
Inventé en 1984, « Les pierres noires » est le deuxième des cycles proposés par Denis Levaillant dans le cadre de son disque rassemblant trois « œuvres vocales de concert ». Le texte se revendique
- escarpé,
- polyglotte et
- fondé sur des effets
- d’écho,
- de collage et
- de décalage,
entre ciel jaune et pierres noires. En une grosse dizaine de minutes, Denis Levaillant propose sept explosions qui interrogent
- le regard,
- la parole et
- l’intelligibilité du monde.
Émergeant d’une syllabe grave, la pièce mêle
- les vers,
- les langues et
- les registres.
Dans cette ébullition intriguée,
- les consonnes fusent,
- les voyelles se diffractent,
- le verbe se tord et
- la musique, par-delà un bruit parasite assumé, interroge les contours
- de l’harmonie,
- du sens et
- des possibles.
Un « pâle enfant d’inquiète aurore » peine à se raccrocher aux épithètes.
- L’italien,
- l’allemand,
- l’anglais,
- le français et
- un mélange
- de chuchotement,
- de chant et
- de cri
malaxent les idiolectes de l’imaginaire en fragmentant l’évidence de la grammaire. La pâte musicale abandonne toute espérance de sérier le réel pour l’ordonner et le rendre perceptible. Dans l’écriture de Denis Levaillant, il semble que la sensation et l’émotion sans médiation priment.
Le compositeur semble nous inviter à un lâcher-prise que « D’un temps lointain » encourage également.
- Itérations,
- confusions des langues et
- libération des phonèmes sur un spectre de registres maximal
libèrent la musique de la gangue sclérosante de la linguistique, chantant un nouveau « beginning » sans que l’on sache in fine « qui parle » des pierres noires en particulier, mais qui parle en général itou. Par
- sa précision,
- son expressivité et
- la virtuosité technique de ses registres extrêmes (on ignore pourquoi la première soprano est nommée… et non le dernier des basses profondes !),
le chœur de Radio-France placé sous la direction de Michel Tranchant et capté par Madeleine Sola il y a quarante-deux ans semble particulièrement investi voire motivé par l’énigmaticité d’une partition bien plus vibrante qu’abstraite. « Qui parle d’elles » entame le retour vers
- l’essentiel donc
- l’insaisissable et
- le désir aiguillonné de saisir,
avec quatre pièces dont la durée se rétracte au fur et à mesure. Le langage se dissout dans une musicalité
- irradiée,
- parlante malgré la dissolution des sèmes,
- glissante et
- contrastée.
« Un jour la liesse »
- interroge l’unisson,
- le dilapide,
- en déploie les restes éclatés, et
- s’épuise dans de longs sifflements abandonnés.
« In my dreams » où une mystérieuse personnagette « sings in my dreams »
- refuse le confort d’une harmonie planante,
- secoue l’iridescence des sons qui s’épanouissent puis s’effacent, et
- laisse apparaître puis disparaître une joie inquiétante de Pierrot qu’un suraigu dissipe définitivement.
Par la magie de l’onirisme, la langue aussi requiescat in pace dans une dernière danse de « Peace », mouvement extatique et suspendu, précieux pour nous mettre en attente du troisième et dernier volet, « Sunny Cash Passion », qui fera l’objet d’une notule presque bientôt, peut-être.
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