Blog
Gabriel Morantin, « Tant que nous n’aurons de visages », Galerie Michael Lonsdale (Paris 7), 12 octobre 2026
Musée et expositions 14 octobre 2026
« Le Crépuscule des dieux », Opéra Bastille (Paris 12), 8 octobre 2026 – 2
La musique des autres 13 octobre 2026
« Le Crépuscule des dieux », Opéra Bastille (Paris 12), 8 octobre 2026 – 1
La musique des autres 10 octobre 2026
« Hamlet », Opéra Bastille (Paris 12), 18 septembre 2026 – 3/3
La musique des autres 30 septembre 2026
« Hamlet », Opéra Bastille (Paris 12), 18 septembre 2026 – 2/3
La musique des autres 28 septembre 2026
« Hamlet », Opéra Bastille (Paris 12), 18 septembre 2026 – 1/3
La musique des autres 26 septembre 2026
Nicolas Horvath – Le grand entretien parisien – L’intégrale
La musique des autres, Les grands entretiens 25 septembre 2026
Nicolas Horvath – Le grand entretien parisien – 16/16
La musique des autres, Les grands entretiens 23 septembre 2026
Nicolas Horvath – Le grand entretien parisien – 15/16
La musique des autres, Les grands entretiens 21 septembre 2026
Nicolas Horvath – Le grand entretien parisien – 13/16
La musique des autres, Les grands entretiens 17 septembre 2026
Pascal Guerout et al., « La Société de longue paume de Paris »
Les livres des autres 16 septembre 2026
« Le Crépuscule des dieux », théâtre des Champs-Élysées (Paris 8), 13 septembre 2026
La musique des autres 15 septembre 2026
David Dupuis, « L’Épreuve de l’invisible » (Le Seuil), l’intégrale
Les livres des autres 14 septembre 2026
Nicolas Horvath – Le grand entretien parisien – 12/16
La musique des autres, Les grands entretiens 11 septembre 2026
David Dupuis, « L’Épreuve de l’invisible » (Le Seuil) – 11/11
Les livres des autres 10 septembre 2026
Nicolas Horvath – Le grand entretien parisien – 11/16
La musique des autres, Les grands entretiens 8 septembre 2026
David Dupuis, « L’Épreuve de l’invisible » (Le Seuil) – 10/11
Les livres des autres 7 septembre 2026
Anne Queffélec et Gaspard Dehaene jouent à l’Orangerie d’Auteuil, 4 septembre 2026 – 2/2
La musique des autres 6 septembre 2026
Anne Queffélec et Gaspard Dehaene jouent à l’Orangerie d’Auteuil, 4 septembre 2026 – 1/2
La musique des autres 5 septembre 2026
Nicolas Horvath – Le grand entretien parisien – 10/16
La musique des autres, Les grands entretiens 4 septembre 2026
Nicolas Horvath – Le grand entretien parisien – 9/16
La musique des autres, Les grands entretiens 1 septembre 2026
Nicolas Horvath – Le grand entretien parisien – 8/16
La musique des autres, Les grands entretiens 28 août 2026
Nicolas Horvath – Le grand entretien parisien – 7/16
La musique des autres, Les grands entretiens 25 août 2026
Dire et écrire : c’est tout ce qu’il nous reste
Les livres de moi, Les livres des autres 24 août 2026
Nicolas Horvath – Le grand entretien parisien – 6/16
La musique des autres, Les grands entretiens 22 août 2026
Monique Jeudy-Ballini, « Peintres de l’ombre » (Mimésis) – L’intégrale
Les livres des autres 21 août 2026
Pierre Réach joue huit ultimes sonates de Beethoven (Anima) – L’intégrale
La musique des autres 20 août 2026
Nicolas Horvath – Le grand entretien parisien – 5/16
La musique des autres, Les grands entretiens 19 août 2026
Pierre Réach joue huit ultimes sonates de Beethoven (Anima) – 12/12
La musique des autres 18 août 2026
Pierre Réach joue huit ultimes sonates de Beethoven (Anima) – 11/12
La musique des autres 16 août 2026
Pierre Réach joue huit ultimes sonates de Beethoven (Anima) – 10/12
La musique des autres 14 août 2026
Pierre Réach joue huit ultimes sonates de Beethoven (Anima) – 9/12
La musique des autres 12 août 2026
Pierre Réach joue huit ultimes sonates de Beethoven (Anima) – 8/12
La musique des autres 10 août 2026
Pierre Réach joue huit ultimes sonates de Beethoven (Anima) – 7/12
La musique des autres 8 août 2026
Pierre Réach joue huit ultimes sonates de Beethoven (Anima) – 6/12
La musique des autres 6 août 2026
Pierre Réach joue huit ultimes sonates de Beethoven (Anima) – 5/12
La musique des autres 4 août 2026
Pierre Réach joue huit ultimes sonates de Beethoven (Anima) – 4/12
La musique des autres 2 août 2026
Pierre Réach joue huit ultimes sonates de Beethoven (Anima) – 3/12
La musique des autres 31 juillet 2026
Pierre Réach joue huit ultimes sonates de Beethoven (Anima) – 2/12
La musique des autres 29 juillet 2026
Pierre Réach joue huit ultimes sonates de Beethoven (Anima) – 1/12
La musique des autres 24 juillet 2026
Monique Jeudy-Ballini, « Peintres de l’ombre » (Mimésis) – 6/6
Les livres des autres 22 juillet 2026
Monique Jeudy-Ballini, « Peintres de l’ombre » (Mimésis) – 5/6
Les livres des autres 20 juillet 2026
« Should I stay or should I stay », La Manufacture Avignon, 10 juillet 2026
Spectacles (théâtre, danse...) 19 juillet 2026
Monique Jeudy-Ballini, « Peintres de l’ombre » (Mimésis) – 4/6
Les livres des autres 18 juillet 2026
Jules & Jo, « Le futur est génial », La FACTORY Avignon, 6 juillet 2026
La musique des autres 17 juillet 2026
Monique Jeudy-Ballini, « Peintres de l’ombre » (Mimésis) – 3/6
Les livres des autres 16 juillet 2026
Monique Jeudy-Ballini, « Peintres de l’ombre » (Mimésis) – 2/6
Les livres des autres 14 juillet 2026
« Confessions d’un vampire sud-africain », L’incongru (Avignon), 4 juillet 2026
Spectacles (théâtre, danse...) 13 juillet 2026
Monique Jeudy-Ballini, « Peintres de l’ombre » (Mimésis) – 1/6
Les livres des autres 12 juillet 2026
« Soleil déréglé », La Factory Avignon, 3 juillet 2026
Spectacles (théâtre, danse...) 11 juillet 2026
Rendez-vous à Avignon !
Chanson, La musique des autres, Spectacles (théâtre, danse...) 4 juillet 2026
« HEAR EYES MOVE », Philharmonie de Paris, 26 juin 2026 – 3/3
La musique des autres, Spectacles (théâtre, danse...) 3 juillet 2026Le blog de Bertrand Ferrier, page 282
Kakémono à la cornemuse
Falstaff, Philharmonie de Paris, 29 septembre 2017

Un opéra en version de concert : rassurant car pas de mise en scène ridicule à subir ? Falstaff version Philharmonie de Paris 2017 met la question à l’épreuve.
L’histoire : voir ici.
La représentation : le problème d’un concert, qui plus est lyrique, à la Philharmonie, est que l’on n’entend pas la même chose selon l’endroit où l’on est placé. Au second balcon, face à cour, la différence est sensible entre le rang E, où l’acoustique sèche étouffe et les voix et l’orchestre, et le rang G, où l’on entend mieux l’effort que font les voix pour percer. Dans ces deux cas, même s’il vaut clairement mieux être assis au rang G, il est quasi impossible de percevoir des nuances médianes, tout effort musical semblant se dissoudre dans l’air. Seuls les piani finaux de Lisette Oropesa (Nanetta), rêvant d’Andrew Staples (Fenton), permis par une orchestration adaptée, contrastent avec l’obligation faite aux chanteurs de projeter fort et loin.
Le plateau : dans ces conditions difficiles, tous les solistes (dix, dont, bien sûr, pas un Français, ce serait d’un vulgaire !) brillent par leur métier et, pour les plus sollicités, par leur endurance. Ambrogio Maestri, Falstaff jusqu’au bout du bidon, surjoue avec gourmandise son rôle de bouffe, renonçant tout à fait à rendre touchant ce personnage grotesque. Teresa Iervolino (Dame Quickly) n’est pas en reste dans son rôle d’entremetteuse multipliant les « Reverenza » sans faiblir. Barbara Frittoli (Dame Alice Ford) joue soigneusement les allumeuses intouchables, et Christopher Maltman (Ford) incarne les outragés repentis d’une voix idoine. L’orchestre fait le travail avec une précision qui compense une acoustique peu flatteuse ; le chœur, amateurs éhontément exploités, donne vaillamment de la voix dans un petit rôle interprété pour partie par cœur (on regrette pour le principe que certaines choristes soient insuffisamment présentes à leur travail bénévole comme en témoignent des gestes parasites, mais la puissance et la justesse de la phalange séduisent).

La question : interroge la semi-mise en scène qu’incarnent les solistes. Tous chantent de mémoire, mais les voir s’activer dans un espace abstrait (un siège de pianiste figure le paravent, une marche symbolise une cachette…) et des costumes neutres sauf exception (Falstaff osant un T-shirt humoristique à la fin du III) perturbe l’auditeur. Pour un opéra en concert, c’est trop ; pour un concert mis en espace, c’est insatisfaisant. On sent bien que ces acteurs-chanteurs roués auraient préféré un véritable travail scénique avec quelques accessoires bien sentis ; devant l’importance de la spatialisation du jeu, on est d’autant moins convaincu que cette option mitoyenne entre opéra de concert et œuvre mise en jeu soit optimale.

Le bilan : une musique gouleyante, des artistes expérimentés, une bonne maîtrise globale signée Daniel Harding assurent au spectateur une soirée peut-être un brin frustrante, mais assurément agréable.
Emmanuel Hocdé – Saint-André de l’Europe

Il a, entre autres, rapté deux Premiers prix au CNSMDP, et trois, dont le Mégagrand Prix d’interprétation au festival de Chartres ; et, en plus, il est simple et sympa. Bref, quand Emmanuel Hocdé a accepté de venir jouer un programme ébouriffant pour le festival Komm, Bach!², on a dansé la gigue. Venez la danser avec nous samedi, juste à côté de la place de Clichy parisienne : entrée libre, grantécran, cadreuse lailleve, et nous aussi, souvent, on est sympa. Prêts ?
Faux, zéro, nul
Il a beau piquer mon titre, Michael piquera pas le texte d’un roman qui a choqué et ému la « littérature jeunesse ». Roman qui se peut commander pour 12 €, port compris pour l’Hexagone, en envoyant un message à ce site, mais c’est dit en passant, avec souplesse.
Tartuffe, Théâtre de la Porte Saint-Martin, 26 septembre 2017
Captatio benevolentiae
De Clérambault, le « Caprice sur les grands jeux »
Ouvre et clôt le spectacle. En organiste, je
Ne puis qu’en éprouver quelque jubilation
Sans que cela conclue toute interrogation.
(La dernière phrase est peu claire, je l’admets.
Je tâcherai, après, d’être plus précis, mais
Parlant en vers, je puis exprimer mon propos
Plus en rythme fripon qu’en précis et clairs mots.)
L’histoire
De Poquelin JB, la pièce que voici
Narre l’art intrigant d’un parasite aussi
Prompt à parler et de Dieu et des cieux
Qu’il l’est à aspirer au coït ou, des vieux,
Le pognon. Cependant, ô justice suprême,
Comme oint par le baptême du sceau du saint chrême,
Par l’intercession d’un serviteur taquin,
Le roi mettra bon ordre aux forfaits du faquin.

La représentation
Dans un décor uni (palais sous LSD ?)
Qui s’ouvre quelquefois lorsque l’autel paraît,
L’on ne s’active guère. Aussi, la mise en scène
Est-elle promptement enlevée, sans astuce
Mais sans forfanterie dégradante. Vois, n’eût-ce
Été la contrainte qui consiste à permettre
Au vieux Michel Bouquet, ce vénérable maître,
De s’asseoir, il n’est point de facétie notable
Ni de grand sacrilège – est-ce assez remarquable ?
Michel Fau leur préfère un curieux collage.
Certains acteurs sont secs tels bêtes de hallage ;
D’autres, de leur costume à leur babil, s’étalent
En plate extravagance. L’ignorance, fatale,
Nous conduit à ne point comprendre qu’un Damis
(Alexandre Ruby) soit ridicule ainsi.
De Juliette Carré, à la béquille obscène,
L’on n’entend guère goutte à la première scène ;
Et cela est, ma foi, quelque peu ennuyeux
Puisque, de grandes scènes, elle n’en a que deux.
(Il est vrai que la pauvre est censée être mère
D’un acteur renommé, hélas nonagénaire.)

Globalement, on peine à comprendre le choix
Qui permet aux acteurs de choisir – selon quoi ? –
S’ils feront la diérèse, obligatoire hélas,
Ou diront l’e muet qui met le vers en place.
Parlons donc des grands noms, et admirons que pour
La première fois, oui, Michel Fau resta court
En extravagance et en dramatique messe.
Nous le vîmes plus prompt en montrage de fesse.
Michel Bouquet souffrote, et ces moult « taisez-vous »
Tombent trop tard après des silences trop mous.
Irradiant vraiment, la vedette du soir,
Christine Murillo, tient le coup ; et la voir
En manipulatrice ou en maîtresse femme
Est un bonheur certain, et pour l’homme et pour l’âme,
Fût-elle déguisée en quelque Bolivienne
Qui semble attendre enfin qu’un gogo lui revienne.

On ne peut terminer sans dénoncer Valère,
Que la voix de fausset de l’acteur met à terre.
Justine Bachelet, sa compagne de scène,
Joue les utilités ; dire ça est amène.
Mais l’ensemble est honorable et fait le boulot ;
Face aux Tartuffe dramatiques, c’est bien beau.

La conclusion
Nous ne rirons point si, selon un tract de bien,
l’« assistante mise en scène » a pour nom « Damien ».
Quoi qu’il soit scandaleux qu’au prix où sont les places
On y soit aussi mal tant il fait chaud, de grâce
Si vous voulez glousser, au moins pendant deux actes
(Les trois suivants dilatant un peu moins la rate),
Sachez que vous pouvez, en toute paix de l’âme,
Aller voir cette pièce, y compris si, et bam,
La fin est un vomitif éloge du roi.
Bah, certains ont élu Macron, et c’est leur droit.
Faute d’amour, Andrei Zviaguintsev, Cinéma des cinéastes, 25 septembre 2017
L’histoire : Boris et Genia divorcent. En attendant de vendre leur appartement, ils cohabitent un peu, quand ils ne copulent pas avec leurs nouveaux partenaires. Ils n’osent pas encore avouer la vérité à leur fils Aliocha, douze ans. Las, celui-ci, bien sûr, sait tout, pleure et, un jour, disparaît. Les recherches entre forêt, cachette, maison familiale, hôpitaux et morgue ne donnent rien. Donc la vie continue.
Le film : Andrei Zviaguintsev, acclamé pour Leviathan et primé à Cannes pour cette nouvelle réalisation, semble construire son travail sur le contraste entre trois pôles : la contemplation de natures mortes (nature naturelle, comme telle forêt enneigée ou triste, et nature artificielle comme tel appartement chic ou tel magasin pour future maman) ; l’insertion de séquences narratives n’abusant pas du champ – contrechamp (entretiens avec la police, échanges entre futurs ex-époux, reportage sur les battues) ; et la plongée dans la médiocrité du quotidien, écho de la solitude d’humains rongés par la rancœur, la peur, la déception. Le principal intérêt du film est alors de travailler sur le franchissement des lisières séparant les pôles. En témoigne le refrain visuel constitué par la fenêtre – vitre pluvieuse par laquelle on est regardé en train de regarder lors de longs travellings avant, baie par laquelle on ne regarde pas tomber la neige lors de longs plans fixes. L’illustre aussi le bouclage sur la séquence initiale, où la bande de rubalise est à la fois intégrée à la nature tout en faisant écho à l’histoire narrée par ce film… et en renvoyant l’enfant à la solitude du disparu. De la sorte, le réalisateur paraît interroger les limites de la communication et des liens qui unissent donc désunissent les êtres.

Dès lors, ce film sur un couple en déréliction travaille aussi bien l’interpénétration des individus et de leur destin, incarnée par des séquences érotiques esthétisées, que leur répulsion et leurs expulsions mutuelles – séquence où Genia est boutée hors de la voiture, plan sur le ventre rond annonçant l’imminence d’une nouvelle naissance, peur d’être licencié donc d’être expulsé des gens-comme-il-faut. De nouveau, ce sont toutes les strates intermédiaires de cette tension entre intégration et désintégration de l’homme dans ses microsociétés qui finissent par se mêler, déclinant alors la notion d’amour, notion spectrale allant de la haine au désir en passant par l’amitié, l’intérêt et le fatum familial – avec, in fine, la certitude que l’on ne sait pas plus aimer que l’on s’est aimé.
La place, réduite puis nulle, de l’enfant marque cette « faute d’amour » que pointe le titre français. Faire un enfant, c’est fauter – Genia accuse Boris de l’avoir récupérée à cause d’Aliocha ; et comment aimer une faute d’amour… faute d’amour ? De fait, le film joue sur le procès perpétuel que chacun intente à l’autre pour ses fautes (tu as gâché ma vie, tu es une fille perdue, tu vas abandonner ta nouvelle compagne quand votre enfant aura dix ans) ou craint pour lui-même (accusation d’avoir tué Aliocha ou de ne plus être un employé correct). Andrei Zviaguintsev parvient fort bien à montrer la fixation de la parole dans une sorte de judiciarité perpétuelle, où les rapports interpersonnels sont régis par des attendus, des codifications et des stéréotypes délétères, autant dans les déclarations d’amour sans réponse que dans les invectives ou les silences. À l’évidence, dans ce Moscou où noir et blanc, sépia et couleurs sales se succèdent, personne ne sait vraiment se parler : la police craint de s’investir pour ne pas crouler sous la paperasse ; les proches, quand ils s’approchent, dégainent l’injure avec la délectation de celui qui gratte une croute en sachant qu’il vaudrait mieux la laisser sécher ; les couples marqués peinture fraîche sont déjà félurés (Genia est plus intéressée que son nouveau mec, Boris est trop distant au goût de sa nouvelle blonde) ; les parents ne savent parler à leur fils ; et les seuls qui croient savoir écouter, ces fameuses associations parapolicières qui pullulent en Russie, ont beau abuser du talkie-walkie, ils seront aussi vains que les autres acteurs. Alors, pour se rassurer et montrer que l’on est comme les autres, on se selfise, on réseaute social, mais, à l’arrivée, on ne saura rien de ce qui anime l’autre, donc ce qui m’a(n)ime, moi. Faute d’amour, de soi comme de l’autre.

Sous cet angle de vue, Faute d’amour est un film-sens. Échafaudé sur un plot creux, il fixe lentement la façon dont le rien peuple nos vies : le rien de l’incommunicable ; le rien à quoi l’on sert quand on reste « bien en ligne » pour chercher un enfant métaphorique donc introuvable, un gilet fluo sur le dos ; le rien du changement qui, par-delà la satisfaction animale, renvoie l’homme à sa finalité inacceptable qu’une visite à la morgue figure de manière saisissante – Genia y passe pour identifier son fils, crier que ce n’est pas lui, s’entendre néanmoins exiger une recherche d’ADN et coller une tarte à son mari. En juxtaposant des séquences quasi muettes, des monologues verbeux ou des échanges de taiseux, en alternant paysages et acteurs puis en les confondant, Andrei Zviaguintsev paraît saturer l’espace visuel et sonore sous la chape de plomb d’une fatalité lancinante où tout se mêle pour ensuquer l’homme dans la médiocrité de ses quelques coups d’éclat et de ses nombreuses trahisons (lâcheté devant l’enfant, mensonge pour feindre d’être moralement nickel afin de ne pas perdre son job, colère extravertie de la grand-mère pour cacher sa détresse, construction d’un couple sur le sable des faux-semblants, du besoin sexuel et des regrets ressassés, etc.). À l’instar de ce piano aux cordes étouffées que ramène sans cesse à la surface la bande originale, le scénario ténu étire sur plus de deux heures la déréliction moyenne de l’homme moderne – lente berceuse, désespoir sourd.
En conclusion, Faute d’amour semble mettre en scène une vision de la société où l’homme, fatigué et lâche, cherche à survivre grâce aux femmes, réseauteuses conformistes et victimes en révolte, afin de reproduire une humanité que sa médiocrité rassure. On peut à la fois en accepter l’augure, reconnaître le travail visuellement intéressant, et repartir un peu déçu par l’absence d’un je-ne-sais-quoi (radicalité sporadique, twist, effet de surprise…), certes difficilement envisageable si l’objectif est de souligner, par la parabole de l’enfant disparu, l’implacabilité de ce point de vue, mais qui eût été précieux pour donner au spectateur l’impression que le film, au contraire de nos vies, peut décoller à tout moment grâce au talent du réalisateur.
Pas que de crocs
Ogier Jenevein et Yann Liorzou – Saint-André de l’Europe
Après trois mois de pause, la folie Komm, Bach! revient secouer l’église Saint-André de l’Europe (Paris 8). Pour lancer ce festival d’une vingtaine de concerts, le récital de ce soir ne devrait pas manquer de souffle. Au programme (à découvrir en intégralité ci-dessous, et sur grantécran en direct) : orgue et cor, feat. de magnifiques duos et, parmi les soli de Yann Liorzou, « le B-A-C-H » de Liszt ! Le tout se conclura sur un coquetèle convivial pour le prix ridicule d’une entrée libre. M’enfin ! C’t insensé, non ?
Ben non. De toute façon, on ouvre les portes à 19 h 45. See ya.
Soufflons sur la Breizh
Après son triomphe parisien, le 17 mars 2017, le souffleur brestois Pierre Douerin s’exporte derechef en Francilie. C’est ce samedi 23 septembre, et ça va sentir le celte à plein nez. Avec de l’orgue en sus. Que demande le petit peuple (à part du pognon, c’est normal) ? Une prime, comme cette improvisation sur un air celtique, registrée lors du concert du 17 mars ? Allez, c’est cadeau.



