Pierre-Marie Bonafos et Lise Jaeger jouent au studio de Meudon

Première de couverture

C’est d’abord

  • un souffle,
  • un son
  • puis une mélodie.

Le saxophoniste Pierre-Marie Bonafos ouvre en solitaire son quatre-titres aux allures de démo avec « Falling Grace » du bassiste et contrebassiste Steve Swallow. Lise Jaeger le rejoint avec un piano posé et riche en harmonies.

  • Pas de balabala,
  • pas de show-off,
  • pas d’extravagance cherchant à attirer la poursuite sur soi :

les musiciens font de la musique. À l’échelle des musiques improvisées contemporaines, c’est loin d’être un pléonasme. La prise de son de Jean-Baptiste Brunhes valorise ce pari, même si le mix nous paraît mettre trop en avant le piano pour que tout nous parvienne toujours aussi net que joué.
Hommage au calamar (?), « Lulas » est le premier des deux thèmes composés par Pierre-Marie Bonafos et enregistrés sur cet EP. Au piano de lancer le récit avec une main gauche articulée que semble affectionner Lise Jaeger. On aime sa façon

  • de poser la basse,
  • de créer le groove par l’articulation des accords,
  • de sculpter le rythme en choisissant de valoriser temps forts ou contretemps.

Le compositeur propose lui un travail sur le son qui irise son thème entre

  • rectitude de l’énoncé,
  • finales variées (nettes ou fade-outées), et
  • couleurs choisies
    • (tenues souples ou droites,
    • ampleur des registres,
    • intensité du souffle).

Les soli explorent les recoins du thème en l’éclairant avec curiosité. On suit d’autant plus volontiers ces baguenaudages que c’est vraiment le thème que l’on parcourt et non la technicité des musiciens. Maîtrisant leur art, ils confirment se ficher complètement d’impressionner l’auditeur par un débit de mitraillette ou des élucubrations moins farfelues que grotesques.

 

Quatrième de couverture

 

Ambiance clairement big band (l’une des spécialités de PMB) avec « Scrupules », second thème du saxophoniste.

  • Microcellule en loop,
  • deuxième section suspendue,
  • reprise de la formule A,
  • développement :

ce jazz-là ne cherche pas à désarçonner l’auditeur, féru de musique improvisée où mélomane de passage. Le confort d’écoute permis par cette clarté encourage à savourer les soli comme des aires de liberté où

  • la richesse harmonique,
  • la relecture d’une mélodie et
  • les aléas de l’inspiration

ouvrent le paysage sonore sur des espaces joyeusement aérés. La balade se termine avec « Alfonsina y el mar » d’Ariel Ramirez, exposé par le piano et les arpèges à trois temps chers à Lise Jaeger. Il y a de la délicatesse dans la façon qu’a le duo de jouer un thème

  • plaisant,
  • varié et
  • tournoyant,

mais cette délicatesse sait se teinter tour à tour

  • de mélancolie,
  • de ressouvenances heureuses et
  • d’un fatalisme tranquille

parfaitement argentins. La réexposition du thème commentée par le saxophone boucle avec goût ce parcours disponible dans une pochette de CD… avec une clef USB à l’intérieur, permettant d’écouter la musique sur son format favori. De quoi mettre en appétit pour entendre les partenaires en concert. En attendant, signalons que la relecture extraordinaire des Tableaux d’une exposition par Pierre-Marie Bonafos est en vente ici pour un prix assez cocasse.

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