Aujourd’hui, on fait la quête : il reste deux semaines à peine pour que chacun – ça fait un peu de monde, youpi – se transforme en co-acteur de la chanson vivante. En clair, tout lecteur de ce post est sollicité pour verser des soussous dans la popoche d’Ulule, afin de m’aider à inventer un album de 44 chansons, dont l’enregistrement est imminent.
Bien sûr, comme vous l’avez noté avec finesse et lucidité, cela donne l’impression que je considère chacun d’entre vous comme, disons-le, un étincelant veau d’or – dont Ricet Barrier aurait stipulé « C’est pas l’veau qu’on adore, c’est son côté sponsor ». Mais le pire, c’est que cette impression correspond exactement à la réalité.
Découvrez tous les détails du projet et, si le portefeuille vous en dit, participez à cette expérience à la fois solo et communautaire en cliquant ici. Déjà, vous savoir prêts à dégainer votre carte bleue gold privilège me fait hautement zizir. Grâces vous soient rendues, lecteurs aux poches profondes et généreuses.

Avant. Photo : Bertrand Ferrier.

Voilà. On va pas se mentir, madame Lucet(te) : aujourd’hui ont commencé sérieusement les choses sérieuses. Vendredi 18 janvier, quatre lurons débarqueront sur une scène parisienne pour la première du spectacle « Bertrand Ferrier chante Michel Bühler ». Titre un peu mensonger, soit dénoncé en passant, car trois autres zozos viendront swinguer les hymnes du plus grand chanteur suisse vivant, en présence de l’artiste et de l’un de ses compositeurs : Jacques Bon, dit Jack Good, jouera du cor anglais, du hautbois et du basson ; Fabrice Dupray, dit Fabrice Dupray, zèbrera l’espace avec sa voix de baryton ainsi que sa trompette aux mille – environ – embouchures et sourdines ; enfin, Michaël Koné, dit Michaël Jaxon, sera récitant et haute-contre. Du coup, avant la première des répétitions en ensemble, l’alcool et la drogue ont été grandement sollicités (photographies non retouchées, hélas).

Avant mais moins avant. Photo : Bertrand Ferrier.

Avouons-le : cette ambiance entre destroy et glucose a permis à tel artiste de se déchausser une dent donc de louper la répète pour draguer son dentiste, et à tel autre de recevoir l’une des pires nouvelles de sa vie. Mais les survivants ont été impitoyables – la musique avant tout. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que l’on ait franchi un step détonnant qui n’a pas détoné dans l’horreur du chobiz : en effet, malgré les avertissements de celui qui se prenait pour la vedette, un vassal a commis l’irréparable – il a bu, à peine si j’ose l’écrire, un verre d’eau. Sans anches doubles dedans, et cependant… Même moi, j’ai détourné les yeux – et pourtant, chu courageux. Seule Mimi a osé fixer l’événement. Le commentaire qu’elle en a tiré est inclus dans le regard.

Pendant, le meilleur moment. Photo : Bertrand Ferrier.

Quand le foufou s’est remis de cette émotion où l’effroi le disputait – au moins – au sentiment d’absurdité comparable à la consternation de ce slip né avec un seul trou, la répétition a pu repartir sur des bases un peu plus groovy, ainsi que l’indique, avec classe et discrétion, le surgissement du prétérit dans la phrase suivante. Le trompettiste demanda, tadaaam, au bassoniste de jouer « comme quand tu pètes avec ton abdomen lors d’une quinte de rire » ; le hautboïste suggéra au baryton de chanter quand la partition l’exigeait et de cesser d’émettre quand la partition l’exigeait aussi ; le chanteur soliste eut besoin d’un couplet et demi pour admettre que tout le monde était décalé d’une mesure « au moins, ou si ça se trouve vous jouez pas le même chant » (la seconde hypothèse fut avérée, comme quoi, j’ai une oreille hyperspicace). Encouragé par le potentiel gigantesque de cette cacophonie, l’on yodela, l’on modela des harmonies, l’on sculpta des rythmes, l’on tonifia des sons, l’on frictionna des contrechants, l’on fomenta des breaks, l’on dissona des évidences, l’on expérimenta des impossibles, bref, l’on constata qu’il était judicieux que cette répétition fût la première des répétitions d’ensemble car, eût-elle été la dernière, le célèbre « J’ai vu de bonnes choses, je ne veux retenir que le positif, maintenant à nous de faire fructifier les fondamentaux sans bégayer notre jeu » eût, on le peut craindre, paru quelque peu dilatoire.

Genre on bosse. Photo : Bertrand Ferrier.

Les réserves de thé étant épuisées, l’on convint de remettre la prochaine fausse note à la répétition suivante. Mimi laissa savoir qu’elle ferait son possible pour y assister mais pas sûr. Je vois pas pourquoi.

20161031_220811Répétition difficile. Un mec en slip habitait mon piano en plastique. J’ai dû trouver un argument pour l’inciter à se translater de quelques mètres. Je l’ai suivi pour partager, mais c’est moins ma faute que l’habitude de jouer dans les bistros, je suppute.Sleepy et La Plaid'

RER DrancyUne Rom qui demande argent pour manger bébé. Un rasta qui finit sa pelouse. Un couple tamoul qui s’engueule. Un djellabiste qui récite son chapelet. Un mec qui se demande si un G6 ne remplacerait pas avantageusement le banal E7 au troisième temps de la mesure 15 dans « Quand on n’a que l’amour ». Une Africaine qui mâche un truc peu ragoûtant en triturant son gros sac. Un Arabe qui insulte son interlocuteur au bout d’un GSM. Bientôt, il va pleuvoir sur la route d’Aulnay-sous-Répétitions, mais la météo n’en a rien dit.

Répétition au Magique, le 10 septembre 2015. Photo : Josée Novicz.

Répétition au Magique, le 10 septembre 2015. Photo : Josée Novicz.

Entrer dans la lumière d’une répétition technique pour le concert du 18 septembre au Magique : check. Quelques places encore disponibles ici !

Bertrand Ferrier au Café Oz (Paris 9). Photo : Adam Brislee.

Bertrand Ferrier au Café Oz le 10 mars (Paris 9). Photo : Adams Brislee.

Madame,
Plusieurs années durant, je vins chanter dans votre estaminet, à raison d’une dizaine de concerts par an.
Vous m’y accueillîtes gracieusement, faute de m’y accueillir avec grâce. Cela ne fut pas sans accroc. Parfois, le piano que vous promettiez de fournir avait perdu son fil d’alimentation, et je chantai à la fois ici et a capella (vous me remerciâtes même d’avoir été cordial en dépit de ce gros contretemps, vous en souvient-il ?). Souvent, le piano n’avait pas de sustain, la pédale étant hors service (mais je dus être trop doux avec vous car, quand je vous le signalai après un concert, vous paniquâtes en pensant que Valérie Mischler, qui chantait le vendredi suivant, ne s’en satisferait point). Il arriva que, la Préfecture de Police débaroulant, vous nous demandâtes, en présence – à votre insu – d’un commissaire de police, de feindre que le concert était une répétition. Il advint aussi que vous fixâtes par un pan le piano au mur, de telle sorte qu’il ne pouvait plus se retrouver face spectateurs (j’inversai donc notre place avec celle des auditeurs afin qu’ils pussent nous voir). Vous reconnaîtrez que, toujours, je fus de bonne composition, tentant de transformer ces aléas du direct en ingrédients donnant saveur au spectacle.
Dans votre troquet désert aux heures où je performais, je chantai donc avec plaisir et exigence, y compris à des dates qui ne m’arrangeaient pas spécialement mais où le programmateur me demandait de revenir pour ne pas laisser le silence envahir l’été – par exemple. Chacun des concerts fut documenté par des vidéos mises en ligne sur YouTube, assurant sinon une notoriété, soyons lucides, du moins une cyberaudience potentielle à votre établissement.
En guise de redevance à payer, je bus dans vos verres avec mes spectateurs (jamais vous ne prîtes la peine de promotionner les concerts que je donnai, ni sur Facebook, ni autour de votre zinc), au nombre variant de trois à une vingtaine – les spectateurs, pas les verres, hélas. Pour cela, nous poireautâmes parfois un quart d’heure avant de voir apparaître quelqu’un susceptible de prendre notre commande, mais nous restâmes car cela me paraissait sain de pay our debts – enfin, surtout la mienne ; et nous acceptâmes même, pour les moins alcooliques d’entre nous, de siroter chez vous un fond de Coca servi sans vergogne et sans sourire à partir d’une bouteille de 2 litres entamée depuis lurette et conservée plus souvent au chaud qu’au frais. À quelque quatre euros la bubulle, c’est, vous l’admettrez, perfectible. En échange, jamais, saluons cette constance, vous ne m’offrîtes un godet contre la glotte sèche qui guette parfois l’artiste après son travail (avant aussi, d’ailleurs, sans parler de pendant, mais c’est pas la question).
Admettons que tel est le destin des mini-chanteurs. Ceux qui peuvent – parfois – se produire avec une exigence professionnelle, mais à qui on demande moins un talent ou un travail  que « d’avoir un réseau ». Ceux qui ne sont pas programmés pour leur musique mais pour leur capacité supposée à « faire venir du monde ». Bref, ceux qui, comme moi, acceptent volontiers, puisque c’est leur lot, de travailler en chantant « pour rien », et se sentent même chanceux quand, à défaut d’être payés, ils n’ont rien à payer – sauf leur bière, bien sûr.
102_7366Or, le programmateur de votre manière de salle de spectacles, personne avec laquelle cordiales et, oh, nettes furent toujours les relations, m’apprend ce jour qu’« on m’a demandé de ne plus te programmer, désolé ». À ma demande d’explication, silence. Dans la mesure où je fus toujours correct avec vous, où j’assurai chaque concert annoncé et ce, avec la même exigence de 2011 à 2015 (ponctualité, présentation, réalisation d’affiches spécifiques, diffusion de l’information, petit écot final via les consommations), dans la mesure où, j’insiste, nous payâmes notre dû en nous désaltérant a posteriori (a minima) dans votre bistrot sans jamais la moindre ristourne – qui en rêva ? Manu, peut-être… (pas pu m’en empêcher) –, je suppute que l’affluence à mes concerts ne vous suffisait pas, quand bien même, la plupart du temps, vous n’eussiez eu aucun client au bar, avant notre débarquement, et alors que, généralement, aucun artiste n’avait sollicité la date qui m’avait été attribuée.
Dès lors, voyez-vous, madame, ce n’est pas cette hypothèse mercantile qui me choque. Je la comprends pour deux raisons. D’une part, comme vous, j’ai besoin d’argent. D’autre part, cette exigence est appliquée par nombre de vos semblables, prétendissent-ils être chansonnophiles, qui programment les chanteurs selon les seuls critères des limonadiers qu’ils sont professionnellement. Cette réalité est, pour partie, attristante, décourageante, mais légitime et intelligible. Seuls s’en offusqueront ceux qui croient, c’est-à-dire ceux qui feignent de croire, que small is always fair et que les majors jugent l’artiste à sa capacité de monétariser son éventuel savoir-faire ou sa possible dissonance, au contraire des petites salles de spectacles. En vérité, je me le dis, il n’y a pas là de quoi s’offusquer, hélas pour moi. En revanche, de votre lâcheté, oui, il y a de quoi s’offusquer. Après mon dernier concert, n’eûtes-vous pas, salope, la délicatesse de me lancer, alors que vous aviez scellé mon sort : « À la prochaine ! » Rigoliez-vous, dans votre puanteur de for intérieur, en prononçant ces mots judassiens ?
Soyons clairs : m’eussiez-vous signalé que le chiffre d’affaires que je générais ne satisfaisait plus votre appétit, je l’eusse eue mauvaise – à quoi bon prétendre le contraire ? –, mais je l’eusse accepté ainsi que je l’acceptai, bien forcé, en d’autres lieux. Prétentieux comme un chanteur, oui, mais fair-play. En revanche, que vous n’ayez pas eu la décence de me le signifier en direct, alors que je considère avoir, certes, « profité de vos locaux » mais tout autant travaillé pour votre bénéfice, me pousse, ce jour, à vous envoyer une lettre ouverte parfumée à la poudre de merde. Vous aurez ainsi, madame, une idée de l’estime dans laquelle votre comportement me fait tenir votre couarde personne.
Avec mépris,
Bertrand Ferrier.

Répétition du concert du 2 septembre dans les locaux prêtés par le Chœur de la Ville. Reportage photographique : Josée Novicz.

Hier, 25 septembre, soirée (et nuit) de travail autour du site avec Vincent G., son créateur. La photo ci-d’sus donne l’idée d’une soirée passée avec ce type déglingosse auquel aucun ordi ne résiste.
Aujourd’hui, 26 septembre, midi (et après-midi) de travail autour du spectacle avec Olivier B., acteur, metteur en scène, auteur et ami (même si c’est super impressionnant de travailler avec lui, genre : je peux avoir un autographe ? – mais on s’connaît depuis 1997 – ouais mais quand même). J’ai pas pris de photo de la table : elle aurait été beaucoup plus classe, mais moins rigolote car on a surtout mangé des légumes, c’est moins photogénial.
Ce soir, 20 h pile, concert au Connétable (55, rue des Archives / 75003 / Métro : Rambuteau). Entrée gratuite, chansons voyageuses. Vous y entrapercevoir serait une faribole très bimbo !