvisations sur le thème « Nuits et brouillards », rythmées par des fragments de textes et secouées par le souffle de l’orgue. Magie, car un gros dispositif lumineux sera piloté en direct par de jeunes diplômés en régie lumière chargés d’interagir avec la musique… voire de l’influencer par leurs jeux. Un moment exceptionnel et une « expérience immersive » à vivre et partager avec gourmandise et sensibilité. Fin des festivités à la minuit passée de trente minu(i)tes.

 

Trois ans après son lancement par Daniel Roth, le festival Komm, Bach! lance sa quatrième saison avec un concert concocté sur mesure par le duo qui officie au Val-de-Grâce : Hervé Désarbre, le titulaire en chef, et Benjamin Pras, son brillant second. Évidemment, ceux qui préfèrent les concerts d’orgue ennuyeux, où l’on entend toujours les mêmes pièces, où l’on ne voit pas l’interprète, où c’est qu’il y a qu’un mec qui joue, bon, là, c’est raté comme c’était déjà raté il y a un an…

 

 

En revanche, ceux qui veulent profiter d’un récital à quarante petits petons, gratuit, donné par deux grands virtuoses et truffé de trouvailles très peu ouïes, ce samedi 21 septembre à 20 h 30, ce sera leur samedi. D’autant que, pour les gourmands et les curieux, la Journée européenne du patrimoine s’ouvre à 17 h par une visite de l’orgue (env. 30′) commentée par le titulaire de la Bête. L’événement est gratuit. Les trente premiers visiteurs pourront profiter de cette expérience toujours impressionnante. Vous y croiser serait souplement joyeux.

Bruno Beaufils de Guérigny, dit 2bdG. Photo : Rozenn Douerin.

Ce 21 juin, Bruno Beaufils de Guérigny, aka 2bdG, a participé aux 5 h 30 de concerts donnés pour la Fête de la musique en l’église Saint-André de l’Europe (Paris 8), dans le cadre du festival Komm, Bach!. En dépit de la chaleur ambiante, son programme rigoureusement original, son engagement interprétatif et ses choix judicieux de registration ont suscité l’enthousiasme du public. En accord, avec l’artiste, voici deux (beaux) extraits du concert. D’une part, le gros choral de César Franck, le dernier, peut-être le plus passionnant – qui sera de retour à Saint-André pour le concert de la Nuit blanche donné à 22 h par le Bûcheron des Ardennes, aka François-Xavier Grandjean.

 

 

D’autre part, le clou du spectacle : « Réflexion et lumière », hommage rendu à Albert Schweitzer par Robert Maximilian Helmschrott, dont les œuvres à la fois messiaeniques et personnelles ont rythmé la troisième saison du festival. Il était heureux que, grâce à 2bdG, un tel chef-d’œuvre, rarement ouï dans nos contrées, puisse résonner à l’occasion d’une Fête de la musique que l’on réduit souvent au massacre de « Quelque chose en toi / ne tourne pas rond » au bar du coin-coin. À l’issue de ce solide morceau, le triomphe réservé à l’artiste témoigne que le public n’est point aussi sot que l’espèrent les crétins qui nous gouvernent. Voici donc venue la séance de rattrapage ou de gourmandise pour tous les amateurs de découverte sonore !

 

Photo : Rozenn Douerin

Réunion de travail pour l’édition de la Pastorius toccata de Yannick Daguerre, fil rouge du festival Komm, Bach!. Âpres discussions sur la manière de transcrire les annotations pédagogiques du compositeur, le respect ou non des graphies originales, la doublecrochisation – popopo – des appogiatures, etc. Donc acre soif, bien entendu.

Antoine Rychlik (détail) et Samuel Campet pendant l’Ave Maria de Dupré. Photo : Rozenn Douerin.

C’était un concert qui aurait plu à Yann Liorzou, ce grand organiste parisien – en dépit de son nom bien localisé – qui travaille aussi au corps le cor et qui est souventes fois venu enchanter l’orgue de Saint-André de l’Europe. En effet, pour Yann, en tant qu’organiste virtuose et surtout en tant qu’enseignant, le travail instrumental doit être dual. En clair, même le prof d’orgue doit apprendre un autre instrument, sinon c’est pas un prof qui en a. (Je simplifie, je synthétise, je réductionne, Yann, t’énerve pas : j’ai toujours été nul en didactique, tu sais bien.)
Le concert qui, ce 21 juin, concluait la troisième saison du festival Komm, Bach! en l’église Saint-André de l’Europe offrait l’occasion d’écouter trois étudiants du CNSM de Paris jouant chacun de deux instruments. Bon, l’un s’est lâchement débiné au dernier moment ; il ne restait donc, diable, que les deux meilleurs, feat. la virtuose des claviers et compositrice Esther Assuied, ainsi que le virtuose de la composition – claviériste Samuel Campet. Autour d’eux batifolait – pour tirer les jeux, tourner les pages, sécuriser les artistes et tapoter sur la tablette – Antoine Rychlik, lui-même multiple lauréat du CNSM.
Le principe du concert, proposé par les musiciens eux-mêmes, comme quoi ce sont vraiment des grands malades de l’os de la tête ? Esther et Samuel devaient jouer de l’orgue – mais genre par « Viens poupoule, viens » évidemment – et d’un autre zinzin – trompette pour la dame, alto pour le monsieur – pour lequel ils ont eu aussi des tas de diplômes-prix-médailles ; et là, on ne détaille pas car on n’est pas là pour humilier les clampins dont nous sommes. Le résultat ? Un concert pétillant, dont un extrait sérieux fut tantôt diffusé. En voici – sérieux aussi mais musical et inattendu – un deuxième, et je dis bien « un deuxième » car je ne néglige pas la possibilité, parmi d’autres, que la trompettiste à tendance claviériste convainque le modeste Samuel de nous autoriser à diffuser, par exemple, la « Valse » que le très digne monsieur assis avec une chemise blanche interpréta à cette occasion.
Donc, ben, Esther, à vous de jouer.

Photo : Bertrand Ferrier

Les vrais et les habitués de ce site le savent : Esther Assuied est l’une des plus convaincantes jeunes virtuoses des claviers, et non seulement la chouchoute du festival  Komm, Bach! (entre autres). À l’occasion de la Fête de la musique, solidement assistée par deux autres brillants musiciens, Samuel Campet et Antoine Rychlik, elle a lancé le concert de clôture de la troisième saison par Dans la lumière, le chef-d’œuvre pour orgue de Robert M. Helmschrott, notre compositeur-fil rouge cette année.

Cette version en concert fait suite à la version filmée par la musicienne-réalisatrice elle-même. Les deux brillent d’une même énergie, d’un même sens des couleurs, d’une même exigence virtuose. On aurait bien proposé ce double diptyque pour en faire le tube de l’été, mais il paraît que ça n’existe plus, le « tube de l’été ». Du coup, laissons cette lumière devenir le néon estival des curieux, sur lequel les moustiques de toute race qui tentent de médiocriser nos existences et nos goûts sont invités à bien aller se faire griller.


Komm, Bach!, saison 3, c’est fini ! Forts du succès croissant de la manifestation, du soutien et de la paroisse qui l’accueille, et des artistes qui nous font l’amitié – le mot n’est pas vain – de venir se produire, et du facteur Yves Fossaert qui, après avoir brillamment restauré l’orgue avec ses ouailles, reste toujours aussi réactif que compréhensif devant les impératifs et aléas propres à une telle manifestation, il est temps pour nous d’envisager, avec une modestie touchante, notre passage à l’ère Vivaldi.
En effet, dès le 21 septembre, nous égalerons le nombre de saisons d’Antonio – des saisons tour à tour primesautières, enténébrées, vaporeuses, fuligineuses, déstructurées, aguicheuses, frissonnantes, tressailleuses et sifflotières, pourquoi pas. Puisque voilà l’été, voilà l’été, voilà l’été qui, pour les aficionados de Komm, Bach! est cette « étrange saison où il neige sans discontinuer », il nous revient de donner appétit à tous en révélant enfin le programme de la saison qui nous attend – et ce, dans la mise en page de la graphiste qui a accepté de succéder à l’excellente Tomoë Sugiura, Marie-Aude Waymel de la Serve.
Au programme ?

  • 21/09, Journées européennes du patrimoine
    • 17 h : visite commentée de l’orgue
    • 20 h : concert à deux organistes, avec Benjamin Pras et Hervé Désarbre
  • 05/10, Nuit blanche
    • 20 h : orgue, basson et bombarde, avec Jean-Pierre Rolland et Jean-Michel Alhaits
    • 21 h 30 : best of pipe organ, vol. 2, avec François-Xavier Grandjean
    • 23 h : orgue et lumières, « Nuits et brouillards » avec Clément Gulbierz, Loïc Leruyet, peut-être Madeleine Campa et, à tous les coups, Bertrand Ferrier
  • 12/10, 20 h : orgue et saxophone du Québec, avec Jacques Boucher et Sophie Poulin de Courval
  • 16/11, 20 h : orgue et récitant de Bretagne, avec Michel Boédec et Anne Le Coutour
  • 07/12, 20 h : orgue et soprano, avec Jorris Sauquet et Emmanuelle Isenmann
  • 24/12, 20 h : concert de la veille don’ Noé
    • 15 h : visite commentée de l’orgue pour petits, grands, moyens et autres
    • 15 h 45 : concert tutti frutti pour tous
  • Le mois des quatre samedis
  • 14/03, 20 h : grand récital d’orgue contemporain, avec Aurélien Fillion
  • 28/03, 20 h : concert à deux organistes, avec Camille Déruelle et Anna Homenya
  • 09/05, 20 h : grand récital catastrophe avec Esther Assuied
  • 23/05, 20 h : grand récital d’orgue avec Serge Ollive
  • 06/06, 20 h : grand récital d’orgue avec Denis Comtet
  • 21/06, Fête de la musique (avec la participation du Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris)
    • 14 h : le choix de Christophe Mantoux – Midori Abe et Vladimir Korolevsky
    • 15 h : orgue et chœur, avec les élèves de Sylvie Mallet et la Maîtrise de Paris dirigée par Edwige Parat
    • 16 h : la pépite de Christophe Mantoux – Liubov Nosova
    • 17 h : Bertrand Ferrier & friends play Ferrier

Et voilà, la troisième saison de Komm, Bach! s’achève presque. Cependant, avant d’entendre filer la dernière note du soixante-sixième concert, il reste un peu de pain sur la planche… ou sur l’orgue, tout juste accordé par le facteur Yves Fossaert en personne.
Depuis l’affiche, quelques rebondissements ont défrisé le programme des cinq concerts offerts ce jour, mais l’entrée reste gratuite, la sortie aussi ; les concerts seront bien diffusés sur écran géant sous le regard attentif et expérimenté de la cadreuse du festival, Rozenn Douerin ; et ce qui attend les curieux reste fort croquignolesque, crois-je.



Pour voir tout cela plus en détail, cliquer sur les images ci-d’sous… ou venir, simplement, au 24 bis, rue de Saint-Pétersbourg (Paris 8, proche métros Place de Clichy – Europe et pas loin Saint-Lazare) partager tout ou partie de ces cinq heures de musique !

Egor Kolesov. Photo : Bertrand Ferrier.

Quand, au cours d’une répétition pour la Fête de la musique, un jeune organiste nommé Egor Kolesov se faufile à la tribune, tu le laisses tester la Bête comme tu eusses aimé que, en semblable circonstance, on te laissât tâter quelque monstre. Du coup, tu lui proposes de graver un souvenir de son passage – il accepte, l’effronté ; et, de fil en aiguille, tu lui suggères de venir participer à la Fête. Et il dit oui ! Retrouvez le bougre à 17 h et 18 h ce 21 juin, lors des concerts « orgue, contre-ténor et chanteuse de jazz ».

Michaël Koné. Photo : Bertrand Ferrier.

C’est un complice. Un mec qui a une voix inattendue (si, haute-contre-ténor, en gros, c’est inattendu), une présence ultracharismatique et une personnalité formidablement sympathique – au point que, même quand on voudrait le jalouser, on n’y arrive pas, ce qui est encor plus fort escagassant. Aussi à l’aise dans la musique savante (c’est  un habitué des grandes scènes opératiques), dans la technosphère, dans les théâtres, sur les plateaux saturés de caméras et dans le monde mystérieux des musicals, Michaël Koné était la proie idéale à convoquer pour zouker l’ouverture de la Fête de la musique de Saint-André de l’Europe. Suite au désistement in extremis pour raisons de santé d’un artiste programmé à 18 h, l’olibrius a accepté d’inventer avec moi un semi-double récital que nous avons intitulé « Vice et versa ». Nous donnerons donc le même récital, mais à l’envers, à 17 h et à 18 h.
Dedans, y aura du Bach.

Michaël Koné chante Bach. Photo : Bertrand Ferrier.

Du concept.

Photo : Bertrand Ferrier

De la marrade.

Photo : Bertrand Ferrier

Du chant profond visant à fouailler l’intestinité de l’auditeur.

Photo : Bertrand Ferrier

Des gestes lumineux (le concert sera retransmis sur écran géant, quand même).

Photo : Bertrand Ferrier

Et un peu de l’orgue aussi, ne serait-ce que pour swinguer les tubes au programme.

Photo : Bertrand Ferrier

Bref, en 2 X 45′, on ne devrait pas trop s’ennuyer. D’autant que, en sus du contre-ténor, une musicienne inattendue viendra se faufiler pour faire sourire le Roi des instruments et, en passant, émouvoir les auditeurs. Alors, Saint-André de l’Europe, are you ready to rrrrrrumble?

Photo : Bertrand Ferrier

 

Bruno Beaufils de Guérigny en été. Photo : Bertrand Ferrier.

Soyons trichotomique, ça fait du bien, parfois. Il y a trois sortes d’organistes :

  • ceux qui se plaignent parce qu’ils sont toujours invités à donner des concerts quand il fait trop froid,
  • ceux qui se plaignent parce qu’ils sont toujours invités à donner des concerts quand il fait trop chaud, et
  • ceux qui ressortissent des deux catégories à la fois.

Bon, y a aussi ceux qui se plaignent de ne jamais être invités à donner de concerts, quel que soit le temps, ceux qui se plaignent d’être invités à donner des concerts alors que d’habitude ils les vendent, ceux qui se plaignent de ceux qui se plaignent de ceux qui se plaignent et, quelquefois, fait rarissime partant d’autant plus appréciable, ceux qui ne se plaignent pas ; mais ce sont quelques-unes des autres catégories qui sévissent dans ces bises-naissent où, à notre échelle, l’amitié et le plaisir de partager son art subsument in fine toute lamentatio.

Bruno Beaufils de Guérigny devant « Réflexion et lumière » de Robert M. Helmschrott. Photo : Bertrand Ferrier.

Bruno Beaufils de Guérigny, lui, n’a pas chougné au moment d’affronter la chaleur du premier lundi de juin parisien qui ressemblait enfin à un lundi de juin parisien. Au programme : une première mise en relation entre un orgue qu’il connaît bien et des pièces qu’il connaît bien aussi… y compris Réflexion et lumière, un hommage à Albert Schweitzer signé Robert M. Helmschrott et travaillé spécialement pour Komm, Bach! car, cette saison, le compositeur était notre fil rouge. Découvrez un extrait dans la vidéo ci-d’sous !

Pour entendre l’intégrale, on vous attend afin de fêter la musique, ancienne ou contemporaine, toujours variée et surprenante, avec écran géant et entrée libre. C’est vendredi, dès 17 h, et, malgré les rebondissements de dernière minute chahutant légèrement le programme affiché, on a hâte de vous y offrir cinq concerts – rens. ici !

Anne-Isabelle Parcevaux et Jennifer Young en répétition (et pourtant déjà hyperbien assorties, c’est dire). Photo : Anne Lemaitre.

Bientôt la Fête de la musique. Cinq concerts en 5 h 15 : projet foufou, qui se peaufine en compagnie d’artistes au taquet, comme Jennifer Young, qui viendra armée de sa nouvelle accompagnatrice, madame Anne-Isabelle de Parcevaux en personne. Les dernières répétitions sont lancées. Compter sur votre présence le jour J serait un plus positif, tu penses.

Repasse tes Bach d’abord. Photo : Bertrand Ferrier.

C’est le danger de l’attente enthousiaste : plus facile à décevoir qu’à satisfaire voire à surpasser. Danger contrecarré par Jean-Luc Thellin lors de son concert pour le festival Komm, Bach!.
Le concert s’ouvrait sur l’impressionnant diptyque BWV 542, où l’imagination libre de la fantaisie dialogue avec la rigueur inventive de la fugue. L’interprète privilégie la simplicité de la registration afin de mieux valoriser la caractérisation de chaque moment. Pas un instant d’ennui dans ce monument du répertoire… et, premier des trois cadeaux pour le programmateur qui réclame des tubes, le « Choral du veilleur » (BWV 646) enchaînait – magistral, tonique et limpide.
La fugue en sol mineur (BWV 578) permettait, avec vigueur, de changer le rythme du concert tout en charmant l’oreille grâce à une technique impressionnante, que l’artiste saupoudre de cette musicalité qui réside dans les petits rien qui font des petits tout, tels que sont articulations, pulsations, respirations.

Les mains du bas en répétition. Photo : Bertrand Ferrier.

Les trois chorals haranguant Jésus de venir sauver les païens (BWV 659 à 661) pouvaient surprendre, puisqu’ils correspondent à des prières protestantes propres au temps de l’Avent. Trois arguments pour calmer cet hypothétique étonnement non sans fondement.

  • D’abord, il serait sot de réduire l’espérance de la venue du Christ à la seule période de Noël – la fête des Rameaux qui approche ne nous rappelle-t-elle pas cette pulsion humaine avide de Messie ?
  • Ensuite, la musique parle au cœur de l’homme par-delà la spécificité de la circonstance – ne peut-on apprécier une chanson d’amour ou un requiem en dehors de leurs vocation fonctionnelle, partant conjoncturelle ?
  • Enfin, l’articulation des trois chorals proposée par l’enchaînement des opus sidère tant par l’inventivité du compositeur que par l’aisance de l’interprète, y compris dans le redoutable trio et dans la fracassante troisième version.

Jamais démonstratif, Jean-Luc Thellin déroule la partition avec, à la fois, la sérénité de celui qui en connaît parfaitement les secrets, et la ferveur de celui qui, débarrassé des soucis techniques, en goûte tant les richesses que le privilège de les pouvoir partager aux hommes de bonne volonté.

L’artiste en mode autocombinateur. Photo : Rozenn Douerin.

Les prélude et fugue en ré mineur BWV 539 valent itou leur pesant d’éloges :

  • les doigts bien sûr, et c’est déjà pas rien ;
  • le sens des couleurs ;
  • la maîtrise du discours, dans ses ruptures, ses variations et sa continuité ; et
  • l’art de ne mépriser ni le brio ni la profondeur.

C’est confondant de justesse, bien que l’orgue local ne présente pas toutes les caractéristiques indispensables à l’interprétation de certaines pièces – la « Fugue en sol mineur » manquait évidemment d’anches au pédalier ou d’un troisième clavier, mais le musicien a tenu à remplir son contrat en faisant plus que son possible pour qu’elle sonne.
L’affaire se termine presque sur la BWV 565, THE fameuse « Toccata et fugue », deuxième cadeau au programmateur tubophile. Quelle version ! Le texte sonne presque improvisé dans la toccata, ce qui est extrêmement bon signe, sans perdre pour autant en vivacité, en sursauts, en ténacité, en bondissements, en vertiges ; la fugue finit d’éblouir, sereine et énergique, riche et joyeuse quoique mineure, solide et ouverte sur la coda qui lui sert de caisse de résonance. Une exécution nette, sans bavure, dont le succès a obligé le virtuose à offrir deux bis très contrastés… incluant une toccata dorienne, troisième cadeau pour le fanatique de tubes, apte à décoiffer les bœufs les plus cornus de la Terre.

Rare photo de Jean-Luc Thellin quasi souriant, claquée par Rozenn Douerin.

Faut l’dire, sinon c’est pas juste : Jean-Luc Thellin est l’un des mes importants donneurs d’ordres. Ceux qui en concluent que cette chronique est un exemple de lèche-culisme éhonté peuvent, d’abord, s’aller faire lanlère – j’comprends mais j’m’en tampiponne ; ensuite, solliciter le témoignage des spectateurs venus ce samedi soir applaudir une pépite de l’orgue belgo-français ; enfin, acquérir le premier volume de l’intégrale de l’œuvre d’orgue de Johann Sebastian Bach par l’artiste : un jalon majeur dans la discographie récente, même si le mec est, hic et nunc, moins médiatisé que ses concurrents. Une écoute plus tard, je suppute que les doutes seront levés.
Pour ceux qui nous font crédit de l’honnêteté voire du bien-fondé de notre enthousiasme, rendez-vous le samedi 18 mai pour le concert orgue et hautbois qui se profile. Quasi on vous attend déjà.

Un extrait de Jean-Luc Thellin. Photo : Bertrand Ferrier.

Voilà, on est re-fier de proposer un récital Komm, Bach! que l’on imagine aussi « grand public » que magnifique.
Grand public, ça n’a rien de méprisant. Grand public, ça veut dire pas trop long (1 h), avec des morceaux variés, un programme qui permet de suivre, et un écran géant avec une cadreuse live pour vivre le concert comme si l’on jouxtait l’artiste sans pour autant le déranger. Grand public, ça veut dire que la set-list abrite de nombreux « tubes » en plus des tuyaux de l’orgue. Grand public, ça veut dire une entrée libre et une sortie tout aussi libre, ce qui signifie que si l’on n’a pas de sous, si on les a oubliés ou si on boude, on peut venir et repartir sans être agressé ou rabaissé – c’est pas souvent le cas dans les concerts « gratuits » de Paris.
Attention, y aura des corbeilles pour l’artiste (80 % de la quête, le reste pour la paroisse qui paye les programmes, l’entretien de l’orgue, le bout de chauffage, l’électricité, tout ça tout ça). En prime, le musicien proposera à la vente ses disques à la sortie du concert. Mais on peut venir gratuitement et sortir gratuitement, tout en assistant à un concert de ouf. Si ça, c’est du mépris, ben là, oui, je veux bien être considéré comme méprisant.

 
Quid de magnifique ? Magnifique, ça veut dire que l’on accueille, parce qu’il le veut bien, l’un des grands virtuoses belgo-français, bardé de diplômes et de titres prestigieux même s’il n’est pas encore titulaire d’une grande tribune (on parie ça va pas durer ?). Magnifique, ça veut dire que le mec a commencé une intégrale de Bach pour orgue chez le label spécialisé le plus intéressant du moment, avec un premier résultat époustouflant. Magnifique, ça veut dire que le zozo ne joue pas que superbien des trucs acheman durs, mais ça veut dire que, de surcroît, il les joue avec musicalité, exigence et personnalité.
Magnifique, enfin, ça veut dire que l’hurluberlu joue sur les plus belles orgues de France, dont Notre-Dame de Paris, et que, s’il vient, selon l’expression de Jean Dubois, « régaler Saint-André d’un récital exceptionnel », c’est parce qu’il a aussi souci de diffuser la belle musique là où ça fait sens de glisser de belles émotions. Pas que sur des grands machins, aussi à l’occasion de petits festivals, sans subvention ni moyen, mais qui ont souci, à leur niveau minuscule, d’inviter tant les mélomanes que les curieux, à vivre cette expérience vibrante qu’est un concert d’orgue pas snob quoique de qualité hautement supérieure.



C’est pour ça, on a l’air de faire de la réclame – et on en fait. Le concert de ce samedi vise à accueillir les connaisseurs gorgés d’exigence, mais aussi les curieux, les je-vais-voir, les pourquoi-pas, les je-suis-fatigué-mais-sait-on-jamais que nous sommes, je le crois, souvent. Avec de la musique pyrotechnique qui fait BRAOUM et de la musique qui sait toucher le cœur, parfois malgré soi, des siècles après qu’elle a été composée. Voilà, c’est ça l’idée : on va partager de bonnes vibrations, de belles émotions, de grands mo(nu)ments qui peuvent, encore, plaire voire bouleverser.



Vous trouverez ci-dessous le programme. Un programme tout simple dans sa présentation – la richesse est à l’intérieur. Si vous souhaitez savoir ce qu’il cèle, bienvenue ce samedi soir à Paris, juste à côté de la Place de Clichy, à 20 h tintinnabulantes. (Et pour ceux qui s’inquiètent du standing, oui, pour le grand soir, sauf catastrophe nucléaire ou assimilée, j’aurai enfilé un costume avant de tourner les pages du maestro. Faut rester digne, parfois.)

David Cassan. Photo : Bertrand Ferrier.

Alors, répondons d’emblée à la question que personne ne se pose : « Mais organiser gratos un festival gratos, c’est pas cher payé, si ? » Non, c’est pas cher payé pour personne. Et cependant, sortir d’à peu près chaque concert en se disant : « Maou, c’était juste monstrueux, j’espère que les foufous venus ont, eux aussi, kiffé leur race », c’est chouette. Or, ce samedi soir, le concert était triplement maudit.
D’abord, il devait être donné par Eva Villegas et Brice Montagnoux, sur un projet orgue-clarinette. Ça s’annonçait merveilleusement bien : les artistes avaient adoré la « Sonata da chiesa » composée pour leur formation par Robert M. Helmschrott ; et, peu avant le concert, ils avaient signé un contrat avec Organroxx pour enregistrer… le programme du concert que nous avions façonné pour Komm, Bach!. Au presque-dernier moment, Brice a eu un empêchement. Comme nous ne craignons pas grand-chose, nous avons sollicité en remplacement – posture que beaucoup de musiciens jugent humiliante – la superstar des jeunes organistes français, David Cassan. Bien que happé par moult obligations, des concours et une prochaine tournée en Russie, il a accepté de donner le concert dont nous rêvions : un concert que d’impros et qu’autour de Bach.
Première malédiction, prends ça dans ta mouille.

David Cassan : mains en répétition. Photo : Bertrand Ferrier.

Ensuite, comme Cyprien Katsaris, David Cassan a failli être empêché de venir à cause des perturbations de transport créées par le gouvernement en cours de dictatorialisation mené par Pharaon Ier et ses lâches sbires. Comme le zozo est souple et habitué aux translations compliquées (j’avais écrit « aux blagues de transit », mais je me suis relu à temps), il a astucé, hop, et réussi à se faufiler jusqu’à Saint-André de l’Europe pile poil pour répéter… et accorder le clairon du GO, bref.
Deuxième malédiction conjurée.
Enfin, ce concert se dressait face au week-end d’orgues de la Philharmonie de Paris. Si, déjà, les organophiles filent remplir la Philharmonie, évidemment, c’est compliqué de les inciter à se risquer dans l’une des plus petites églises de Paris, même pour entendre David Cassan. Quelques-uns nous ont fait l’amitié de doubler avec le concert de Cameron Carpenter, et cela nous touche d’autant plus que, en dépit de leur différence de starification, le savoir organistique de David et le plaisir fasciné qu’il procure à ses auditeurs n’ont rien à envier au maître de l’ITO. Genre, rien.
Troisième malédiction sinon conjurée, du moins combattue avec nos moyens.

David Cassan au travail. Photo : Rozenn Douerin.

Qu’aille donc, paisiblement, se faire lanlère le mauvais karma : quand David Cassan passe, le souffle du Malin trépasse. Articulé autour de quatre improvisations qu’il a présentées lui-même, avec son mélange de sapience, de facétie et de modestie, le récital a exorbité les globes oculaires, c’est pas un gros mot, des curieux, des mélomanes et des fans. Devant un public rassemblant quasi tous les âges, tous les profils, toutes les origines, l’improvisateur, propulsé sur grand écran par Rozenn Douerin, a éberlué les spectateurs par sa virtuosité ébouriffante, sa créativité saisissante, son sens de l’intertextualité bluffante et sa personnalité attachante. Entre autres, hein.
En bref, un récital phénoménal… qui précède celui du 6 avril où le phénomène Jean-Luc Thellin viendra secouer de nombreux tubes de Johann Sebastian Bach. En effet, ce virtuose partagé entre sa Belgique natale, Chartres où il enseigne et Vincennes où il est titulaire, nous a réservé le lancement parisien du premier volume de son intégrale Bach, un disque magnifique dont nous avons dit quelques petites choses ici.


Vivement la suite, donc – d’autant que, maintenant, grâce à David Cassan, les malédictions sont prévenues, nom d’une soubasse en bois. Vous savoir avec nous ce samedi 6 avril, à 20 h tintinnabulantes, serait frétillant.


On va être clair mais la jouer euphémistique : ça ne nous a pas fait zizir que Brice et Eva annulent au dernier moment leur participation à Komm, Bach!.  Et ce nonobstant, avec le remplaçant que Dame Fortune leur a trouvé… Ben, on n’en pense toujours pas moins, mais on est sa mère fier d’espérer vous fricoter ce samedi pour un concert maousse costaud et merveilleux.

Photo : Rozenn Douerin

Croirait-on qu’interpréter les Variations Goldberg de Johann Sebastian Bach puisse être, de nos jours, une provocation ? Sans doute pas si l’on n’a point suivi l’affaire çà ou . Mais voilà que surgit Pascal Vigneron, le taulier du festival Bach et de l’orgue de Toul, le rganiss trompettiss, le policier facteur, dont nous avons chanté les louanges parfois, et parfois moins même si c’est pas sa faute. En vrai, il ne surgit pas seul en l’église Saint-André de l’Europe : il débaroule avec son orgue-à-lui, dont les lecteurs assidus ont aperçu l’arrivée.

Photo : Rozenn Douerin

Devant une église bien garnie de spectateurs, la question est : est-ce choquant d’introduire un mégasynthétiseur, appelé orgue Virtualis, alors que le festival invitant célèbre depuis octobre 2016 le come-back de l’orgue Delmotte-Béasse, restauré par la Manufacture Yves Fossaert ? À cette question légitime, on peut proposer trois réponses. La première est liée à la curiosité provocatrice : et pourquoi pas, surtout si cela fait bisquer les grincheux prompts à insulter sur les réseaux sociaux ? La deuxième est : où est l’artiste qui jouerait les Goldberg sur l’orgue local ? Qu’il m’envoie son CV (avec ses exigences), et l’on en reparle. La troisième est : le projet du festival n’est-il pas d’ouvrir le récital d’orgue à des propositions tant traditionnelles que musicalement puissantes et charpentées, répondant au projet d’une manifestation d’orgue-et-pas-que ? Cette expérience, unique sur Paris avec un tel dispositif technique, était une proposition qui nous a semblé légitime après cinquante-six concerts impliquant l’orgue du coin (qui reprend du service dès samedi 16 février).

Photo : Rozeen Douerin

Du coup, le concert était l’occasion de tester IRL le meilleur dispositif européen, pour une fois sans rapport avec la banque et la finance, d’orgue électronique via un monstre de Bach. Et, devant le distributeur de son disque, devant son attaché de presse (c’est pas dans l’édition – spéciale dédicace – que l’on verrait des pros se déplacer pour entendre à Paris une vedette de Lorraine-et-Alsace…), devant un public foufou d’enthousiasme même si parfois foufourbu, ça se comprend, par l’exigence de ces plus-que-trente miniatures, le zozo ne s’est pas dépantalonné. Précision des attaques, rigueur des doigts malgré la froidure, inventivité des registrations maison, sens de la suspension, Pascal Vigneron a fait vibrer l’audience par son ambition et sa maîtrise d’une partition qu’il habite plus qu’il ne la rrrrrelit.

Non, ceci n’est pas une pub pour Indo. Photo : Bertrand Ferrier

Pour ce cinquante-septième grand moment du festival Komm, Bach!, l’artiste avait choisi d’associer l’exigence requise par le souffle du compositeur-qui-écrit-pour-un-insomniaque, la poésie de celui qui s’est inventé un instrument sur mesure, la jubilation de celui qui est capable de se cogner un monstre emblématique du Répertoire Klassik, l’audace du notable-de-province qui n’en a rien à carrer des pince-fesses de bon goût et la qualité du musicien qui sait jusqu’où aller trop loin dans la proposition musicale. Du coup, sans prétendre « imiter » un orgue véritable, c’est puissant, ça virevolte et ça souffle.

Photo : Bertrand Ferrier

Au point qu’une minette a déboulé dans le narthex en cours de récital. Hypercourageux vu que j’ai déjà un procès aux fesses pour tentative d’homicide sur une intruse-de-concert, je me suis interposé sur l’air du : « Vous êtes sûre tu viens pour le concert ? » En fait, non, elle venait pas pour applaudir l’artiste mais « pour se repentir, car j’ai pêché, mon Père ». Sans la lâcher du regard, je l’ai laissée filer demander le pardon divin. Puisse le son de l’orgue Virtualis l’avoir aidée à retrouver le droit chemin, fût-ce par ironie.

Photo : Bertrand Ferrier

Inconscient de son pouvoir rédempteur, Pascal Vigneron a reçu ses passionnés autour de son orgue. Présentation de l’instrument, démonstration sonore, explications musicologiques : comme le veut la tradition du festival Komm, Bach!, en dépit de la pression insupportable de ce stupide organisateur, la vedette ne s’est certes pas défilée. Proximité, simplicité, clarté et émotion n’ont certes rien ôté du mystère de cet instrument en plastique (surtout en chêne, en fait) ou de ce zozo capable de jouer les Goldberg, de gérer un hénaurme festival, de manager un label, d’enregistrer des disques d’exigence, de dispatcher des expositions autour de Bach, de s’occuper avec une gentille esclave du relationnel et de l’administratif tout en maintenant ses ambitions, saines et vertigineuses à la foi(s), d’artiste et de technicien-conseil en organologie. C’est ça aussi qui est fort, faut bien le dire.

Photo : Bertrand Ferrier

Que ce soit autour d’un orgue, autour d’un verre (lui est sobre, c’est là où l’on se demande s’il est vraiment rganiss, policier ou trompettiss, mais bon), ou autour de disques à dédicacer a posteriori, le mec a fait le job. Il a même fait la pub pour ses concerts d’octobre 2019 à Toul, c’est dire s’il ne lâche rien. Sans jamais donner l’impression que c’est exceptionnel, mine de rien, de conduire le camion qui contient son Monstre, monter et démonter trois fois son orgue ou, en une journée, jouer deux fois en répète et une fois en concert (plus que fort bien, et non plus fort que bien, fi) les Goldberg. Le grand sosie de David Cassan et formidable musicien il signor Jorris Sauquet, associé à la grrrande soprano Emmanuelle Isenmann, la dame qui fait frissonner les pierres comme les humains, prendront sa suite le samedi 16 février à 20 h. Grand écran pour tout suivre en live, entrée libre, vrai orgue à tuyaux, chanteuse à deux cordes vocales même si on a l’impression qu’elle en a cinq ou dix, partant concert wow garanti. Contrairement à ce que laissent espérer cette cochonnerie de Pharaon Ier de la Pensée Complexe et ses sbires, il n’y a pas de magie, que des artistes. Merci, Mr Pascal !

Photo : Bertrand Ferrier

 


Le 1er décembre 2018, en ouverture de son concert avec Cyprien Katsaris, Esther Assuied est entrée « Dans la lumière » de Robert M. Helmschrott. Aucune caméra n’ayant gravé l’interprétation du rare diptyque de l’octogénaire allemand honoré cette saison par le festival Komm, Bach!, elle a souhaité l’enregistrer pour le rendre disponible à tous. Voici le résultat. Accrochez vos ceintures !

Emmanuelle Isenmann. Photo : Bertrand Ferrier.

Soyons précis : certains artistes du festival Komm, Bach!, découvrant le plaisir du concert en plein air d’intérieur (ceux qui jouent dans des p’tites églises l’hiver savent de quoi cause cet oxymoron), explosent en vol sur l’air du « Si tu me réinvites, c’est quand il fait chaud ». Emmanuelle Isenmann, déjà ouïe tantôt en l’église Saint-André de l’Europe pour un récital qui remua et enthousiasma ses nombreux auditeurs, avait, elle, imposé ses conditions comme toute soprano que l’on respecte : « Reprogramme-moi en hiver, s’il te plaît, je pars début février pour une tournée en Sibérie, je serai hyper au point. »

Jorris Sauquet. Photo : Bertrand Ferrier.

Donc, juste avant son départ pour les grands lacs gelés, elle est venue regoûter aux conditions extrêmes de Saint-André-en-janvier. Seule précaution, elle a demandé au grantorganiss, Jorris Sauquet de sécuriser ses volutes vocales. Sur le principe, on n’a pas protesté : après tout, c’est lui qui va l’envelopper le samedi 16 février, à 20 h, pour leur duo fracassant. Donc, la première répétition du récital a pris place ce 23 janvier.

Jorris Sauquet et Emmanuelle Isenmann. Photo : Bertrand Ferrier.

Le principe saint-andréique voulant que ce qui se passe à la tribune reste à la tribune, nous n’en dirons rien. Mais, pour ne point décevoir nos lecteurs, nous y avons volé une musiquette soufflée en fin de répétition, quand les artistes sont réputés être bien fatigués… et que le « groupe de louange » censé arriver une heure après te fait sentir que, sur l’échelle de l’art, le méchant piano en plastique sera toujours préférable dans une église à cette quantité négligeable qu’est la musique avec orgue. Du coup, on a capté au plus vite et mal ce que l’on a pu – pas grave : la vraie version du samedi 16 février, 20 h, vous y serez et savez que ce sera, juste, popopopopo. Et avec le sourire en prime.

Photo : Bertrand Ferrier

Au début, c’était simple : « Grimpe et vois ce que fabrique le facteur italien venu accorder l’orgue pour le concert de Domenico Severin, avec l’accord, ha-ha, du titulaire de l’entretien, Mr Yves Fossaert from the Manufacture Yves Fossaert. » Donc je grimpai – c’est un vertige à ma hauteur, si j’puis dire.

Photo : Bertrand Ferrier

Bon ben, une fois dans la bête, comme les restaurateurs fossaertiques ont comblé les trous qui faisaient flipper tout l’monde, c’est toujours sympa, hein. Genre : oh, y a des tuyaux ! Et de la lumière ! Carrément génial !

Photo : Bertrand Ferrier

Et y a d’la lumière à travers ! Oui, d’accord, je suis le pire photographe de l’interstellarité, mais je dois pouvoir montrer la lumière, non ? Si. Voilà. C’est ce qu’il me semblait. Et j’aimerais que, à ma mort, on rappelât que Bertrand Ferrier fut le zozo qui, à travers les fûts, aka les tuyaux d’orgue, symboliquement mais pas que, montra la lumière. Si vous pleurez pas là, franchement, belle bande d’hypocrites vous fûtes.

Photo : Bertrand Ferrier

Surtout que, soit, présentement, c’est moi qui prends des photos de brun. Mais imaginez que quelqu’un prenne de belles photos, avec un vrai appareil, un vrai savoir-faire et une sacrée post-prod, voire un orgue encore plus popopo, mazette. Ben, peut-être vous trouveriez ça spectaculaire. Alors que moi, mon souci fut tout autre, peste et bigre.

Photo : Bertrand Ferrier

Oh, jusqu’à présent, ma visite dans les entrailles du Monstre sentait le zouk et la soukouss. C’était pomme, pet, deupe. Y avait de l’émotion et de l’émerveillement. J’aurais même, tant pis pour ceux que je vais choquer, pu écrire un manuel pour les CM2, si je dois être honnête. Pis : j’aurais pu co-construire un projet de sensibilisation culturelle et transversale avec un groupe-classe de pré-sachants issus de milieux pluriels sis dans des zones à apprentissage multiple. Nan mais allô, quoi, on va pas se mentir, j’étais chaud. Et soudain, badaboum.

Photo : Bertrand Ferrier

Le monde s’est mis à trembler. À chier. Quelque chose couillait dans le ventilateur du réverbère. J’ai perçu une vibration négative. L’univers est devenu noir et blanc. Et pas dans l’esprit je veux un Oscar je m’appelle Jean Ofthegarden. Ce noir et blanc suintait l’inquiétude. Le : « Et il est où, le facteur vénitien que je t’ai confié, il est où ? » Après, je sais pas ce qu’il s’est passé. Un visage est apparu. J’ai tout jeté : de l’ail, du persil, des fines herbes… Même de la ciboulette qui poussait là, va savoir pourquoi. Forcément, le mec est tombé. J’ai chu sur lui. Je lui ai arraché son visage et j’ai fait le concert à sa place. Quand sa femme et sa fille sont arrivées, j’ai arraché mon visage et j’en ai affublé M.Chien. Right now, nobody knows the trouble I live. Ce sera, donc, notre petit secret.

Photo : Bertrand Ferrier

 

Photo : Bertrand Ferrier

Parés pour une soirée d’hiver qui dépote ? Plongez dans le monde suritalien et tout aussi survitaminé de Domenico Severin, il virtuoso importé ce soir depuis Meaux jusqu’à Saint-André de l’Europe.

Photo : Bertrand Ferrier

Pour un concert pied au pédalier, venez accrocher vos ceintures et laissez-vous subjuguer par de la musique qui sonne, sonne, sonne… et une technique à couper le souffle, à admirer gracieusement sur grantécran sous les doigts de l’artiste Komm, Bach! du soir.

Domenico Severin en répétition. Photo : Bertrand Ferrier

Pour les curieux, voici l’programme. Pour les gourmands, rendez-vous aussi après le concert pour rencontrer de vifs yeux le musicien, qui dédicacera ses disques à qui-n’en-veut. On vous attend presque déjà pour la fête des esgourdes à la sauce italienne !