Herbert du Plessis, église Saint-Merry (Paris 4), 23 novembre 2025 – 1/2

Herbert du Plessis à l’INJA (Paris 7), le 16 mai 2025. Photo : Rozenn Douerin.

Parfois, des artistes ou des attachés de presse, ces acrobates de métier, me font l’amitié de me mander des disques ou de m’inviter à des concerts. À chaque fois, je préviens 1) que j’écris sur ces pages digitales ce que j’ai pensé, 2) que le griffonnage arrivera, sauf catastrophe, mais qu’il peut prendre du temps. Ce concert de novembre, chroniqué fin janvier, en témoigne. N’empêche, il démontre aussi, comme disait Ricet Barrier de la belle qui lui avait mis des râteaux mais « est venue à son enterrement », « tout vient à point à qui sait attendre ».
Pas d’enterrement, en ce dimanche après-midi, mais un programme en deux parties complètement distinctes. Dans un premier temps, après une présentation du concert djeunse et moins décontractée que vulgaire assumée par un organisateur hydroponique voire hors-sol, HdP débaroule pour recomposer une suite de Johann Sebastian Bach. Bach au piano, avouons-le, ç’a rarement été notre passion ; et pourtant, quand le gaillard s’installe, voilà que la musique sonne, sonne, sonne. Les ouvertures parlent

  • dignité,
  • majesté et, ouf,
  • musique en jouant sur la résonance de l’église du piano à Paris.

L’artiste soigne

  • la vivacité des trilles,
  • l’alacrité des nuances et
  • l’équilibre des voix.

Son énergie épatante est patente – je sais, mais difficile de résister : on savoure notamment

  • l’allant,
  • les accents et
  • le motorisme de la régularité qui assure l’efficacité des contretemps.

Dès l’introit, la messe est dite :

  • les doigts sont déliés,
  • le goût est sûr,
  • la pensée est élevée.

La courante ne manque pas de dynamisme

  • (tonicité des temps forts,
  • clarté des phrasés,
  • catapulte des ornements).

La vivacité des danses naît

  • des accents malins,
  • de la rythmicité roborative et
  • des habiles contrastes d’intensité.

Entre gavotte et passepieds, on se goberge

  • du rebond alla du Plessis,
  • de l’accent qui groove et de
  • la suspension, laquelle relance à la fois le mouvement et la curiosité du mélomane.

Un tempo posé pour une bonne sarabande des familles n’a pas de quoi ensuquer le plaisir de l’auditeur. Celui-ci se délecte

  • d’articulations précises,
  • d’une rigueur qui évite toute rigidité et
  • d’une agogique qui, loin de s’opposer à la régularité de la mesure, la pimpe.

Les bourrées savent avancer avec une couleur terrienne qui n’envase rien :

  • les nuances sont étagées,
  • les attaques sont coordonnées,
  • les liaisons sont énergiques.

La gigue escarbille, et hop. On s’y pourlèche

  • du déséquilibre joyeux d’un ternaire en action,
  • de la vigueur des traits comme des mordants, ainsi que
  • de la force jubilatoire de l’accumulation puis de la circulation des motifs.

L’écho final emporte l’enthousiasme du public sous l’effet

  • des accords tonifiants,
  • de la formidable dissociation des registres et des voix, ainsi que
  • d’une sorte de mise en profondeur ou en perspective de la musique.

Quand on pense que nous attend, un entracte plus tard, un Medtner flamboyant a priori très éloigné des suites de Bach pour clavier, quelle joie anticipée !


Moult autres chroniques sur Herbert du Plessis sans quitter ce site ? C’est ici.

Blog