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Et si Jann Halexander a le cœur canari ?

Florilège de l’affiche de Jann Halexander à la Camillienne (Paris 12)

Une salle. En périphérie parisienne. Entre 100 et 200 spectateurs attendus. Le chanteur est parfois présenté comme « le petit mouton noir et frisé de la chanson française ».

  • Inconnu et connu,
  • identifié et mystérieux,
  • solaire et toujours Droopy,

il revient en force après quelques mois de silence. Dans sa besace, un nouveau répertoire qu’il mélange avec ses anciens golden hits. Un moment idéal pour découvrir le mystère Jann Halexander, ce type qui fait de la chanson entre

  • rive gauche et Mylène Farmer (si),
  • vintage et néopop,
  • reconnaissable et insaisissable.

Pour son glorieux come-back dans une grande salle à son image (solidement implantée mais peu détectable si l’on ne farfouine guère), l’hurluberlu m’a sollicité pour ploum-ploumer et pouët-pouëter en m’associant à Sébastyén Defiolle, le guitariste assez fêlé pour laisser passer la lumière, et à Naïma, la seule percussionniste sage de tout l’univers.

 

 

Après les répétitions, entre

  • groove et exploration,
  • respect du texte et trouvailles explosives,
  • bababam et popopopopo,

joie et hâte de vivre cet instant avec un maximum de vous, ce vendredi à 20 h. Derniers billets disponibles ici.

Irakly Avaliani, Salle Cortot (Paris 17), 9 mars 2026 – 1/3

Irakly Avaliani à la salle Cortot (Paris 17), le 9 mars 2026. Photo : Bertrand Ferrier.

Devant un parterre presque plein (banal pour l’artiste, pas si fréquent pour la salle Cortot), Irakly Avaliani, récemment diminué par une forte fièvre, s’avance avec un de ces coups d’éclat qu’il apprécie : son copieux récital Brahms et Chopin s’ouvre sur… les Variations op. 27 d’Anton Webern. L’écriture radicale secoue l’oreille plus que le clavier tant sa logique interne est à peu près imperceptible à celui qui n’a pas étudié la question et compulsé de lourds grimoires de musicologie après avoir étudié la musique pendant soixante-dix ans vingt-six heures par jour a minima.
Irakly Avaliani nous fait grâce de tout mode d’emploi, Dieu merci : s’il a choisi de jouer – par cœur, ce qui ne doit pas être une mince affaire même si l’œuvre est courte – cette pièce en trois mouvements, c’est sans doute qu’il croit au pouvoir expressif de sa musique. Aussi laisse-t-il l’auditeur l’appréhender telle qu’il la reçoit et, le cas échéant, l’apprivoiser.
Pourtant, ici, rien ne ressortit de l’univocité. Le musicien

  • fait frémir l’intranquillité sous la douceur,
  • préserve une part du mystère sonore dans les jaillissements,
  • esquisse par son toucher une cohérence derrière l’apparente destructuration d’un propos.

Fors toute considération dodécaphonique, réservée aux experts spécialistes sachants, l’oreille est attirée par les oxymorons que l’interprète pourrait bien suggérer : on entend

  • la suggestion dans l’assertif,
  • la tonicité dans le contraste et
  • la vigueur dans la fragmentation.

À travers cet avènement d’une musique en vitrail, l’on peut déguster la précision

  • des durées,
  • des attaques,
  • de la pédalisation et
  • des nuances…

ainsi que l’audace d’ouvrir un récital Radio Classique compatible par cette musique non-consonante. En effet, avant une seconde partie Chopin, qui fera l’objet des deux prochaines notules, s’annonce la solide tétralogie des Ballades op. 10 de Johannes Brahms – un cycle dit « de jeunesse », donc, que le storytelling enveloppe de rose people en rappelant que Brahms écrit ces quatre pièces alors qu’il en pince pour la femme de son protecteur, madame Clara Schumann en personne, même si cela ne nous regarde pas. Bah, un peu de gossip affriolant ne fait jamais de mal… ou presque. Dans l’andante en ré mineur, Irakly Avaliani séduit par sa capacité à

  • poser le son pour le suspendre,
  • valoriser la couleur de chaque registre en les agençant plutôt qu’en les opposant, et
  • monter un long crescendo sans se priver de l’orgasme des fortissimi puissants : subtilité, oui oui, bourrinage de l’exutoire aussi !

Dans l’andante en Ré, l’interprète se laisse aller – et il a bien raison, autant que nous en puissions juger – au plaisir

  • de faire miroiter les nuances de demi-teinte,
  • d’utiliser le potentiel percussif du Kawai mis à sa disposition,
  • de faire grésiller la dissonance qui ragaillardit l’écoute, et
  • de préserver tant le côté taquin car imprévisible d’une ballade folâtrant jusqu’à friser la concaténation rhapsodique, et hop, que la capacité de surprise qui réside dans des mutations de motifs abouchées par des tuilages particulièrement soignés.

L’intermezzo en si mineur, la plus brève des quatre ballades, évoque l’urgence et le désir – les désirs, même, ceux

  • de vivacité,
  • d’impulsivité,
  • de voltes-faces thymiques et
  • d’énergie qui se dégoupille.

L’andante con moto en Si dure deux fois plus que son prédécesseur. « Con moto », cela ne veut dire ni avec un deux-roues (je sais, mais pas pu m’en empêcher) ni en précipitant les choses, ce qui ne serait guère la patte avalianienne. À l’agitation, l’artiste réfère la motricité du clapotement dont il inonde le clavier. Le voici qui peint un paysage paisible puis tourne casaque et impulse une nouvelle dynamique. Néanmoins, tout paraît pensé autant que ressenti. Le colosse septuagénaire confirme sa capacité

  • de méditation,
  • de contemplation et
  • d’intériorisation.

Elle lui permet de rendre raison d’un Brahms

  • grave,
  • presque minimaliste et, as far as we are concerned,
  • fort méconnu.

La première partie confirme la haute opinion qu’Irakly Avaliani a de la musique et de son devoir. Nulle recherche

  • de séduction,
  • de brio ni
  • de clinquant.

L’homme offre à ses auditeurs d’écouter de la musique, simplement. La dernière note avalée, notre voisine nous glisse que plusieurs de ses amis se préparent à aller écouter à la Philharmonie de Berlin un pianiste dont elle a oublié le nom. Cellulaire en main, elle le retrouve : c’est Sofiane Pamart. Résumons la chose en disant qu’Irakly Avaliani est l’anti-Sofiane Pamart. À lui de le confirmer après l’entracte, lors d’une seconde partie 100 % Chopin. À suivre !


Pour retrouver nos 56 – oui, 56 – chroniques précédentes sur Irakly Avaliani, c’est ici.

Denis Levaillant, « Passions » (DLM) – 3/3

Première de couverture

La dernière des passions proposées par Denis Levaillant rend hommage au cash, au fric, au flouze et à la moulaga. Extrait de son opéra OPA MiaSunny Cash Passion se déploie sur un petit quart d’heure et sept mouvements (le listing des pistes finit par bégayer sur la pochette…), dont les deux premiers constituent la moitié d’une œuvre où l’électronique a son mot à dire.
Dans un brouhaha qui monte, se profile le champ lexical

  • du cash,
  • du désir qu’il éveille et
  • de la confusion qu’il suscite dans les esprits qu’il contamine voire grignote.

La musique est

  • explosion,
  • registres extrêmes,
  • expressivité plutôt que linéarité.

Nulle dynamique diégétique, ici, mais l’universalité étale de l’attractivité du pognon et de la folie que ce délicieux petit diable peut inspirer.

  • Tenues éclatantes,
  • échos déformés,
  • bribes monosyllabiques et
  • loops obsessionnelles

peignent sur les murs de nos oreilles donc de notre esprit le sang de l’argent qui danse, danse, danse (le prédicat concluait la passion des Pierres noires).

 

 

Même confusion dans le deuxième épisode chantant « Le soleil ». Du brouhaha n’émergent pas les voix, cette fois : elles restent empêtrées dans un brouillard mental que traversent de ces fusées insignifiantes mais pétries du besoin de comprendre l’argent comme on en peut ouïr voire jouir en sélectionnant BFM Business sur quelque poste à galène. Denis Levaillant travaille

  • l’étagement des plans sonores,
  • la déréliction du sens et
  • l’éclatement des outils classiques de communication
    • (verbe,
    • grammaire,
    • mélodie et
    • harmonie),

submergés par

  • le flux choral,
  • la science péremptoire des ignorants et
  • l’atmosphère cauchemardesque – digne des montres molles de Salvador Domingo Felipe Jacinto Dalí i Domènech – qui apparaît, liquide et gouttelante, quand brouhaha et fusées sachantes se dissolvent.

Dans ce creuset sombre,

  • fondus,
  • à-plats,
  • contrastes et
  • microdécalages

ondulent et animent l’étonnante tempête solaire.

 

 

Le troisième mouvement, très bref, s’empare d’un continuum entre le parlando et le chant grâce auquel le chœur s’étonne : « Vous ne savez pas que ? Ah ! » Nous ne saurons pas ce que nous ne savons pas, sinon que nous ne saurons pas ce que nous ne savons pas – autrement dit, nous ne savons pas, bien vu ! Nous saisit le vertige

  • de la spécularité,
  • de la parole vidée de sa fonction figuratrice, et
  • du pouvoir fascinant du fragment qui
    • réveille l’attention,
    • évite le procédé et
    • replonge l’auditeur dans le suspense de l’énigme.

Le quatrième mouvement mime « la rumeur » à bouche plus ou moins fermée. Des bruits épars (pages qui se tournent ou effet implémenté, peu importe)  pimentent le mystère qui transforme le chœur en instrument malléable à merci. Cinquième chapitre, « Grand Central » poursuit l’exploration

  • des hachures,
  • des demi-teintes et
  • de la non-communication non-verbale

pour laquelle l’auditeur doit abandonner toute velléité de décryptage afin de se laisser envelopper et secouer par le son en général et les mutations de sonorités en particulier.

 

 

Le sixième mouvement, intitulé « Les opérateurs »,

  • fond les sons les uns dans les autres,
  • les fige,
  • les malaxe voire
  • les réinvente.

On s’y délecte

  • des frottements harmoniques,
  • de la large palette des registres exigés et
  • du sens de l’équilibre que l’ensemble Musicatreize trouve sous la direction de Roland Hayrabedian.

Tout finit en commençant (si, si) pianissimo sur non pas une invitation à la danse mais un commandement de danse qui contraste avec la torpeur dans laquelle nous plonge la vraie vie ici – peut-être – symbolisée par les tenues mouvantes grâce auxquelles compositeur et interprètes nous hypnotisent. Sunny Cash Passion apparaît ainsi d’autant plus prenant que cette Passion putative demeure énigmatique et s’appuie sur une science de l’écriture chorale assez habile pour paraître

  • moins démonstrative qu’intériorisée,
  • moins savante qu’ébouriffante, et
  • moins sombre que piquante.

Dès lors, d’autres chroniques recensant notre découverte du catalogue de Denis Levaillant sont envisagées. À suivre !


Pour entendre l’intégralité du disque gratuitement, c’est ici.
Pour découvrir nos dix notules sur le compositeur, c’est çà.

Pour commander le disque contre 15 €, port compris, c’est .

Lucie Vellère, Florilège (Musique en Wallonie) – 7/10

Première de couverture

La dernière partie du premier disque construisant un florilège de Lucie Vellère rassemble onze mélodies enfantines avec piano. Les Petites histoires, composées en 1949, intercalent des textes de stars de la poésie et des quasi inconnus par le truchement d’un chœur de femmes durant entre trente-cinq et cent soixante-dix-neuf secondes.
À l’unisson, « Simone, allons au verger » invite via Rémy de Gourmont à dire aux pommiers, avec une équivoque coquinement post-édénique, « voici la saison des pommes », autrement dit : en voiture, Simone. Toujours unissonnée, « La neige tombe », sur un texte de Jean Richepin, se demande qui, cette nuit, plume la lune sur un piano concentré dans les aigus. S’ouvrant à plusieurs voix, « Cavalier à la fontaine », sur un texte de Jean Moréas, raconte ce « noir cheval blanc » de poussière qui, avec son maître, s’arrête boire un coup.
De Paul Verlaine, la compositrice choisit « Dame souris »  pour inciter les paresseux (pas forcément les mammifères arboricoles) à se lever avec le petit jour, au rythme d’un piano dynamique. « Petite fée » de Gabriel Vicaire narre la micro-histoire d’une fée « légère comme une bergère » car « toute jeune encore » mais, déjà, la robe « entr’ouverte ». Enfin, « Odelette » de Madeleine Ley chante une toile d’araignée, cette « échelle exquise » qui « tremble dans le vent ». S’il est difficile de s’extasier devant le résultat dans le cadre de l’écoute d’un disque, ce snobisme n’obère pas l’évidence :

  • l’écriture est fine,
  • l’exécution est délicate,
  • l’accompagnement est attentionné,
  • les harmonies sont joliment tournées, bref,
  • l’ensemble est charmant,

et l’on apprécie que le mixage de Manuel Mohino laisse la place aux points d’orgue et aux silences musicaux qui prolongent la musique.

 

 

Dernier cycle, les Chansons enfantines musiquent, entre 1959 et 1964, soit quand la mort s’approche à pas de loup de la compositrice, cinq poèmes de Maurice Carême. Sur une musique martiale, « Les soldats du roi » confond avec amusement soldats de plomb et jeu de domino pouvant entraîner la chute du monarque. Dans un contexte circassien donc triste, « L’éléphant » laisse entendre sur une walking bass l’étonnement d’un enfant voyant un pachyderme sans roulettes contrairement à celui que saint Nicolas lui a offert. « On ne danse plus en rond » remotive les chansons traditionnelles, façon « La route des quatre chansons » de Georges Brassens (enregistrée six ans après la publication des poèmes).

  • La marjolaine est remplacée par la verveine,
  • l’on rêve des « singapours lointaines »,
  • les poissons finissent par rire à perdre haleine, et
  • la musique légère incite à l’insouciance.

Par opposition, « L’orphelin » est l’histoire triste d’un canard que seul « le bon brouillard prend dans son foulard ». À raison, les riches harmonies vellériennes n’incitent pas à s’en réjouir en dépit de l’optimiste tierce picarde finale. « Comme ça » raconte la certitude du poète d’être plus léger que

  • l’écureuil,
  • le vent et
  • le soleil,

au point de pouvoir attacher aux étoiles son hamac pour se balancer « jusqu’au-dessus de la France / comme ça ».

 

 

La musique

  • balance,
  • tangue,
  • s’alanguit doucement,

puis la reprise fragmente l’unisson pour donner de l’ampleur à cette rêverie. Les femmes du chœur de Namur, placées sous la direction de Thibaut Lenaerts et fort bien serties dans le piano de Philippe Riga, chantent

  • juste,
  • frais et
  • pimpant.

Un pédant jugerait que tout ce que contient ce passionnant premier disque n’est pas essentiel. Qu’il se réjouisse de sa sottise : la musique n’est pas que l’essentiel, quelle que soit la définition que l’on donne à ce terme. Elle est surtout ce qui permet à l’auditeur

  • de s’envoler,
  • d’élargir son esprit fût-ce l’espace d’un vertige, et
  • de se libérer par petits fragments et pour une illusion aussi microscopique qu’enivrante de la pesanteur du monde.

Le talent de Lucie Vellère et la capacité de son florilège à brasser large et qualitatif convainquent que la compositrice ne vaut pas seulement de susciter l’intérêt parce qu’elle est femme (haaaaa ! le créneau des compositrices, haaaaa !) et wallonne, carrément pas. Sa musique pour piano, confiée à Thérèse Malengreau, abondera-t-elle cette intuition ? Nous le questionnerons dans de prochaines notules. À suivre, donc !


Pour écouter gratuitement et intégralement le double disque, c’est ici.
Pour l’acheter moins gratuitement mais avec un livret profus, c’est par exemple .

Denis Levaillant, « Passions » (DLM) – 2/3

Première de couverture

Inventé en 1984, « Les pierres noires » est le deuxième des cycles proposés par Denis Levaillant dans le cadre de son disque rassemblant trois « œuvres vocales de concert ». Le texte se revendique

  • escarpé,
  • polyglotte et
  • fondé sur des effets
    • d’écho,
    • de collage et
    • de décalage,

entre ciel jaune et pierres noires. En une grosse dizaine de minutes, Denis Levaillant propose sept explosions qui interrogent

  • le regard,
  • la parole et
  • l’intelligibilité du monde.

Émergeant d’une syllabe grave, la pièce mêle

  • les vers,
  • les langues et
  • les registres.

Dans cette ébullition intriguée,

  • les consonnes fusent,
  • les voyelles se diffractent,
  • le verbe se tord et
  • la musique, par-delà un bruit parasite assumé, interroge les contours
    • de l’harmonie,
    • du sens et
    • des possibles.

Un « pâle enfant d’inquiète aurore » peine à se raccrocher aux épithètes.

  • L’italien,
  • l’allemand,
  • l’anglais,
  • le français et
  • un mélange
    • de chuchotement,
    • de chant et
    • de cri

malaxent les idiolectes de l’imaginaire en fragmentant l’évidence de la grammaire. La pâte musicale abandonne toute espérance de sérier le réel pour l’ordonner et le rendre perceptible. Dans l’écriture de Denis Levaillant, il semble que la sensation et l’émotion sans médiation priment.

 

 

Le compositeur semble nous inviter à un lâcher-prise que « D’un temps lointain » encourage également.

  • Itérations,
  • confusions des langues et
  • libération des phonèmes sur un spectre de registres maximal

libèrent la musique de la gangue sclérosante de la linguistique, chantant un nouveau « beginning » sans que l’on sache in fine « qui parle » des pierres noires en particulier, mais qui parle en général itou. Par

  • sa précision,
  • son expressivité et
  • la virtuosité technique de ses registres extrêmes (on ignore pourquoi la première soprano est nommée… et non le dernier des basses profondes !),

le chœur de Radio-France placé sous la direction de Michel Tranchant et capté par Madeleine Sola il y a quarante-deux ans semble particulièrement investi voire motivé par l’énigmaticité d’une partition bien plus vibrante qu’abstraite. « Qui parle d’elles » entame le retour vers

  • l’essentiel donc
  • l’insaisissable et
  • le désir aiguillonné de saisir,

avec quatre pièces dont la durée se rétracte au fur et à mesure. Le langage se dissout dans une musicalité

  • irradiée,
  • parlante malgré la dissolution des sèmes,
  • glissante et
  • contrastée.

 

 

« Un jour la liesse »

  • interroge l’unisson,
  • le dilapide,
  • en déploie les restes éclatés, et
  • s’épuise dans de longs sifflements abandonnés.

« In my dreams » où une mystérieuse personnagette « sings in my dreams »

  • refuse le confort d’une harmonie planante,
  • secoue l’iridescence des sons qui s’épanouissent puis s’effacent, et
  • laisse apparaître puis disparaître une joie inquiétante de Pierrot qu’un suraigu dissipe définitivement.

Par la magie de l’onirisme, la langue aussi requiescat in pace dans une dernière danse de « Peace », mouvement extatique et suspendu, précieux pour nous mettre en attente du troisième et dernier volet, « Sunny Cash Passion », qui fera l’objet d’une notule presque bientôt, peut-être.

 


Pour entendre l’intégralité du disque gratuitement, c’est ici.
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Charlotte Grenat aime le bon

Charlotte Grenat le 6 février 2026 au théâtre Stéphane Gildas (Paris 13). Photo : Rozenn Douerin.

Elle souhaite vivre « l’instant présent », titre de son nouveau disque, disponible sous pas mal de formats, c’est dire sa modernité, avec un objectif : savourer ce qui est sapide et partager ses salivations avec les curieux.

  • Chanteuse de rue vestimentairement,
  • vocaliste capable d’être virtuose sous sa casquette prolo – mais pimpée – de Titi,
  • ACI blanchie sous le harnais,

celle qui se laisse parfois posséder par son personnage de mademoiselle Maya, comme ce sera le cas cet été à Avignon, avait convoqué presque le grand plumier pour le concert qui lançait son album au théâtre souterrain mais convivial Stéphane Gildas (Paris 13). Pour ce titre d’incipit, en sus de votre serviteur, obligé de jouer des accords pathologiques du type Ebm7, Sébastyén Defiolle et Yvan Sarfati étaient de l’aventure et se retrouvaient chargés d’envoyer le pâté. Selon certains, ils auraient lâché : « Ah, c’qu’c’était bon ! »

 

Lucie Vellère, Florilège (Musique en Wallonie) – 6/10

Quatrième de couverture

« Vif » est le dernier mouvement du quatrième quatuor à cordes de Lucie Vellère, dont nous avons entamé l’écoute ici. Composée en mai 1962, l’œuvre est restituée par le Sonoro Quartet et insérée dans le florilège proposé par Musique en Wallonie.

  • Violon 1 virevoltant sur des pulsations pizzicato,
  • dialogues rythmés par le violoncelle,
  • délicates transitions vers des sections plus langoureuses mais non moins susceptibles de changements d’intensité :

on redécolle avec plaisir sur les ailes de la découverte, d’autant que la compositrice maîtrise l’association entre cyclothymie ravivant l’intérêt et cohérence du propos grâce à des structures reconnaissables, telle l’alternance motorique entre violon 1 et violoncelle. Le Sonoro Quartet soigne

  • les contrastes,
  • les caractérisations et
  • les dynamiques.

Lucie Vellère pimente son récit par

  • des harmonies réjouissantes,
  • des suspensions habiles et
  • une capacité à transformer le ressassement en ressort créatif sur presque sept minutes,

laissant circuler la parole entre les quatre instruments jusqu’à donner l’impression d’une conversation avec

  • ses unanimités,
  • ses moments d’écoute et
  • ses controverses

jusqu’à l’au revoir amusant qui clôt la partition.

 

 

Le florilège confronte ce quatuor çà un « Air de Syrinx pour chœur a cappella de quatre voix de femmes » sur un texte de Paul Claudel, griffonné en 1957 par Lucie Vellère. On connaît l’histoire :

  • Syrinx, la nymphe, s’est transformée en roseaux pour fuir le dieu Pan qu’elle ne cessait d’aguicher ;
  • celui-ci, frustré, a défoncé les roseaux puis découvert leurs propriétés musicales ;
  • ainsi naquit la flûte sans laquelle le condor passerait moins bien : d’une nymphe ratiboisée.

Dans le poème de Paul Claudel, Syrinx se goberge de la nature et en profite pour reprendre son jeu préféré – appeler le vieux Pan pour lui échapper. La compositrice se sert des vers libres à sa disposition pour lier en bottes

  • balancement rythmique,
  • cahots syncopés et
  • surgissements expressifs souvent attendus
    • (graves pour évoquer « l’ombre »,
    • aigus pour évoquer « l’aigu »,
    • montant ou descendant selon les mouvements décrits par la narratrice, etc.).

Les douze artistes du Chœur de Namur réunies pour cette aventure sont à leur affaire. Elles veillent sur

  • l’intensité de l’interprétation,
  • l’intelligibilité du mot et
  • la cohérence de leur ensemble.

On goûte

  • l’insaisissabilité de la partition mimant l’insaisissabilité de la nymphe,
  • la justesse des voix claires et assurées, ainsi que
  • les astuces harmoniques qui paillettent le récit de cette fuite provocante.

De quoi mettre en appétit avant la dernière partie du premier disque, constituée de miniatures pour voix et piano. À suivre !


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Yves Henry, musée Jacquemart-André (Paris 8), 15 février 2026 – 3/3

Yves Henry au musée Jacquemart-André (Paris 8), le 15 février 2026. Photo : Rozenn Douerin.

« Couleur et polyphonie » : c’est presque le thème de la dernière partie du récital d’Yves Henry présentant quelques œuvres-phares des « années Nohant » de Frédéric Chopin. En scène, deux nocturnes et deux valses.
Les nocturnes opus 62 s’ouvrent sur un andante qui, avec un peu d’imagination, marche à tâtons. Le musicien semble d’ailleurs en jouer car il parvient à donner l’impression d’interpréter au gré de son ressenti une musique qui se cherche et se crée en direct. Sa familiarité avec le répertoire pourrait être relâchement ou habitude snob. Au contraire, dans son jeu, on savoure la concaténation de divergences, et hop. Il y a

  • de la souplesse dans son exigence,
  • de la curiosité dans sa maîtrise, et
  • de l’onctuosité dans sa rigueur.

Le second nocturne est un lento qui s’esquisse comme une méditation incertaine. En dépit de l’intériorité de la pièce et, reconnaissons-le, d’une journée précédant le concert qui fut chargée (on jouait deux heures plus tôt un récital d’orgue dans une église presque proche), on s’émoustille devant une interprétation qui rend

  • le rythme habilement indéchiffrable,
  • la perpétuelle reconstitution d’un énoncé souple et, surtout, qualité indispensable pour bien jouer Chopin,
  • l’art étourdissant du piano pour la main gauche accompagnante.

Alors que, au gré d’un regard, l’on s’étonne de l’inconséquence de l’organisateur (le piano, aux sonorités guère ébaubissantes, est doté d’un couvercle entièrement empoussiéré), Yves Henry claque deux valses opus 64 pour saluer son auditoire. Lequel sait que, avec ce professeur pénétré de l’intégrité nécessaire à l’interprète d’icônes de la musique savante, point ne faut s’attendre à

  • des folies,
  • des mouvements d’épaule ou à
  • d’autres rodomontades en plastique.

Comme – révérence parler – Jean-Jacques Goldman quand il a sa guitare à la main, Yves Henry, près de son piano, paraît à l’aise en toutes circonstances publiques, si bien qu’il se fiche comme de colin-tampon – c’est ça, il n’en a rien à battre, mais nous tentâmes de proposer une formulation alternative susceptible de correspondre au registre attendu d’une notule musicale, bien que, par habitude et goût, sans doute, nous ne respections qu’avec circonspection l’horizon d’idiolecte attendu, il nous appartient de le reconnaître tant nous l’assumons – de flanquer le frisson par

  • un tempo improbable,
  • une mine pathétique ou
  • une pédalisation entre floutante et spectaculaire.

Le gars – pardon, le maître – n’a pas besoin de surjouer Chopin, et ça le libère autant que ça libère l’auditoire. Le premier numéro de l’opus se révèle

  • rétif aux caricatures,
  • soucieux de justesse,
  • fondamentalement libre
    • de filer,
    • de se presque stopper et
    • de tourner casaque.

Le second numéro ne se dérobe pas davantage à cette dynamique que permet la fréquentation

  • longue,
  • scientifique,
  • artistique et
  • humaine

d’un catalogue. Avec une énergie que le concert n’a pas entamée, ça

  • tournoie,
  • rebondit et
  • piaffe.

De quoi alimenter un triomphe mérité et méritant, c’est la règle du jeu, un bis – en l’espèce le nocturne posthume en Ut dièse mineur.

  • Méthodique,
  • intelligent et
  • rayonnant,

le récital Chopin d’Yves Henry parvient à séduire les curieux comme les presque-habitués qui savent que ça va être wow mais qui repartent en s’étonnant que ce fût autant wow.
La capacité de l’artiste (qui ne cherche pourtant pas à vendre ses disques, ce qui serait au demeurant fort respectable) à sortir des coulisses pour saluer les spectateurs comme si ce qu’il venait de réaliser était normal n’enlève rien à l’impression formidable qu’il vient de laisser, au contraire. Il semble, et ce sera le scoop de cette dernière notule sur l’événement, qu’Yves Henry soit à la fois un artiste et un humain. Serait-ce possible, alors, ainsi que s’interrogeait une femme richissime aux multiples partenaires médiatiques dont un homme à verticalité réduite en dépit de ses talonnettes ?


Pour retrouver toutes nos chroniques sur Yves Henry, cliquer ici.
Pour retrouver notre chronique sur 
Les Années Nohant, c’est çà.
Pour retrouver notre entretien avec l’artiste sur les valses de Chopin, c’est .

« Nixon in China », Opéra Bastille (Paris 12), 24 février 2026

Kent Nagano, l’homme qui sortait du dragon devant Xiaomeng Zhang, à l’Opéra Bastille (Paris 12), le 24 février 2026. Photo : Rozenn Douerin.

Souvent, les vedettes lyriques ont des airs de chanson populaire : ça s’en va et ça revient ! En témoigne Renée Fleming qui, après avoir annoncé sa retraite, a

  • repris la route pour vendre de lucratives tournées de récitals plus ou moins lyriques,
  • tourné des films à sa gloire plutôt gênants, et, donc,
  • fini par replonger dans l’opéra comme en témoigne cette reprise d’une production qu’elle avait chantée en 2023.

Ce soir de février, elle est à nouveau Pat Nixon, l’épouse de, dans un opéra de John Adams qui a été souvent donné et réussit, chose rare pour un opéra contemporain, à être reprogrammé à Bastille dans une salle qui semble beaucoup plus pleine qu’annoncé.

L’histoire

Après d’intenses tractations, Nixon (Thomas Hampson) débarque en Chine. Il est accueilli par Chou Enlai, le premier ministre (Xiaomeng Zhang). Il rencontre Mao (John Matthew Myers), qui part dans des circonvolutions verbales guère compréhensibles. Peu importe, le cocktail est prêt, on trinque (fin de l’acte I, 1 h 5′, entracte). Pat Nixon (Renée Fleming)

  • visite,
  • reçoit deux éléphants en verre,
  • salue des enfants de carton.

Puis Chiang Ch’ing, la femme de Mao (Caroline Wettergreen), présente un ballet de sa création dont le sens échappe aux Nixon (fin de l’acte 2). La nuit venue, chacun dans sa tanière

  • devise,
  • se souvient ou
  • se demande si ce qui advient est bel et bon (fin de l’acte 3, 1 h 35 pour la seconde partie).

 

Valentina Carrasco devant les trois secrétaires de Mao (Aebh Kelly, Ning Liang et Emanuela Pascu) et Alessandro Di Stefano, à l’Opéra Bastille (Paris 12) le 24 février 2026. Photo : Rozenn Douerin.

Le spectacle

Valentina Carrasco a choisi de raconter une histoire autour du ping-pong, sous prétexte que Henry Kissinger (Joshua Bloom) s’était servi de l’invitation de l’équipe de pongistes américains pour préparer la venue du président. On sait que cette diplomatie du ping-pong est un moment d’Histoire chéri des musiciens américains – Andy Akiho a ainsi exploité ce storytelling dans Ricochet, raconté ici. Le résultat de cette métaphore plus matraquée que filée est

  • parfois esthétique (ainsi du décor de Carles Berga et Peter Van Praet, également éclairagiste, mêlant flocons de neige et balles blanches mouvants),
  • souvent confus,
  • parfois bien lourdaud (le retour du globe façon Ring avec lequel jouent les puissants comme les seconds couteaux jouent avec des balles, l’enlèvement progressif des tables pour annoncer la fin du troisième acte…).

Surtout, en cherchant à capter l’attention du spectateur, ce bruit visuel surligne une évidence : l’absence totale

  • de dramaturgie,
  • de tension et
  • de dynamique

dans le livret d’Alice Goodman. Peut-être eût-il mieux valu l’assumer que de chercher à s’agiter afin d’éviter que tout le monde ne piquât un roupillon ? Au moins se serait-on davantage pris dans les rets hypnotisants de la musique de John Adams…
En l’état, le premier et le troisième actes, brouillés par une volonté de « mise en scène surréaliste » où l’avion est un aigle lumineux et les tables de ping-pong des chambres, un constat s’impose : on s’ennuie ferme et on perd d’oreille la musique, l’attention étant parasitée par une mise en scène qui ajoute du brouillage à un scénario déjà aussi peu captivant qu’intelligible. Quand, miracle, le deuxième acte, porté par la Fleming, nous requinque un peu, BAM ! un tunnel éminemment superfétatoire – le témoignage vidéo d’un prof de violon et de lutherie qui a subi la révolution culturelle de plein fouet – nous replonge dans le noir. Dommage.

 

Renée Fleming et Thomas Hampson à l’Opéra Bastille (Paris 12), le 24 février 2026. Photo : Rozenn Douerin.

La musique

La direction de Kent Nagano, dont l’apparition aux saluts aura son petit effet, fait ce qu’elle peut pour aider les chanteurs et emmener tout le monde à bon port. Il y a

  • de beaux passages planants,
  • des fortissimi convaincants et
  • une attention à la lisibilité d’une partition qui oscille entre simplicité des arpèges et complexité d’un grand orchestre dialoguant avec de nombreux solistes aux parties fragmentées.

Hélas, ce soir-là,

  • le livret,
  • la mise en scène et
  • la musique pourtant çà plaisante là riche de trouvailles

ne nous racontent rien. Sur 2 h 30 de musique, ça fait paraître long le chemin. Pourtant, les voix sont au rendez-vous. En dépit d’un rôle falot, Thomas Hampson – ouï il y a une éternité, donc onze ans, ici même dans Le Roi Artus – se chauffe peu à peu et tente, in fine, de nous passionner pour les souvenirs sans intérêt qu’il égrène à la fin du troisième acte ; mais son texte, dépourvu

  • d’énergie,
  • d’interactions et
  • de suspense

inspire plus un lent engourdissement léthargique que l’émotion – heureusement, son gag aux saluts ragaillardira un peu la salle.

 

Le moment Thomas Hampson à l’Opéra Bastille (Paris 12), le 24 février 2026. Photo : Rozenn Douerin.

 

Renée Fleming – écoutée jadis ici et revue – a relativement peu à faire, mais elle le fait bien. Les graves n’ont jamais été sa spécialité et ne le sont pas devenus, les suraigus semblent être un peu à la peine en ce soir de première, mais

  • la présence,
  • le souffle et
  • la projection

sont suffisants pour émoustiller le public dans son grand passage en vedette du II.

  • John Matthew Myers ne démérite pas en Mao, dont on lui a offert la coiffure, même si sa vaillance paraît parfois vaciller – ce que l’exigence du rôle et le fait qu’il s’agisse d’une première peut expliquer ;
  • Xiamoeng Zhang compose un Chou En-lai jamais en difficulté, lui, malgré une partition acrobatique et longue, ce qui lui vaudra un triomphe particulier aux saluts ;
  • Joshua Bloom se démène pour camper un Henry Kissinger qui se prend pour un faiseur de rois ;

mais c’est Caroline Wettergreen, en dépit de l’accoutrement dont l’a affublée Silvia Aymonino, qui remporte tous les suffrages.

  • Incarnation hiératique puis délurée,
  • capacité à jouer tant quand elle se tient coite que quand elle chante et, surtout,
  • voix
    • puissante,
    • claire et
    • capable de résister aux sollicitations redoutables d’un John Adams sans pitié :

les casteurs ont eu raison de passer outre la volonté du compositeur de faire chanter les rôles chinois par des Asiatiques « pour plus de vraisemblance » (on imagine les cris d’orfraie qu’auraient poussé les antiracistes professionnels si des voix s’étaient élevées contre les rôles d’héroïnes blanches offerts à des artistes noires…).
Dans cet opéra confus où, de manière peu compréhensible, Chinois et Américains chantent en anglais, on retient donc un plateau de qualité où le chœur, sur scène ou en périphérie, a une place importante qu’il assume avec sa vigueur et son efficacité coutumières – il est ici placé sous la direction d’Alessandro Di Stefano. Grâce aux chanteurs et à un orchestre soucieux de polymorphie sonore, la soirée aurait sans doute été plus jubilatoire auditivement si la dramaturgie avait été au rendez-vous et la mise en scène moins bavarde et fantasmée – bref, si l’on s’était moins ennuyé…
Notons pour finir que, comme souvent, pas un Français n’est crédité au casting et remettons une pièce dans le juke-box pour qu’un Opéra qui n’engage pas de soliste ou d’artisan français cesse de s’appeler « national » et, donc, de toucher des tombereaux de subvention. Pourquoi soutenir une institution qui ne soutient pas les artistes et les techniciens dont les impôts contribuent à son rayonnement ?

Yves Henry, musée Jacquemart-André (Paris 8), 15 février 2026 – 2/3

Yves Henry au musée Jacquemart-André (Paris 8), le 15 février 2026. Photo : Rozenn Douerin.

Le plus chopinien des interprètes de Chopin ouvre la deuxième partie son récital sur les années Nohant par l’incroyable polonaise héroïque opus 52 en La bémol majeur, et il le fait à la parade, comme si tout était normal. Or, intimement, il le sait, tout n’est pas normal. D’une part parce que l’on est en 1842, dans les années de Nohant du compositeur, dont on soupçonne qu’il a décrypté chaque heure, minute et seconde. D’autre part parce que l’œuvre est monstrueusement complexe à restituer, fors l’hénaurme technique nécessaire, dans la mesure où, dans l’esprit de l’exilé, elle semble exiger rectitude patriotique et sensibilité musicale. Autant dire que l’on se saisit avec gouleyance des options du musicien, avec

  • poigne antisentimentaliste,
  • digitalité des traits,
  • groove voire punch des accents,
  • ampleur des intensités,
  • capacité de mêler emballement émotionnelle,
  • retenue bien pensée et
  • explosion.

La berceuse « pour la fille de Pauline Viardot » dans la vicieuse tonalité de Ré bémol, d’autant que le morceau « ne module jamais » comme le stipule l’interprète indifférent aux accidents si chopiniens, ne finasse pas. Elle inspecte. Elle

  • quête l’inspiration dans les suraigus,
  • se délecte des envolées et
  • se construit dans la sûreté de l’accompagnement qui, symboliquement, en termes de suivi de l’enfant, fait sens.

En refusant d’être toujours dans le wow, Yves Henry construit un parcours sensible qui, chemin faisant, extrait « les années Nohant » de leur aspect téléologique pour leur rendre leur fraîcheur chronologique… et leur beauté auditive ! En témoigne le dernier mastodonte au programme du concert mais pas dernier morceau, la polonaise-fantaisie op. 61 en re-La bémol. Elle s’ouvre sur un prélude sonnant tel un concentré de possibles. S’ouvre un monde où

  • les couleurs refusent de cliver, et hop,
  • se déploie un sens de la nuance qui rejette le monochrome,
  • s’impose une vibration jamais caricaturale.

Cette pièce frisant le quart d’heure libère l’auditeur. Le pousse à ne pas toujours

  • expliciter,
  • orienter l’écoute,
  • sous-titrer la note.

L’incite à laisser la place

  • à la découverte plutôt qu’à l’approbation,
  • à l’instant plutôt qu’à la diachronie pré-établie voire intellectualisée,
  • à l’appréciation de la musique plutôt qu’à la volonté de se conformer aux perceptions attendues.

Ce batifolage sensible, Yves Henry l’offre à l’auditeur en associant avec la fantaisie suggérée par le titre

  • jouissance de la liberté,
  • plages de contemplation,
  • jubilation de l’inflammabilité de l’esprit.

De quoi se préparer joyeusement à la dernière partie de son formidable récital !


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Les Années Nohant, c’est çà.
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