Pierre Réach joue Beethoven, musée Jacquemart-André (Paris 8), 8 février 2026 – 2/3

Pierre Réach au musée Jacquemart-André (Paris 8), le 8 février 2026. Photo : Rozenn Douerin.

Évidemment, l’homme n’a pas l’aura d’un petit pianiste minaudant quand il joue, confit d’une émotion farcesque, des arrangements de Charles Aznavour avec orchestre en feignant d’être bouleversifié à chaque petite note qu’il pose. C’est aussi pour ça qu’on aime Pierre Réach : c’est

  • un artiste qui ne joue pas le jeu médiatique,
  • un musicien qui trace son chemin avec brio mais sans fatuité, et
  • un humain engagé (pour Israël et l’Ukraine, notamment) mais qui se refuse à instrumentaliser ses convictions.

Dans l’adagio sostenuto de la sonate opus 27 n°2 en ut dièse mineur siglée « Clair de lune », point de sentimentalisme :

  • du groove ternaire,
  • de la netteté mélodique et
  • de l’étagement sonore clarifiant le propos.

L’interprète fait fi de la niaiserie souvent étalée par la faute du surtitre ajouté par l’éditeur.

  • Point de dernière balade au bord de l’eau avant que la fin des vacances ne sépare les amoureux,
  • point de voile se découpant à l’horizon sans que l’on sache si l’esquif arrivera jamais,
  • point de photo IG où le ciel, par-dessus les toits, si bleu, si calme, se trouerait de blancheur en surplombant un village type Schtroumpf d’où une fumée s’échapperait d’une cheminée.

Pierre Réach ne cherche pas à faire pleurer les grands-mères de tout âge qui écoutent Radio Classique, il cherche à embarquer l’auditoire dans un récit où

  • la note parle,
  • l’agogique nuance, et
  • la musicalité vibre aussi bien sinon mieux qu’un portable dans les premières minutes de janvier.

Sous ses paluches, l’allegretto pas si simple à manipuler devient une fantaisie et trouve un porte-voix sacrément convaincant. Dans le salon de musique du musée Jacquemart-André, chacun se pourlèche les portugaises devant

  • la tonicité des attaques,
  • la sapidité des frottements entre forte délicats et piani solides,
  • le dynamisme des intentions qui fait headbanguer des VIP du carré d’or

(un autre ne cesse de consulter sa montre mais, n’en déplaise au big boss, comme disaient Lily et Lily by Barillet et Grédy, on ne pourra pas sauver tous les malheureux, c’est une évidence). Le presto agitato associe trois ingrédients indispensables :

  • des petits saucisses qui s’agitent,
  • des poignets qui gèrent la distribution des accents, et
  • un récit tant secoué qu’intelligible.

Quiconque s’est essayé à l’œuvre – ne serait-ce que parce que le premier mouvement est rapidement accessible à l’apprenti pianiste, passée la méthode Rose et un peu de Czerny – sait qu’il faut s’employer pour monter ce dernier mouvement. Pierre Réach, lui, l’ignore. En concert,

  • la virtuosité envoie le bois,
  • sa familiarité avec la sonate et le compositeur articule urgence et unité,
  • son admiration pour Ludwig van Beethoven éclaire la ferveur de l’exécution.

C’est

  • passionnant,
  • élégant et
  • engagé.

De bon augure avant l’énorme sonate dite « Appassionata » qui conclut le set et à laquelle s’intéressera une prochaine notule. À suivre !


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