
Travail en cours. Sur
- la transcription,
- l’interprĂ©tation,
- l’appropriation organistique.
Oui, organistique, mĂªme Ă deux gros pianos. Chouette. Rendez-vous aux scolaires toulois fin novembre !

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Oui, organistique, mĂªme Ă deux gros pianos. Chouette. Rendez-vous aux scolaires toulois fin novembre !

Alors que l’emprise d’une Ă©glise « controversĂ©e » (d’une Ă©glise, donc) prend la lumière, un acteur hĂ©naurme mais en perte de vitesse tente de survivre grĂ¢ce Ă une partie de ses enfants. L’occasion de se souvenir d’Ă©changes vigoureux et riches sur cet hubbardisme avec Cyprien Katsaris puis Éric Roux en personne, pour partie rĂ©sumĂ©s ici.
Ben si, pour ceux qui aiment la belle musique, et peu importe ce que chacun pense de la scientologie, Cyprien Katsaris qui se pose pour expliquer pourquoi il adhère Ă cette entreprise, et le boss de l’enclave française puis le co-boss de l’enclave europĂ©enne de la supposĂ©e secte qui vient commenter puis assister au concert du mec (concert fomentĂ© lĂ , le jour oĂ¹ la colère des gens, dits « gilets jaunes », explose), c’est pas rien.


Le dernier volet de notre fenĂªtre sur la clarinette alla francese selon Luigi Magistrelli s’ouvre, en rĂ©alitĂ©, sur deux compositions suisses puisque signĂ©es RenĂ© Gerber, que nous avons eu souventes fois l’occasion d’Ă©voquer sur ce support ainsi que dans un ample article sur la catalogue du musicien intitulĂ© « 233 nuances de RenĂ© Gerber (ou presque) » in : Jean-Jacques Perrenoud (dir.), RenĂ© Gerber, compositeur, homme de l’art (ChĂ¢teau & Attinger, 2020). MĂªme si ce n’est pas très French, c’est un joli cousinage qui a du sens pour un label oĂ¹ l’essentiel de l’Å“uvre de RenĂ© Gerber a Ă©tĂ© discographiĂ©e.
Il s’agit de deux compositions pour clarinette seule Ă©crites en 1970. La première, la plus ambitieuse, s’intitule Six variations sur un thème romantique. Le thème, moderato, en do mineur, se fonde sur une structure ABA’ :
Luigi Magistrelli en propose une lecture audacieuse, associant
La première variation permet de profiter
dont fait montre l’interprète. Dans la deuxième variation, majeure, alternant doubles – sextolets de doubles – doubles par quatre, on goĂ»te
La troisième variation, moderato molto, revient au mode mineur en enquillant des triolets que perturbent des changements de mesure (4/4, 3/4, 2/4, 4/4). S’y dĂ©gustent
Retour au majeur pour la quatrième variation, un allegretto qui s’ouvre presque sur la citation de l’incipit du cĂ©lèbre « Choral du veilleur » de Johann Sebastian Bach (le motif rĂ©apparaĂ®tra vers la fin du segment). Le compositeur s’empresse de la fondre dans un style guilleret oĂ¹ se mĂªlent
Si l’on reste encore surpris par le choix de Luigi Magistrelli de laisser fluctuer certains sons tenus (2’45), on embarque avec lui pour la cinquième variation, mineure, au goĂ»t de lamento.
contrastent malicieusement avec la variation primesautière qui l’a prĂ©cĂ©dĂ©e.
respectent l’esprit Ă la fois grave et, un temps, cantabile, qui sourd de ce segment. Comme de juste, la dernière variation est une synthèse de ce qui prĂ©cède, rendant compte des frictions entre les variations. Elle est Ă la fois en mode mineur, et « en mode brillant », comme diraient les djeunses s’ils Ă©coutaient plus RenĂ© qu’Aya.
gomment largement un montage toujours aussi rustique (patch Ă 4′) pour donner Ă savourer une musique
En complĂ©ment du programme suisse et en Ă©cho Ă l’autre Å“uvre de concours d’AndrĂ© Messager jouĂ©e un peu plus tĂ´t, Luigi Magistrelli propose un « Morceau de lecture Ă vue » de RenĂ© Gerber. Dans le cadre d’un disque studio, nous sommes rĂ©solument sceptique quant Ă l’intĂ©rĂªt d’inclure un tel exercice visant Ă jauger la capacitĂ© d’un candidat Ă se dĂ©patouiller avec une partition au premier regard, mais supputons que c’est une manière de rendre hommage Ă RenĂ© Gerber en estimant que, mĂªme contraint par un genre codifiĂ©, il continue de produire du RenĂ© Gerber. L’allegro scherzando en Si bĂ©mol
Luigi Magistrelli en propose une lecture propre et Ă©nergisante… qui nous pousse Ă prĂ©server le suspense et Ă garder la recension du « Thème et variations » de Jean Françaix qui clĂ´t le disque pour une prochaine notule. Ce n’Ă©tait pas prĂ©vu, mais faut-il toujours tout prĂ©voir dans la vie en gĂ©nĂ©ral et les notules culturelles en particulier ? Vous avez quatre heures. Ou plus. Ou moins. Vous Ăªtes libres, en fait. Au moins sur ce plan !
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Pour un organiste, l’automne, c’est ça : ventilateur inutile, radiateur d’appoint (pas super efficace mais tellement rĂ©confortant) pas encore utile. Les deux ustensiles Ă©changent leurs expĂ©riences.
Comme murmurait Joseph Brodsky en évoquant août, pourtant, le monde est une
petite ville dont vous n’aurez jamais la vĂ©ritĂ©
(Joseph Brodsky, Comme un flambeau dans ces tĂ©nèbres noires. Anthologie poĂ©tique, 1961-1996, trad. de l’extrait AndrĂ© Markowicz, Gallimard, « PoĂ©sies », 2026, p. 428).
J’ose croire que c’est une bonne nouvelle, mĂªme si l’automne est arrivĂ© bien vite.

Il y a de la contradiction dans la Mary Cassatt qu’expose le musĂ©e d’Orsay pour saluer les cent ans de sa mort et l’acquisition toute rĂ©cente d’un pastel de l’artiste.
Peut-Ăªtre est-ce l’un des intĂ©rĂªts de cette exposition très courue, visible au musĂ©e d’Orsay jusqu’au 31 janvier avant de partir vers des terres anglophones variĂ©es – Londres et Boston : non pas une artiste univoque, conforme aux nouveaux standards woke, mais une singularitĂ© qui, rĂªvant d’Ăªtre du sĂ©rail, a mĂ©nagĂ© la chèvre et le chou entre, d’un cĂ´tĂ©, formalisme et respect des codes, et, de l’autre, volontĂ© sporadique de s’en extirper. Car la première caractĂ©ristique de la peinture de Mary Cassatt est qu’elle est d’une grande diversitĂ©, aussi bien en interne (dans un mĂªme tableau) qu’en externe (entre les tableaux). Le souci d’effet de rĂ©el, que
habitent dialoguent avec un goût pour
Le cĂ©lèbre tableau choisi pour clĂ´turer l’exposition en tĂ©moigne. L’on peut tout aussi bien s’attarder sur

… que sur

Dès lors, l’intĂ©rĂªt de la visite, qui a peu de chance de se concentrer sur l’intĂ©rĂªt des sujets reprĂ©sentĂ©s, en gĂ©nĂ©ral ou archĂ©typaux ou niaiseux, se focalise sur la tension entre
En dĂ©pit du narratif encadrant l’exposition, pour le pas-expert pas-sachant pas-spĂ©cialiste, Mary Cassatt paraĂ®t moins indĂ©pendante qu’imprĂ©visible, ce qui n’est pas une moindre qualitĂ©. Cette imprĂ©visibilitĂ© s’appuie sur la deuxième caractĂ©ristique de la peinture de Mary Cassatt : la dame s’appuie sur une solide technique. Elle s’est formĂ©e auprès de maĂ®tres qui savaient faire et qui, visiblement, savaient aussi transmettre leur savoir-faire. On n’ose plus guère Ă notre Ă©poque sortir un compliment digne de François Rollin commentant un tableau de Turner, mais il est nĂ©cessaire de reconnaĂ®tre que la vedette d’Orsay savait très bien peindre. C’est aussi ce qui rend savoureux

Copiste Ă la commande, elle sait
La nana se décrivait comme « patronne », on va pas jouer les sainte-nitouches non plus !

La troisième caractéristique de la peinture de Mary Cassatt est de savoir exister au milieu de ce maelström de problématiques :
On peut regretter que l’exposition, conformĂ©ment au dogme en vigueur dans l’art d’État, ait prĂ©fĂ©rĂ© blablater sur une nana autonome, alors qu’il aurait Ă©tĂ© plus
de suggérer comment (à quel prix

En effet, Mary Cassatt avait réussi à insérer
en dĂ©pit d’une pression rĂ©elle sur la femme et l’Ă©trangère qu’elle Ă©tait, au-delĂ de la bien Ă©duquĂ©e et de la riche qui connaĂ®t des riches qu’elle Ă©tait aussi. Sous cet aspect, cette exposition intĂ©ressante prĂ©sentĂ©e sur des thĂ©matiques lĂ©nifiantes mĂ©rite plus que la visite : le renversement d’un paradigme dĂ©courageant qui tend Ă rĂ©duire la tension artistique, essentielle, par le truchement d’un prisme anachronique. RĂ©volte (et chanson officielle de l’artiste ici ou presque) !

Peu d’Å“uvres existent autant grĂ¢ce Ă leur narratif que le Quatuor de la fin des temps d’Olivier Messiaen. On parle stalag, souffrance, dĂ©portation, foi, compositeur grattouillant son papier dans un coin, moins reprĂ©sentation devant des centaines de personnes – avec piano – d’une pièce de cinquante minutes, ce qui devrait secouer le storytelling et laisser plus de place Ă la musique.
Le troisième mouvement, « AbĂ®me des oiseaux », est d’ailleurs une pièce ajoutĂ©e Ă la composition. Cela se peut deviner par sa singularitĂ© : il s’agit d’un solo de clarinette devenu un pilier du rĂ©pertoire de l’instrument. Luigi Magistrelli attaque le mouvement « lent, expressif et triste » en extirpant son fa # du nĂ©ant.
Si certaines attaques semblent hĂ©sitantes (le sol Ă 1’48, par exemple), elles ajoutent une certaine fragilitĂ© consonante avec l’atmosphère de l’Å“uvre. De mĂªme, si certains phrasĂ©s surprennent (attaque sur le do Ă 2’10 alors que la note fait partie d’une section de cinq notes marquĂ©es legato), ils signalent aussi une volontĂ© de faire corps avec la partition, quitte Ă bousculer un peu le texte.
séduisent.
soutiennent l’attention. On se laisse mĂªme surprendre et amuser en entendant de vrais oiseaux chanter (5’05) alors que la forme en arche s’apprĂªte Ă se refermer via le retour du premier motif. Ce segment est lugubre Ă souhait. Les changements de registre, de l’espĂ©rance portĂ©e par les aigus aux cris des dĂ©funts plongeant dans les graves, sont très Ă©vocateurs. Le rythme, si important dans cette Ă©criture, est Ă la fois
Ces 8’40 sont donc savoureuses et Ă©tonnantes après deux pièces d’AndrĂ© Messager, soulignant l’originalitĂ© du programme et permettant d’oublier un montage pas toujours très discret (8’28, pour l’Ă©cho pianissimo et redoutable des sept croches parcourant la tessiture de la clarinette dans un aller-retour nĂ©cessitant une grande maĂ®trise de l’embouchure).
l’emportent largement sur ces scories techniques, donnant hĂ¢te d’Ă©couter une dernière partie de disque mĂªlant RenĂ© Gerber et Jean Françaix. Ă€ suivre !
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C’est le deuxième trafic du monde juste derrière les stupĂ©fiants. Le massacre d’animaux sauvages, auquel participent activement les zoos du monde entier, n’est pas une lubie d’Ă©colos attardĂ©s : c’est un crime contre la biodiversitĂ© qui rapporte des milliards d’euros chaque annĂ©e aux caĂ¯ds du business. Un nouveau scandale, rendu public ces dernières 24 h, vient Ă©clairer la violence et l’importance de ce marchĂ©, avec tous les ingrĂ©dients pour secouer le citoyen :
Pour un peu moins que les milliards en jeu, hĂ©las, j’ai eu la chance d’aider JĂ©rĂ´me Pensu Ă finaliser son livre sur le sujet. Ce parallĂ©lĂ©pipède feuillu est
que devront encaisser tous ceux qui oseront se pencher dessus. Certes, pour la première fois dans ma carrière d’aide-Ă -l’Ă©criture dĂ©butĂ©e il y a plus de quinze ans, l’aventure humaine a un peu fini en eau de caca boudin ; mais reste un bouquin passionnant fomentĂ© par un type qui sait peut-Ăªtre comme pas beaucoup voire personne de quoi il parle et qui nous rĂ©vèle ce que nous ne voulons pas forcĂ©ment savoir… jusqu’Ă ce que nous le sachions. Ensuite, nous n’avons qu’une envie : le faire savoir Ă notre tour.

En rĂ©sumĂ©, ce post est une autopromo, mais faut bien vivre, surtout si ça messied Ă certains parmi lesquels les trafiquants d’animaux sauvages. Le livre est commandable chez votre libraire prĂ©fĂ©rĂ© ou, par exemple, chez Amazon, le grand mĂ©chant parfois quand mĂªme bien pratique – dans ce cas, c’est ici.

C’est Ă une Ă©trange exploration que nous invite le compositeur et pianiste Denis Levaillant avec son rĂ©cital mĂ©langeant des « prĂ©ludes non mesurĂ©s » de Louis Couperin, composĂ©s il y a peu ou prou quatre siècles.
Rien de saugrenu, nĂ©anmoins, dans la dĂ©marche du musicien. L’affaire est sĂ©rieuse :
Le voyage bien encadrĂ© s’ouvre in medias res puisque, sur le disque que nous Ă©coutons, la première phrase inscrite sur la partition (l’arpège d’Ut) n’est pas prĂ©sente – sans doute un problème propre Ă mon gramophone. LĂ encore, l’oreille est tout de suite saisie par l’Ă©trangetĂ© de cette musique. Étrange, en effet, cette semi-libertĂ© de pantin dĂ©sarticulĂ© qui casse la rĂ©gularitĂ© coutumière en alternant
Étrange, cet effet de sustain (le pianiste revendique de n’avoir quasi pas utilisĂ© la pĂ©dale qui permet de tenir les sons) liĂ© Ă l’Ă©criture du compositeur qui exige de longues tenues de basses – ici bien mises en valeur par le choix de l’instrument, le registre grave du Yamaha CFIIIS rĂ©glĂ© par Guillaume Durambur offrant une assise intĂ©ressante aux volutes du mĂ©dium et de l’aigu. Denis Levaillant joue pleinement sur
et propre aussi au concept mĂªme de prĂ©lude, sorte d’improvisation ouvrant, en l’espèce, sur un morceau qui n’arrivera pas. Étranges aussi ces dissonances qu’apprĂ©ciaient les grands crĂ©ateurs de l’Ă©poque (Johann Jakob Froberger, auquel Louis Couperin rend hommage dans un feuillet, Ă©tait le spĂ©cialiste de ces grincements savoureux). Étrange, enfin, cette musique insaisissable, qui prend plaisir Ă s’Ă©chapper dès que l’on croit la saisir.
Il nous semble que l’on aurait davantage apprĂ©ciĂ© la dĂ©couverte si la prise de son, signĂ©e Susie Lopez Uroz et Pierre Jacquot, avait respirĂ© davantage, au sens oĂ¹ nous avons l’impression d’Ăªtre collĂ©s dans la table du piano, dont les bruits de mĂ©canique perturbent par moments l’Ă©coute, conduisant parfois les techniciens Ă des choix assez disgracieux (fade out assez grossier du prĂ©lude 3, par exemple, alors que le raclement de gorge d’après le quatorzième prĂ©lude, Ă 2’37, aurait dĂ» Ăªtre gommĂ©, mĂªme s’il traduit une volontĂ© de privilĂ©gier le vivant au lĂ©chĂ©).
Ce nonobstant, l’on peut supputer que le choix artistique de proximitĂ© absolue, par sa radicalitĂ©, tend Ă prĂ©cipiter l’auditeur dans le grand huit d’une partition qu’animent
Ă€ mesure que s’Ă©coulent les prĂ©ludes, l’indĂ©cidabilitĂ© devient plus savoureuse que bousculante. Nous voici suspendus
Les repères musicologiques, effacés, tentent de se reconstruire en inventant des similitudes avec une certaine musique minimaliste. Il est exact que le matériau brut est aussi étique que paradoxal :
Il revient donc Ă celui qui joue cette musique
L’on pourrait craindre un effet de lassitude (rĂ©pĂ©tition du mĂªme type de morceaux) Ă©moussant la curiositĂ© liminaire. La rĂ©alitĂ© pourrait bien Ăªtre inverse. D’abord parce qu’il faut Ă l’auditeur le temps d’apprivoiser ce langage. Ensuite parce que Denis Levaillant parvient Ă jouer chaque prĂ©lude avec
de sorte que l’intensitĂ© de la surprise ne s’Ă©mousse pas. Enfin, parce qu’il y a une forme de jubilation Ă Ăªtre déçu en bien, la crainte d’avoir vite Ă©puisĂ© le plaisir de la dĂ©couverte et de l’inattendu se dissipant grĂ¢ce Ă
Certes, les « PrĂ©ludes non mesurĂ©s » sont de la musique qui ne s’entend pas : il faut l’Ă©couter. Non que la chose soit
mais bien qu’il s’agit d’une musique Ă Â suspense. N’y cherchons point
Nous n’en trouverions guère. Pour tout dire, nous serions en peine de fredonner le morceau Ă peine l’avons-nous ouĂ¯, oui. En Ă©change, le porte-voix de Louis Couperin nous propose une sĂ©rie
Les événements ne manquent pas :
Au fil des prĂ©ludes, manière de connivence se crĂ©e entre l’auditeur et le musicien, dont on apprend Ă avoir hĂ¢te qu’il nous conte une nouvelle histoire, en espĂ©rant qu’elle sera aussi haute en couleurs que la prĂ©cĂ©dente. Par chance et non par hasard, le travail rigoureux de l’interprète lui a permis d’associer deux qualitĂ©s qui pourraient paraĂ®tre contradictoires : d’une part, la cohĂ©rence du son et du style d’un Louis Couperin au piano ; d’autre part, la prĂ©servation d’un esprit
nimbĂ© dans un plaisir de narration musicale jamais pris en dĂ©faut au long de ces cinquante minutes. Aucun prĂ©lude n’Ă©crase l’autre. Chacun propose un nouvel Ă©pisode d’une mĂªme saga, parfois tuilĂ© et parfois singularisĂ© selon l’enchaĂ®nement des tonalitĂ©s dĂ©cidĂ© par Denis Levaillant, lequel souligne par l’exemple que la musique de Louis Couperin n’est pas une musique facile, Ă©crite Ă la chaĂ®ne selon des schĂ©mas reproductibles Ă l’infini, mais un cadeau offert Ă l’interprète pour transformer
Si vous cherchez
vous avez trouvé les trois en un.
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Derrière un titre guère francophone, Luigi Magistrelli a choisi de feuilleter des rĂ©pertoires franco-suisses (hommage au label helvĂ©tique choisi pour propulser son travail) des dix-neuvième et vingtième siècles. Parmi les curiositĂ©s de la set-list, deux opus fonctionnels d’AndrĂ© Messager commandĂ©s par le Conservatoire. Le premier est un solo de concours nĂ©anmoins jouĂ© en duo avec la pianiste Claudia Bracco. On connaĂ®t le genre : il faut dĂ©fier les capacitĂ©s techniques des candidats avec virtuositĂ© et chausse-trappes pour diffĂ©rencier les meilleurs des moins meilleurs.
Si l’on est curieux de jauger l’intĂ©rĂªt d’une telle pièce dans le cadre d’un rĂ©cital, l’on est serein quant Ă la compĂ©tence du clarinettiste pour ce genre d’exercice. Jusqu’Ă prĂ©sent, l’interprète nous a parfois surpris par certains choix musicaux très singuliers, mais jamais déçu quant Ă sa capacitĂ© Ă tricoter des saucisses. On savoure donc Ă l’avance d’Ă©couter l’acrobate quand l’allegro non troppo s’ouvre gaillardement en testant son registre aigu puis en envoyant de premières gammes en triolets, histoire d’Ă©chauffer les mimines, avant de proposer au faux candidat de se mesurer Ă une seconde difficultĂ© de l’instrument : le passage de registre qu’il convient de rendre imperceptible. Luigi Magistrelli rĂ©ussit haut la main ces premiers challenges.
Son mélange de legato et de détachés dans la relance est parfait. Viennent alors
L’andante qui advient, nimbĂ© dans la science harmonique du compositeur, teste cette fois le mĂ©dium de l’instrument oĂ¹ la sonoritĂ© chaude du clarinettiste sĂ©duit. Puis des sextolets de doubles pianissimo accompagnant le thème repris par la dextre de Claudia Bracco, rappellent que la poĂ©sie n’est pas l’objet premier d’un solo de concours.
Çà et lĂ , la partition prend des accents qui Ă©voquent MikhaĂ¯l Glinka (2’45, 2’58…) avant de cĂ©der la place Ă une cadence… qui commence de manière assez vilaine avec un effet de rĂ©verbĂ©ration sur l’Ut du soliste pour le moins dispensable (3’29). Toutefois, comme le clarinettiste est aussi l’ingĂ© son, il faut croire que ce choix est aussi constitutif de son esthĂ©tique personnelle Ă laquelle il nous arrive d’avoir du mal Ă adhĂ©rer. L’artiste propose, c’est sa libertĂ© voire sa grandeur ; l’auditeur apprĂ©cie plus ou moins, c’est son droit et quelquefois sa faiblesse. L’exercice de virtuositĂ© n’en tĂ©moigne pas moins, et c’est Ă©videmment l’essentiel,
avant que l’allegro non troppo et sa tonalitĂ© ne reviennent sur le clavier de Claudia Bracco. Le rythme pointĂ© est Ă l’honneur et tuile le propos vers une coda allegro vivo Ă deux temps, cavalcade attendue que Luigi Magistrelli enlève comme Ă la parade. Amusante dĂ©couverte d’une pièce anecdotique mais joliment Ă©crite !
Encore plus exotique que l’enregistrement d’une pièce de concours, l’enregistrement d’un « Morceau de lecture Ă vue » est proposĂ© par le clarinettiste. L’exotisme, ici, tient au fait que la partition est Ă©crite pour mettre en difficultĂ© le candidat qui la dĂ©couvre. La prĂ©senter en version travaillĂ©e et enregistrĂ©e puis montĂ©e si besoin en studio ne saute guère aux yeux.
Qu’importe, nous sommes prĂªts Ă nous laisser surprendre ! Après tout, affublĂ©e d’un titre autrement pupute (« Impressions soleil levant », « Voile sur un lac endormi », « Tulle volant sur le visage de la bien-aimĂ©e », enfin, ce genre de truc), cette miniature ne dĂ©passant pas les quarante secondes effectives (la durĂ©e de 51 secondes indiquĂ©e inclut le silence de 10 secondes prĂ©cĂ©dant un changement radical de style musical) aurait-elle pas aiguisĂ© notre curiositĂ© et dĂ©jouĂ© notre prĂ©vention ? Alors, Ă©coutons non pas sans parti pris, c’est trop difficile, mais avec la ferme intention d’Ăªtre déçu en bien.
PortĂ©e par le piano toujours Ă©lĂ©gant de Claudia Bracco, la clarinette de Luigi Magistrelli s’amuse avec aisance
Le rĂ©sultat est un feuillet d’album croquignolesque qui ne dĂ©pare pas dans l’esthĂ©tique lĂ©gère d’un AndrĂ© Messager (qui en a composĂ© d’autres, des lectures Ă vue pour le CNSM, comme ce solo pour le « concours rĂ©servĂ© aux dames ») et nĂ©cessite en effet un temps de silence a posteriori pour basculer dans une esthĂ©tique et un projet musical 100 % diffĂ©rents : le troisième mouvement du Quatuor de la fin du temps d’Olivier Messiaen, lequel fera l’objet d’une prochaine notule – et nous conduit, alors que nous avions prĂ©vu cinq Ă©pisodes, Ă Ă©tendre le domaine de la prĂ©sente recension Ă six chapitres pour prĂ©server la spĂ©cificitĂ© de l’Ă©coute de ce mastodonte.
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Soit, donc, un spectacle intitulé Je me souviens du futur, qui commence bien, par une séquence
On a raison de la savourer car le soufflĂ© retombe vite. Voici une sĂ©quence sur les gares qui se ressemblent toutes « mais pas qu’au niveau de l’architecture, aussi au niveau des vibes ». Les parvis sont envahis de semi-clodos Ă dread-locks ou de mecs qui, quand tu veux juste aller Ă ChĂ¢teauroux, ce qui – reconnaissons-le – ne fait plaisir Ă personne, te demandent de signer des pĂ©titions et surtout de leur filer un RIB « avec leurs K-Way de fils de pute ». Redouanne Harjane fait alors un de ces cahots que l’on apprĂ©cie pour glisser un classique (« hĂ©, une fois, je suis allĂ© me voir jouer, ben, j’Ă©tais pas là  ») avant de renoncer Ă sauver la planète en prĂ©fĂ©rant devenir stand-upper parano furieux de voir les gens rire de lui (« putain, qu’est-ce que vous faites tous dans ma chambre ? »).
L’Arabe cow-boy, comme il se dĂ©crit, enquille en ce soir de PSG-Barça, sur une sĂ©quence rappelant le Covid.
Autant de vignettes parfois nostalgico-amusantes mais aux ressorts un peu rouillĂ©s – mĂªme s’il n’est jamais anodin de rappeler que l’absurditĂ© de la « gestion de la pandĂ©mie » a montrĂ© une tentative dĂ©complexĂ©e de reprendre le contrĂ´le de la population. En ces temps oĂ¹ le gouvernement se gargarise de « couvre-feu » et d’appels à « l’Ă©tat d’urgence », une piqĂ»re de rappel sans bĂ¢ton dans le nez peut justifier la convocation de ces souvenirs sĂ©pia d’une Ă©poque oĂ¹ la dĂ©mocratie française n’a pas montrĂ© ses limites : elle a montrĂ© qu’elle n’Ă©tait qu’une façade au service du pouvoir en gĂ©nĂ©ral et des gouvernants en particulier.

Sur son modeste Casio CT-S500, le comĂ©dien propose un solo pour Arte Ă regarder Ă une heure du matin « en slip avec une Heineken », humour dĂ©jĂ usĂ© depuis les Inconnus, dont Redouanne Harjane connaĂ®t bien le rĂ©pertoire, et tant d’autres dont Gad Elmaleh (« Arte, c’est la nouit »). S’ensuit une sĂ©quence sur les techio (« des fois, je vais aux toilettes sans mon tĂ©lĂ©phone, mais je sais plus quoi faire ») assortie de l’idiolecte provocateur cher au zozo, entre « baise-moi » et « j’me branle ». La vie d’ma mère, mĂªme moi j’suis linguistiquement Ă©lĂ©gant par rapport Ă lui, bordel, il est fort.
Quand, enfin, le clown Ă peine dĂ©guisĂ© se dĂ©cide Ă chanter, il commence par une fredonnerie muette car il est en train d’Ă©crire les paroles de sa tune. Puis il entonne une chanson dĂ©nonçant « des humains dĂ©shumanisĂ©s » et « robotisĂ©s », capables d’aller travailler en voiture pour payer l’essence qui leur permet d’aller travailler en voiture pour payer l’essence pour, etc.
Il est temps de cĂ©der la place Ă la première partie – non pas un artiste ouvrant le show mais la reprise du dĂ©but du spectacle. L’idĂ©e est drĂ´le et intĂ©ressante Ă la fois. On regrette que l’artiste n’en fasse rien avant de repartir sur la drogue (« dites non Ă la drogue / – NON ! / – Vous Ăªtes tous droguĂ©s, ben si, Ă partir du moment oĂ¹ t’as un Ă©change linguistique avec un pochon, t’es droguĂ©, et pas qu’un peu… »). Le spectacle continue avec une sĂ©quence guitare, hĂ©las accompagnĂ©e d’une longue improvisation avec le public, dialogue alla « vous pouvez m’parler, je suis pas un DVD » qui peine Ă donner le sourire tant l’artiste, malgrĂ© sa bonhommie apparente, ne paraĂ®t pas Ă son meilleur dans l’exercice.
La chanson qui suit, « je l’ai composĂ©e quand j’Ă©tais dans les Marines », annonce le farceur avant de prendre en boucle son antienne : « La maladie d’Alzheimer, j’y pense et puis j’oublie. » C’est un peu long mais, lĂ encore, on sent que Redouanne Harjane effleure un principe de sample, de boucle, de gag fermĂ© sur lui-mĂªme dont il n’a pas encore explorĂ© tout le potentiel. Dans un prochain spectacle, plus fouillĂ©, qui sait ?
Après
le comĂ©dien attaque un filon banal mais dont on est certain qu’il est capable de le secouer : les relations homme-femme. Celles-ci peuvent Ăªtre bonnes pour la santĂ© (« j’arrive Ă faire mes mille pas par jour maintenant que je suis des meufs dans la rue » Ă©cho au « J’sais pas c’que je ferai de cette fille une fois que j’l’aurai sortie d’mon coffre, j’compte sur l’syndrome de Stockholm, sans doute… »). NĂ©anmoins, elles ne sont pas dĂ©nuĂ©es d’ambiguĂ¯tĂ© (« j’Ă©tais avec une Femen, un jour, elle se met seins nus, alors je lui gueule : et j’peux savoir tu vas oĂ¹ ? »), surtout quand, en guise de cadeau de bienvenue, la dame dĂ©cide, tel un placebo, d’utiliser un doigt en guise de tunnelier visant Ă explorer – sinon exploser – le sillon inter-fessier de son partenaire (« mais vas-y, mets-moi un frigo dans l’cul, tant qu’t’y es ! J’t’en prie, va te faire enculer ! »).
Les rĂ©voltes du profĂ©rateur d’obscĂ©nitĂ©s s’expriment avec une verve pas rabelaisienne qui peut rĂ©jouir dans la mesure oĂ¹ elle vise Ă renverser la table des convenances au profit d’une spontanĂ©itĂ© ou d’une sincĂ©ritĂ© Ă tort ou Ă raison trop souvent corsetĂ©e, et que la scène rend potentiellement caduque. Elles incluent aussi l’impossibilitĂ© de consommer un menu enfant (« parce que c’est quoi, le menu homme adulte ? ») et les dĂ©lires sur le genre (« en fait, si ça s’trouve, je suis une lesbienne blanche dans le corps d’un gros rebeu »).
Une chanson-sketch habile donne une respiration bienvenue grĂ¢ce Ă ses couplets libres et grĂ¢ce au refrain accrocheur qui dit :
J’suis d’une autre Ă©poque,
faut voir tout c’qu’on Ă©cope ;
avant, c’Ă©tait pas pire, pas mieux :
c’est rĂ©ciproque.
Si certains pensent Ă son sketch matriciel oĂ¹ il dĂ©signait son grand-père venu le chercher Ă l’Ă©cole comme un pĂ©dophile en concluant : « À l’Ă©poque, on savait rire », Redouanne Harjane Ă©voque les raclĂ©es qu’il prenait – comme le public peu ou prou de son Ă¢ge – pour « les trucs les plus fous » qu’il accomplissait, allant du crapotage Ă l’emprunt du T-shirt du grand frère. Après quoi, l’Ă©nergumène revient au clavier tout en donnant un conseil aux agenceurs de supermarchĂ© : « Les rayons pour bĂ©bĂ©s, c’est beaucoup trop haut pour eux, ça va jamais marcher… »
Piochant dans son catalogue classique de punchlines (« sĂ©rieux, combien de temps, ça met une girafe pour vomir ? ») et s’appuyant sur les deux gimmicks de son spectacle (« c’est la merde » qui remplace « tout va trop vite, c’est dingue, tout va trop vite », et « j’suis en fin d’carrière, c’est sĂ»r » qui Ă©quivaut rythmiquement à « la vie, c’est un bordel »), il s’interroge en musique sur « qui sont ces gens » :
Rien, en revanche, sur celui qui regarde ses messages WhatsApp et y rĂ©pond pendant le spectacle. Logique : on sait qui sont ces gens, c’est mon voisin.
Avant le bis, papy et mamie s’enfuient de la salle. Ils ratent donc la chanson de clĂ´ture, chanson « que vous avez peut-Ăªtre entendu sur mon premier album posthume ». Elle rend hommage aux « fils deup » qui
Le rĂ©sultat de la soirĂ©e aurait pu Ăªtre
mais il est, à notre goût,
Aussi repartons-nous déçu devant l’impression
bien qu’il s’agisse, peut-Ăªtre, d’une forme plus moderne de spectacle comique Ă laquelle Redouanne Harjane a eu l’intelligence de se plier mais dont la moindre densitĂ© ne nous esbaudit point autant que nous l’avions escomptĂ©.
Pour retrouver les précédents épisodes,
c’est ici pour le spectacle de 2017, et
lĂ pour le spectacle de 2019.
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