Ce samedi 16 novembre, pour fêter son soixante et onzième épisode (on est très fort en prétextes), le festival Komm, Bach! passe en mode breton avec le play-boy titulaire de Saint-Pierre de Montmartre, Michel Boédec, associé à sa fidèle récitante, Anne Le Coutour. Les deux hurluberlus viennent nous faire rêver, frissonner et vibrer entre narration, improvisations savantes mais bien quand même, et musique traditionnelle.
Pendant une heure tout rond, venez faire la nique au froid, à la pluie et à la haine de la culture manifestée par les hordes de Pharaon Ier de la Pensée complexe. Venez, donc, vous blottir dans une église chauffée, enveloppés par le folklore importé au cœur de Paris par deux passionnés, avec respect et originalité. Un écran géant permet de suivre en direct le concert au plus près des artistes. L’entrée et la sortie sont tout autant libres – que l’on donne pour soutenir les artistes et le festival, ou que l’on ne donne pas, on est les bienvenus. Et, à la fin, on peut discuter le coup avec les artistes, que l’on achète ou non leurs disques (dont le tout dernier album de Michel Boédec encensé dans Diapason par le grand organiste Vincent Genvrin en personne).
Pour vous impatienter comme nous, retrouvez d’ores et déjà le programme ci-dessous et préparez-vous à recevoir comme il faut le terrrible Ankou en l’église Saint-André de l’Europe, 24 bis, rue de Saint-Pétersbourg (Paris 8) !

Photo : Bertrand Ferrier.

– Je sais pas pourquoi ces connards de compositeurs s’obstinent à faire des partitions de plus de trois pages. C’est complètement débile, aucun pupitre d’orgue n’est assez grand pour…
– Mais c’est toi, le connard de compositeur !
– Dans ce cas, c’est pas si complètement débile que ça ; et j’aimerais bien que, quand on s’adresse à un compositeur, on le traite avec un tout p’tit peu plus de respect, nom d’une pipe en bois !
– Seigneur, prends pitié.

 

On va pas se mentir, mâme Chabot : à la base, il devait y avoir plein de zoulies photos pour agrémenter le souvenir d’un concert impromptu mais pétillant à souhait. Puis, comment dire ? j’ai dû ranger le dossier des photos dans un endroit qui, pour le moment refuse rigoureusement de se dévoiler. Du coup, par chance, il nous reste la musique et les vidéos où, parfois, l’on entend le bruit des photos que l’on ne verra pas, du moins immédiatement. Alors, commençons sans temps mort par un brin d’humoresquisme.

 

 

Mais n’allons pas croire qu’un concert flûte et orgue est, forcément un concert ploum-ploum tralala. En témoigne la convocation d’un choral de Bach d’ordinaire attribué à l’orgue seul… avec un débat : la mélodie au même niveau que l’accompagnement pour respecter la promesse manualiter, ou en solo, donc avec la pédale pour assurer la magnifique basse ?

 

 

En dehors des contes – souvent trahis – de son homonyme, Andersen n’a souvent que les flûtistes virtuoses pour souffler sur ses cendres. Par chance, ce soir du 12 octobre, Joachim avait un sacré souffleur pour rendre son foyer plus ardent. En témoigne cette fantaisie hongroise où jamais l’aisance digitale et la maîtrise du souffle ne s’exonèrent du souci de faire de la musique par-delà la précipitation des notes.

 

 

Le ploum-ploumeur Gilles Rancitelli – virtuose de l’Orchestre national de France et néanmoins hautement diplômé itou pour son savoir organistique – rejoint alors son comparse pour une Sinfonia d’une tonicité exemplaire. La photographe en profite pour nous rappeler que nous avons particulièrement bien rangé son travail, mais bon, ça, c’est fait, il nous faut bien l’admettre.

 

 

Contrairement au piètre fake Gautier Capuçon, grand violoncelliste et humain ridicule, Guy Angelloz et son accompagnateur n’ont pas eu besoin que flambe Notre-Dame et débarque BFM TV pour interpréter « Après un rêve », sans affèterie ni effet de brushing mais avec sensibilité, offrant ainsi un beau cadeau aux amateurs de golden hits et de musique qui va droit au cœur.

 

 

Pas une raison pour s’endormir, non mais.

 

 

La virtuosité exacerbée est joyeuse, mais les grands musiciens savent qu’elle est encore plus émouvante quand elle se met au service d’une musique plus feutrée. Tandis que la photographe en profite pour stabyloter mon sens du rangement, l’on apprécie à la fois la richesse du son Angelloz et la profondeur de son lien avec Gilles Rancitelli – respirations, tenues et synchronicités signent un véritable duo.

 

 

Sur le morceau suivant, on va être honnête, récurrente mâme Chabot : si, grâce à lui, on fait pas vibrer en nous la grand-mère qui écoute Radio Classique, on a raté toute notre vie de programmateur. Justesse du tempo, exactitude du propos, sensibilité sans mièvrerie et évocation d’un standard de la musique classique – tout est fait pour susciter l’enthousiasme du public sans jamais claydermaniser le propos. L’apparente facilité est joyeuse, mais elle masque avec grâce un bel enjeu artistique.

 

 

C’est pas non plus une nouvelle raison pour ronquer, hein. Plutôt une occasion de réénergiser le concert tout en ajoutant à l’effet wow le plaisir de la musique que permettent, par-delà le mais-comment-diable-il-fait accents, résonance et contraste d’atmosphères.

 

 

Les puristes s’étonneront d’entendre « le dernier nocturne » de Chopin à l’orgue… et à la flûte. Les curieux se laisseront envelopper par cet arrangement où la simplicité de la pièce s’adjoint les qualités expressives des musiciens pour trouver ici une nouvelle piste d’expression – car le fait est que ça fonctionne à la fois sans fatuité et avec justesse.

 

 

Dès lors, il était temps, de rendre une petite visite à une chanteuse chérie des griegophiles : la p’tite Solveig. Dans cette pièce aux moments bien caractérisés, la vibration de Guy Angelloz et la précision toute en modestie de Gilles Rancitelli font merveille. On s’émeut du thème liminaire, on sautille dans la partie centrale – hey, what else?

 

 

Bien entendu, le concert (dont les pièces précédentes ne sont que des aperçus incomplets) ne pouvait s’achever sans un morceau technodance. En fins musicologues, les artistes réunis pour le soixante-dixième épisode du festival Komm, Bach! ont opté pour le spécialiste mondialement reconnu de la technodance – juste après Philippe Chasseloup, qui a peu écrit pour flûte et orgue : François-Joseph Gossec en personne.

 

 

Bien entendu, le concert ne pouvait s’achever sans bis. Le bis est un moment crucial du concert classique. Trop connu, il donne l’impression de ne s’adresser qu’aux ploucs. Trop peu connu, il donne l’impression d’être le fait d’un prince guindé ne s’adressant qu’à ses pairs privilégiés. Le premier bis du duo laissait clairement transparaître combien ces excellents musiciens craignaient la réprobation des snobs.

 

 

Mais, comme il ne s’agissait toujours pas de s’endormir, les zozos avaient prévu un p’tit shoot d’adrénaline pour remettre le dawa dans ce festival qui tient tant aux aspects et musical et festif. Si le public enthousiaste a fini par sortir avec le smile et en farandolant, admettons que Guy et Gilles, venus in extremis remplacer un concert annulé pour cause de grave accident de santé, ne peuvent se dédouaner de toute responsabilité après avoir donné un récital d’une simplicité, d’une efficacité, d’une maîtrise et d’une allégresse euphorisantes. Pour toute plainte tardive, adressez-vous à eux. Nous ne sommes que le maillon véhiculatoire de leur talent aussi allègre que généreux !

 

Jean-Michel Alhaits. Photo : Rozenn Douerin.

Pour ouvrir la Nuit blanche, un concert orgue + bombarde et basson hautement symbolique puisque, si tel morceau est en forme de poire, ce récital est en forme de médius préalablement humecté tendu bien haut vers la maladie. En effet, le 5 octobre, Jean-Michel Alhaits était de retour en l’église Saint-André de l’Europe avec Jean-Pierre Rolland, son complice de(puis) 25 ans. L’an dernier, après des répétitions au poil, un fichu ennui de santé avait riboulé ce souffleur dans les joies blanches de l’hôpital, plus proche de la mort que de la vie.
Cette année, youpi, les deux artistes sont vivants. Aucun blues blanc n’est à l’horizon pour gâcher ce projet longuement mûri. Du coup, ça barde et bombarde.

 

 

Au programme : un déluge de musique baroque, un peu de Renaissance, des chouïas de traditionnel, une once de virtuosité euphorisante (les Fantaisie et fugue en Si bémol d’Alexandre Pierre-François Boëly) et des arrangements qui pulsent.

Jean-Pierre Rolland et son assistante, volée à Jean-Michel Alhaits. Photo : Rozenn Douerin.

À dire vrai, cette fois, c’est plutôt Jean-Pierre Rolland qui aurait eu besoin des secours d’Esculape. Un comble puisque, les jours précédents, ce Rouennais avait profité de l’air délicieux et « plutôt bon » pour la santé, répandu par Lubrizol avec la bénédiction de l’État français – cette triste farce placée sous l’égide de Pharaon Premier de la Pensée complexe et son empoisonneuse préférée, de femme en mari – çuikidi Lubrizol il a pollué, cuikié un complotiste cherchant à faire le jeu de Marine Le Pen et des réseaux sociaux c’est tellement mieux la lecture, çuikidi, hein. L’organiste est néanmoins parvenu à passer outre ce cadeau Seveso 2, mettant ainsi en valeur et sa technique très sûre, et son fidèle comparse.

Le résultat a obtenu son grand succès attendu tant le public – ni malade, ni fou, simplement foufou – a tenu à remercier les deux hurluberlus avec force clap-claps et moult « brava ». Et c’est ainsi que la Nuit blanche a bien commencé…

 

Photo : Bertrand Ferrier

Événement dans la saga ! Parmi les Sleepy & Partners envoyés par leur grand gourou expertiser le plus grand nombre d’orgues possibles et imaginables, c’est le Kangourou lui-même qui s’est propulsé jusqu’au Cavaillé-Coll (il préfère le terme de « Cavaillé-Cool ») de Notre-Dame du Rosaire.
L’objectif officiel : tester l’instrument « notamment en ce qui concerne sa granularité sonore ». Pour la quatorzième fois, notre tentative de nous faire expliquer ce qu’est cette fameuse granularité sonore a échoué. Nous n’avons pu recueillir qu’une description pour le moins vague du projet. « C’est le saint Godet de notre examen musicologique, acoustique et métaphysique – une quête à la fois impalpable, très concrète et furieusement évanescente », a, pianissimo, accepté de souffler celui qui est à la fois le mandant et le mandataire mais aussi l’expert référent et le coordinateur général des études spécialisées. Le MELMMALERELCGDÉS, tout à fait.

Photo : Bertrand Ferrier

Comme l’exige la tradition, il est évident que, sa tâche accomplie, le Partner en chef était éreinté. « Voilà sans doute ce que l’on appelle un arrêt buffet », a-t-il lâché en pouf-pouffant, fort satisfait de sa facétie, avant de sombrer dans une puissante méditation un brin ronflante.

Photo : d’après Rozenn Douerin

Ceux qui fréquentent ce site connaissent notre conviction : on fait de la musique pour avoir la chance de participer aux afters. On va pas se mentir, madame Lucet. Ce que je vais dire, ça va p’t-être pas faire plaisir à tout l’monde, mais j’vais l’dire quand même : je crois que je suis pas le seul à partager ce credo. Car quand on propose à un expert de participer à la répétition d’un Belge, il n’accepte pas que pour le plaisir de l’accent exotique. Tôt ou tard, donc tôt, il a soif, et on le comprend.

Photo : d’après Rozenn Douerin

Bien entendu, cela n’exclut pas d’envisager les choses avec un mini môme de professionalimse. En art, l’alcool a toujours été un lieu de réunion, d’engueulade, donc de fructuation, j’ose le mot. De détestation et de franchise aussi, mais ça, c’est quand ça se passe mal. Quand un expert et un Belge se rencontrent, aucun danger. Même si on attire le Belge pizzophile dans un couscous, tout se passe bien tant que l’on peut discuter autour d’un verre. Faut dire que l’expert s’appelle Boulgour, donc connaît bien tout ce qui est semoule, et le Belge est le virtuose de Wallonie François-Xavier Grandjean, aka le Bûcheron des Ardennes – lui connaît bien tout ce qui rapproche. Jamais il n’est question de hips, toujours de fraternité, de relation post-travail, de partage le plus possible décérémonialisé, et hop. Autrement dit, tant qu’il y a du Boulaouane, même rouge parce que l’autre imbécile de rganiss a omis de commander du gris, plus typique, ça devrait bien se passer.

Boulgour l’espert et François-Xavier Grandjean. Vague photo : Bertrand Ferrier.

L’autre imbécile confirme : ça s’est bien passé. On est entre experts, nom d’une pipe en bois ! (Vivement la prochaine spertiz, ce nonobstant.)

Guy Angelloz à Saint-André. Détail d’une photo de Bertrand Ferrier.

Jacques Boucher étant tombé gravement malade, le concert « orgue et sax from Québec » qui nous avait tant mobilisé s’est transformé en « orgue et flûtes from Paname », ce qui zouke aussi. On s’inquiète pour l’artiste de Montréal et on regrette le projet qui nous tient en haleine depuis plusieurs années grâce aussi à la ténacité de Sophie de Courval, but show still goes on (quand on a des nouvelles du malade, on partage). Ce samedi, on perd en exotisme et en découverte, mais pas en dynamisme et en souci du public puisque Guy Angelloz s’associe à Gilles Ranticelli, un organiste virtuose et néanmoins stéphanois, devenu percussionniste de l’Orchestre national de France, afin d’éblouir son public inattendu.

Le programme va pétiller, entre tubes, changement d’instrument et tricotage de saucisses. En butinant un menu concocté in extremis, curieux et néophytes devraient avoir plaisir à déguster ce qui suit. Si vous êtes tentés, rendez-vous ce samedi, 20 h 30, église Saint-André de l’Europe, 24 bis rue de Saint-Pétersbourg Paris 8, tout près place de Clichy, pas loin gare Saint-Lazare. Et hop !

François-Xavier Grandjean, le 5 octobre 2019. Photo : Rozenn Douerin.

Dans le désordre de la vie, voici de bonnes nouvelles du soixante-septième concert organisé autour de l’orgue de Saint-André de l’Europe depuis octobre 2016. Soixante-septième fête, donc, depuis la réinauguration de la Bête par Daniel Roth, après restauration par la manufacture Yves Fossaert. Et troisième occasion d’entendre en l’église Saint-André de l’Europe le sieur François-Xavier Grandjean, titulaire des grandes orgues de Sainte-Julienne de Namur et professeur dans de multiples académies. Ce 5 octobre, il illuminait la Nuit blanche avec le deuxième épisode de son florilège intitulé « Les plus grands tubes pour tuyaux ». Sur le pupitre, des partitions métissées, où les piliers du répertoire (Bach et Franck en tête) taillaient une bavette avec des compositeurs moins connus, tel le religieux et néanmoins brillant ploum-ploumiste Jean-Marie Plum (1899-1944).

 

 

Ce début festif, écrit par un prêtre, illustrait avec brio la tension propre au répertoire de l’orgue entre sacré et profane. Symbole du répertoire sacré, l’un des trois grands préludes de choral écrits par Johann Sebastian Bach sur « Nun Komm der Heiden Heiland » semblait répondre – avec la froufoutante solennité voulue – à l’exubérance anglo-belge liminaire. Armé d’une technique solide, donc d’une pulsation têtue, l’interprète optait pour un jeu direct, sans chichiterie, seul à même de rendre la double tonalité de la pièce : à la fois supplication visant au come-back du Sauveur, et renouvellement de l’acte de foi – quel plus beau credo que d’espérer le retour de son Dieu ?

 

 

Pour découvrir une autre version de la pièce sur le même orgue, par un autre organiste belge bien connu des habitués du présent site, c’est ci-d’sous.

 

 

Heureusement, il n’y a pas que Bach, dans la vie. Surtout pour un organiste belge, impossible de faire l’impasse sur César Franck. Après le Deuxième choral l’an passé, François-Xavier Grandjean a élu le Troisième, l’une des rares pièces pour orgue durant près d’un quart d’heure à ne pas lasser même les néophytes : variété des climats, différenciation des registres, récurrence de motifs reconnaissables, harmonies singulières, inventivité nullement séraphique éclairent le hiératisme du titre de « choral », dont le caractère sacré reste, joyeusement, hypothétique.

 

 

Dans la touffeur de juin, Bruno Beaufils de Guérigny en avait proposé une interprétation singulièrement différente, à découvrir ci-dessous. Outre le respect des désirs des interprètes, c’est le plaisir de réentendre de multiples visions des piliers du répertoire qui nous incite à « reprogrammer » volontiers de telles splendeurs lorsque les virtuoses le suggèrent.

 

 

Autre pièce ambiguë quant au rapport entre sacré et profane, le « Choral dorien » de Jehan Alain prolongeait astucieusement le climat méditatif créé par le finale du choral de Franck… et préparait le surgissement du fil rouge de cette saison Komm, Bach! : la Pastorius toccata de feu Yannick Daguerre. Le compositeur avait joué cette pièce lors d’un récital à Saint-André. Le festival l’a édité cette année. Elle sera jouée une dizaine de fois. Après Hervé Désarbre, c’est le tonique Bûcheron des Ardennes qui propulse sa version tout feu tout swing.

 

 

… et il en faut, du tonus, pour s’attaquer à la mystérieuse Fantaisie BWV 572 de Johann Sebastian Bach. Sa structure étrange, son origine nébuleuse (aucun manuscrit autographe n’est disponible), ses multiples moutures repérées par les historiens, son rapprochement avec le mythique duel avorté entre JSB et Louis Marchand, tout nimbe cette pièce brillante d’un halo excitant. La technique sûre de Fix Grandjean permet aux auditeurs de profiter de cette énigme musicale qui ne manque pas de scintiller dans les cœurs longtemps, longtemps, longtemps après que l’écho du dernier accord s’est résorbé.

 

 

Pour finir ce deuxième volume des tubes pour tuyaux, François-Xavier avait choisi d’envoyer du lourd. La célèbre et somptueuse « Suite gothique » de Léon Boëllmann était donc au programme, bouclant ce récital comme pour synthétiser la tension entre sacré et profane que l’orgue magnifie (trois pièces de la suite ont des noms profanes, l’une des plus célèbres est manière d’Ave Maria). Nos lecteurs coutumiers ont eu l’occasion d’en apprécier les deux premiers mouvements en répétition…

 

 

Les auditeurs de 23 h ont été happés par une interprétation qui revendique à la fois la fidélité au texte et une place laissée à la spécificité du moment : respirations, travail sur la réverbération, prise en compte de la spécificité de l’instrument… Nous laisserons aux courageux du samedi soir la chance d’avoir entendu la spectaculaire Toccata qui conclut la tétralogie. En revanche, comme, hélas, on n’est pas chien, on veut bien partager la Prière à Notre-Dame qui, grâce à la belle registration choisie par l’artiste et par un jeu ne confondant pas « méditatif » et « sirupeux », se pare de mille diaprures sur l’orgue de Saint-André de l’Europe.

 

 

Des regrets de n’avoir point assisté à ce moment ? Merci. Mais triple raison d’être rassurés : premièrement, inch’Allalalalah, François-Xavier reviendra l’an prochain pour le troisième volume des tubes pour tuyaux ; deuxièmement, sa précieuse assistante du jour, dans la vraie vie claviériste-compositrice-photographe-écrivain virtuose, sera en forme et en concert le samedi 9 mai, à 20 h 30, dans cette même église de Saint-André de l’Europe, pour un récital dingodingue…

François-Xavier Grandjean et Esther Assuied. Photo : Rozenn Douerin.

… et, troisièmement, dès ce samedi 12 octobre, un concert formidable nous attend dans le cadre du festival Komm, Bach!. Orgue et flûtes se rejoindront pour un récital prestigieux, feat. la fine fleur des orchestres parisiens aux commandes. C’est gratuit, y a un écran géant pour tout voir de ce qui se passe là-haut, et le programme bluffera les mélomanes experts tout en emballant les curieux. Vous y croiser serait une joie, tu penses.

 

On l’aura supputé en contemplant l’expert : il était tôt quand il a fallu se bouger les saucisses pour examiner un orgue ayant, jusqu’à ce jour, échapper à la virtuosité spécialiste des grands inquisiteurs. Ce nonobstant, devant l’obligation de bosser, chacun doit s’incliner. Même si, on l’aura supputé en contemplant l’expert : ce jour-là, il était, décidément, très tôt.

 

 

Trop tôt, ça, incontestablement.

 

 

Et le fin du fin, c’est que cette expertise matinale s’est prolongée avec une expertise après-midique. C’est pas que l’expert ne voulait pas la faire ; c’est surtout qu’il convenait de ne point se risquer à susciter son ire (un seul « r »).

 

 

Il est possible qu’une profonde méditation ait fini par saisir l’expert. Fort heureusement, l’expertise n’a fait aucune victime. Enfin, je crois. Mais c’était moins une. Trop tôt, donc. Toujours trop tôt.

 

 

Après l’arrivée du matériel et la mise en route des dernières répétitions à l’orgue (épisode 1), vient le moment de la mise en route technique pour le projet lumineux.

Loïc Leruyet et Clément Gulbierz. Photo moche : Bertrand Ferrier

13 h

Tu connais ce moment, oh, tu connais ce moment où ça devrait marcher. Ajouter quelque chose serait superfétatoire, voire carrément relou.

Photo de la tribune d’orgue : Bertrand Ferrier

14 h

Je demande aux régisseurs le 06 de leurs mamans. Je veux savoir comment elles s’y prennent pour les faire ranger leur chambre.

Photo : Bertrand Ferrier

15 h

Les jeunes régisseurs admettent enfin que l’on ne peut pas déambuler dans le monde du spectacle sans boire. Encore jeunes, ils ont opté pour un alcool raisonnable mais secoué.

Loïc Leruyet et Clément Gulbierz au travail. Photo : Bertrand Ferrier.

16 h

Loïc et Clément regardent vers la voûte. Soi-disant pour vérifier si ça marche. Je les soupçonne surtout d’invoquer le Ciel parce que ça ne marche pas, mais bon.

17 h

Tu connais ce moment, tu connais ce moment où ça marche, mais ça marche trop. En clair, le projecteur fait ce qu’il veut ; et son goût pour le zouk déstructuré ne cadre pas avec les plans très précis des régisseurs. Du coup, ils filent s’en occuper. Bien sûr, je pourrais me saisir de la console – non, pas pour la revendre sur eBay, voyons, plutôt pour reprendre la main et mettre en pratique mon talent d’ignorant. Par bonheur, je préfère les laisser apprendre leur métier par eux-mêmes et me contente de prendre une photo.

Photo : Bertrand Ferrier

18 h

L’heure de la messe approche. Le local de l’étape prépare donc un catering pour les artistes, régisseurs, assistants et vidéastes du soir. La drogue des ex-élèves du lycée Paul-Poiret est évidemment sur la table. Bientôt, y aura plus qu’à.


Pour la Nuit blanche de ce 5 octobre 2019, le festival Komm, Bach! avait mis les grands plats dans les très grands. Les trois concerts du soir étaient programmés depuis lurette ; restait à les concrétiser. Voici donc le début du récit d’une journée de foufou.

Photo : Bertrand Ferrier

8 h 55

Arrivée des flight cases pour le concert de 23 h 30. Les scoutesses acceptent de céder un peu d’espace afin que l’on puisse provisoirement stocker le matos. Certains chauds lapins le regrettent.

10 h

Après que l’intégralité du matos a été crapahuté sur deux étages et demi, les experts commencent une installation électrique, au sens polysémique – comme stipulerait Mme Romatif, la prof qui nous a permis de rencontrer les loustics au travail : on vérifie ce qu’il manque comme matos digne pour irriguer de jus les engins ; et, forcément, comme tout ne colle pas pile poil, le stress commence.

11 h

François-Xavier Grandjean débarque pour sa seconde répétition de quatre heures. Avec une grimace astucieuse, le Bûcheron des Ardennes fait savoir qu’il trouve que c’est tôt. Heureusement, l’arrivée de sa registrante préférée lui redonne le smile. En revanche, Clément trouve que le mec fait quand même beaucoup de bruit. Courageusement, le programmateur refuse de jouer les médiateurs en prétendant qu’il n’y est pour rien : lui, il prend juste des photos comme Jean-Jacques Goldman – en passant.

Midi

Fix en a ras la courge des tuyaux qui sonnent faux. Il décide de passer outre son vertige et d’aller accorder ce maudit clairon de grand orgue. Faute de rasette, il adopte un couteau qui se prend pour une rasette. De son côté, Loïc Leruyet propose de détendre l’atmosphère en donnant des leçons de chorégraphie à Clément Gulbierz, pourtant expert en dansologie – art qu’il pratique depuis treize ans. On va pas se mentir, elle est pas gagnée, la Nuit blanche qui s’annonce.


Pour fêter mon engagement mensuel par la communauté hongroise d’Île-de-France, un expert en granularité sonore est venu tester le son de l’harmonium mis à ma disposition pour accompagner le culte. En dépit de la nouveauté de l’expérience (une heure en hongrois, tous les experts n’y sont pas habitués), ce spécialiste a tenu à signifier son appréciation d’un son « authentique et charnu, sans outrance de couleurs, offrant une chaleur équilibrée sur l’ensemble du spectre sonore ».
Bien entendu, le reste de l’expertise demeure réservée à son mandant, et l’on ne peut que regretter ce tacet tant les premiers éléments de l’analyse nous poussent à nous pourlécher les babines neuronales. Peut-être plus d’éléments perceront-ils lors d’une prochaine expertise… si le fin connaisseur a récupéré ?

 

 

Trois ans après son lancement par Daniel Roth, le festival Komm, Bach! lance sa quatrième saison avec un concert concocté sur mesure par le duo qui officie au Val-de-Grâce : Hervé Désarbre, le titulaire en chef, et Benjamin Pras, son brillant second. Évidemment, ceux qui préfèrent les concerts d’orgue ennuyeux, où l’on entend toujours les mêmes pièces, où l’on ne voit pas l’interprète, où c’est qu’il y a qu’un mec qui joue, bon, là, c’est raté comme c’était déjà raté il y a un an…

 

 

En revanche, ceux qui veulent profiter d’un récital à quarante petits petons, gratuit, donné par deux grands virtuoses et truffé de trouvailles très peu ouïes, ce samedi 21 septembre à 20 h 30, ce sera leur samedi. D’autant que, pour les gourmands et les curieux, la Journée européenne du patrimoine s’ouvre à 17 h par une visite de l’orgue (env. 30′) commentée par le titulaire de la Bête. L’événement est gratuit. Les trente premiers visiteurs pourront profiter de cette expérience toujours impressionnante. Vous y croiser serait souplement joyeux.


Soit. C’est pas tous les jours qu’on rigo-o-o-le, mais – paro-o-o-le – faut quand même faire le boulot. Sleepy & Partners continuent donc leurs inspections organistiques, même sur des Johannus plus qu’à moitié en rideau. « Il ne faut pas se laisser impressionner par la bouteille si ce sont l’ivresse sonore et sa granularité qui nous intéressent », a glissé l’expert avant d’entamer son inspection.

 

 

Doucement réchauffé par l’éclat d’un vitrail, le spécialiste, tout en refusant de livrer ses conclusions, a semblé satisfait de la « bonne quantité des bitounious et des taraillettes, en dépit d’une hygiène au demeurant certainement perfectible ». Quiconque s’y connaît peu en facture d’orgue électronique aurait juré que l’enquêteur prenait plaisir à jouer avec les registrations pré-enregistrées, d’autant que les pannes de l’appareil rendaient aléatoire le résultat des programmations. Bien entendu, mais le doit-on stipuler ? il n’y avait rien de ludique dans cette débauche d’analyses ultraprécises.

 

 

Ne restait plus au partner qu’à effectuer le dernier volet de son évaluation : le célèbre « toboggan de la granularité sonore » auquel, hélas, nous n’avons pas été autorisé à assister entièrement. De quoi diable se pouvait-il agir ? Bah, dans une prochaine vie, peut-être fera-t-on granularité sonore première langue…

Bruno Beaufils de Guérigny, dit 2bdG. Photo : Rozenn Douerin.

Ce 21 juin, Bruno Beaufils de Guérigny, aka 2bdG, a participé aux 5 h 30 de concerts donnés pour la Fête de la musique en l’église Saint-André de l’Europe (Paris 8), dans le cadre du festival Komm, Bach!. En dépit de la chaleur ambiante, son programme rigoureusement original, son engagement interprétatif et ses choix judicieux de registration ont suscité l’enthousiasme du public. En accord, avec l’artiste, voici deux (beaux) extraits du concert. D’une part, le gros choral de César Franck, le dernier, peut-être le plus passionnant – qui sera de retour à Saint-André pour le concert de la Nuit blanche donné à 22 h par le Bûcheron des Ardennes, aka François-Xavier Grandjean.

 

 

D’autre part, le clou du spectacle : « Réflexion et lumière », hommage rendu à Albert Schweitzer par Robert Maximilian Helmschrott, dont les œuvres à la fois messiaeniques et personnelles ont rythmé la troisième saison du festival. Il était heureux que, grâce à 2bdG, un tel chef-d’œuvre, rarement ouï dans nos contrées, puisse résonner à l’occasion d’une Fête de la musique que l’on réduit souvent au massacre de « Quelque chose en toi / ne tourne pas rond » au bar du coin-coin. À l’issue de ce solide morceau, le triomphe réservé à l’artiste témoigne que le public n’est point aussi sot que l’espèrent les crétins qui nous gouvernent. Voici donc venue la séance de rattrapage ou de gourmandise pour tous les amateurs de découverte sonore !

 

Figus, expert et partner, en inspection à Sainte-Julienne de Namur. Photo : Bertrand Ferrier.

Ça ne prévient presque pas, ça arrive – du coup, on vient de loin. À l’invitation de François-Xavier Grandjean, j’ai rejoint Namur cet été pour y propulser un concert d’improvisations en l’église Sainte-Julienne. Par le fait même, j’étais flanqué d’un expert chargé de scruter la granularité sonore des claviers belges. Dès l’arrivée, il s’est agi d’organiser une inspection en profondeur, puis un test selon la technique dite du tape-cul, un truc que seuls certains facteurs d’orgue sont habilités à pratiquer.

Test du tape-cul à Sainte-Julienne de Namur. Photo : Bertrand Ferrier.

Le spécialiste ayant donné son accord, les répétitions ont pu commencer. Et il y a de quoi faire, d’autant que, face à moi, se dresse la concurrence du festival Les Solidarités, un gros machin bien beauf avec, en vedette, Pascal Obispo et Aya Nakamura, et, en invitée, la gagnante d’un télécrochet belge qui n’a pas encore de chanson à son répertoire, à part « Bohemian Rhapsody » mais, si elle a gagné c’est sûrement une future vedette, ce qui est un gage de qualité comme chacun sait. Pas question, donc, de décevoir ceux qui auraient renoncé au featuring de Charlotte pour assister à mon concert à moi.

Répétition à Sainte-Julienne de Namur. Photo : François-Xavier Grandjean.

Enfin, « mon concert à moi »… En vérité, c’est plus compliqué, mais on y viendra. Pendant que je travaille, l’expert, lui se remet de ses émotions – ce qui, selon lui, constitue néanmoins une autre facette de son travail. En effet, il s’agit de compenser « une extrême attention où les connaissances accumulées, les exigences de l’analyse et l’objectivation de la subjectivité indispensable au jugement » par un retour au calme à même de « structurer les conditions sine qua non d’une évaluation probante et, forcément, granulaire ». Ce qui, en termes iconographiques, se traduit ainsi…

Le repos de l’expert. Photo : Bertrand Ferrier.

On notera que la présence d’une bière ambrée s’inscrit dans une volonté résolue de s’imprégner de la culture locale » afin de mieux saisir les particularismes propres aux orgues de la capitale de la Wallonie » et de se ressourcer aux fiertés autochtones. Il ne s’agit donc aucunement d’une perversion ou d’un simple apéro au bord d’une piscine chic. Bien plus, l’on doit parler d’une imprégnation – le terme est bon, je trouve – aussi méthodique que consciencieuse, seule à même de cerner les spécificités géographiques dans leur dimension holistique, au moins. Sinon, oui, il paraît que la bière était délicieuse.

La conscience de l’expert, en gros. Photo : Bertrand Ferrier.

Pendant ce temps, à la différence du spécialiste, parti se ressourcer après tant d’émotion consciencieuse

Photo : Bertrand Ferrier

… le musicien était tenu de ploum-ploumer. Alors, soit, on ne va point le cacher, selon certaines révélations, lui aussi avait dû céder aux pressions – le terme est excellent, je trouve – et se retrouver dans tel ou tel endroit de perdition, en l’espèce le Cardinal. Mais c’était essentiellement pour profiter d’un super piano idéalement désaccordé, fracasser des standards et échanger des impros à quatre mains sur des marches harmoniques bien carrées avec le Bûcheron des Ardennes qui se trouve être le prof d’orgue du coin.

Photo : François-Xavier Grandjean

Puisque certains farceurs ont cru bon de faire circuler cette photo, nous préférons la révéler nous-même : oui, à un moment, nous avons partagé quelques gouttes de houblon avec le patron du lieu ; mais c’est, bien entendu, parce qu’il eût été indélicat de lui refuser un tel honneur, après en avoir accepté de semblables de la part d’à peu près tous les habitués du lieu. Pas question de risquer un incident diplomatique alors qu’approche à toute berzingue le concert, intitulé « France-Belgique, le match »

Il reste toujours deux coups à boire au Cardinal de Namur, surtout avec Hoki, le patron. Photo : François-Xavier Grandjean.

Le dimanche venu, forcément trop tôt après un bref passage au Cardinal, il n’en était pas moins temps d’aller à la messe. L’occasion faisant le luron, l’expert a décidé de se transbahuter aux grandes orgues de la cathédrale de Namur, où le titulaire, Emmanuel Clacens, lui a volontiers laissé expertiser sa Bête. Disons que, là, il ne s’agissait plus d’être dans l’esprit ploum-ploum-tagada. Clairement, le projet était différent, comme le sous-tendait une certaine esthétique peu propice à la farce et à la gaudriole.

C’est donc avec le sérieux respectueux requis que l’expert a décidé de se coller à son expertise, dont le clou reste forcément l’épreuve du tape-cul, réalisée d’abord très posément puis dans la vitalité que l’exercice impose.

Après avoir eu la chance de jouer un offertoire et la sortie à la cathédrale, ne restait plus qu’à préparer le concert de l’après-midi à Sainte-Julienne ; et c’est alors que, patatras, une idée surgit. Et si, tant qu’à improviser, on intégrait un local de l’étape, le tout nouveau directeur de conservatoire et excellent flûtiste Jean-François Dossogne ? Aussitôt dit, aussitôt acté. Pour la troisième fois sur trois concerts namurois, l’énergumène s’est retrouvé engagé dans une nouvelle posture : d’abord co-soliste, ensuite percussionniste, enfin, ce 25 août, partenaire pour la première des trois séries d’improvisations.

Avec Jean-François Dossogne, devant Sainte-Julienne de Namur. Photo : François-Xavier Grandjean.

Après écoute, l’expert est formel : il attend avec hâte une prochaine invitation en Wallonie. Il estime n’en avoir pas fini avec cette granularité sonore qu’il traque inlassablement à chaque tribune que ses partners et lui visitent. L’appel est lancé. Au nom du salut, puisse-t-il être bon entendu !

Photo : Rozenn Douerin

Réunion de travail pour l’édition de la Pastorius toccata de Yannick Daguerre, fil rouge du festival Komm, Bach!. Âpres discussions sur la manière de transcrire les annotations pédagogiques du compositeur, le respect ou non des graphies originales, la doublecrochisation – popopo – des appogiatures, etc. Donc acre soif, bien entendu.

Convoi avec le chantre, le prêtre, le rganiss, le mort, et c’est tout. Photo : Bertrand Ferrier

… la solitude. Car on est seul à vivre, seul à mourir, seul à pourrir bientôt. Ce n’est ni grave, ni aigu ; cela permet parfois de relativiser quelques balabalas – parfois si joyeux – qui séparent les deux solitudes définitives.

Photo : Bertrand Ferrier

Tantôt, les vrais le savent, nous étions en goguette, mais nous n’étions point seul. Un expert en granularité sonore était aussi du voyage. Depuis que Sleepy & Partners ont décidé de dénicher l’instrument idéal, qui plus est depuis qu’ils ont eu leur petit succès dans le diocèse de Créteil en suscitant un scandale tant leurs connaissances pointues sont susceptibles d’effrayer les sots, ils ne ratent plus une occasion de tester de nouvelles Bêtes afin d’élargir leur palette auditive et de « rester au plus près du terrain, en toute simplicité ». Leur tournée passait tantôt par Gap, où le Partner ne manqua point de glisser une petite improvisation si l’on en croit ce document exclusif.

Bien entendu, la somme des connaissances nécessaires pour expertiser un orgue n’exclut pas de posséder itou un minimum de savoir-vivre. Un maximum ? Restons sobres, pour une fois. C’est donc avec autant de douceur que d’exigence que le mandataire des testeurs d’orgue a profité de la souplesse des claviers du Jean Dunand soumis à sa sagacité. « Nous essayons d’être à la fois en empathie avec les vibrations et en lucidité face à la réalité technique, autrement dit autant dans l’intériorité que dans le surplombant », a glissé l’intervenant, énigmatique comme le veut la tradition.

Photo : Bertrand Ferrier

Devant l’importance du déplacement effectué par leur invité, les organisateurs ont tenu à offrir une chambre d’hôtel à l’inspecteur des travaux infinis. Ainsi coqenpâté, le spécialiste a pu « se ressourcer à la simplicité des choses, car « il n’est pire erreur de jugement que celle commise par un sachant hors-sol », a-t-il tenu à stipuler pour se justifier. « Pour des experts, zapper est aussi manière de reconnexion à une certaine simplicité, même si celle-ci ne doit point nous ensuquer dans quelque médiocrisation aussi insidieuse que pernicieuse. Comme l’écrit Daniel Boulanger dans ‘Retouche à la maison d’enfance’ (in : Les Dessous du ciel, Poésie/Gallimard, 1973 – 1997, p. 195, je simplifie évidemment), ‘le jour de propreté, on faisait les poussières / toutes les fautes nourrissaient un baiser / soleil mêlé d’un désir d’ombre en vol’. » Quand nous lui avons demandé pourquoi il citait cela, l’expert nous a soufflé avec manière de commisération discrète : « Si la rose est sans pourquoi, peut-être est-ce pour que chacun puisse la voir aussi comme une question insaisissable, non comme une simple fleur. » Alors voilà, quoi.

Photo : Bertrand Ferrier

L’idiolecte quasi mystique des experts organologues ne doit cependant point laisser nos lecteurs échafauder des hypothèses du type : « Mon Dieu, peste et bigre, ces énergumènes ne seraient-ils pas en train de faire du mal aux moches ou aux mouches par le truchement d’un forage exigeant une intériorisation du fondement ? » Autant que nous en avons pu juger, sous leurs dehors inaccessibles, les experts que nous avons suivis – donc pas ceux qui sont à la solde de telle imposante institution, par exemple, ou acoquinés avec quelque facteur non opposé à un geste à finalité remerciante, une option n’excluant pas l’autre, nous soufflent de bons connaisseurs du sujet ayant exigé l’anonymat – sont, avant tout, de fieffés travailleurs, capables de se passionner pour des instruments existant comme pour des instruments ayant existé. En témoigne cet examen archéologique précis mené « à titre complémentaire » par le Partner sur l’ancienne console du grand orgue. Le sachant-pas-hors-sol nous a même concédé, au passage : « Pas d’inquiétude, ce supplément ne sera pas compté. »

Photo : Bertrand Ferrier

À vrai dire, l’inquiétude ne nous avait pas effleuré. D’une part parce que, bon, faut pas abuser ; d’autre part parce que, avouons-le, sachant que nous n’aurions vent, pour ainsi dire, du résultat des expertises, nous avions trouvé des préoccupations plus à notre portée. Les résument cette photographie où les deux messages nous laissent tout autant rêveur, suspendu, comme capté dans ce que Daniel Boulanger appelle, dans « Retouche au temps », l’« angoisse d’une note sensible qui retarde indéfiniment sa mort dans la tonique » (in : Les Dessous du ciel, Poésie/Gallimard, 1973 – 1997, p. 305, moi aussi, je simplifie, non mais).

Photo : Bertrand Ferrier

Vivement la prochaine expertise !

Photo : Bertrand Ferrier

Photo : Bertrand Ferrier

Tout frétillant d’être invité par l’organiste-compositeur Serge Ollive à participer aux prestigieux « Mardis de l’orgue », festival organisé avec une volonté et un succès de dingue, je suis parti quelques jours avant le concert avec, dans ma musette, un programme associant des pièces si possible choisies pour, hop-là, leur pétillance, et une « symphonie » à improviser autour de quatre thèmes de Berlioz – histoire de saluer sa mémoire en l’honneur des 150 ans de sa mort. Notons que, presque sans me vanter, j’ai eu raison de débarouler ici : la légende locale affirme que celui qui est nul part ailleurs.

Photo : Bertrand Ferrier

J’ai ainsi eu l’occasion d’admirer la prévoyance des Gapençais. Mal informés, ils craignaient que je ne vinsse chanter. Aussi, connaissant mon inclination pour Isabelle Mayereau dite la baleine, avaient-ils semé sur la ville quelque foultitude de parapluies. Bien que le malentendu ait promptement été dissipé, ils ont maintenu le dispositif en arguant que, qui sait si, en fin de soirée, il ne me viendrait point à l’idée d’émettre quelque mélodie d’une voix tout pourrie ? Assurancetourix se fût offusqué et eût proféré quelque jugement à l’emporte-pièce tel que « barbare ». Pour ma part, j’ai trouvé touchants cette humilité consistant à se placer sous l’égide de Cherbourg, et ce souci de rester au sec quand le reste de la France prie Pharaon Ier de la Pensée complexe afin qu’une averse reremplisse les nappes phréatiques pompées et gaspillées, notamment, par les entreprises si chères à Pharaon, bref.

Photo : Bertrand Ferrier

Au demeurant, peu importait cette méfiance, fort compréhensible quand un Parigot vient galipetter loin de chez lui. Il m’appartenait de dénouer les tensions en prouvant que j’étais, cette fois, venu pour ploum-ploumer et non point pour vocaliser. Chaleur ou pas, il s’agissait de démontrer une certaine propension à découvrir l’orgue, à en valoriser les richesses et à faire le djaube, tout bonnement. Las, l’affaire s’est mal présentée : devant le faible nombre de Post-it (ingrédient typique du vrai organiste) que j’avais apportés (en plus, ils étaient tous de la même couleur, c’est d’un plouc), le quasi titulaire de l’orgue a douté de mon professionnalisme ; par chance, j’ai promptement pu le rassurer en lui montrant que j’avais apporté du cirage afin que luisent mes chaussures lors de la retransmission vidéo du concert. Je veux croire que, grâce à cette astuce d’une musicalité extrême, j’ai pu, un temps, presque passer pour un vrai organiste.

Photo : Bertrand Ferrier (en revanche, la faute d’orthographe, c’est pas moi).

Suite à l’affaire des Post-it, j’ai renoncé à mon idée liminaire : pour l’improvisation, j’avais eu envie de laisser une certaine liberté chromatique à mon assistant de luxe à la console. Plutôt que de lui indiquer des formes préétablies (« on y va sur le crescendo de la partie B du ABA »)  ou des changements de registration fixes ou mobiles (« rajoute-moi un 4 pieds au positif », « tout au GO moins les anches », « et cette bière, elle arrive ou faut qu’j’aille me l’ouvrir moi-même ? », etc.), j’avais envisagé de lui susurrer des couleurs, du genre : « Bleute-moi le récit, je te prie », « Pixellise-moi cette atmosphère », ou « Crée-moi un grain sépia mais sans les ondulants, ce s’rait trop facile ». Afin d’éviter la polémique sur mes Post-it monochromes, je suis resté beaucoup plus factuel. Une prochaine fois, peut-être ?

Pour cette édition, étant reçu avec générosité, pouvant répéter à loisir, je ne souhaitais pas créer un différend et gardais donc mon souci de chromatisme pour mes neurones rien qu’à moi. L’accueil incroyable d’un public de 380 personnes a prouvé que ne pas se fâcher de suite avec les organisateurs valaient vraiment la peine. Grâce à l’engagement farfelu des bénévoles, à une certaine bonne volonté des autorités techniques et administratives (dans laquelle ledit engagement farfelu des bénévoles n’est certes pas pour rien), à l’attention sans faille de Serge Ollive comme registrant-tourneur-chapeauteur, et à l’audace de spectateurs venus en masse écouter un récital-que-d’orgue même pas farci de bons gros compositeurs tous bien connus, je suis reparti ragaillardi et fort impressionné de l’escapade. Vivement le prochain baguenaudage, nom d’une soubasse en bois (de 64′), et à bientôt pour le volet backstage de ce reportage !

Photo : Bertrand Ferrier

Avec ses partners, c’est l’un des plus grands experts en organologie, mondialement connu dans tout le Val-de-Marne après sa célèbre et polémique inspection d’un instrument signé Denis Lacorre.
Toujours muni de son critère de qualité (« une certaine granularité du son »), le spécialiste a tantôt poursuivi sa quête de l’instrument idéal en testant un orgue positif. De source proche de l’enquête, il y aurait goûté « une plaisante sensualité dans la simplicité » et « une présence nullement anodine dans les rapports entre les timbres – et ceci n’a rien à voir avec les postages, humour de facteur ! », bref.
Hélas, nous n’avons pu en savoir plus, le mandant se réservant la primeur de l’analyse fondamentale et poussée à laquelle son envoyé s’est livré. La saga sagace agace, donc elle continuera.

Photo : d’après Serge Ollive

J’ai de bonnes nouvelles, vole l’hirondelle, j’ai de bonnes nouvelles à vous donner de moi. Malgré les architectes, les monuments – la France, en somme – mardi prochain, sauf cataclysme nucléaire ou assimilé, j’irai fracasser les claviers de l’orgue de la cathédrale de Gap. On y fera notamment zouker Sigismond Neukomm, Wolfgang Amadeus Mozart, Louis-James-Alfred Lefébure-Wély et Hector Berlioz.
Vous y croisillonner serait un sus.