
N’eût été le dernier vers, « Inquiétude », le pénultième texte de Paul Géraldy musiqué par Lucie Vellère eût fait rugir nos chères féministes : le narrateur ne réclame-t-il pas à sa narratrice solaire d’être moins éblouissante pour être plus aimable… et, surtout, tranquilliser son amant ?
- Le piano de Justine Eckhaut clapote avec virtuosité ;
- la voix de Coline Dutilleul fait preuve du machisme nécessaire dans l’autorité et dans la séduction ;
- la compositrice séduit par
- la bipolarité de sa miniature,
- les harmonies séduisantes dont elle a le secret, et
- la suspension finale, parfaite.
« Défaite » reconnaît
- la faiblesse de l’homme devant la capacité de la femme à encaisser les bouderies,
- la chougnerie du mâle quand il souffre (« j’ai beaucoup trop de chagrin quand j’en ai », si c’est pas de la punchline, ça !), et
- ce regret typique du mec quand il a été sincère et craint que sa colombe d’amour n’en profite.
Débutant a capella, le lamento lamentable joue
- l’épure,
- le contraste,
- le silence comme dialogue entre dit et non-dit.
Ce qui pourrait être kitsch se révèle, grâce à des interprètes habitées,
- superbe,
- habile et
- prenant.
S’ensuivent « Trois petits poèmes » de Marie Brunfaut, à commencer par « Verger », dont la narratrice, nue, est vêtue de feuilles et des fruits d’un arbre dont la symbolique sexuelle a déflagré sur l’humanité depuis la genèse.
- Piano gracieux,
- voix sensible,
- partition captivante sur un miniformat :
la chose est joliment envoyée. « Désespoir » évoque
- la lune impitoyable,
- l’ennui ombrageux et
- la nuit presque morte.
Presque jazzy, la partition dessine un trouble sombre qu’éclairent
- une voix envoûtante,
- un piano tantôt plume, tantôt terrien, et
- cette façon de ne pas finir le travail qui donne toujours envie de découvrir la suite (le teasing n’a pas attendu les séries pour exister…).
« Le temps fuit » conclut que, puisque le temps s’efface sans cesse, il est probablement possible de danser éternellement. Pour le tester, la compositrice condense son propos en trente-trois secondes. Attention, ce sera prompt… Sur un accompagnement sautillant, Coline Dutilleul pétille avec malice, et sa pianiste n’est point en reste. Formidable !
Deux mélodies avec quatuor concluent provisoirement la séquence. La « Vieille chanson du dixième siècle » est un poème mongol attribué à Adolphe Thalasso, éloge du miel qui risque d’être tranchant si on le lèche sur un couteau et mordant si la chose dépasse le baiser d’une femme. (Je ne sais pas pourquoi les gens font résumer leurs vies par des IA alors que je crois que, en matière de synthèse, je me pose là.)
- Un texte facétieux,
- un accompagnement entre soyeux des cordes et
- punch des pizzicati :
évidemment de quoi se réjouir d’être triste en trouvant l’aventure trop courte ! La « Berceuse » de Francis Carco reste volontiers énigmatique : le texte mêle
- du vent,
- de l’eau molle et
- une exquise blessure qui tue.
Si, c’est énigmatique. Volontiers, même.
- Introduction musicale profonde,
- balancement ternaire intrigant,
- prosodie habile,
- prise de son apparemment anonyme mais impeccable :
mazette, quels plaisirs que ces microdécouvertes que complèteront tantôt un quatuor à cordes ambitieux, dont nous écouterons les deux premiers mouvements à l’occasion d’une prochaine notule !
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