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Mathieu Lours

Un premier verset à double sens

Collégiale Saint-Martin de Montmorency. Photo : Bertrand Ferrier.

 

La musique dite savante se dissimule derrière quoi ?

  • Des codes,
  • des mathématiques,
  • des usages.

Elle semble avoir bien raison de se protéger ainsi tant que ces gnagnagnas n’obèrent pas la part émotionnelle que ces machins permettent. En témoigne la pièce claquée par Mathieu Lours le 27 septembre 2024 en hommage à Yannick Daguerre. Lequel Yannick Daguerre avait claqué la susdite pièce à l’occasion du mariage de Mathieu. Autrement dit, la vie et la mort incluses résonnaient tantôt en la collégiale de Montmorency, avec

  • l’énergie,
  • l’exigence et
  • l’émotion requises.

Pour preuve ou presque de ce beau médius préalablement humecté et tendu bien haut devant la mort, la vidéo infra.

 

 

Mathieu Lours joue Girolamo Frescobaldi

Mathieu Lours à Saint-Acceul d’Écouen (Val-d’Oise). Photo non signée publiée avec l’autorisation de l’artiste.

 

Avec

  • son teint modérément buriné,
  • sa gestuelle mesurée et
  • son absence d’accent,

Mathieu Lours passera aisément pour un organiste bien franco-français à l’ancienne, ce qui, par ma foi, peut être fort sémillant. Avec

  • une douzaine de bouquins à son actif,
  • moult années à aspirer lycéens et étudiants de prépa vers
    • le savoir,
    • la culture et
    • la réflexion,
  • environ un milliard d’apparitions dans les médias d’État ou pas vraiment orientés vers la partie senestre des possibles politiques, ne serait-ce que par ces derniers s’intéressant assez peu à son cœur de compétence,

l’enseignant spécialisé dans

  • le patrimoine religieux en général,
  • l’art sacré en particulier et, singulièrement,
  • l’histoire des cathédrales

passera également pour un dilettante du clavier qui s’amuserait sporadiquement à taquiner les instruments aux multiples claviers manuels et pédestres. Pourtant, le Franco-français putatif revendique fièrement ses doubles racines plongeant à la fois dans San Leo (son bled à lui) et dans le Val-d’Oise où, depuis plusieurs décennies, il a intégré la gang des organistes liturgiques locaux.
C’est donc à double titre qu’il était invité au concert-hommage à feu Yannick Daguerre. En tant que musicien voisin de la collégiale de Montmorency, il a partagé de nombreux moments avec Yannick, autour du grand orgue et, pour la pause clope du maître, dans les hauteurs du clocher ; en tant que Français ancré dans une double culture, il vient de quelques parts, et Yannick Daguerre aimait ce genre de zozos. L’interprète a réuni ces deux caractéristiques dans une proposition 100 % italienne sur un orgue 100 % pas italien. Le pluriel commence aujourd’hui.

 

 


Pour retrouver d’autres extraits du concert, cliquer sur les hyperliens ci-dessous.
Vincent Rigot joue Eugène Gigout
Vincent Crosnier joue Pierre Cochereau

 

Échos et murmures de Yannick Daguerre

L’affiche du concert (détail)

 

Se souvenir joyeusement d’un musicien hors pair, décédé à 41 ans : tel est le défi du concert qui se tiendra ce vendredi 27 septembre, à 20 h, en la collégiale de Montmorency. Sept organistes et deux vocalistes (une chanteuse lyrique, un chanteur pas-lyrique) s’associent pour faire vibrer la mémoire d’un organiste, compositeur et artiste de variétés qui a durablement impressionné ceux qui ont croisé sa musique et encore plus ceux qui ont connu l’énergumène. Au programme :

  • des œuvres de Yannick, dont un Ave Maria qui sera chanté par Auriane Sacoman, sa créatrice, et l’iconique Pastorius toccata, dont la partition est exclusivement disponible ici,
  • des œuvres que Yannick Daguerre a jouées et enseignées à ses étudiants, dont le prenant triptyque Prélude, fugue et variation de César Franck et les impressionnantes Litanies de Jehan Alain,
  • des œuvres qui résonnent avec la personnalité, les goûts et la singularité du personnage, dont une formidable transcription du prélude des Gurre-lieder d’Arnold Schönberg,
  • un clin d’œil au tropisme « variétés » qui battait aussi dans le cœur et l’activité du virtuose classique qu’était Yannick Daguerre, et
  • des improvisations tourbillonnant autour de thèmes classiques, funk ou pop fomentés par le héros du soir,

le tout sur le grand orgue de la collégiale qui était la fierté du trublion, et en 1 h 15 de musique.

 

 

Aux manettes,

  • des collègues val-d’oisiens du monsieur (dont Vincent Crosnier et Vincent Rigot, habitués des claviers de Saint-Eustache du temps de Jean Guillou),
  • de jeunes organistes exceptionnelles comme Esther Assuied ou Catherine Gouillard, qui fut l’élève du maître, et
  • des voix très différentes qui habilleront le vaisseau Saint-Martin de Montmorency de leurs vibrations et spécificités (cliquer sur l’image infra pour agrandir le programme).

 

 

Même s’il est autorisé de remplir les corbeilles à disposition – notamment de billets de deux cents euros – afin de rembourser les frais (graphisme, édition d’affiches, SACEM, impression de programmes…) voire contribuer à défrayer en partie les musiciens, l’entrée est libre, la sortie aussi – comme l’était, farouchement, le sieur Yannick Daguerre.

 

 

La femme, la femme, la femme, toujours recommencée

 

En ce moment, y a le choix entre le genre et la mixité. Ce soir, c’est genre.

 

 

On va quand même essayer de faire de la musique : le lieu, les instruments et l’excellente Catherine Gouillard en soutien des autochtones y incitent. Let’s groove it, BB.

 

 

 

Les aventures de Jamel 4

Photo : Bertrand Ferrier

 

Au début était la méditation, nous a expliqué Jamel, expert organologue envoyé spécialement de la capitale pour examiner l’instrument de la collégiale Saint-Jean de Pézenas. Rien de surprenant pour ceux qui l’ont déjà suivi lors de ses crapahutages dans la clape ou sur la plage matinale. « La granularité sonore est d’abord un être-là », pose le Parisien d’adoption en ajoutant, patte pointée vers son bidon tout rond :

Analyser, quel que soit l’objet de l’analyse, suppose d’être ancré en soi-même. Dans cette perspective, il est sain que la nature soit la bitte qui nous rattache à notre propre nature.

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

Avant et après l’expertise, Jamel privilégie donc une intériorisation visant à accumuler l’énergie pour le moment-clé où il va devoir agir, c’est-à-dire « être l’écoute plus que l’écoutant ». Et de préciser :

Pour moi, le grain est la rencontre entre le temps et l’espace. Il n’est pas à proprement vibration ou ondulation, il est cet interstice où se doit jointoyer le projet musical et sa mise à l’épreuve face au concret. En tant qu’experts, notre rôle est donc de saisir ce jeu, sa pertinence et son potentiel, et d’en être, mutatis mutandis, le maillon véhiculatoire.

 

La collégiale Saint-Jean de Pézenas. Photo nocturne : Bertrand Ferrier.

 

En dépit de sa puissance intérieure, le sachant de la capitale ne manque pas d’humilité. Il l’avoue sans ambage :

La granularité sonore est une exigence, une ascèse, un rapport entre son et soi. Aussi est-il important d’être aussi dans l’écoute des autres, avant et après le travail. C’est dans l’échange que peut s’élaborer, se fomenter, se mettre en place, fût-ce de façon embryonnaire, ce que nous autres musicologues appelons une espèce de vérité. En ce sens, l’after est à l’évidence la suite logique de l’expertise. Le dialogue après le son, c’est encore de la granularité.

 

À Pézenas, rencontre entre l’expert ès granularité sonore Jamel l’ours et Lours Mathieu, organiste et historien de l’architecture. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Las, même le travail a une fin ! L’envoyé de la firme Sleepy & Partners n’a pas manqué de se ressourcer une dernière fois en marchant dans les arbres avant de regagner la capitale, son job accompli. Lui reste à rédiger son rapport – sur lequel il n’a rien pu nous dire, confidentialité oblige, sinon qu’il chercherait à y décrypter « la spécificité et la polymorphie de la granularité sonore de l’orgue de la collégiale Saint-Jean ». Encore et toujours cette fameuse granularité sonore… Gageons que nous continuerons de l’explorer grâce aux enquêtes minutieuses et sacrément secrètes de ces experts !

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

Éloge anthume post-mortem

De Sarcelles à CompostelleEn 2010, paraissait De Sarcelles à Compostelle. La mémorable histoire des deux fous qui voulaient voir Saint-Jacques (Les Portes du Soleil) – un récit de voyage de Mathieu Lours auquel j’avais prêté la patte. Ce récit trépidant (et en vente ici, faut pas déconner) était émaillé de portraits. Dont celui d’Odette, qui vient de décéder. En hommage à la plus improbable des vigies de tribune, voici ce portrait qui l’avait, m’a-t-on dit, beaucoup fait rire.
Ah, et oui, je sais, c’est moche ; mais celui qui veut m’offrir un nouveau scanner n’a qu’à me l’offrir, na.
Odette 1 Odette 2 Odette 3

Simple comme du Husserl

Mode d'emploiPour allumer l’orgue de Saint-Acceul d’Écouen, il suffit de… Oh, et puis, lisez, mârde. Parce que, après, le plus compliqué reste à venir.

Un peu d’orgue, mais avec courtoisie !

La vedette de Radio-Courtoisie : le cochon anti-franglais
La vedette de Radio-Courtoisie : le cochon anti-franglais

Invité à Radio-Courtoisie par Vincent Beurtheret et Annette Ventana, pour y parler de L’Homme qui jouait de l’orgue. Par ma foi, qu’importent inepties et maladresses, on fait c’qu’on peut avec c’qu’on a, ma brave dame…
Première partie (12′) : devenir organiste


Deuxième partie (19′) : exercer comme organiste


Troisième partie (21′) : survivre comme organiste

Missa manga

Sur une idée et des propositions de Mathieu Lours, pour fêter ses vingt-cinq ans de squat à la tribune de Saint-Acceul d’Écouen (Val-d’Oise), j’ai arrangé quelques tubes de dessins animés d’antan en chants de messe pour une inoubliable, au moins, Missa manga. Voici quatre extraits du nouveau kyriale. Le Kyrie est adapté de « San Ku Kai », le Gloria des « Cités d’or », le Sanctus de « Goldorak », l’Agnus Dei de « Heidi ». Pour les gourmands, rendez-vous ce dimanche à 16 h à l’église d’Écouen pour une battle d’improvisations, feat. Vincent Rigot, herr titulaire of Saint-Louis-en-l’Île… et moi-même-je, quand même.

Kyrie de la Missa manga

Gloria de la Missa manga

Sanctus de la Missa manga

Agnus de la Missa manga

Et hop !

Écouen, Festival du Connétable, 24 mai 2015

Des clefs, des vraiesPour accéder à l’orgue d’Écouen, il faut d’abord jouer d’un vrai, d’un beau trousseau.

La console avant le concertEnsuite seulement, on peut profiter d’un instrument jadis historique, désormais en voie de décomposition avancé, qui attend sa résurrection dans un environnement professionnel. Pour preuve, Mathieu Lours, le titulaire, a bien rangé son bordel pour notre venue. Ah non, pardon excuse, je devais écrire : Mathieu Lours, le titulaire, a choisi de laisser les musiciens prendre leurs marques dans une ambiance cosy et décontractée, où le cool est le néo-bordel.

Le détail qui tue et qui sauveSuite à la chute et à la disparition dans le meuble d’un bitouniou permettant, sans aucune justification technique, d’éviter les cornements, nous avons sollicité l’assistance de saint Joseph, sans lequel ce concert aurait ressemblé à un long et lancinant couac d’une heure environ. À l’ex-Cité de la musique, ce serait un mélisme ductile très stable qui assure une assise formelle séduisante lors d’une prestation de l’Ensemble InterContemporain – pour le Festival du Connétable, ç’aurait juste été sa mère pas possible.

Public 1Et c’eût été dommage, car le public était venu battre les records d’affluence dans l’église, au point que le monument a dû être fermé dix minutes avant le concert car la jauge maximale était déjà largement dépassée. Yes, sir – comme dirait (as might say, du verbe to say, said, said, saiden, saidenned et je me souviens plus de l’ablatif irrégulier) peut-être (maybe, perhaps, who knows, as far as she’s concerned, where is my umbrella) Françoise Dauchel, l’organisatrice ex-prof d’anglais, et son époux-présentateur.

Public 2Bref, merci, mon public. Mon public à moi. À moi tout seul. (Et surtout au trompettiste Rémy Richard, mais bon.) Grâce à vous, à Mathieu Le Cosy, aux organisateurs et au pouët-pouëtman professionnel qui m’accompagne, ce dimanche de Pentecôte, j’ai donné un joyeux concert orgue et trompette à l’église Saint-Acceul d’Écouen.