
Travail en cours. Sur
- la transcription,
- l’interprétation,
- l’appropriation organistique.
Oui, organistique, même à deux gros pianos. Chouette. Rendez-vous aux scolaires toulois fin novembre !

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Oui, organistique, même à deux gros pianos. Chouette. Rendez-vous aux scolaires toulois fin novembre !

Alors que l’emprise d’une église « controversée » (d’une église, donc) prend la lumière, un acteur hénaurme mais en perte de vitesse tente de survivre grâce à une partie de ses enfants. L’occasion de se souvenir d’échanges vigoureux et riches sur cet hubbardisme avec Cyprien Katsaris puis Éric Roux en personne, pour partie résumés ici.
Ben si, pour ceux qui aiment la belle musique, et peu importe ce que chacun pense de la scientologie, Cyprien Katsaris qui se pose pour expliquer pourquoi il adhère à cette entreprise, et le boss de l’enclave française puis le co-boss de l’enclave européenne de la supposée secte qui vient commenter puis assister au concert du mec (concert fomenté là, le jour où la colère des gens, dits « gilets jaunes », explose), c’est pas rien.


Le dernier volet de notre fenêtre sur la clarinette alla francese selon Luigi Magistrelli s’ouvre, en réalité, sur deux compositions suisses puisque signées René Gerber, que nous avons eu souventes fois l’occasion d’évoquer sur ce support ainsi que dans un ample article sur la catalogue du musicien intitulé « 233 nuances de René Gerber (ou presque) » in : Jean-Jacques Perrenoud (dir.), René Gerber, compositeur, homme de l’art (Château & Attinger, 2020). Même si ce n’est pas très French, c’est un joli cousinage qui a du sens pour un label où l’essentiel de l’œuvre de René Gerber a été discographiée.
Il s’agit de deux compositions pour clarinette seule écrites en 1970. La première, la plus ambitieuse, s’intitule Six variations sur un thème romantique. Le thème, moderato, en do mineur, se fonde sur une structure ABA’ :
Luigi Magistrelli en propose une lecture audacieuse, associant
La première variation permet de profiter
dont fait montre l’interprète. Dans la deuxième variation, majeure, alternant doubles – sextolets de doubles – doubles par quatre, on goûte
La troisième variation, moderato molto, revient au mode mineur en enquillant des triolets que perturbent des changements de mesure (4/4, 3/4, 2/4, 4/4). S’y dégustent
Retour au majeur pour la quatrième variation, un allegretto qui s’ouvre presque sur la citation de l’incipit du célèbre « Choral du veilleur » de Johann Sebastian Bach (le motif réapparaîtra vers la fin du segment). Le compositeur s’empresse de la fondre dans un style guilleret où se mêlent
Si l’on reste encore surpris par le choix de Luigi Magistrelli de laisser fluctuer certains sons tenus (2’45), on embarque avec lui pour la cinquième variation, mineure, au goût de lamento.
contrastent malicieusement avec la variation primesautière qui l’a précédée.
respectent l’esprit à la fois grave et, un temps, cantabile, qui sourd de ce segment. Comme de juste, la dernière variation est une synthèse de ce qui précède, rendant compte des frictions entre les variations. Elle est à la fois en mode mineur, et « en mode brillant », comme diraient les djeunses s’ils écoutaient plus René qu’Aya.
gomment largement un montage toujours aussi rustique (patch à 4′) pour donner à savourer une musique
En complément du programme suisse et en écho à l’autre œuvre de concours d’André Messager jouée un peu plus tôt, Luigi Magistrelli propose un « Morceau de lecture à vue » de René Gerber. Dans le cadre d’un disque studio, nous sommes résolument sceptique quant à l’intérêt d’inclure un tel exercice visant à jauger la capacité d’un candidat à se dépatouiller avec une partition au premier regard, mais supputons que c’est une manière de rendre hommage à René Gerber en estimant que, même contraint par un genre codifié, il continue de produire du René Gerber. L’allegro scherzando en Si bémol
Luigi Magistrelli en propose une lecture propre et énergisante… qui nous pousse à préserver le suspense et à garder la recension du « Thème et variations » de Jean Françaix qui clôt le disque pour une prochaine notule. Ce n’était pas prévu, mais faut-il toujours tout prévoir dans la vie en général et les notules culturelles en particulier ? Vous avez quatre heures. Ou plus. Ou moins. Vous êtes libres, en fait. Au moins sur ce plan !
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Peu d’œuvres existent autant grâce à leur narratif que le Quatuor de la fin des temps d’Olivier Messiaen. On parle stalag, souffrance, déportation, foi, compositeur grattouillant son papier dans un coin, moins représentation devant des centaines de personnes – avec piano – d’une pièce de cinquante minutes, ce qui devrait secouer le storytelling et laisser plus de place à la musique.
Le troisième mouvement, « Abîme des oiseaux », est d’ailleurs une pièce ajoutée à la composition. Cela se peut deviner par sa singularité : il s’agit d’un solo de clarinette devenu un pilier du répertoire de l’instrument. Luigi Magistrelli attaque le mouvement « lent, expressif et triste » en extirpant son fa # du néant.
Si certaines attaques semblent hésitantes (le sol à 1’48, par exemple), elles ajoutent une certaine fragilité consonante avec l’atmosphère de l’œuvre. De même, si certains phrasés surprennent (attaque sur le do à 2’10 alors que la note fait partie d’une section de cinq notes marquées legato), ils signalent aussi une volonté de faire corps avec la partition, quitte à bousculer un peu le texte.
séduisent.
soutiennent l’attention. On se laisse même surprendre et amuser en entendant de vrais oiseaux chanter (5’05) alors que la forme en arche s’apprête à se refermer via le retour du premier motif. Ce segment est lugubre à souhait. Les changements de registre, de l’espérance portée par les aigus aux cris des défunts plongeant dans les graves, sont très évocateurs. Le rythme, si important dans cette écriture, est à la fois
Ces 8’40 sont donc savoureuses et étonnantes après deux pièces d’André Messager, soulignant l’originalité du programme et permettant d’oublier un montage pas toujours très discret (8’28, pour l’écho pianissimo et redoutable des sept croches parcourant la tessiture de la clarinette dans un aller-retour nécessitant une grande maîtrise de l’embouchure).
l’emportent largement sur ces scories techniques, donnant hâte d’écouter une dernière partie de disque mêlant René Gerber et Jean Françaix. À suivre !
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C’est à une étrange exploration que nous invite le compositeur et pianiste Denis Levaillant avec son récital mélangeant des « préludes non mesurés » de Louis Couperin, composés il y a peu ou prou quatre siècles.
Rien de saugrenu, néanmoins, dans la démarche du musicien. L’affaire est sérieuse :
Le voyage bien encadré s’ouvre in medias res puisque, sur le disque que nous écoutons, la première phrase inscrite sur la partition (l’arpège d’Ut) n’est pas présente – sans doute un problème propre à mon gramophone. Là encore, l’oreille est tout de suite saisie par l’étrangeté de cette musique. Étrange, en effet, cette semi-liberté de pantin désarticulé qui casse la régularité coutumière en alternant
Étrange, cet effet de sustain (le pianiste revendique de n’avoir quasi pas utilisé la pédale qui permet de tenir les sons) lié à l’écriture du compositeur qui exige de longues tenues de basses – ici bien mises en valeur par le choix de l’instrument, le registre grave du Yamaha CFIIIS réglé par Guillaume Durambur offrant une assise intéressante aux volutes du médium et de l’aigu. Denis Levaillant joue pleinement sur
et propre aussi au concept même de prélude, sorte d’improvisation ouvrant, en l’espèce, sur un morceau qui n’arrivera pas. Étranges aussi ces dissonances qu’appréciaient les grands créateurs de l’époque (Johann Jakob Froberger, auquel Louis Couperin rend hommage dans un feuillet, était le spécialiste de ces grincements savoureux). Étrange, enfin, cette musique insaisissable, qui prend plaisir à s’échapper dès que l’on croit la saisir.
Il nous semble que l’on aurait davantage apprécié la découverte si la prise de son, signée Susie Lopez Uroz et Pierre Jacquot, avait respiré davantage, au sens où nous avons l’impression d’être collés dans la table du piano, dont les bruits de mécanique perturbent par moments l’écoute, conduisant parfois les techniciens à des choix assez disgracieux (fade out assez grossier du prélude 3, par exemple, alors que le raclement de gorge d’après le quatorzième prélude, à 2’37, aurait dû être gommé, même s’il traduit une volonté de privilégier le vivant au léché).
Ce nonobstant, l’on peut supputer que le choix artistique de proximité absolue, par sa radicalité, tend à précipiter l’auditeur dans le grand huit d’une partition qu’animent
À mesure que s’écoulent les préludes, l’indécidabilité devient plus savoureuse que bousculante. Nous voici suspendus
Les repères musicologiques, effacés, tentent de se reconstruire en inventant des similitudes avec une certaine musique minimaliste. Il est exact que le matériau brut est aussi étique que paradoxal :
Il revient donc à celui qui joue cette musique
L’on pourrait craindre un effet de lassitude (répétition du même type de morceaux) émoussant la curiosité liminaire. La réalité pourrait bien être inverse. D’abord parce qu’il faut à l’auditeur le temps d’apprivoiser ce langage. Ensuite parce que Denis Levaillant parvient à jouer chaque prélude avec
de sorte que l’intensité de la surprise ne s’émousse pas. Enfin, parce qu’il y a une forme de jubilation à être déçu en bien, la crainte d’avoir vite épuisé le plaisir de la découverte et de l’inattendu se dissipant grâce à
Certes, les « Préludes non mesurés » sont de la musique qui ne s’entend pas : il faut l’écouter. Non que la chose soit
mais bien qu’il s’agit d’une musique à suspense. N’y cherchons point
Nous n’en trouverions guère. Pour tout dire, nous serions en peine de fredonner le morceau à peine l’avons-nous ouï, oui. En échange, le porte-voix de Louis Couperin nous propose une série
Les événements ne manquent pas :
Au fil des préludes, manière de connivence se crée entre l’auditeur et le musicien, dont on apprend à avoir hâte qu’il nous conte une nouvelle histoire, en espérant qu’elle sera aussi haute en couleurs que la précédente. Par chance et non par hasard, le travail rigoureux de l’interprète lui a permis d’associer deux qualités qui pourraient paraître contradictoires : d’une part, la cohérence du son et du style d’un Louis Couperin au piano ; d’autre part, la préservation d’un esprit
nimbé dans un plaisir de narration musicale jamais pris en défaut au long de ces cinquante minutes. Aucun prélude n’écrase l’autre. Chacun propose un nouvel épisode d’une même saga, parfois tuilé et parfois singularisé selon l’enchaînement des tonalités décidé par Denis Levaillant, lequel souligne par l’exemple que la musique de Louis Couperin n’est pas une musique facile, écrite à la chaîne selon des schémas reproductibles à l’infini, mais un cadeau offert à l’interprète pour transformer
Si vous cherchez
vous avez trouvé les trois en un.
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Derrière un titre guère francophone, Luigi Magistrelli a choisi de feuilleter des répertoires franco-suisses (hommage au label helvétique choisi pour propulser son travail) des dix-neuvième et vingtième siècles. Parmi les curiosités de la set-list, deux opus fonctionnels d’André Messager commandés par le Conservatoire. Le premier est un solo de concours néanmoins joué en duo avec la pianiste Claudia Bracco. On connaît le genre : il faut défier les capacités techniques des candidats avec virtuosité et chausse-trappes pour différencier les meilleurs des moins meilleurs.
Si l’on est curieux de jauger l’intérêt d’une telle pièce dans le cadre d’un récital, l’on est serein quant à la compétence du clarinettiste pour ce genre d’exercice. Jusqu’à présent, l’interprète nous a parfois surpris par certains choix musicaux très singuliers, mais jamais déçu quant à sa capacité à tricoter des saucisses. On savoure donc à l’avance d’écouter l’acrobate quand l’allegro non troppo s’ouvre gaillardement en testant son registre aigu puis en envoyant de premières gammes en triolets, histoire d’échauffer les mimines, avant de proposer au faux candidat de se mesurer à une seconde difficulté de l’instrument : le passage de registre qu’il convient de rendre imperceptible. Luigi Magistrelli réussit haut la main ces premiers challenges.
Son mélange de legato et de détachés dans la relance est parfait. Viennent alors
L’andante qui advient, nimbé dans la science harmonique du compositeur, teste cette fois le médium de l’instrument où la sonorité chaude du clarinettiste séduit. Puis des sextolets de doubles pianissimo accompagnant le thème repris par la dextre de Claudia Bracco, rappellent que la poésie n’est pas l’objet premier d’un solo de concours.
Çà et là, la partition prend des accents qui évoquent Mikhaïl Glinka (2’45, 2’58…) avant de céder la place à une cadence… qui commence de manière assez vilaine avec un effet de réverbération sur l’Ut du soliste pour le moins dispensable (3’29). Toutefois, comme le clarinettiste est aussi l’ingé son, il faut croire que ce choix est aussi constitutif de son esthétique personnelle à laquelle il nous arrive d’avoir du mal à adhérer. L’artiste propose, c’est sa liberté voire sa grandeur ; l’auditeur apprécie plus ou moins, c’est son droit et quelquefois sa faiblesse. L’exercice de virtuosité n’en témoigne pas moins, et c’est évidemment l’essentiel,
avant que l’allegro non troppo et sa tonalité ne reviennent sur le clavier de Claudia Bracco. Le rythme pointé est à l’honneur et tuile le propos vers une coda allegro vivo à deux temps, cavalcade attendue que Luigi Magistrelli enlève comme à la parade. Amusante découverte d’une pièce anecdotique mais joliment écrite !
Encore plus exotique que l’enregistrement d’une pièce de concours, l’enregistrement d’un « Morceau de lecture à vue » est proposé par le clarinettiste. L’exotisme, ici, tient au fait que la partition est écrite pour mettre en difficulté le candidat qui la découvre. La présenter en version travaillée et enregistrée puis montée si besoin en studio ne saute guère aux yeux.
Qu’importe, nous sommes prêts à nous laisser surprendre ! Après tout, affublée d’un titre autrement pupute (« Impressions soleil levant », « Voile sur un lac endormi », « Tulle volant sur le visage de la bien-aimée », enfin, ce genre de truc), cette miniature ne dépassant pas les quarante secondes effectives (la durée de 51 secondes indiquée inclut le silence de 10 secondes précédant un changement radical de style musical) aurait-elle pas aiguisé notre curiosité et déjoué notre prévention ? Alors, écoutons non pas sans parti pris, c’est trop difficile, mais avec la ferme intention d’être déçu en bien.
Portée par le piano toujours élégant de Claudia Bracco, la clarinette de Luigi Magistrelli s’amuse avec aisance
Le résultat est un feuillet d’album croquignolesque qui ne dépare pas dans l’esthétique légère d’un André Messager (qui en a composé d’autres, des lectures à vue pour le CNSM, comme ce solo pour le « concours réservé aux dames ») et nécessite en effet un temps de silence a posteriori pour basculer dans une esthétique et un projet musical 100 % différents : le troisième mouvement du Quatuor de la fin du temps d’Olivier Messiaen, lequel fera l’objet d’une prochaine notule – et nous conduit, alors que nous avions prévu cinq épisodes, à étendre le domaine de la présente recension à six chapitres pour préserver la spécificité de l’écoute de ce mastodonte.
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Après la sonate de Camille Saint-Saëns, le clarinettiste Luigi Magistrelli et sa pianiste Claudia Bracco optent pour un tube : l’arrangement pour cor anglais et piano, réalisé par Alfred Piguet, de la « Pavane pour une infante défunte » de Maurice Ravel. Résultat ?
Certes,
sont susceptibles de titiller l’oreille de mélomanes pointilleux. Du moins ne s’agit-il pas d’une lecture lisse et calfeutrée dans une transparence ennuyeuse !
S’ensuivent les rares Variations sur un air du pays d’oc (en l’espèce « Se canto ») de Louis Cahuzac, initialement écrites pour clarinette et orchestre ou harmonie.
La première variation, « allegretto vivo e leggiero » sautille et laisse les doigts se dégourdir avec une apparente insouciance bienvenue. Une tourne thématique pour le piano plus tard, la deuxième variation « alla polacca » danse avec
Une amusante tourne alla polacca du piano, et voici la troisième variation en mineur. L’andante presque funèbre se métisse de couleurs plus ambiguës grâce
En ratiocinant, on pourrait regretter que l’abus de réverbération rende les repentirs de montage plus audibles (7’54), mais cela relève du détail, peut-être même d’une hallucination auditive. La quatrième variation, de retour en majeur et non précédée par la réexposition du thème, est une course à la virtuosité et au souffle long : le terrain de jeu idéal pour Luigi Magistrelli.
sonnent comme à la parade jusqu’au finale conçu pour faire « grand effet ». Objectif atteint ! La musique n’est pas follement passionnante, mais il est joyeux de voir resurgir des pans méconnus et peu fréquentés du patrimoine clarinettologistique. De plus, le plaisir d’un exercice de doigts et de cage thoracique
ne doit jamais être boudé sous peine d’être virtuellement considéré comme un crime contre l’humanité. Enfin, je crois : je ne suis pas juriste. Dieu m’en préserve, même si les risques sont extrêmement faibles. À suivre !
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Le troisième tiers-temps du Crépuscule des dieux s’ouvre sur un décor associant
Pour figurer le climax du plus ambitieux cycle opératique de la musique savante, quel sens
Mais pourquoi diable engager un décorateur, fût-il du beau sexe comme Rebecca Ringst, s’il s’agit de pondre quelque chose entre banalité de théâtre cheap et grosse merde sans vergogne ? Cette nullité sans rapport avec l’opéra (on pourrait utiliser ces mêmes éléments dans n’importe quelle mise en scène de n’importe quel autre opéra voire de n’importe quel salon de l’automobile ou de la bière, à supposer qu’il soit envisageable de distinguer ces deux genres de festivités)
Un exemple de cette impossibilité de susciter l’émotion, à force de désinvolture, de dédain et d’absence d’idée de l’équipe technique : les filles du Rhin (Margarita Polonskaya, de la troupe lyrique locale, Isabel Signoret et Katharina Magiera) sont de service, au sens où elles doivent mettre en place la table
En fond scène, le stagiaire IA s’éclate avec une espèce de librairie-galerie évolutive. Voir des filles du Rhin emperruquées – accompagnées par un orchestre formidable featuring quatre harpistes de haute volée, c’est pas rien – rendre joliment gloire au soleil tout en vérifiant les plis d’une nappe donne la gerbe tant la décontextualisation de Calixto Bieito et de ses sbires désamorce toute la puissance narrative du Ring.
Donc, à défaut de participer à une tétralogie crépusculaire en dépit de leur jolie vocalité, les nanas apportent des bougeoirs et garnissent la table tout en se promettant de tenir conseil. Siegfried (Andreas Schager)
Les meufs partent en chaussant un masque. Siegfried
Quel abattage ! Gunther (Johannes Martin Kränzle) arrive et boit dans le seau qui sert de fourreau. Siegfried
Brünnhilde traverse le fond scène. Hagen (Mika Kares) tue le héros sur la table avec des minifourchettes. Brünnhilde apporte un duvet-linceul. Quand Hagen n’a plus de minifourchettes, il remet sa veste. Des vidéos d’astéroïdes défilent. Gunther éteint les bougies. Alberich (Brian Mulligan) s’en va en levant la main droite avant de sortir à cour.
Tentant de nous sortir de notre consternation, d’excellentes trompettes ne rechignent ni au piano ni au fortissimo. Une fille du Rhin se caresse les bras. Une autre joue avec ses gants. Gutrune (Sinead Campbell Wallace) arrive trop tard. Y a plus rien à becqueter ni à boire, sauf son mari sur la table. La scène se vide. Gutrune demande où est Siegfried, allongé juste derrière elle. Y a des fumigènes. On montre à Gutrune les petites fourchettes enfoncées dans le bidou de Siegrfried. Du coup, elle monte sur la table.
Hagen tue son frangin pour récupérer l’anneau que réclame Alberich et, enfin, enfin, arrive Brünnhilde qui commence son grand finale en clamant : « Taisez le tumulte de vos lamentations ! » Gutrune est furax de jalousie, vu qu’elle était la numéro 2. Brünnhilde
pour cramer
Gutrune est fixée sur sa chaise, selon le fameux mode d’emploi des Metteurs En Scène d’Opéra À Bastille : « Quand tu sais pu quoi faire des chanteurs, crache : PAS BOUGER, ça marche à tous les coups » Le solo de Brünnhilde commence.
sidèrent. Protégée par les fumigènes, Gutrune recule en fond scène. Ladite scène est vide. Le discours de Brünnhilde se structure autour de trois temps :
La mise en scène rend hommage à la recette de la crêpe afghane : y a rien dessus. Rien. Du vide.
Au lieu de cramer, Tamara Wilson sort en tournoyant. Un projo de poursuite fixe l’anneau. Enfin, le collier, bref.
Aux saluts, Calixto Bieito n’ose pas venir récolter les huées qu’il mérite. Les vrais artistes, eux, récoltent leurs hourrah.
Alors que, pour presser le pas, aucun sac n’a été contrôlé à l’entrée, aucun attentat ni aucun incident n’est à déplorer dans l’enceinte de l’opéra, en ce soir de révolte, prélude aux bonnes ambiances du 17 octobre. Énième preuve de l’inutilité flagrante de la sécurité privée, cette vaste fumisterie, éloge de l’incompétence et de la pantalonnade. Ce sera, hélas, la dernière remarque que nous avons envie d’exprimer pour ne pas revenir sur notre écœurement devant la vacuité vulgaire et insultante des mises en scène de l’opéra Bastille, maculant ce soir-là un plateau vocal charpenté et globalement remarquable, et salissant le travail d’un orchestre peut-être pas dirigé avec la tonicité que l’on eût rêvée, mais porté par des musiciens consciencieux dont des solistes éblouissants.

Après un premier épisode griffonné jadis ou naguère sur cette page, voici le retour de Luigi Magistrelli et Claudia Bracco pour la grande sonate en Mi bémol opus 167 de Camille Saint-Saëns, écrite « pour clarinette avec accompagnement de piano ». Publiée en 1921, elle s’articule en quatre mouvements et s’ouvre sur un allegretto orné d’une mesure plutôt originale pour un mouvement liminaire. Elle rassemble douze croches par mesure, égrenées par le piano.
accrochent l’oreille instantanément. Par moments (0’30), le son semble échapper au clarinettiste ; sans doute, porté par le sens mélodique du compositeur, préfère-t-il une expressivité intense à une perfection lisse et glacée. Cela ne l’empêche pas, heureusement, de soigner
Avec Claudia Bracco, il lisse et tisse joliment les mutations
Sa sensibilité le pousse peut-être à boursoufler par endroits la sonorité que l’on aurait parfois imaginer moins faseyante. De même, l’usage d’une réverbération excessive amène à l’occasion les notes tenues à manger les soupirs et à déborder sur les suivantes (3’04). Reste l’effet tout à fait charmeur de cet épisode fringant, qui débouche sur un allegro animato à deux temps et en La bémol, lancé par le clarinettiste en personne.
L’énergie du mouvement repose sur le respect des indications précises du compositeur en matière
La rigueur – ici, c’est une belle qualité – de Claudia Bracco permet à Luigi Magistrelli de rendre raison des changements
qui caractérisent ce mouvement presque facétieux. Le lento qui suit est un trois temps écrit dans la tonalité vicieuse de mi bémol mineur, cette fois, avec six bémols à l’armature pour la pianiste. Les graves sont de sortie, y compris pour la clarinette que Camille Saint-Saëns envoie plonger au plus profond de ses abysses. Comme l’eût stipulé feu Ricet Barrier en imitant le glas, ce swing de l’enterrement : « Eh ben oui, c’est vachement pas gai ! »
construisent une écoute funèbre où surprend parfois une embouchure plus souple qu’expressive. La seconde partie contraste par sa mélopée aigüe où le Steinway et sa maîtresse du jour donnent à l’auditeur une leçon formidable
Une modulation
confiée aux arpèges du piano, conduit à un molto allegro vibrant en Mi bémol, forcément. C’est
On apprécie la capacité des interprètes à jouer
Les effets
ainsi que le souffle de Luigi Magistrelli, ébouriffent.
sont incarnés avec intensité jusqu’à l’intermède chaotique qui conduit à un allegretto en 12/8… donc au souvenir du mouvement initial (clairement le plus émouvant), choisi comme coda par le compositeur.
Certes, l’on ne parvient pas encore à s’habituer à la tendance du clarinettiste à pousser les sons (le si bémol aigu à 4’26 ou le fa aigu détrempé juste après nous interroge, par exemple, sur le french flair d’un interprète pourtant sans conteste virtuose). Mais qu’importe si cette dissonance entre nous incite à poursuivre l’exploration voire l’apprivoisement dans une prochaine notule ?
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Le deuxième tiers-temps du Crépuscule des dieux, version Bastille 2026, s’ouvre sur l’éloge de l’IA. Vidéos grotesques, entre palais et cathédrale avec orgue. Le stagiaire ChatGPT ne s’est clairement pas foulé, mais le Metteur En Scène a validé cette merde, accompagnée d’un plateau tournoyant de jardin à cour et réciproquement. Par chance, personne ne vomit.
Alberich (Brian Mulligan) réveille Hagen (Mika Kares). Hagen revendique d’être « flétri et blême » alors que le gaillard porte beau. En dépit des grosses lunettes dont il est affublé, Brian Mulligan n’a pas la perversité venimeuse de son personnage. D’ailleurs, il finit par se faire frapper avec une chaussure par son fils, c’est débile mais peut-être une bonne chose.
En avant-scène, l’écran transparent se relève. Calixto Bieito envoie Alberich faire des simagrées devant les spectateurs, puis il le congédie. Hagen, « homme fatigué » qui ne le montre pas, se recravate. Siegfried arrive, renverse les chaises puis danse alla Travolta en pensant qu’il va bientôt niquer Gutrune. Hagen relève les chaises tout juste horizontalisées. Quel moment de théâtre incroyable ! On palpite, on frémit, on a les poils. Dans la salle, chacun se pâme devant le génie incroyable du Metteur En Scène. Hagen lance son « Hoï ho » pour attirer les hommes de la contrée :
Le chœur mâle vient kiffer la vibe et envoie le pâté attendu, en dépit d’un texte franchement pas intéressant. Gutrune (Sinead Campbell Wallace) mime l’exaltation avec une vérité qui aurait comblé une MJC. Celle de La Ferté-Bernard. Un dimanche soir de novembre. En 1984. Quand il pleuvait. Et en présence d’Arlette Chabot. La totale, en somme.
Hagen marche sur la nouvelle table. Gutrune finit par s’allonger – c’est mieux. On s’asseoit sur la table, On attend Brünnhilde. C’est long. On nous répète qu’elle est la plus belle femme du monde. C’est inélégant de le spécifier, mais ça n’en reste pas moins un fait : l’effet de théâtre supposé peine à cadrer avec Tamara Wilson. Un peu comme si Gad Elmaleh jouait Nelson Mandela. Si, à un moment, tu te dis que tu regardes Netflix by Wish.
Pourtant, quand Brünnhilde découvre le pot aux roses (elle a été ravie non par Gunther – Johannes Martin Kränzle – mais par Siegfried), personne ne fait le mariole. Ledit Siegfried s’allonge par terre puis se cache sous la table. La Walkyrie n’en tempête pas moins contre celui qui l’a « contrainte au plaisir et à l’amour ». Andreas Schager a un coup de mou. Contrairement à sa collègue, il peine à maîtriser sa voix, désormais affectée d’un vibrato beaucoup trop lâche. Le Metteur En Scène ne lui rend pas service en l’obligeant à crapahuter sur la table pour prêter serment et s’enferrer définitivement dans les manigances de Hagen. Tamara Wilson, elle, paraît toujours aussi
Quand Siegfried et Gutrune sortent pour faire leurs petites affaires, le Ring étant surtout une longue histoire de cul, un énorme lustre virtuel dévore l’écran. Le complot macabre s’apprête à se gérer à trois. Hagen compte récupérer l’anneau. Gunther est dégoûté d’apprendre que Brünnhilde n’est pas vierge. Brünnhilde est dégoûtée de comprendre que celui qui l’a déflorée l’a aussi baisée (splendide ire du « Quelle muse démoniaque se cache ici ? »).
Tamara Wilson exprime l’émotion et les contradictions de son personnage. Il est décidé de tuer Siegfried par derrière. L’esprit chevaleresque repassera. Johannes Martin Kränzle retrouve des couleurs après avoir quelque peu ramé au long de l’acte. Hagen est envoyé marcher sur la table afin d’acter la mort de Siegfried. Sur l’écran, le lustre
L’orchestre fait ce qu’il peut pour éviter une fuite massive des spectateurs devant tant d’imbécillité. Il nous faut l’en remercier.
À suivre !