Photo : Bertrand Ferrier

… et ce sera comme une virgule dans un monde de points, comme un ressort dans un monde de plombs, comme un doigt d’honneur dans un monde de lèche-culs. Un doigt d’honneur à la tristesse, à l’anxiété, à la finitude, à la mort.
Plus simplement, une nouvelle interprétation de la Pastorius toccata par un artiste du festival Komm, Bach!. Une conclusion festive au récital exceptionnel d’Aurélien Fillion. La rencontre ravivée du groove virtuose avec la grosse machinerie de l’orgue. Le tout dans l’idée du partage au moment où, après avoir massacré les services publics en général en général et la santé en particulier, la dictature hygiéniste tente de museler la culture pour commencer et la France dans la foulée.
C’est une poussière dans l’espace, dans la souffrance des suffocants, dans le respect des morts séparés de leurs proches pour complaire des experts de mon cul, mais c’est une respiration. Ça s’appelle la Pastorius toccata, c’est Aurélien Fillion qui conduit, et quoi qu’il nous arrive dans les jours qui viennent, c’est fort d’être embarqué dans cette aventure.

 

Photo : Rozenn Douerin

Dans ce monde de mollesse et de soumission, de compromis moches et de trucs pas nets, Aurélien Fillion stands his ground. Il savait. Savait que Paris serait vide, hanté par the invisible menace, hanté par la promesse d’une mort imminente et longue, hanté par les conséquences d’un gouvernement qui a contribué à la destruction du service de santé publique et a contraint à la démission, devant le maxistress, sa ministresse de la Santé.
Français exporté depuis onze ans en Belgique néerlandophone, le jeune virtuose a osé tenir sa parole. Il est donc venu à Paris propulser de la musique à la gueule du virus, fomenter un concert de Carême con fantasia, rencontrer un public curieux quoique pas forcément frotté de musique savante récente.
Le résultat est forcément joyeux. Intérieur. Profond. Et la photographie de Rozenn Douerin rend bien cette intensité sans concession, sans rage, sans mépris. Cette concentration qui fait l’artiste et qui renvoie dans les cordes les souffrances qui nous attendent demain. Le 14 mars, Aurélien Fillion nous a envolés. A bousculé les oreilles habituées à la musique classique de bon ton. A proposé son concert, sa vision, son art. Et c’était chouette, bis inclus. Démo en vidéo.

 

Photo : Sandra Aquilanti. Reproduite avec l’aimable autorisation du modèle.

Vous êtes beaucoup à n’avoir pu assister au récital d’Aurélien Fillion, qui restera sans doute comme le dernier concert avant la fin du monde. Obligations, rangement des rouleaux de papier hygiénique, peurs, éloignement et sensibilité à l’art anxiogène de Pharaon Ier de la Pensée complexe ont pu saper votre amour de la musique vivante, en dépit de la promesse d’un récital original, personnel, engagé, exigeant et puissant – promesse tenue et bien tenue.
Pour célébrer cet événement et combler un peu du temps confiné que l’on nous promet, voici le début de notre minisérie qui permet de revivre le meilleur du concert comme si vous y étiez – ou y aviez été. Bonne découverte de ces vidéos choisies avec l’artiste en personne, belle réécoute et joyeux courages à tous.

 

Photo : Bertrand Ferrier

Il vient, il est là, il répète. Malgré l’écrasement des droits sociaux, le défonçage des retraites, l’usage dégueulasse du 49.3, tous ces écrans des fumée chargés de dissimuler la gravité du coronavirus et de la chute des Bourses (avec une cap, merci), Aurélien Fillion a tenu parole. Il a quitté sa Belgique néerlandophone pour se risquer dans l’une des pires zones du monde, bien en-deçà de Wuhan.
Il est à Paris, et il vient claquer un programme grandiose, réservé à ceux qui aiment rêver, kiffer la vibe qui vient, se laisser porter. Il mixe des compositeurs entre eux. Il défie la tonalité avec l’un, frictionne les cheveux du cluster avec l’autre, défrise la virtuosité avec la partition du dessous (et du dessus). Le tout pour le plaisir de faire de la musique.

Photo : Bertrand Ferrier

Ce samedi, Aurélien Fillion ne vient pas toucher son chèque : y en a pas. Le mec qui a joué sur quelques-unes des plus belles orgues de France et d’Islande – entre autres – et devait jouer à Notre-Dame de Paris sera à Saint-André-de-l’Europe pour partager son talent, ses goûts musicaux, sa versatilité – sa liberté en somme.
Le loufoque qui manie la flûte à bec et l’électro, les claviers et la composition, qui est aussi Belge que Français et réciproquement, propose donc un programme prestigieux de musique essentiellement récente et pourtant parfaitement accessible à toutes les oreilles de bonne volonté. Ou pas.

 

 

Moi, j’aime bien que ce soit pas accessible. Je sais pas ce que c’est, de la musique accessible. J’en veux pas, de la musique autoproclamée accessible. Y a pas de musique accessible, y a que de la musique méprisante, dans cette appellation. Donc j’espère que la musique propulsée par Aurélien ne sera pas autoproclamée accessible. Ou, a minima, pas que.
D’autant que, ce week-end, quasi tous les concerts d’orgue (et pas que) sont annulés, sauf celui-ci, qui sera ouvert aux quatre-vingt quinze premiers spectateurs à se présenter. Na.

Photo : Bertrand Ferrier

Désintégrant les craintes sous lesquelles un gouvernement totalitaire tente de nous asphyxier, l’artiste a choisi de nous offrir un récital d’une heure autour de ce qui le fait vibrer, partant ce qui nous fait plonger dans la magie de l’orgue, ce qui fait fi des chapelles et des gnagnagnas, bref ce qui nous propulse dans une proposition puissante, diffractante, différente.
Voilà, donc, ce qui justifie que l’on se bouge la partie postérieure et ce qu’il y a autour pour profiter d’une heure de musique gratuite, avec grantécran, et sans interdiction de se laver perpétuellement le masque avec discrétion et un gel hydroalcoolique.

Photo : Bertrand Ferrier

Ne laissons pas la peur gouvernementale nous asphyxier. Ne laissons pas la voracité des financiers profiter de nos fatigues. Ne laissons personne nous diminuer. Nous sommes plus forts que nous pensons. Moins cons que ce qu’ils tentent de nous convaincre. Nous sommes plus vivants.
Je n’imagine pas plus puissant doigt d’honneur contre ces humiliateurs qui nous gouvernent et tentent d’asphyxier la culture après avoir insulté les artistes – je n’imagine pas de plus tonique doigt d’honneur, dis-je, qu’un concert wow, varié, audacieux, sincère, improbable, pour bien marteler que – alors que Pharaon Ier de la Pensée complexe et ses sbires tentent, ces nabots, d’étouffer autant qu’ils le peuvent la beauté et la rencontre – nous sommes des êtres debout, capables, sensibles, intelligents. Aucune manipulation ne nous écrasera, bon sang.

Photo : Bertrand Ferrier

Le concert de ce samedi est historique. C’est l’une des rares manifestations parisiennes qui ne soit pas annulée. C’est une prestation proposée par un grand virtuose qui a bossé non seulement pour être au taquet techniquement, mais aussi pour être au taquet spécifiquement (chaque orgue étant particulier, seul le concertiste motivé arrive en avance pour répéter, tester, mettre ses Post-it verts ou roses, reprendre et retravailler in situ). C’est un récital où, pour la deuxième fois consécutive, un compositeur de renommée internationale est susceptible de venir écouter l’interprète jouer une de ses pièces monumentales. C’est un moment de partage aux heures où la politique tente de cliver les ploucs que nous sommes.
Ne les laissons pas faire. Venons applaudir Aurélien Fillion.

Parce que ça joue et que l’on va pas juste écouter de la musique bizarre : on va vibrer. Ensemble. Ça ne gâche rien.

 

Photo : Sandra Aquilanti reproduite avec l’autorisation du modèle

Le prochain concert du festival Komm, Bach! célèbre l’orgue surtout récent et le talent d’un jeune organiste-flûtiste à bec-compositeur du nom d’Aurélien Fillion. Alors, bon, sur ce site, on est cash, donc on dit les choses tout rond, parce qu’une tautologie n’a jamais nui aux blagues de Toto : le mec ne comprend rien à rien. Mais rien. Tu sais, le genre de mec à qui tu demandes s’il n’a pas un extrait apéritif pour ses futurs fans parisiens et qui s’écrie : « Si, j’ai un extrait de concert à Stykkisholmur… » Désespérant.

 

 

Imaginez, simplement, un festival destiné à tous, mélomanes comme curieux, et un hurluberlu qui dit : « D’accord, je viens, et j’ai un programme qui va vous plaire. » Nous, fantaisie du jour ou whatever, nous devons répondre un truc du genre : « Super. » Donc le mec vient. Il vient, hein, c’est pas une blague. Il sera là le samedi 14 mars, à 20 h 30.

 

 

Cash, lui aussi. Avec du Jehan Alain, du Johann Sebastian Bach, du Louis Vierne et du Yannick Daguerre, admettons. MAIS aussi du Jean Guillou, du Laurent Carle, du Jean-Pierre Leguay et du Valéry Aubertin.

 

 

Ça sent la découverte, l’inattendu, l’improbable et le métissé.
Ça sent l’enthousiasme d’un public qui n’aura pas eu peur du truc censé être horrible, imbittable, réservé aux abonnés de l’Ensemble InterContemporain, cette ignominie (quand on pense qu’il y a tant de migrants et que l’on continue de donner de l’argent à ce genre de bruit…), bref, de la musique d’aujourd’hui en général et de « l’orgue contemporain » en particulier.
Ça sent la diversité, le choc et la respiration dans un monde « récital d’orgue » souvent engoncé entre Bach, un romantique, Thierry Escaich, un romantique et une improvisation pour finir. Ça dure 1 h 10 max tout compris, c’est gratuit avec écran géant pour suivre tout le concert en direct et programme pour comprendre ce qu’est-ce qui s’passe ; et, à la fin, avec un peu de patience, on peut aller boire un coup avec l’artiste même si on n’a pas acheté son disque.
Bref, si vous aimer les expériences, la grande musique souvent inconnue et les frissons, bienvenue, on sera heureux de partager ces émotions. Juste, faites un effort : venez pas à plus de 5000. Juste 4999, c’est bien, ça nous permettra de nous soumettre aux lois scélérates de Pharaon Ier de la Pensée complexe. Merci d’avance.

Photo : Bertrand Ferrier

La quatre-vingtième approche. La soixante-dix-neuvième d’abord, mais bientôt quand même.
Merci aux artistes, au public, aux artisans, à la paroisse et aux instigateurs.
Let’s get going.


Komm, Bach!, saison 3, c’est fini ! Forts du succès croissant de la manifestation, du soutien et de la paroisse qui l’accueille, et des artistes qui nous font l’amitié – le mot n’est pas vain – de venir se produire, et du facteur Yves Fossaert qui, après avoir brillamment restauré l’orgue avec ses ouailles, reste toujours aussi réactif que compréhensif devant les impératifs et aléas propres à une telle manifestation, il est temps pour nous d’envisager, avec une modestie touchante, notre passage à l’ère Vivaldi.
En effet, dès le 21 septembre, nous égalerons le nombre de saisons d’Antonio – des saisons tour à tour primesautières, enténébrées, vaporeuses, fuligineuses, déstructurées, aguicheuses, frissonnantes, tressailleuses et sifflotières, pourquoi pas. Puisque voilà l’été, voilà l’été, voilà l’été qui, pour les aficionados de Komm, Bach! est cette « étrange saison où il neige sans discontinuer », il nous revient de donner appétit à tous en révélant enfin le programme de la saison qui nous attend – et ce, dans la mise en page de la graphiste qui a accepté de succéder à l’excellente Tomoë Sugiura, Marie-Aude Waymel de la Serve.
Au programme ?

  • 21/09, Journées européennes du patrimoine
    • 17 h : visite commentée de l’orgue
    • 20 h : concert à deux organistes, avec Benjamin Pras et Hervé Désarbre
  • 05/10, Nuit blanche
    • 20 h : orgue, basson et bombarde, avec Jean-Pierre Rolland et Jean-Michel Alhaits
    • 21 h 30 : best of pipe organ, vol. 2, avec François-Xavier Grandjean
    • 23 h : orgue et lumières, « Nuits et brouillards » avec Clément Gulbierz, Loïc Leruyet, peut-être Madeleine Campa et, à tous les coups, Bertrand Ferrier
  • 12/10, 20 h : orgue et saxophone du Québec, avec Jacques Boucher et Sophie Poulin de Courval
  • 16/11, 20 h : orgue et récitant de Bretagne, avec Michel Boédec et Anne Le Coutour
  • 07/12, 20 h : orgue et soprano, avec Jorris Sauquet et Emmanuelle Isenmann
  • 24/12, 20 h : concert de la veille don’ Noé
    • 15 h : visite commentée de l’orgue pour petits, grands, moyens et autres
    • 15 h 45 : concert tutti frutti pour tous
  • Le mois des quatre samedis
  • 14/03, 20 h : grand récital d’orgue contemporain, avec Aurélien Fillion
  • 28/03, 20 h : concert à deux organistes, avec Camille Déruelle et Anna Homenya
  • 09/05, 20 h : grand récital catastrophe avec Esther Assuied
  • 23/05, 20 h : grand récital d’orgue avec Serge Ollive
  • 06/06, 20 h : grand récital d’orgue avec Denis Comtet
  • 21/06, Fête de la musique (avec la participation du Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris)
    • 14 h : le choix de Christophe Mantoux – Midori Abe et Vladimir Korolevsky
    • 15 h : orgue et chœur, avec les élèves de Sylvie Mallet et la Maîtrise de Paris dirigée par Edwige Parat
    • 16 h : la pépite de Christophe Mantoux – Liubov Nosova
    • 17 h : Bertrand Ferrier & friends play Ferrier