Victoires du jazz, Siège de la SACEM, 25 octobre 2018

Photo : Bertrand Ferrier

C’était une invitation inattendue : assister à la cérémonie des Victoires du jazz. Dispo, j’ai sauté sur l’occasion. Celle d’entendre Rhoda Scott et les trois filles qui l’accompagnent (en sus d’Eugénie, première et souriante représentante de sa garde rapprochée), dans un douillet répertoire jazzo-presque-funk parfait pour remettre un coup de live dans une soirée curieusement plus soucieuse de film que de musique vivante.

Rhoda Scott. Photo : Bertrand Ferrier.

L’occasion aussi d’apercevoir, alors que des huiles du Snam-CGT débarquent, des personnalités qui ont l’air au moins aussi chouettes.

Photo : Bertrand Ferrier

Et puis, l’occasion de découvrir ce genre de cérémonial – compter trois heures avant de profiter de l’excellent champagne et des fromages de folie. Cérémonial au cours duquel on chante la louange des femmes, même si, hors technique, elles sont juste admirées pour leur voix comme celle de Cécile McLorin Salvant – on admire le toupet à s’étouffer de Culturebox titrant « Les femmes de retour au palmarès », faut quand même des bullocks pour la sortir, celle-là.

Cécile McLorin Salvant. Photo : Bertrand Ferrier.

Cérémonial qui offre aussi l’opportunité de s’offusquer de la consanguinité et de l’endogamie de ce minimilieu. Par exemple ? Nombre de lauréats ont pour ingé son l’ingé son qui a gagné la victoire technique de la catégorie. Le label de l’année est remercié à plusieurs reprises. David Enhco est récompensé par deux trophées (y avait-il donc si peu d’artistes intéressants cette année pour attribuer deux coups d’pouce au même ?), en bon membre de la tribu Casadessus… à laquelle appartint Didier Lockwood, auquel fut rendu un hommage en ouverture.

David Enhco et Laurent de Wilde. Photo : Bertrand Ferrier.

Dans le même esprit, Sandra Nkaké, candidate au titre de Voix de l’année (que des filles sur la ligne de départ), est recasée comme présentatrice – l’occasion pour elle de montrer que sa voix n’est point si laide que cela. Sophie Alour concourt au titre d’artiste de l’année – or, elle est aussi l’un des deux sax de Rhoda Scott, Victoire d’honneur 2018, etc. Dès lors, cet entre-soi ronronnant dans une musique de belle facture omet même de définir ce qu’est un « album inclassable », quoi que ce titre vaille Victoire à Raphaël Imbert – pourquoi proposer un critère quand le copinage paraît subsumer toute réflexion ?

Raphaël Imbert, malade mais présent. Photo : Bertrand Ferrier.

Un film sur les victorieux sera à voir sur France 3 le 1er décembre à 00 h 35 (le jazz reste le jazz, quand même : plus tôt serait trop tôt) avec des phrases comme : « On a commencé à travailler ensemble il y a quelques mois, on va enregistrer l’album très bientôt », qui laissent songeur. Par chance, les ploucs comme moi permettent à la SACEM de bien recevoir ses invités à Neuilly-sur-Seine, ce qui n’est pas négligeable. Disons que, soucieux d’être à la hauteur de notre doulce réputation, nous tâchâmes d’honorer cette invitation avec dignité. Au nom du jazz, bien entendu.

Depuis une terrasse de la SACEM. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Ce contenu a été publié dans La musique des autres, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.