
Le troisième tiers-temps du CrĂ©puscule des dieux s’ouvre sur un dĂ©cor associant
- miroir,
- lettrage (« MEMORIA » au lieu de « GERMANIA » dans la précédente mise en scène de la maison, ô révolution !),
- îlot central mobile,
- chaises et
- table plus petite que lors des actes précédents.
Pour figurer le climax du plus ambitieux cycle opératique de la musique savante, quel sens
- de l’Ă©coresponsabilitĂ© modeste,
- du frugalisme éthique et
- du minimalisme responsable !
Mais pourquoi diable engager un dĂ©corateur, fĂ»t-il du beau sexe comme Rebecca Ringst, s’il s’agit de pondre quelque chose entre banalitĂ© de thĂ©Ă¢tre cheap et grosse merde sans vergogne ? Cette nullitĂ© sans rapport avec l’opĂ©ra (on pourrait utiliser ces mĂªmes Ă©lĂ©ments dans n’importe quelle mise en scène de n’importe quel autre opĂ©ra voire de n’importe quel salon de l’automobile ou de la bière, Ă supposer qu’il soit envisageable de distinguer ces deux genres de festivitĂ©s)
- souille l’Å“uvre grĂ¢ce Ă laquelle ces faquins sont pourtant grassement rĂ©munĂ©rĂ©s,
- effondre les spectateurs qui ont plus ou moins grassement payé, et
- casse, pour les véritables acteurs du spectacle comme pour les zozos qui eussent aimé profiter de leur talent,
- toute perspective artistique,
- tout souffle susceptible d’envoler,
- tout onirisme résonant.
Un exemple de cette impossibilitĂ© de susciter l’Ă©motion, Ă force de dĂ©sinvolture, de dĂ©dain et d’absence d’idĂ©e de l’Ă©quipe technique : les filles du Rhin (Margarita Polonskaya, de la troupe lyrique locale, Isabel Signoret et Katharina Magiera) sont de service, au sens oĂ¹ elles doivent mettre en place la table
- (nappe,
- couverts,
- vaisselle).
En fond scène, le stagiaire IA s’Ă©clate avec une espèce de librairie-galerie Ă©volutive. Voir des filles du Rhin emperruquĂ©es – accompagnĂ©es par un orchestre formidable featuring quatre harpistes de haute volĂ©e, c’est pas rien – rendre joliment gloire au soleil tout en vĂ©rifiant les plis d’une nappe donne la gerbe tant la dĂ©contextualisation de Calixto Bieito et de ses sbires dĂ©samorce toute la puissance narrative du Ring.
Donc, à défaut de participer à une tétralogie crépusculaire en dépit de leur jolie vocalité, les nanas apportent des bougeoirs et garnissent la table tout en se promettant de tenir conseil. Siegfried (Andreas Schager)
- entre en tenue de gala ;
- bouffe du cerfeuil ou équivalent ;
- refuse de cĂ©der l’anneau aux serveuses ;
- apprend qu’il va mourir donc n’y croit pas, comme n’importe quel humain ;
- prĂ©fèrerait niquer l’une des nanas emperruquĂ©es.
Les meufs partent en chaussant un masque. Siegfried
- monte sur la table ;
- allume les bougies ;
- continue de bouffer son machin vert.
Quel abattage ! Gunther (Johannes Martin Kränzle) arrive et boit dans le seau qui sert de fourreau. Siegfried
- récapitule sa life ;
- se souvient de BrĂ¼nnhilde (Tamara Wilson) sur le rocher ;
- se met Ă genoux sur la table ;
- fait un cĂ¢lin Ă Gunther (don’t even ask me wtf).
BrĂ¼nnhilde traverse le fond scène. Hagen (Mika Kares) tue le hĂ©ros sur la table avec des minifourchettes. BrĂ¼nnhilde apporte un duvet-linceul. Quand Hagen n’a plus de minifourchettes, il remet sa veste. Des vidĂ©os d’astĂ©roĂ¯des dĂ©filent. Gunther Ă©teint les bougies. Alberich (Brian Mulligan) s’en va en levant la main droite avant de sortir Ă cour.
Tentant de nous sortir de notre consternation, d’excellentes trompettes ne rechignent ni au piano ni au fortissimo. Une fille du Rhin se caresse les bras. Une autre joue avec ses gants. Gutrune (Sinead Campbell Wallace) arrive trop tard. Y a plus rien Ă becqueter ni Ă boire, sauf son mari sur la table. La scène se vide. Gutrune demande oĂ¹ est Siegfried, allongĂ© juste derrière elle. Y a des fumigènes. On montre Ă Gutrune les petites fourchettes enfoncĂ©es dans le bidou de Siegrfried. Du coup, elle monte sur la table.
Hagen tue son frangin pour rĂ©cupĂ©rer l’anneau que rĂ©clame Alberich et, enfin, enfin, arrive BrĂ¼nnhilde qui commence son grand finale en clamant : « Taisez le tumulte de vos lamentations ! » Gutrune est furax de jalousie, vu qu’elle Ă©tait la numĂ©ro 2. BrĂ¼nnhilde
- n’en a cure,
- rĂ©cupère l’anneau et
- demande qu’on lui dresse « un immense bĂ»cher au bord du Rhin »
pour cramer
- son mec,
- son cheval – ce qui est dĂ©gueulasse, on le reconnaĂ®tra – et
- elle-mĂªme, ce qui est un peu concon.
Gutrune est fixĂ©e sur sa chaise, selon le fameux mode d’emploi des Metteurs En Scène d’OpĂ©ra Ă€ Bastille : « Quand tu sais pu quoi faire des chanteurs, crache : PAS BOUGER, ça marche Ă tous les coups » Le solo de BrĂ¼nnhilde commence.
- Les variations d’intensitĂ©,
- l’endurance,
- la justesse des tenues,
- la qualité des aigus fortissimo
sidèrent. ProtĂ©gĂ©e par les fumigènes, Gutrune recule en fond scène. Ladite scène est vide. Le discours de BrĂ¼nnhilde se structure autour de trois temps :
- le temps de Siegfried,
- le temps de l’anneau et
- le temps du barbecue.
La mise en scène rend hommage Ă la recette de la crĂªpe afghane : y a rien dessus. Rien. Du vide.
Au lieu de cramer, Tamara Wilson sort en tournoyant. Un projo de poursuite fixe l’anneau. Enfin, le collier, bref.
Aux saluts, Calixto Bieito n’ose pas venir rĂ©colter les huĂ©es qu’il mĂ©rite. Les vrais artistes, eux, rĂ©coltent leurs hourrah.
Alors que, pour presser le pas, aucun sac n’a Ă©tĂ© contrĂ´lĂ© Ă l’entrĂ©e, aucun attentat ni aucun incident n’est Ă dĂ©plorer dans l’enceinte de l’opĂ©ra, en ce soir de rĂ©volte, prĂ©lude aux bonnes ambiances du 17 octobre. Énième preuve de l’inutilitĂ© flagrante de la sĂ©curitĂ© privĂ©e, cette vaste fumisterie, Ă©loge de l’incompĂ©tence et de la pantalonnade. Ce sera, hĂ©las, la dernière remarque que nous avons envie d’exprimer pour ne pas revenir sur notre Ă©cÅ“urement devant la vacuitĂ© vulgaire et insultante des mises en scène de l’opĂ©ra Bastille, maculant ce soir-lĂ un plateau vocal charpentĂ© et globalement remarquable, et salissant le travail d’un orchestre peut-Ăªtre pas dirigĂ© avec la tonicitĂ© que l’on eĂ»t rĂªvĂ©e, mais portĂ© par des musiciens consciencieux dont des solistes Ă©blouissants.







