Grâce à la complicité d’Olivier Buttex, nous poursuivons de façon plus approfondie l’exploration du catalogue de VDE-Gallo, célèbre maison suisse de « musique savante » mais pas que. La preuve avec ce florilège de Pierre Chastellain, rassemblant « quelques plages » de 1976 à 1980, avant qu’il ne renonce à cette carrière. Signe, au besoin, que la chanson suisse de qualité ne s’arrête pas à Michel Bühler (même si, dans les crédits du présent disque, l’on retrouve un certain Léon Francioli, collaborateur de fond du sieur Bübü) ou à Sarcloret.

Lors de sa période d’activité chansonnistique, cet ex-sosie de Jean Ferrat développait alors une chanson volontiers poétique voire lyrique, tantôt comme auteur-compositeur-interprète, tantôt comme interprète de Pierre Ellenberger ou Gil Pidoux, côté textes, Alfred Thuillard côté musiques. D’emblée, on note la qualité du mastering signé Jean-Pierre Bouquet, qui transforme des vinyles de la fin des années 1970 en CD parfait (allez, pour montrer que l’on a écouté, il semble que le montage de la piste 9, 1’20, eût néanmoins pu être affiné ; et la reprise des cordes façon Jacques Walmond n’a pu clarifier miraculeusement la bande originale). Il faut bien ce travail, subtil car jamais dénaturant, pour apprécier la diction plus précise que précieuse du chanteur, pas très loin d’un Jean-Marie Vivier, l’emphase en moins (ce que certains apprécieront…). Le texte est si bien chanté que l’on s’amuse à repérer les moments où la langue a quasi fourché – comme pour ces « trompettes dernières » qui passent juste-juste, piste 3, 1’20 – toujours ce 1’20, comme pour la piste 9 : malédiction ou hasard scientifique ?

Alors, Jean Ferrat ou pas Jean Ferrat ?

L’ouvrage est joliment travaillé, avec tantôt un côté Jean Ferrat, forcément, l’engagement profitable en moins, tantôt une verve façon Jacques Brel par certains accents d’amplification, voire, lors d’une amusante quasi-parodie québécoise, une once évoquant la vitalité du barde alsacien Jo Schmelzer (« Les amours parallèles »). Les arrangements sont-ils datés ? Souvent, logiquement, et c’est tant mieux ! Certes, l’on a goûté, grâce au formidable pianiste-et-pas-que Jean-Paul Roseau, les autoreprises de feu Jacques Serizier ; certes, l’on ne se réjouit pas moins des relectures tardives de feu Pierre Louki, de feu Ricet Barrier – dont les amateurs de Tel quel savent ce qu’il doit aux « d’mi-heures de spectacle filmées par la Télévision Suisse Romande » – ou de pas feu Gilles Vigneault, par exemple ; mais il est heureux que certaines chansons restent « dans leur jus d’époque ». Ainsi, « La centenaire » (« la condamnée de bas étage est une vieille maison (…) / car les maisons, c’est comme les gens : on les abat pour de l’argent ») pourrait-elle mieux faire sonner ses breaks typiques sans ses guitares électriques vintage ?

Porté par une inspiration polymorphe selon les auteurs, l’artiste, sans se ménager, balaye – que c’est drôle, mais bon – moult thèmes parmi lesquels : la nature, donc l’hiver ; l’amûûûr, y compris chez les Airbus, les 2CV, les baleinières ou les rames de métro ; la Suisse, si si, ce pays où, même à la fin d’un banquet, « l’on n’entend jamais : un homme à la mer », louait Ricet ; les grands sujets, les grands machins, selon l’expression d’Anne Sylvestre, avec « Amnistie ! » et « La petite Maïlam » (« à treize ans, les fill’ de chez nous, c’est marelle et billets doux / à treize ans, au pays des bambous, on la dépucelle à genoux ») ; les enfants et l’enfance, sans négliger ni les jeux de mots intertextuels (« Madame la chanson », avec son intro qui semble inspirée, peut-être fortuitement, par le son du génial Gentle Giant, façon « Turnin’ around », de 1977, soit deux ans avant la réalisation de la chanson), ni les questions essentielles comme : le lac Léman est-il une femme ? ou : y a-t-il meilleur refrain à une chanson d’amour que « lala, lala, lala », comme pour les violons de Kosma ? et : les eaux dormantes des miroirs parlent-elles de nous sans nous connaître ?
Dès lors, sous la pression de Pierre Ellenberger, l’artiste est souvent plus proche de la chanson poétique, parfois non loin d’un James Ollivier ou d’un Jean-Luc Juvin, que de la chanson « à texte » façon franco-québéco-belge. Voilà une séduisante manière, pour un musicien, de cultiver sa singularité en faisant fi des formatages opposant une certaine chanson à d’autres chansons incertaines – par ma foi, en faire fi, c’est plus chic que de les envoyer chier, même si l’un n’empêche pas l’autre. Le résultat d’ensemble ? Une chanson intelligente et intéressante à découvrir ici, pour la version YT, et pour la version CD.


Hélas, il y a Jul. Ouf, il reste surtout Julien Pauline, que Jann Halexander interprète ce jour, avec moi-même-je au piano.
Aux tubes indémodés que fredonnait l’interprète (« As-tu deux minutes ? », « Ah que l’hiver », « L’âme à la tendresse »…) se mêleront des quasi raretés comme « L’étranger », des chansons qui résonnent avec la femme des Gémeaux (« Dis-moi, Pauline ») et des titres de Mr Jann Halexander en personne, associant hymnes désormais fédérateurs, comme « C’était à Port-Gentil », et créations peu chantées sur scène (« L’abduction »). Bref, un tour de chant varié, tour à tour drôle, prenant, secouant, inattendu, et toujours vivant – mais en meilleure forme que l’autre ex-grand chanteur toujours vivant.
Les dernières places sont à saisir d’urgence ici… même si, une semaine après, nous le professons avec force : la vie, elle, n’est toujours pas à vendre !

Photo : Rozenn Douerin

Alors on va être pulsatoire et stipulant : ce vendredi soir-là était un (bien) portant. Devant un théâtre archicomble – oui, de quarante places, mais bref –, il se fêtait les cinquante ans de chansons de M. Michel Bühler via un récital avec piano-voix-arrangements-mise en scène, basson-cor anglais-hautbois, trompette-baryton et récitant-haute-contre. Et des guest stars de luxe, a minima.

Mais pas que des invités vedettes, attention. Aussi des zozos qui ont mouillé leur motivation pour s’exfiltrer de la vraie vie, celle qui rapporte du pèze et suscite l’admiration des proches, pour se produire dans un petit théâtre afin de propulser des chansons même pas qu’elles passent à la télé française, cette conne. Tout à fait, des losers. Y a que ça, pour accompagner Bertrand Ferrier, chanson connue – ô humour ! Mais, mârde, des losers comme tous les winners se réjouiraient d’avoir de leur côté.

Jann Halexander et Michaël Koné. Photo ! Bertrand Ferrier.

Des losers comme Jann Halexander, THE chanteur franco-gabonais, spécialiste du fredonnement cabaret, de la variété engagée, du pas de côté, capable de dire : « OK, on fait cette soirée, je m’occupe de trouver un théâtre, je produis, tu t’occupes de l’artistique » quand tant d’autres auraient dit : « Tu viens d’faire un disque très beau, avec des chansons à tomber ? Pas d’pot, j’viens d’engager Duteil ! » Du coup, en son hommage et pour ouvrir au max notre public, on a proposé un spectacle hyper commercial. Genre qui touche tout l’monde. Aussi bien les p’tits qu’les gros, c’est dire.

Mais on est allés au-delà. Sans honte, en sus. On a accepté de faire de la chanson internationale. Pis, de la chanson en anglais. Comme elle était signée d’un Suisse, a priori, ça passe. Mais on s’méfiait quand même, quoi que cela nous valorisât vachement. Ou parce que cela nous valorisait vachement, va savoir.

Après, les beaux esprits diront : « C’était perfectible. On eût pu, etc. » Pour une fois, on est d’accord avec eux. Genre, cent pour cent. Mais, pour une première, sans sub’, sans résidence, sans financement, on est fiers d’avoir, grâce au prod’ et au public, pu proposer une esquisse partielle, partiale mais joyeuse, de fête à Bübü.


D’autant que les figures canoniques étaient là. Madame A, la muse désormais éternelle de Monsieur B. Claude A., le compositeur de la plus belle marche chromatique de toute l’œuvre de Michel B. Et, donc, Michel B. Putain, merde, Michel B. Le mec que j’entends depuis 41 ans, que j’écoute depuis moins, que je chante depuis encore moins, mais qui prend le risque de perdre une soirée en bonne compagnie pour se perdre dans un théâtre de quasi carton-pââââteuh. Just, you know, wow.

Photo : Rozenn Douerin

T’essayes d’être sérieux, strict, généreux. Genre « tout est normal, je te dis tout est normal » alors que, en fait, po, popo, popopo, po. Bien sûr, tu n’en laisses rien paraître, parce que les collègues bossent comme des oufs. Sauf qu’ils savent bien, eux. Et, en plus, au fond, on s’en fout, de nos p’tites personnes, surtout quand Michel Bühler propose de chanter « Rue de la Roquette » avec son vieux complice.

Soirée folle. Qui plus est en compagnie d’un des plus grands chanteurs français méconnus, dont on attend sans doute qu’il crève pour le jouer en symphonique du côté des Pays-de-la-Loire, mais puissiez-vous attendre longtemps, charognards. Merci à chacun qui se put déplacer jusqu’au-delà du métro Gaité, dont les chanteurs Tita Nzebi, c’est la classe, et mister Jean Dubois, qu’habite une fenêtre sur Paris et qui sait combien les gens, notamment les Gens Importants Qui Savent sont ridiculement petits. Car, en résumé, grâce aux musiciens hypermotivés ; grâce à Michel Bühler et à son entourage, éditeur compris ; grâce à Claude Arini et à chacun de ceux qui crurent bon de claquer 13 € pour cette soirée, nous fîmes ce que nous pûmes : passer un putain de moment ensemble.
Merci, merci, merci.

 


Plus ça approche, plus ça ressemble à l’horizon, donc plus ça s’éloigne. Pourtant, au moment où ces lignes filochent sur le Net, la générale s’est passée (comme une générale). Plus qu’un raccord et une mise en place, et il sera temps de vérifier si le boulot fourni était à la hauteur des œuvres puissantes de Michel Bühler. Notez que, pour le dernier filage, nous avions convoqué les oreilles félines qui se sont fadées la plupart des répétitions collectives.

Photo : Bertrand Ferrier

Nous avions aussi réquisitionné les instruments de torture préférés de Jack Good. Les habitués de ce site noteront néanmoins la différence avec les séances précédentes, çà ou  : des stands ont été installés pour que les bois soient dressés sur le sol comme sur la tête d’un cerf. On vous le dit, l’heure de vérité approche ; sans doute est-ce pourquoi le monde ressemble de plus en plus à un théâtre de quarante places qui s’appellerait, au hasard, l’Atelier du Verbe, et qui souhaiterait découvrir de quels bois nous nous chauffons (c’est une expression, Jack, du calme, on va pas cramer tes joujoux, t’es un ouf).

Photo : Bertrand Ferrier

Donc, pendant que l’un roule des anches doubles, l’autre zicoss rutile de tous ses cuivres. Qu’importent, pour quelques demi-heures, certains aléas de la vie : le défi de la chanson, paroles, musique et vie scénique comprises, secoue tout sur son passage. Si, en sus, cela peut faire bisquer tel ou tel mauvais karma – de quelque sexe que soit ce truc – insistant, youpi, nous n’en grouverons que davantage, toc.

Photo : Bertrand Ferrier

Bref, ce mercredi s’est fomentée l’ultime révision « en conditions réelles » en attendant les patchs et rustines des dernières demi-journées. Soit, sans le confort d’un théâtre mais, oui, avec l’idée que nous aurons fait notre possible pour que, as much as we can hope it, se goberge le public assez curieux pour réserver, c’est prudent, sa place ou venir directement à l’Atelier du Verbe (la dénomination fiche les choukoutounses mais, pour ce qui nous concerne, c’est pas une secte, alléluia !). Alors, on s’active, entre suspense et grande hhhâte de vous trouver pour entourer la musique de Michel Bühler… ainsi que Michel Bühler en personne !

Photo : Bertrand Ferrier

Alors, trêve de blabla, public, trêve de blabla. Affrontons la question qui vous turlupine et vous torture simultanément : que diable a pensé Églantine, dite Mimi, de la générale ? À vrai dire, la demoiselle a bien participé au grand débat en émettant un avis motivé et radical. Néanmoins, nos traductions et exégèses divergèrent, ce n’est pas un jeu de mots, car son expression était, admettons-le tout rond, un peu flou.

Phlouto : Bertrand Ferrier

Finalement, la seule certitude, elle est infra. C’est déjà ça, bon sang.

Café bühlérien. Photo : Bertrand Ferrier.

Plus que huit jours avant le grand soir. Celui de la première date de « Bertrand Ferrier chante Michel Bühler » avec Jacques Bon, Fabrice Dupray et Michaël Koné, dans une production Jann Halexander pour Purple Agency. Alors, on bosse – oui, même moi. En buvant du café. Oui, même moi. Enfin, je bois plutôt des cafés, mais bon. Faut gérer les gars, sans virgule avant « les ». Tu les verrais à la pause se jeter sur leur Précieux ! Heureusement que nous, on est normalses parce que, eux, Seigneur Dieu tout-puissant…

Les écrits volent, la drogue dure. Photo : Bertrand Ferrier.

Ce nonobstant, ma normalité n’exclut pas des singularités, et toc. Comme de préférer répéter sur un méchant Yamaha en plastique plutôt que sur un quart-de-queue Pleyel en très bon état, sous prétexte que le piano du concert ressemblera plus à un méchant Yamaha en plastique qu’à un quart-de-queue Pleyel.

Duel. Photo : Bertrand Ferrier.

Oh, non, la vie de musicien n’est pas facile tous les jours. Heureusement, dans huit jours, on vous retrouve. Youpi.

Michaël Koné (extrait). Photo : Bertrand Ferrier.

Les répétitions pour le spectacle autour des chansons de Michel Bühler s’accélèrent. Pour la deuxième session, grande nouvelle : en dépit des aléas du live voire du vivant, le posse était au complet. Plus d’excuse, donc pour ne pas travailler l’insertion des textes récités au fil des chansons ; autant le stipuler tout rond comme un boudin, même Michaël Koné a dû se mettre au boulot. C’est dire, malgré mon absolue humilité, bien connue des lecteurs de ce site, le niveau de persuasion que j’ai atteint.

Jacques Bon et Fabrice Dupray (aperçus). Photo : Bertrand Ferrier.

Toutefois, stipulons que l’engagement des collègues était, a minima, aussi tectonique que le mien. Ainsi, en pédagogue peinant à se repentir, Fabrice Dupray s’est pris pour un coach italien très investi dans le langage manuel sans pour autant, oh non, négliger la puissance du verbe, incluant des sentences sommitales type : « Jack Good, si tu rigoles pas de l’intérieur, tu souffles dans ton intestin et personne en a rien à foutre. » Prudent, Jack a affirmé, avec une touchante sincérité : « Tu as raison ; en plus, je le savais ! » Top diplomatie, donc. Attention, pas forcément top concentration. Faut les gérer, les zozos. Sinon, ça piapiapiate sans cesse. Exemple.


Soi-disant parce que le chanteur n’est pas (encore) parfait. Soi-disant. Ou parce que Fabrice cherche un nouveau club de boxe-plongée. Ou parce que Jack propose une nouvelle tournée de café… avant de se rendre compte qu’il n’a, horreur, plus de café. Ou parce que Michaël ne peut attendre pour lancer un grand débat, du genre : « Aurai-je meilleur compte à reprendre la ligne 12, moins accessible et moins rapide, ou à prendre la ligne 2, mais j’ai pas l’habitude, argh ? » La décoration envahissante proposée par les gars autour d’eux porte trace de cette ouverture d’esprit très libre, en quelque sorte.

Puzzle de répétition. Photo : Bertrand Ferrier.

Oh, de grâce, point ne caricaturons la situation. Il est arrivé que les gars rassemblent leurs saucisses, digitales, manuelles, intellectuelles – si, si – ou vocalistiques, afin de justifier le concept de répétition. En effet, pour cette première vraie session avec tous les zzzartistes, quelques mises en place furent donc tentées au cours des quatre heures. En solo, avec piano, piano et cor anglais, piano et trompette, hautbois et trompette, basson et trio vocal, et même voix et The BodyBeatin’ Orchestra (avec solo dudit BBO). Le medley est à retrouver ici, le duo avec le BBO ci-dessous sur « Les p’tits, les gros » de, eh bien, étonnamment, Michel Bühler.


Du travail encore sur la planche ? Certes. D’ailleurs, tel était le prétexte utilisé par le basson pour se ressourcer à l’horizontale et se « recharger aux ondes positives du mahatma dans la quiétude du paisible » or somethin’. Il est vrai que, après un travail intense, les musiciens avaient l’air de musiciens : épuisés et fort farauds en rappelant, de la sorte, que, oui, la musique, quand on la pratique, c’est aussi du boulot, pas que du divertissement. Pendant ce temps, le mec derrière le clavier faisait la gueule, comme d’habitude, parce que peu de collègues présents venaient lui dire avec spontanéité combien le fait de côtoyer un musicien aussi perfectible était un honneur voire une légion d’honneurs pour eux. Ingrats.

Le fameux « basson de Gandhi ». Photo : Bertrand Ferrier.

Pour la peine, c’est seul que je m’en allai affronter les questions de Jann Halexander autour du spectacle. Na. (À un moment, bon, faut repositionner un minimum les choses, même si ça ne veut rien dire.)

Avant. Photo : Bertrand Ferrier.

Voilà. On va pas se mentir, madame Lucet(te) : aujourd’hui ont commencé sérieusement les choses sérieuses. Vendredi 18 janvier, quatre lurons débarqueront sur une scène parisienne pour la première du spectacle « Bertrand Ferrier chante Michel Bühler ». Titre un peu mensonger, soit dénoncé en passant, car trois autres zozos viendront swinguer les hymnes du plus grand chanteur suisse vivant, en présence de l’artiste et de l’un de ses compositeurs : Jacques Bon, dit Jack Good, jouera du cor anglais, du hautbois et du basson ; Fabrice Dupray, dit Fabrice Dupray, zèbrera l’espace avec sa voix de baryton ainsi que sa trompette aux mille – environ – embouchures et sourdines ; enfin, Michaël Koné, dit Michaël Jaxon, sera récitant et haute-contre. Du coup, avant la première des répétitions en ensemble, l’alcool et la drogue ont été grandement sollicités (photographies non retouchées, hélas).

Avant mais moins avant. Photo : Bertrand Ferrier.

Avouons-le : cette ambiance entre destroy et glucose a permis à tel artiste de se déchausser une dent donc de louper la répète pour draguer son dentiste, et à tel autre de recevoir l’une des pires nouvelles de sa vie. Mais les survivants ont été impitoyables – la musique avant tout. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que l’on ait franchi un step détonnant qui n’a pas détoné dans l’horreur du chobiz : en effet, malgré les avertissements de celui qui se prenait pour la vedette, un vassal a commis l’irréparable – il a bu, à peine si j’ose l’écrire, un verre d’eau. Sans anches doubles dedans, et cependant… Même moi, j’ai détourné les yeux – et pourtant, chu courageux. Seule Mimi a osé fixer l’événement. Le commentaire qu’elle en a tiré est inclus dans le regard.

Pendant, le meilleur moment. Photo : Bertrand Ferrier.

Quand le foufou s’est remis de cette émotion où l’effroi le disputait – au moins – au sentiment d’absurdité comparable à la consternation de ce slip né avec un seul trou, la répétition a pu repartir sur des bases un peu plus groovy, ainsi que l’indique, avec classe et discrétion, le surgissement du prétérit dans la phrase suivante. Le trompettiste demanda, tadaaam, au bassoniste de jouer « comme quand tu pètes avec ton abdomen lors d’une quinte de rire » ; le hautboïste suggéra au baryton de chanter quand la partition l’exigeait et de cesser d’émettre quand la partition l’exigeait aussi ; le chanteur soliste eut besoin d’un couplet et demi pour admettre que tout le monde était décalé d’une mesure « au moins, ou si ça se trouve vous jouez pas le même chant » (la seconde hypothèse fut avérée, comme quoi, j’ai une oreille hyperspicace). Encouragé par le potentiel gigantesque de cette cacophonie, l’on yodela, l’on modela des harmonies, l’on sculpta des rythmes, l’on tonifia des sons, l’on frictionna des contrechants, l’on fomenta des breaks, l’on dissona des évidences, l’on expérimenta des impossibles, bref, l’on constata qu’il était judicieux que cette répétition fût la première des répétitions d’ensemble car, eût-elle été la dernière, le célèbre « J’ai vu de bonnes choses, je ne veux retenir que le positif, maintenant à nous de faire fructifier les fondamentaux sans bégayer notre jeu » eût, on le peut craindre, paru quelque peu dilatoire.

Genre on bosse. Photo : Bertrand Ferrier.

Les réserves de thé étant épuisées, l’on convint de remettre la prochaine fausse note à la répétition suivante. Mimi laissa savoir qu’elle ferait son possible pour y assister mais pas sûr. Je vois pas pourquoi.

On chante pas tous les jours à l’Olympia. En tout cas, pas moi. Parfois, on t’invite « dans les quartiers ». Parfois, t’es payé pour ça ET accueilli comme un boss : y a pas de loge, mais le matos est fourni et installé, quelqu’un te fait les balances et règle en direct le son, on a dressé une table avec des framboises, des abricots secs, des bananes, des kiwis, même du bourgogne aligoté (qui sera pas ouvert, hélas, mais le projet donne joyeusement soif), et des gens qui te connaissent pas mais sont venus pour t’écouter puis te dire que c’est kiffant ce que tu fais. Donc c’est pas mal aussi, gros, pas-l’Olympia. En voici quelques souvenirs…
… à commencer par La sieste, idéal vital.

Grâce à Michel  Bühler, on honora Le village.

C’était déjà cette heure étrange, Entre chien et loup.

On en profita pour projeter quelque American Movie.

Michel Bühler nous incita alors à parler pluie en évoquant Les p’tits, les gros.

Pour m’en remettre, je donnai des ordres originaux, du style : Fais-moi l’humour.

Incapable d’esquisser un récital sans chanson géographique et ferroviaire, je croquai le portrait de La gare d’Arras

… et finis en rappelant que Le monde est tout petit, sauf quand tu dois aller au fin fond de la banlieue depuis un autre fin fond d’une autre banlieue, mais c’est pas le sujet.

Photo : Nataly Adrian (https://natalyadrian.com).

En attendant les vidéos, quelques essstraits audio du concert propulsé dans ce bar – salle de spectacle. Voici donc un best of le concert… En gros.

Ce qui n’exclut point un peu d’Élégance

… ni de tenter des inédits, jadis écrits pour Je m’appelle Firmin et jamais mis en chantier musical à l’époque. Du coup, C’est la même main qui écrit, qui compose, qui pianote et qui chante.

Et ça, J’peux pas en dire autant d’tout l’monde, eh non.

Jamais parfait, comme à chaque fois qu’il se glisse dans un set, here comes le redoutable Lutin Crassou.

Certains m’ont dit que cette chanson de Michel Bühler était nulle. Tant pis, je l’aime bien. Voici donc ma reprise à moi, na, du négatif vaudois de « Syracuse » Et on se dit qu’un jour.

D’autant que, je l’admets, la plupart des chanteurs aiment raconter des histoires. Comme Michel Bühler, j’aime raconter des géographies, fussent-elles anatomiques comme Le nez de ton cul.

Enfin, pas question de finir ce tour de chanson française (et un peu suisse) sans un titre bien de chez nous, American Movie, écrit par moi-je et composé par Mr Damien Ferrier pour JMAF.

 

… alors, comme c’était vendredi, on s’est dit, tiens, si on allait glisser quelques chansons au Soum-Soum, autour de Barthélémy Saurel ? Et nous nous y faufilâmes, en l’honneur de Pétronille.

Puis je continuai l’exploration du répertoire vaudois, en fredonnant Les p’tits, les gros (Michel Bühler).

Enfin, je grattai quelque rythmique quasi latino (à la portée de ma virtuosité guitaristique) pour propulser Hannah Elisabeth Bethel – et, pour le reste, comme d’hab’, on verra plus tard !

Photo : Rozenn Douerin

Avec de plus en plus de chanteurs invités par Barthélémy Saurel, dont le formidable Claudio Zaretti, la mouette Terrebrune et l’étonnant patriarche dit « l’Ermite », le Soum-Soum organise une scène de plus en plus ouverte et diverse où, à nouveau, j’ai glissé quelques chansons dont une chanson sportive La ballade du ballon

… une nouvelle, quoique ancienne, chanson vaudoise de Michel Bühler – une de mes préférées parmi les pas-drôles du maître suisso-parisien, Monsieur Saint-Pierre

… et une dernière, avec un dérapage presque contrôlé, avouant que Je suis venu tout seul.

Et qui sait ce que l’on fredonnera vendredi prochain, inch’chalalala ?

Bertrand Ferrier au Soum-Soum (Paris 2), le 20 janvier 2017. Photo : Rozenn Douerin

Pour ce nouveau passage aux côtés de Barthélémy Saurel & friends, j’avais choisi de commencer par un mode d’emploi de la vie contemporaine, volé au Vaudois de Paris Michel Bühler.

Puis j’ai élevé le niveau intellectuel en proposant d’être glaçon et nu. Non sans sucer.

Mais c’était le jour de l’intronisation de Donald Duck. Alors j’ai osé un film américain, aussi, sur une musique de Damien Ferrier.

Bref, ça ressemblait joyeusement à une journée de merde, non ? (Si ? Merci.)

Bertrand Ferrier de retour au Clin’s 20 (Paris 20), le 19 janvier 2017. Photo : Rozenn Douerin.

Tantôt, j’étais de retour au Clin’s 20, après des siècles d’absence, pour fredonner des chansons « au pied levé » et à la main légère, suite à deux défections – ce n’est pas un gros mot. Histoire de fêter ce retour sans retard, voici l’intégrale du concert, avec un peu de peinture fraîche qui goutte çà et là et un peu de glotte sèche qui, elle, aimerait goûter ceci ou cela (essscuz qui permet de boire un coup, comme on sait… puis d’autres coups, bien sûr).
 Et, avant même que le groupe de collègues en goguette ne s’éloignât vers 3’30, ça commençait ainsi…

00:00 Introduction
01:00 American Movie (B. Ferrier / D. Ferrier)
04:36 Interlude 1
05:16 Rich (B. Ferrier / D. Ferrier)
09:53 Interlude 2
10:37 À la brocante du cœur (B. Ferrier)

Restait à aborder des thèmes universels comme le pognon donc l’immobilier, et l’importance de l’armoire dans la biographie des humains. Autrement dit…

00:00 Le hold-up (M. Bühler)
05:03 Interlude 3
05:30 Le monde est tout petit (B. Ferrier)
10:56 Interlude 4
11:39 Hanna Elisabeth Bethel (B. Ferrier)

Bertrand Ferrier au Clin’s 20 (Paris 20), le 19 janvier 2017. Photo : Rozenn Douerin.

Apparemment, avec le sérieux qui s’impose, l’immobilier et le love étaient les deux fils rouges de ce concert. Me demandez pas pourquoi.

00:00 Interlude 5
00:35 Fais-moi l’humour (B. Ferrier)
03:45 Interlude 6
04:02 La maison la plus énervante du monde (B. Ferrier)

Le verre officiel de Claudio Zaretti, ce tentateur. Photo : Rozenn Douerin.

Mais difficile de rester sérieux éternellement. Surtout quand, en percevant un verre sans propriétaire à portée de lèvres, on se met à rêver de glaçons tout nus…

00:00 Quand tu t’enfonces (B. Ferrier)
02:38 Interlude 7
03:00 La gare d’Arras (B. Ferrier)
07:35 Le glaçon tout nu (B. Ferrier)

Bref, ce fut un bonheur de s’assécher la glotte derechef dans un endroit accueillant où l’on mange bien et l’on boit sec. À la vôtre et à la prochaine !

00:00 Gribouillages (B. Ferrier)
05:23 Interlude 8
05:43 Glotte sèche (B. Ferrier)
11:15 Remerciements
11:41 C’est si bon le bonheur, version brève (B. Ferrier)

Michel Bühler, "La Vague" (2016)Michel Bühler, fabricant de chansons depuis 1969, publie un nouveau disque, La Vague (rien à voir avec celle de Todd Strasser !), pour chanter encore et encore ses écartèlements évoqués tantôt. Écartèlement entre le plaisir des choses simples (un beau paysage, la sérénité, la convivialité de bistro, les p’tits pat’lins…) et la vie comme elle va (l’anglicisation, la désindustrialisation, la boboïsation, la montée des indifférences…). Écartèlement entre ses colères (contre l’universel parler yankee rappelant que « tout l’mond’ chante en ricain maint’nant / Tiens, mêm’ les Suiss’ all’mands », Israël-le-jamais-nommé pour les massacres perpétuellement perpétrés à Gaza, la financiarisation et la marchandisation…) et ses peurs (de faire la promo de la nostalgie puisque « tout c’qui est fauché ne r’pousse pas », de vivre entouré de fachos pour partie inconscients d’être fachos, de cautionner la poubellification du monde et sa mise sous coupe par la phobie de l’autre). Écartèlement entre l’envie de laisser tomber (« me reste à suivre les nuages / J’ai plus rien à fair’ par ici »), l’ire d’essstrême-gauche qui prend le chanteur devant l’évolution de la société (« c’est donc ça, la modernité : / 1 % de voyous friqués / et le rest’ qui bêle, béat ? ») et l’obsession de continuer quand même (« à croir’ qu’avancer dans son âge, c’est un peu changer de pays », ce qui n’est pas pour déplaire à Bühler le voyageur).
Le nouveau disque du barde helvétique propulse ainsi chansons posées voire poétiques, chansons de colère intérieure et chansons énergiques parlées (« Ça me gonfle » et « Les idées » avec sa coda façon « C’est pas vrai » de Jean-Jacques Goldman), genre chansonnique très attendu par les fans du « Voisin milliardaire » et du tube absolu qu’est « Vulgaire ». Entre piano posé, guitare paisible ou finement rythmique de Laurent Poget, rugissements électriques, nappes de cordes synthétiques et accordéon de Stéphane Chapuis (pas forcément utiles à nos esgourdes), contrebasse de Mimmo Pisino et batterie de Mathias Cochard aussi discrètes que bienvenues, les arrangements de Gaspard Claus laissent se déployer les textes aux nombreuses trouvailles (rythmiques avec les vers brefs de « Soir d’août », philosophiques avec les aphorismes qui ponctuent maints couplets, humoristiques grâce à l’ironie grinçante du zozo, incluant des enjambements parfaits pour les amateurs de com-/presseurs) avec une modestie louable, même si les habitués du chanteur auraient peut-être aimé çà et là, par petites touches, être surpris par des couleurs moins déjà-vues afin de pimper ce bon disque.
Cependant, l’essentiel est assurément que, sur des mélodies souvent simples et dans un cadre musical de bon aloi, le baladin d’outre-Alpes exprime avec vigueur et inspiration ce qui lui tient au cœur et fait vibrer une voix qui a descendu dans les graves, certes, mais reste parfaitement maîtrisée. En piste, donc, l’immigration qu’il appelle à défendre (« La vague »), les paysages allogènes qui, parallèlement au charme du pays vaudois ou du Montparnasse d’autrefois, le constituent depuis charmante lurette (« Images de Syrie » ; « La Casba » d’on ne sait où sinon que, dans cette petite cabane, « y a l’temps qui prend son temps » ; « Gaza, été 2014 »), l’amour qui vieillit heureux (« et cett’ nuit qui descend / et cette transparence / et nous dans le mois d’août »), l’espoir (marche solennelle invitant à « Semer la vie »), bref, une variété d’inspirations qui fleure autant l’antan, avec tout ce qui fait l’iconologie bühlérienne (village, café, monde ouvrier, couple idéal, étrangers bienvenus, éloignement du temps, chanson, etc., réunis dans « Rolf et Nicole »), que l’aujourd’hui et le demain (« La vie n’est pas à vendre », tonne le chanteur tout en dénonçant la rentabilisation dégueulasse du projet écologique via les récurrentes « éoliennes »). En quinze titres, tour à tour poétiques et rageurs, on vénère les bonheurs de naguère et de jadis, on rêve de préserver ce qui peut l’être encore tout en s’ouvrant à de nouvelles populations, et on ne se prive pas de se gausser des patrons chougnant à leur première chemise déchirée tandis que nul ne cherche à soulager les « Nouveaux pauvres » (« Nouveau, ça veut dire mieux / mais quand y a rien dans la gamelle, tu t’fous bien du neuf ou du vieux »).
Avec La Vague, Michel Bühler plaide pour une humanité plus désireuse de bonheur (moins celui de l’extase que celui de la paix et de l’euphorie qui saisit, parfois, quand on tend la main à l’autre, et pas forcément pour lui coller une gifle), avec son lot d’inquiétudes et de rages, que du progrès. Son plaisir de chanter et son savoir-faire d’auteur-compositeur sont assez malins pour que, que l’on partage ou non les convictions du troubadour vaudois, on apprécie cet engagement intact qui n’exclut ni le doute ni la musique – ces chansons parlant avant tout de chanson, c’est-à-dire de rencontres, d’émotions, de vie. Brrrref, en ouverture de ce récital de studio, par la bouche de Jean Junod, Michel Bühler lance : « Moi, c’que j’en dis ? Ben, j’en dis rien. » Nous, c’qu’on en dit, c’est que c’est bien ; et on ajoute que le CD est disponible sur le site de l’olibrius en version physique ou en version mp3 (beaucoup moins cher mais avec un son nettement dégradé).

Michel Bühler au Limonaire, le 4 mars 2015.

Michel Bühler au Limonaire, le 4 mars 2015…

Michel Bühler, chanteur vaudois de son état, est un puzzle anthropomorphe, dont les morceaux ne cessent de se diffracter de chanson en chanson, ou quelque chose comme ça.
En 2015, le voici remâcheur d’instants (« Rue de la Roquette »), ironiste patenté (« Tribulations d’un chanteur », « Le dragon de Komodo »), claqueur d’instantanés (« Camille », « Nous étions trois amis »), voyageur qui dégaine sa chanson comme d’autres leur appareil (« Le café arabe », « Kosovo »), carabin grivois (« Coming-out »), et, en sous-ma(r)in, homme engagé – à gauche toute, comme l’exige la tradition de la chanson. Pourtant, si l’on excepte la parabole des « Poissons sont des cons », cette veine revendicative était quasi absente du récital qu’il a donné ce mercredi 4 mars au Limonaire.
Aux tubes presque récents (« Vulgaire », « Mondialisation »…) comme aux chansons datant d’antan (« Vivre nus », « La garrigue »…), il préfère les chansons douces plus fraîches, fredonnées mezza voce car sa voix est cassée menue, ce soir-là. Le résultat pourrait être ch(i)ant, d’autant que l’homme ose le total unplugged : guitare sèche, pas de micro. En réalité, l’ambiance chaleureuse, les pointes acidulées, le métier et les savoureux interludes parlés dessinent un portrait attachant de celui qui cumule quarante-cinq ans de chanson-business. Concert maîtrisé, répertoire cohérent, et hommage aux grands en sceptre pour le bis (une rareté de Gilles Vigneault, « Ton père est parti » feat. le mot « historlet », si cher au Québécois ; et une chanson bien suisse de Jean Villard-Gilles) : en une heure vingt, tout ce qui devait être dit fut dit, et cela fut juste et bon.
Le tout sous le regard d’Anne Sylvestre, toujours heureuse de discuter avec les fous qui osent l’aborder (« C’est moi qui vous ai invitée à la fête de Lutte Ouvrière. / – Ah. / – Et vous vous produisez bientôt ? / – Non. Au revoir »).

... et dans la foule, une sylvestre chevelure rouge.

… et dans la foule, une sylvestre chevelure rouge.