
Objet des plus grands délires de musicologues cherchant à passer pour des experts façon Da Vinci Code, la chaconne de la deuxième partita pèse 256 mesures, soit plus que les quatre précédents mouvements réunis. Soupçonnée d’être un hommage funèbre à la première épouse du compositeur, l’œuvre s’avance sur un ostinato d’abord vertical qui s’épure peu à peu pour revenir à une voix. Saskia Lethiec soigne
- la profondeur du lamento intranquille,
- la profusion discursive et
- la versatilité thymique sous la perpétuation d’une même structure harmonique.
L’interprète
- cisèle les phrasés,
- éclaire les différents segments par des respirations finement pensées,
- caractérise avec habileté les différents épisodes, tuilant
- séries d’accords,
- séance de virtuosité digitale au gré des triples croches et
- agilité agitée des arpèges.
Le retour au calme et le passage en majeur au mitan de l’exécution creusent les possibles du geste créatif.
- Le détaché,
- les changements de registre et
- les variations d’intensité
donnent du charme au groove des notes répétées. La prise de son a beau ne pas flatter le son du violon, dont les aigus peuvent paraître suresxposés, ou laisser entendre ce qui ressemble fort à des points de montage que l’on eût souhaité plus discrets (10’42, par exemple), Saskia Lethiec entraîne l’auditeur dans l’énigme qu’est ce mastodonte d’un quart d’heure. La dernière partie, mineure, sait
- rendre la dimension interrogative du propos,
- en flatter la propension mystérieuse à associer allant et retenue,
- en exposer la malléabilité perpétuelle qui dessine une histoire déjà connue mais sans cesse en renouvellement par, notamment,
- le débit,
- le rythme (surgissement du ternaire),
- le dialogue entre monodie et polyphonie, ainsi que
- l’usage multiple d’un instrument tour à tour lyrique, solennel et rugueux.
Un point de bascule qui, dans une prochaine notule, nous conduira à la troisième et dernière sonate du cycle. À suivre !
Pour écouter le disque en intégrale et gratuitement, c’est par exemple ici.
Pour l’acquérir moins gratuitement, c’est par exemple là.