Voilà. Après avoir présenté le ploum-ploumiste et la souffleuse, l’heure est au programmisme. Partager avec vous la résultation de cette triple conceptologie serait d’un grand joyeusisme.

« Azãn » de Rolande Falcinelli (détail). Photo : Bertrand Ferrier.

Ce samedi, à 20 h 30, concert orgue et flûte à Saint-André de l’Europe (24 bis, rue de Saint-Pétersbourg | Paris 8). Ce concert est réservé aux mélomanes qui adooorent les musiques qui swinguent, pulsent et soukoussent – ainsi qu’aux experts recherchant des titres puissants, rares et tripants. Fidèle à sa bonne fortune, le festival Komm, Bach! vous invite à un concert d’une heure, retransmis sur grantécran (avec une vraie cadreuse, pas comme sur les vidéos de répétition disponibles sur YouTube), incluant une entrée libre et une sortie au même tarif. Notre bonne fortune, c’est que nous accueillons, comme à chaque fois, des artistes impressionnants. Accompagnant Philippe Brandeis dans un programme sans temps mort, voici la grrrande Élise Battais – si, quand tu te cognes la tête en montant l’escalier de bois qui mène à la tribune, c’est que tu est grrrande.
Premier prix du Conservatoire royal de Bruxelles, soliste et pédagogue recherchée, spécialiste en sus de la musique vietnamienne (à Komm, Bach!, on aime bien les gens qui ne sont pas qu’un monolithe…), la dame débaroule avec une set-list virtuose associant compositeurs stars et méconnus.

Plus que deux musiciens exceptionnels, ce qui n’est déjà pas si mal, c’est un duo vibrant les même vibes qui s’apprête à investir la petite église qui jouxte la place de Clichy. Au terme de la dernière répétition, le diagnostic est univoque : ça s’annonce impressionnant et inspirant. Alors, pour vous inciter à venir, on aurait pu voler un tube à leur dernier raccord in situ. On a préféré rapter un extrait de l’hommage à Rolande Falcinelli que rendront les artistes – Philippe Brandeis est très fidèle à cette grande dame qui eût été centenaire en 2020 : il a par exemple enregistré un cycle d’elle jadis sur vinyle – ça ne nous rajeunit pas – et l’œuvre dont est issue le fragment ci-dessous pour Hortus… avec une certaine Élise Battais.
Tous les quêteurs d’envoûtement et de mystère sont attendus samedi pour profiter, au milieu de propositions joyeusement consonantes, de dix minutes rares en concert, de musique écrite il y a à peine plus de quarante ans, avec orgue et flûte… et pourtant ni conceptuelle, ni prout-prout, ni barbante. Hâte de vous y retrouver !

 

Philippe Brandeis en répétition. Photo : Bertrand Ferrier.

L’homme est hyperrare en concert. Ce grand manitou du Conservatoire Supérieur de Paris est pourtant l’une des merveilles de l’orgue français. Comme s’il ne suffisait pas à la tâche, il ne viendra pas seul : soucieux d’inventer un concert passionnant pour tous, il sera accompagné par sa fidèle complice Élise Battais à la flûte traversière – ceux qui l’ont vue et ouïe en récital savent combien cette musicienne contredit tous les effrois d’ennui que, comme l’orgue, suscite parfois son instrument.
Bref, avec sa boule d’énergie traversière préférée, Philippe Brandeis sera en récital ce samedi, à 20 h 30, au 24 bis, rue de Saint-Pétersbourg, juste à côté de la place de Clichy. Entrée libre, sortie aussi, avec diffusion du concert sur écran géant et hommage à Rolande Falcinelli, dont on fête quasi le centième anniversaire de naissance. 1 h 10 tout compris de musique puissante, variée et riche, juste pour les esgourdes et les cœurs des mélomanes comme des curieux. Hâte de vous y retrouver, ça va être wow.

 

Photo : Rozenn Douerin

Entrer dans la lumière comme des insectes fous : c’était l’invitation lancée aux curieux, ce 5 octobre, pour les improvisations données de concert par l’orgue et le duo Clément Gulbierz – Loïc Leruyet, créateurs de faisceaux.

Photo : Rozenn Douerin

Les spectateurs – autorisés à se mouvoir pour profiter d’une soirée savourable à 360 degrés, au moins – étaient davantage incités et invités à expérimenter qu’à écouter-et-voir. La transsubstantiation de l’obscurité et de l’espace, le dialogue entre les sens, le surgissement de l’intuition et des inattendus procédaient d’un même mouvement de réinvestissement d’un cadre connu (une église) et d’un genre balisé (l’improvisation).

Photo : Rozenn Douerin

Par moments, on a pu se demander si les acteurs eux-mêmes ne s’étaient pas trop pris au jeu, au point de se transformer réellement en insectes fous…

Photo : Rozenn Douerin

angelots compris.

Photo : Rozenn Douerin

Jonglant entre cuillers et pédales, registres et accouplements, touches et tuyaux, la fabrique du son tâche de capter dans les rets de ses maléfices les auditeurs au long des quinze propositions, articulées autour de quinze extraits et d’un thème central : « Nuits et brouillards ».

Moralité : restons à l’ombre des projecteurs, dans la lumière que filtrent nos brouillards. Parfois, on y est bien. Le prochain concert in situ sera donné le samedi 18 janvier à 20 h 30. Bienvenue aux curieux.

Photo : Rozenn Douerin

 

Photo : Rozenn Douerin

Avec Clément Gulbierz et Loïc Leruyet à la conception, à la réalisation technique et à la régie en direct pour coller aux impros de l’orgue, la fin de la Nuit blanche a ébloui plus d’un spectateur jusqu’à, sacrilège, noyer sporadiquement l’orgue dans un tourbillon de couleurs.

Photo : Rozenn Douerin

  • Incendier l’espace,
  • habiller l’ombre,
  • dialoguer avec l’architecture,
  • vitaliser la dimension sacrée du lieu,
  • parler la langue du feu avec le roi des instruments,
  • apporter sa propre interprétation des textes sur lesquels improvise l’organiste,
  • apprivoiser l’instant avec instinct :

autant de défis – parmi moult autres, plus métaphysiques ou prosaïques, selon les moments – que les jeunes luminomanes ont relevés.

De gauche à droite : Clément Gulbierz, Loïc Leruyet et son brushing puis, peut-être, vous. Photo : Rozenn Douerin.

Croire que ce que montrent ces photos n’est que de la lumière serait une erreur. C’est de la musique traduite en photos et en photons, et vice et versa. Avec des moyens exceptionnels à l’aune du festival Komm, Bach!, tout juste acceptables pour de jeunes professionnels risquant leur réputation pour la beauté du geste. Puissiez-vous entendre chanter l’orgue à tuyaux, instrument unique de l’Église selon les textes, à travers les réussites visuelles fomentées par les néopros au boulot !

 

Photo : Rozenn Douerin

Le 5 octobre, la Nuit blanche s’épuisait sur un concert orgue et lumières. L’occasion de revisiter l’église de Saint-André de l’Europe en l’habillant d’ombres fantasmatiques.

Photo : Rozenn Douerin

Ce dialogue entre ombre et lumières ne peut exister que parce que la nuit. Sans nuit, ni ombres, ni lumières. Sans lumière et sans musique, à quoi bon la nuit ?

Photo ; Rozenn Douerin

On va pas se mentir : cette démonstration d’astuce, de technique et d’art, suscite la fascination de la photographe pour les artistes plus que pour le zozo qui fait ploum-ploum à l’orgue pendant ce temps.
(Non, je ne suis pas jaloux, je constate, nuance.)

Loïc Leruyet en spectacle à Saint-André de l’Europe le 5 octobre 2019. Photo : Rozenn Douerin.

Moi, ce que je regrette, c’est d’avoir été derrière la tribune pour faire mon max. Visiblement, devant, c’était beaucoup plus l’éclate. Et encore, c’était que le début.

Photo : Rozenn Douerin

 

Tanaquil Ollivier à Saint-André de l’Europe le 24 décembre 2019. Photo : d’après collection Laure Striolo.

Par chance, il n’y a pas que les instrumentistes, dans la vie : il y a aussi des chanteuses. Des artistes lyriques. C’est ça, des cantatrices. Pour le dernier concert Komm, Bach! de l’année 2019, ce 24 décembre, deux d’entre ces bêtes mystérieuses étaient réquisitionnées. La benjamine de la bande s’appelle Tanaquil Ollivier et, à la base, comme beaucoup de chanteuses, elle avait une vraie vie, un vrai projet professionnel, un truc sérieux et solide : en d’autres termes, elle était clarinettiste. Et puis, une erreur en entraînant une autre, la jeune enfant est tombée dans la drogue du chant.
Désormais, voici la petite pépite, déjà ouïe lors de la saison 3 du festival, sur l’autoroute du succès, chantant les grands airs du répertoire sopranistologique, direction les troisièmes cycles castafioriques les plus huppés de la capitale. On est peu de chose, ma brave dame.

Tanaquil Ollivier, Laure Striolo et Laurent Valero. Photo : Rozenn Douerin.

Du coup, au côté de cette étoile montante, on avait convié une diva, une vraie, une qui traque les photomontages où on la voit avec des lunettes, donc une qui a déjà chanté – l’intégrale, forcément l’intégrale de – Traviata tout en pratiquant la musique contemporaine.
Laure Striolo était de retour à Saint-André de l’Europe, où elle s’est produite à de nombreuses reprises. Voix puissante, sens du texte, goût pour les nuances, plaisir de partager avec le public ont irrigué ses interventions, bien qu’elle eût réservé à sa jeune consœur l’honneur de pousser quelques sacrés tubes sacrés, feat. Bach et Mozart. Les deux intouchables ont fini le concert au milieu du public pour partager des chants traditionnels de circonstance avec mélomanes, future cantatrice importée des États-Unis, avocat mystérieux venant chaque année incognito, flûtiste quasi descendu du ciel et bienveillants curieux soucieux de vivre Noël en musique. Pristi, c’était rien chouette – merci aux publics et aux artistes invités !

Prochain concert : 18 janvier 2019, avec le supervirtuose Philippe Brandeis, titulaire de Saint-Louis-des-Invalides, grand manitou du Conservatoire de Paris, hénaurme musicien et zozo néanmoins, accompagné de madame Élise Battais en personne que l’on annonce derrière, à côté et autour de sa flûte traversière.
Prévoyez de l’émotion et du wow, et venez nous rejoindre : écran géant, cadreuse vidéo incluse dans le projet, musiques variées et spectaculaires, et inch’Allalalalah pas mal de sensations fortes. En revanche, même si le concert sera reboostant, même si on peut laisser moult billets de deux cents euros (ou même de cinq, c’est cool) pour remercier les artistes et aider le festival à survivre, on peut aussi entrer et sortir sans bourse délier, sans même se faire foudroyer d’un regard de Zeus. Hyperconnaisseurs ou curieux titillés, si votre jauge d’énergie vous le permet, venez : vous serez les très bienvenus.

Photo : Bertrand Ferrier

Pas de trêve noëllique pour les explorateurs de la vibration que sont les Sleepy & Partners, cette équipe d’experts à la recherche de l’instrument « capable d’exprimer la plus parfaite granularité sonore, l’imperfection pouvant être manière de perfection », selon l’une des motivations de leur mission.
Si leur passage par Saint-Louis de Vincennes est le moment le plus illustre de cette saga, tant il a suscité de durs remous, il ne peut occulter leurs voyages à la collégiale de Montmorency, au grand orgue de l’église Saint-Marcel, aux orgues de Domont, Groslay, Enghien-les-Bains, Notre-Dame de Vincennes, aux grandes orgues de la cathédrale de Gap, de l’église Sainte-Julienne de Namur, aux orgues de Beauchamp, à l’harmonium du temple du Saint-Esprit, aux autres ogres des églises de Bessancourt, de Taverny, du Raincy, de Notre-Dame du Rosaire, de Sainte-Marie-des-Batignolles et du Val-de-Grâce [sur Google, tapez Bertrand Ferrier bien accompagné].

Photo : Bertrand Ferrier

Cette fois, l’expert s’attaque au Gonzalez de la basilique Saint-Denys d’Argenteuil. [Le titulaire nous écrit : « Ce n’est plus un Gonzalez. Juste un estropié anonyme et attachant, vivant de la bonne volonté des uns et des autres. Ôtez ce nom que je ne saurais voir. »] L’analyse technique est assurée par le partner Boulgour (« ça s’écrit presque comme bonjour, de même que couscous s’écrit presque comme coucou », stipule-t-il), notamment célèbre pour son slip de panda.
Comme de coutume, on ne saura presque rien de fondamental, la substance étant réservée au KanGourou Sleepy et au comité d’experts. « Il ne s’agit pas de dissimulation, mais de précaution : tout un chacun n’est pas préparé à entendre certaines vérités potentiellement cosmiques », précise l’explorateur, très concentré. « Ce nonobstant, je peux reconnaître être impressionné par la ductilité d’un certain mélisme de la vibe qui
, à n’en pas douter, s’épanouit dans une perspective multiplans dont il s’agit de percevoir la coaxialité afin de faire musique – oui, c’est cela : faire musique », tient-il à souligner.

Photo : Bertrand Ferrier

L’observation techniciste n’excluant pas une approche plus artistique, l’examen des « possibles applications de Bach » à l’instrument a permis d’étayer les observations du fin connaisseur.
« Pour moi, il n’est certainement pas question de réduire la granularité à une formule magique, pointe-t-il. La granularité sonore, du fait même qu’elle paraît indéfinissable, se positionne dans une protéiformité qui nécessite une appréhension pluridisciplinaire. Les constatations pratico-pratiques sont un substrat essentiel, mais elles ne sauraient, en aucun cas, prétendre à l’appellation d’expertise si elles ne se confrontaient pas à des problématiques prolongeantes et kaléidoscopiques. Aussi le polymorphisme de notre approche est-il le contraire d’une dispersion : il se fait concentration d’énergies impalpables – oui, c’est cela : concentration d’énergies impalpables. »

Photo : Bertrand Ferrier

Cette pluralité semble consubstantielle de la quête du Graal granulaire – ce que, entre eux, les initiés appellent la graalnularité sonore.
« Penser l’orgue comme un tout exige de penser le tout comme un multiple, et vice et versa, insiste Boulgour. L’addition de perspectives n’est point protubérance, elle est essence, comme la diversité des registres d’un orgue est la moelle de l’instrument. La synthétisation des investigations doit produire une révélation. Si elle n’émeut pas, si elle ne donne pas naissance à un sentiment, par-delà la technicité, elle s’expulse de l’incarnation et, partant, s’invalide comme médium entre nous – en tant que nous – et la granularité sonore. Car quoi de plus incarné, en ces temps de Noël, que la granularité sonore comme unité du multiple et multiple de l’unité – oui, c’est cela, unité du multiple et multiple de l’unité ? Voilà, quoi. Quand je vous disais que tout le monde n’est pas apte à saisir la cosmicité de la pensée granulaire ! Bon, et sinon, j’suis mignon, quand même, hein ? Et jusqu’au slip, s’il vous plaît ! »

Photo : Bertrand Ferrier

 

Il y a les marchés de Noël. Les brocantes de Noël. Les arnaques de Noël, en somme. Puis ça, au 24 bis, rue de Saint-Pétersbourg | Paris 8. À chacun de choize.

 

Photo : Rozenn Douerin

Régulièrement, les Sleepy & partners, experts organiers, partent examiner des orgues. Sans fin est leur quête de granularité sonore et d’instrument idéal. Ils se sont lancés à la recherche de la vibration gourmande et/ou de la gouleyance faite ondulation musicale. Moi-même, je n’entends goutte à la substance de cette inspection généralisée des orgues, mais je me réjouis qu’elle ait pu faire scandale dans le Val-de-Marne (Sleepy a été dénoncé comme un intrus déloyal à l’évêque du lieu, la classe !) et continue d’amuser d’autres titulaires moins benêts voire des lecteurs bienveillants.
En l’état, sans entendre avec précision le détail de leur idiolecte ultratechnique, du moins puis-je constater l’entrain de la fine équipe qui ne manque nulle occasion de tester un nouveau monstre. Tantôt, c’est le KanGourou en personne, SLM (Sleepy-Lui-Même) qui s’est déplacé pour jauger, selon ses termes, le « Cavaillé-Cool » du Val-de-Grâce.

Photo : Rozenn Douerin

Nullement impressionné à l’idée de ploum-ploumer sur l’instrument d’Hervé Désarbre et de son adjoint Benjamin Pras, l’expert spécialiste a tâché de percevoir « la spécificité transversale d’une observation envisageant en Narcisse, si t’es mieux, la personnalité propre d’un instrument – en tant que telle – et, en coordonnées, la subjectivité objectivante d’un projet de recherche subsumant ». Bon, c’est un peu le problème quand on parle de facture d’orgue : rapidement, ça devient un brin le brun quand t’es toi-même ni postier ni facteur.
Hélas, aucun moyen de tirer davantage de lombrics de la narine du Konnaisseur. La saga n’étant point finie, les conclusions sont hic et nunc réservées au cénacle des Sleepy & partners. C’est déceptif – mais quel teasing, mazette, quel teasing !

Photo : Rozenn Douerin

Photo : Bertrand Ferrier

En cette période que les pharaonistes présentent comme révolutionnaire, il est peut-être temps qu’une voix s’élève pour revendiquer ses privilèges et ses régimes spéciaux. Puisque personne ne se dévoue, autant que, sur ce post, résonne mon timbre.
Oui, en tant que titulaire d’un orgue parisien, nulle peur d’être décapité me le fera nier : je bénéficie d’une aura et d’un prestige qui me valent autant considération que récompenses. Les gens me remercient d’être moi, et les bougres, émus de frôler le maître – oui, moi –, tiennent à le manifester en me couvrant de dons dont (et non de dondons, grosses ou pas) (ni de dindons) (ni de Vincent Lindon, heureusement) la personnalisation tutoie le sublime. Cela m’aide, en dépit de ma position dominante, du moins en altitude quand je suis à la tribune, à rester oxymoriquement proche des gens. C’est précieux.
Parmi les monceaux de cadeaux qui me reviennent, j’en ai choisi deux qui illustrent fort bien mon propos, je crois.

Photo : Bertrand Ferrier

Premier choix, et c’est le cas de le dire, un repasse-cravate so british, déniché par une paroissienne sensible à cette élégance dont j’ai fait l’une de mes marques de fabrique. Généreux en diable, je le propose à la vente au prix de 50 €, port compris pour la France métropolitaine. Bien entendu, la somme éventuellement récoltée – moins les frais de cochon, faut pas abuser de ma bonté même sans catilinaires – sera intégralement reversée à l’une ou l’autre œuvre de la paroisse en question – et ceci n’est pas une blague.
Pour tous les passionnés souhaitant faire don de cet appareil vintage mais neuf à une personne portée sur la cravate et/ou le froissage-défroissage, voire souhaitant s’offrir un vrai beau cadeau, tutoyant le concept de vistemboire cher à Achille Talon, me contacter en cliquant sur l’enveloppe en haut de cette page.

Photo : Bertrand Ferrier

Le second choix n’est certes pas de la merde. Il rend hommage au don d’une apprentie organiste, élevée au lait de Jacques Pichard. Souhaitant me remercier pour l’avoir accueillie à la tribune à l’occasion d’une messe, elle m’a cédé ce magnifique sac pragois. Grâce à son esthétique quasi opticienne tant elle est portée sur la lunette, vous ne verrez plus jamais avec le même regard cette ville où il n’est point jusqu’aux sacs à crottes de chien qui ne soient culture. C’est pas le Paris de la répugnante héritière de l’autre Bertrand qui en pourrait dire autant.

Jacques Bon, BF, Esther Assuied, Hervé Désarbre et Emmanuelle Isenmann après le concert du 1er décembre au Val-de-Grâce. Photo : Rozenn Douerin.

Changement de programme, toute ! Le prestigieux organiste et chef Denis Comtet, qui devait propulser son deuxième récital à Saint-André de l’Europe ce samedi à 20 h 30, vient de se faire porter pâle, certificat médical et voix brisée à l’appui. Par conséquent, le « grand récital d’orgue pour l’Avent » est remplacé au pied levé par les « Douze regards sur la vie d’un croyant ». À la tribune : mezzo-soprano, hautbois, trompette, flûte irlandaise et orgue. Au programme : Bach, Haendel, Pergolese, Poulenc, Duruflé et deux pièces toutes fraîches de Bertrand Ferrier en personne lui-même sur des textes de Guillevic et Francis Jammes.
Le tout dessine, nos lecteurs habitués s’en souviennent, le parcours d’un croyant, en douze étapes, de sa naissance à l’au-delà, à travers ses joies et ses coups au coeur, au corps et à l’âme. L’ensemble forme une biographie imaginaire d’une petite heure, où se déploient la variété des atmosphères, la diversité des sonorités et les mélanges protéiformes. Le programme vient de triompher en l’église du Val-de-Grâce, sous l’égide d’Hervé Désarbre. Cette fois-ci, nous sommes très heureux d’accueillir le timbre chaleureux et la fraîcheur de la mezzo-soprano Marine Breesé. Cette jeune artiste n’a point hésité à remplacer au pied levé la soprano Emmanuelle Isenmann, retenue par d’autres occupations. Esther Aliénor persistera à la trompette et à la flûte irlandaise, Jacques Bon tricotera du hautbois et je tiendrai les orgues locales.
Deniers détails ? Église chauffée, retransmission du concert sur écran géant avec cadrage live par Rozenn Douerin, entrée gratuite, sortie aussi, et concert bien quand même. À la vérité, on voulait faire mieux, mais on a manqué d’idées. Pardon, pardon, pardon.


Concert le samedi 7 décembre, 20 h 30, en l’église Saint-André de l’Europe.
24 bis, rue de Saint-Pétersbourg | Paris 8 | métro : Place de Clichy, Europe | proximité immédiate bus 66, 80 et 95
Événement Facebook à retrouver ici

 

Aujourd’hui, conseil syndical mensuel. Toujours important, pour les musiciens comme pour les autres, d’avoir conscience des lignes rouges, de savoir quand voir rouge ou comment aider ceux qui sont mis dans le rouge professionnellement, et quel chiffon rouge agiter afin que ceux qui se prennent pour des taureaux mordent la poussière.
(Non, pour boire rouge, en revanche, ça va, j’ai pas besoin de conseil.)
Luttons ensemble, ne serait-ce que pour faire bisquer Pharaon Ier de la Pensée complexe et tous les minipharaons de la Pensée complexe qui croient pouvoir se la ouèj en toute impunité. Osons rugir rouge sans rougir !

Photo : Rozenn Douerin

Après moult circonvolutions, révolutions et répétitions, plus moyen de se défiler : l’arrivée du mois de décembre coïncide avec le concert concocté, fomenté et monté à l’initiative d’Hervé Désarbre, organiste du ministère de la Défense en personne. Le show va s’arrêter sur douze émotions susceptibles d’avoir rythmé la vie – et pas que – d’un croyant.
Autour du Cavaillé-Coll de l’église du Val-de-Grâce, tour à tour accompagnateur et soliste-improvisateur, se tiendront Emmanuelle Isenmann, soprano, Esther Assuied, trompettiste pour l’occasion, et Jacques Bon, hautboïste. Au programme (consultable ci-dessous, mais il sera hyperplus joli et lisible – disons jolisible – sur place) : Bach, Pergolese, Haendel, Britten et deux créations de moi-même-je sur des textes de Francis Jammes et Guillevic. Au total, une petite heure de musique dans une grande église chauffée, pour le prix exceptionnel de zéro euro. On fera malgré tout notre possible pour que ce concert biographique soit chouette quand même.

Pénultième répétition au Val-de-Grâce. Photo : Rozenn Douerin.

Rendez-vous à l’église du Val-de-Grâce (1, place Alphonse Laveran | Paris 5), ce premier décembre à 17 h 30 pétaradantes !

Photo moche : Bertrand Ferrier

Tu connais ce moment, oh, tu connais ce moment où tu as les clefs d’un endroit magique et impressionnant…

Photo : Jacques Bon

… et où tu arrives à tout saccager sous prétexte de répétition, avec chaussures de marche apparentes, sac moche et partition jetée en vrac pour pas louper la mesure 123.

 

Quand on te demande de jouer un vieux cantique pour un enterrement du samedi, que tu ne trouves nulle part la partition sur le Web, que tu dois – ayant été correctement abordé par le laïc missionné, pour une fois – le retracer à la main en écoutant une vidéo et que, partant, tu repenses à toutes ces occasions que tu as eues de voler le volume 1 des Chants notés – bible des vieux chants d’Église avant que ne s’impose le diktat répugnant des chants finançant les sectes charismatiques – où est celée la partition…

La star de l’orgue du CNSMDP. Photo : Bertrand Ferrier.

À la base, c’est l’histoire d’une nana – ça change de l’histoire d’un mec – qui fume de l’herbe, qui blasphème en bande organisée et qui, quelques années plus tard, en fait son sujet de thèse même si elle eût initialement préféré scruter les musiques électro.
Désormais, cette histoire, c’est l’histoire de Marie Baltazar. L’ex-fofolle est devenue chercheuse spécialisée en tout et néanmoins revendiquant son appartenance aux humains chic de base, du genre qui glisse à la fin de la présentation parisienne de son livre paru aux Éditions de la Maison des sciences de l’homme : « Là, je vais enfin me payer une semaine de vacances chez moi, à regarder des séries, j’en rêve depuis siiii longtemps » confie-t-elle sans prétendre se confiner dans son monde pour relire l’intégrale de Lévi-Strauss.

L’orgue du CNSMDP (détail). Photo : Bertrand Ferrier.

L’anecdote n’est point si anecdotique qu’il y paraît : le livre porte trace de la pulsion de spontanéité qui paraît habiter cette anthropologue du proximal et de l’extraordinaire. Tout l’émerveille, tout lui paraît digne d’intérêt. Du coup, elle se méfie de l’intellectualisation, de la mise en perspective sèche, de la scientifisation du « terrain » comme elle aime à labelliser ses observations. Le titre du livre adapté de sa thèse en porte trace, tant on aurait pu l’envisager sous de multiples axes. Ainsi du bruit, jamais défini, et qui évoque pourtant moult pistes telles que, parmi tant d’autres :

  • le bruit comme rumeur qui construit et déconstruit la pratique de l’orgue (analyse de la perception de l’orgue selon divers « terrains ») ;
  • le bruit comme retentissement (au sens de renommée, donc de l’usage de l’orgue dans la société, entre symbole religieux ringard – pas que catho – et symbole luxueux revivifié des grandes salles symphoniques) ;
  • le bruit comme son indistinct (disons : bruit de fond), recoupant la pratique de l’orgue liturgique et révélant les schismes avec les nouvelles pratiques de gling-gling liturgique qui concurrencent l’organiste de cérémonie ;
  • le bruit comme émission brute opposée à l’harmonie, interrogeant le rapport de l’organiste à la machinerie bruyante de l’orgue mais aussi la perception de l’orgue par les saints béni-oui-oui qui le voient comme « trop bruyant » ;
  • le bruit comme vibration au milieu d’autres vibrations (dans le cadre d’un concert, d’une « visite », d’une cérémonie religieuse) ;
  • le bruit comme écho recherché ou obtenu par exemple dans les réseaux sociaux (la cyberprésentation des organistes de tout niveau sur Internet eût pu donner lieu à l’analyse de ce-que-c-‘est-qu’être-organiste d’après les organistes eux-mêmes) ;
  • le bruit comme son attirant l’attention, ce qui aurait permis l’analyse du rituel très protéiforme du « concert d’orgue » ;
  • le bruit comme opposition au silence ordinairement associé aux établissements sacrés, etc.

Esther Assuied et Jean-Baptiste Dupont. Enfin, de dos, mais bon. Photo : Bertrand Ferrier.

La question sonore ne distrait pourtant pas l’ethnologue de son projet que l’on pourrait résumer de la sorte : définir qui joue les orgues – ces trucs bruyants, fascinants, coûteux, surannés, impressionnants, synonymes de chiantise, et comment sont-ils devenus ces gens qui jouent des trucs bruyants, fascinants, etc. L’aspect sexuel, propre aux délices, aux amours et aux orgues, est un élément déterminant, d’après l’enquêtrice, qui frétille en pensant à toutes ces personnes du sexe qui se mettent à apprendre l’orgue sans, désormais, forcément passer par le piano. Le fait est que les hommes auraient longtemps dominé l’orgue (ceux qui suivent nos postes muséaux reconnaîtront une chanson connue, en un mot) ; l’arrivée des femmes pourrait tout changer.
Cela pourrait vexer celles qui sont là depuis longtemps, ou étonner les mâles demandant ce qu’on leur reproche. Une telle proposition pourrait aussi suggérer une étrange réduction des gens à leur bas-ventre, ou feindre d’ignorer qu’orientation et identité sexuelle – si combattue par les gender hystériques – sont deux éléments scénaristiquement moins intéressants, ici, que le copula qui les unit (option évoquée curieusement dans le sous-chapitre « Le goût du vacarme »). Oui, il y a des organistes avec des bites, des organistes avec des chattes, et parmi eux des homos (quel pourcentage ?), des hétéros, des bi et des asexués. Qu’en conclure, hormis qu’organiste peut être, contrairement au prestige dont chaque associé rêve ou au rebours de la mythologie que chaque zozorganiss espère perpétuer, un métier ou un hobby, hélas, presque comme un autre ?

Jean-Baptiste Dupont improvisant. Photo : Bertrand Ferrier.

Encore une fois, de tels débats s’essoufflent dans le contexte. Marie Baltazar ne débat ni ne combat. Elle parle du peu qu’elle a vu. Entendu. Constaté. Invité chez elle. Elle ne prétend pas savoir. Elle pose des questions. Parle de ce qu’elle aimerait. De ce qu’elle croit. Pour quoi elle milite. Objective autant qu’elle peut ; vivante surtout. Elle lève des lièvres puis les repose – ce qui sera toujours préférable aux salopards qui les lèvent puis les butent parce que ce sont, simplement, des p’tites merdes de chasseurs, ces couards qu’il conviendrait d’éradiquer définitivement. Donc Marie Baltazar dénonce, oui, la reproduction de la vieille caste organistique, mais elle ne cherche pas à la prouver. Rien sur les manigances des milieux organistiques, des dévoiements « syndicaux » aux dessous – le terme est bon, je trouve – des concours de grande tribune, sur lesquels ni les témoignages, les évidences ou, même, les articles objectifs ne manquent.
Dans cette perspective, l’on pourrait s’étonner de retrouver Guillou sous la seule accusation d’un anonyme le soupçonnant de ne faire que du braoum (t’as écouté ses interprétations éditées chez Augure, crétin ? bon, alors ferme-la physiquement à tout jamais). De même, l’on pourrait se surprendre en voyant encore évoqué « Jean-Sébastien Bach » ou en lisant des sentences extravagantes – nous n’en ferons point la recension digne du fat, quoi qu’il y en ait quelques-unes – comme « le 32 pieds apparaît de nos jours comme l’aboutissement de l’évolution de l’orgue » (191, gâ ?) même si ce genre de propos, délirant en soi, fait écho au souci d’optimismes de l’auteur :

  • optimisme sexiste (plus de nanas, c’est plus mieux),
  • optimisme quantitatif (plus d’élèves en orgue, ça sauvera les orgues et ça cassera la reproduction ancien-régimiste des mêmes schémas académiques),
  • optimisme chronologique (de toute façon, ce sera mieux demain), qui tranche avec la vraie vie des organistes, même outrageusement talentueuses.

Esther Assuied, le 22 novembre 2019. Photo : Bertrand Ferrier, avec l’autorisation de l’artiste.

Après l’introduction brillante et joyeuse de Philippe Brandeis, patron des chercheurs du lieu mais avant tout hénaurme organiste, les artistes invités par Marie Baltazar répondent à leur manière aux propos fragmentaires énoncés ce soir. Dans une salle dépourvue de la moindre résonance, Esther Assuied ose le « Chant des fleurs » de Jean-Louis Florentz puis les tubesques mais très techniques « Litanies » de Jehan Alain. Jean-Baptiste Dupont, le malheureux et brillant organiste bordelais, confronté à l’impéritie conne, dégueulasse, lâche, stupide et typique de cette ordure d’Alain Juppé et des autorités laissant dégrader son orgue, cingle trois improvisations distinctes :

  • la complétion à la BWV 565,
  • une ondulation brillamment structurée et
  • un parcours magistral sur l’échelle des registrations envisageables en crescendo et decrescendo.

Esther Assuied conclut la fête sur un tube de Grieg qu’elle a elle-même transcrit, rappelant que la musique de l’orgue, c’est

  • de l’interprétation,
  • de l’impro et
  • de la transcription.

Esther Assuied, Jean-Baptiste Dupont et Marie Baltazar. Photo : Bertrand Ferrier.

En conclusion, si vous cherchez un livre sur l’art de devenir le futur titulaire de Notre-Dame, sur l’analyse de la profession d’organiste aujourd’hui, sur la notion d’organiste dans une société en voie de déséglisiation, sur le concept technique d’orgue en 2019 (aucun entretien avec les stars de la facture contemporaine n’est au programme, par exemple), ne lisez surtout pas Du bruit à la musique. Devenir organiste de Marie Baltazar.
En revanche, si vous osez envisager ces questions du point de vue d’une Candidesse essentiellement armée de ses observations de terrain activées au début des années 2000 et réactivées en 2017, habitée par une curiosité sincère, enthousiaste et accessible par son refus d’un rigorisme ou d’une exigence scientifique, foncez : ce livre, animé par de nombreux extraits d’entretiens et par des illustrations diverses, sans complexe et sans concept effrayant, est pour vous !


Ce samedi 16 novembre, pour fêter son soixante et onzième épisode (on est très fort en prétextes), le festival Komm, Bach! passe en mode breton avec le play-boy titulaire de Saint-Pierre de Montmartre, Michel Boédec, associé à sa fidèle récitante, Anne Le Coutour. Les deux hurluberlus viennent nous faire rêver, frissonner et vibrer entre narration, improvisations savantes mais bien quand même, et musique traditionnelle.
Pendant une heure tout rond, venez faire la nique au froid, à la pluie et à la haine de la culture manifestée par les hordes de Pharaon Ier de la Pensée complexe. Venez, donc, vous blottir dans une église chauffée, enveloppés par le folklore importé au cœur de Paris par deux passionnés, avec respect et originalité. Un écran géant permet de suivre en direct le concert au plus près des artistes. L’entrée et la sortie sont tout autant libres – que l’on donne pour soutenir les artistes et le festival, ou que l’on ne donne pas, on est les bienvenus. Et, à la fin, on peut discuter le coup avec les artistes, que l’on achète ou non leurs disques (dont le tout dernier album de Michel Boédec encensé dans Diapason par le grand organiste Vincent Genvrin en personne).
Pour vous impatienter comme nous, retrouvez d’ores et déjà le programme ci-dessous et préparez-vous à recevoir comme il faut le terrrible Ankou en l’église Saint-André de l’Europe, 24 bis, rue de Saint-Pétersbourg (Paris 8) !

Photo : Bertrand Ferrier.

– Je sais pas pourquoi ces connards de compositeurs s’obstinent à faire des partitions de plus de trois pages. C’est complètement débile, aucun pupitre d’orgue n’est assez grand pour…
– Mais c’est toi, le connard de compositeur !
– Dans ce cas, c’est pas si complètement débile que ça ; et j’aimerais bien que, quand on s’adresse à un compositeur, on le traite avec un tout p’tit peu plus de respect, nom d’une pipe en bois !
– Seigneur, prends pitié.

 

On va pas se mentir, mâme Chabot : à la base, il devait y avoir plein de zoulies photos pour agrémenter le souvenir d’un concert impromptu mais pétillant à souhait. Puis, comment dire ? j’ai dû ranger le dossier des photos dans un endroit qui, pour le moment refuse rigoureusement de se dévoiler. Du coup, par chance, il nous reste la musique et les vidéos où, parfois, l’on entend le bruit des photos que l’on ne verra pas, du moins immédiatement. Alors, commençons sans temps mort par un brin d’humoresquisme.

 

 

Mais n’allons pas croire qu’un concert flûte et orgue est, forcément un concert ploum-ploum tralala. En témoigne la convocation d’un choral de Bach d’ordinaire attribué à l’orgue seul… avec un débat : la mélodie au même niveau que l’accompagnement pour respecter la promesse manualiter, ou en solo, donc avec la pédale pour assurer la magnifique basse ?

 

 

En dehors des contes – souvent trahis – de son homonyme, Andersen n’a souvent que les flûtistes virtuoses pour souffler sur ses cendres. Par chance, ce soir du 12 octobre, Joachim avait un sacré souffleur pour rendre son foyer plus ardent. En témoigne cette fantaisie hongroise où jamais l’aisance digitale et la maîtrise du souffle ne s’exonèrent du souci de faire de la musique par-delà la précipitation des notes.

 

 

Le ploum-ploumeur Gilles Rancitelli – virtuose de l’Orchestre national de France et néanmoins hautement diplômé itou pour son savoir organistique – rejoint alors son comparse pour une Sinfonia d’une tonicité exemplaire. La photographe en profite pour nous rappeler que nous avons particulièrement bien rangé son travail, mais bon, ça, c’est fait, il nous faut bien l’admettre.

 

 

Contrairement au piètre fake Gautier Capuçon, grand violoncelliste et humain ridicule, Guy Angelloz et son accompagnateur n’ont pas eu besoin que flambe Notre-Dame et débarque BFM TV pour interpréter « Après un rêve », sans affèterie ni effet de brushing mais avec sensibilité, offrant ainsi un beau cadeau aux amateurs de golden hits et de musique qui va droit au cœur.

 

 

Pas une raison pour s’endormir, non mais.

 

 

La virtuosité exacerbée est joyeuse, mais les grands musiciens savent qu’elle est encore plus émouvante quand elle se met au service d’une musique plus feutrée. Tandis que la photographe en profite pour stabyloter mon sens du rangement, l’on apprécie à la fois la richesse du son Angelloz et la profondeur de son lien avec Gilles Rancitelli – respirations, tenues et synchronicités signent un véritable duo.

 

 

Sur le morceau suivant, on va être honnête, récurrente mâme Chabot : si, grâce à lui, on fait pas vibrer en nous la grand-mère qui écoute Radio Classique, on a raté toute notre vie de programmateur. Justesse du tempo, exactitude du propos, sensibilité sans mièvrerie et évocation d’un standard de la musique classique – tout est fait pour susciter l’enthousiasme du public sans jamais claydermaniser le propos. L’apparente facilité est joyeuse, mais elle masque avec grâce un bel enjeu artistique.

 

 

C’est pas non plus une nouvelle raison pour ronquer, hein. Plutôt une occasion de réénergiser le concert tout en ajoutant à l’effet wow le plaisir de la musique que permettent, par-delà le mais-comment-diable-il-fait accents, résonance et contraste d’atmosphères.

 

 

Les puristes s’étonneront d’entendre « le dernier nocturne » de Chopin à l’orgue… et à la flûte. Les curieux se laisseront envelopper par cet arrangement où la simplicité de la pièce s’adjoint les qualités expressives des musiciens pour trouver ici une nouvelle piste d’expression – car le fait est que ça fonctionne à la fois sans fatuité et avec justesse.

 

 

Dès lors, il était temps, de rendre une petite visite à une chanteuse chérie des griegophiles : la p’tite Solveig. Dans cette pièce aux moments bien caractérisés, la vibration de Guy Angelloz et la précision toute en modestie de Gilles Rancitelli font merveille. On s’émeut du thème liminaire, on sautille dans la partie centrale – hey, what else?

 

 

Bien entendu, le concert (dont les pièces précédentes ne sont que des aperçus incomplets) ne pouvait s’achever sans un morceau technodance. En fins musicologues, les artistes réunis pour le soixante-dixième épisode du festival Komm, Bach! ont opté pour le spécialiste mondialement reconnu de la technodance – juste après Philippe Chasseloup, qui a peu écrit pour flûte et orgue : François-Joseph Gossec en personne.

 

 

Bien entendu, le concert ne pouvait s’achever sans bis. Le bis est un moment crucial du concert classique. Trop connu, il donne l’impression de ne s’adresser qu’aux ploucs. Trop peu connu, il donne l’impression d’être le fait d’un prince guindé ne s’adressant qu’à ses pairs privilégiés. Le premier bis du duo laissait clairement transparaître combien ces excellents musiciens craignaient la réprobation des snobs.

 

 

Mais, comme il ne s’agissait toujours pas de s’endormir, les zozos avaient prévu un p’tit shoot d’adrénaline pour remettre le dawa dans ce festival qui tient tant aux aspects et musical et festif. Si le public enthousiaste a fini par sortir avec le smile et en farandolant, admettons que Guy et Gilles, venus in extremis remplacer un concert annulé pour cause de grave accident de santé, ne peuvent se dédouaner de toute responsabilité après avoir donné un récital d’une simplicité, d’une efficacité, d’une maîtrise et d’une allégresse euphorisantes. Pour toute plainte tardive, adressez-vous à eux. Nous ne sommes que le maillon véhiculatoire de leur talent aussi allègre que généreux !

 

Jean-Michel Alhaits. Photo : Rozenn Douerin.

Pour ouvrir la Nuit blanche, un concert orgue + bombarde et basson hautement symbolique puisque, si tel morceau est en forme de poire, ce récital est en forme de médius préalablement humecté tendu bien haut vers la maladie. En effet, le 5 octobre, Jean-Michel Alhaits était de retour en l’église Saint-André de l’Europe avec Jean-Pierre Rolland, son complice de(puis) 25 ans. L’an dernier, après des répétitions au poil, un fichu ennui de santé avait riboulé ce souffleur dans les joies blanches de l’hôpital, plus proche de la mort que de la vie.
Cette année, youpi, les deux artistes sont vivants. Aucun blues blanc n’est à l’horizon pour gâcher ce projet longuement mûri. Du coup, ça barde et bombarde.

 

 

Au programme : un déluge de musique baroque, un peu de Renaissance, des chouïas de traditionnel, une once de virtuosité euphorisante (les Fantaisie et fugue en Si bémol d’Alexandre Pierre-François Boëly) et des arrangements qui pulsent.

Jean-Pierre Rolland et son assistante, volée à Jean-Michel Alhaits. Photo : Rozenn Douerin.

À dire vrai, cette fois, c’est plutôt Jean-Pierre Rolland qui aurait eu besoin des secours d’Esculape. Un comble puisque, les jours précédents, ce Rouennais avait profité de l’air délicieux et « plutôt bon » pour la santé, répandu par Lubrizol avec la bénédiction de l’État français – cette triste farce placée sous l’égide de Pharaon Premier de la Pensée complexe et son empoisonneuse préférée, de femme en mari – çuikidi Lubrizol il a pollué, cuikié un complotiste cherchant à faire le jeu de Marine Le Pen et des réseaux sociaux c’est tellement mieux la lecture, çuikidi, hein. L’organiste est néanmoins parvenu à passer outre ce cadeau Seveso 2, mettant ainsi en valeur et sa technique très sûre, et son fidèle comparse.

Le résultat a obtenu son grand succès attendu tant le public – ni malade, ni fou, simplement foufou – a tenu à remercier les deux hurluberlus avec force clap-claps et moult « brava ». Et c’est ainsi que la Nuit blanche a bien commencé…

 

Photo : Bertrand Ferrier

Événement dans la saga ! Parmi les Sleepy & Partners envoyés par leur grand gourou expertiser le plus grand nombre d’orgues possibles et imaginables, c’est le Kangourou lui-même qui s’est propulsé jusqu’au Cavaillé-Coll (il préfère le terme de « Cavaillé-Cool ») de Notre-Dame du Rosaire.
L’objectif officiel : tester l’instrument « notamment en ce qui concerne sa granularité sonore ». Pour la quatorzième fois, notre tentative de nous faire expliquer ce qu’est cette fameuse granularité sonore a échoué. Nous n’avons pu recueillir qu’une description pour le moins vague du projet. « C’est le saint Godet de notre examen musicologique, acoustique et métaphysique – une quête à la fois impalpable, très concrète et furieusement évanescente », a, pianissimo, accepté de souffler celui qui est à la fois le mandant et le mandataire mais aussi l’expert référent et le coordinateur général des études spécialisées. Le MELMMALERELCGDÉS, tout à fait.

Photo : Bertrand Ferrier

Comme l’exige la tradition, il est évident que, sa tâche accomplie, le Partner en chef était éreinté. « Voilà sans doute ce que l’on appelle un arrêt buffet », a-t-il lâché en pouf-pouffant, fort satisfait de sa facétie, avant de sombrer dans une puissante méditation un brin ronflante.