
Fin de partie en vue pour cette promenade à travers l’œuvre de Lucie Vellère, commencée le 25 janvier. Nous sommes dans la seconde moitié des Préludes pour la jeunesse et pour piano, avec une « Danse villageoise » aux intervalles mouvants. Dans cette miniature pimpante, il y a
- du staccato,
- des refrains tonifiés par des sforzendi claquants, mais aussi
- la patte désormais reconnaissable de la compositrice
- (harmonies inventives,
- ruptures du discours,
- accent sur le mâchonement de motifs plutôt que sur le développement…).
« Parfums d’Orient » propose au contraire une plage méditative dont le prélude-et-postlude travaille les suspensions
- (points d’orgue,
- effets d’attente,
- silences…).
L’essor d’une ligne mélodique ne renie pas certains échos debussystes ; et l’attention que Thérèse Malengreau prête
- à la nuance,
- à l’intensité de toucher, et
- au son dans sa triple composante
- (attaque,
- durée,
- coupure)
donne une puissance envoûtante à ce feuillet d’album bien plus captivant que ce que son titre programmatique pouvait laisser craindre.
« Enfantine » est une ronde qui dépasse à peine la minute. Elle n’en est pas moins jouée avec un respect appréciable :
- phrasés,
- rythme et
- caractérisation des registres
rendent mimi comme tout cette virgule musicale. Le cycle de préludes se termine avec « La caverne mystérieuse ».
- Notes répétées,
- phrases brisées et
- importance de la pédalisation
dessinent un halo grave embrouillardé, et hop, et cependant nettement dessiné.
- Des explosions,
- des aigus laissant passer la lumière, et
- les échos entre graves et médiums témoignant peut-être d’un souci pédagogique
dissocient mystérieux et morne. On est désormais moins chez Debussy que, légèrement, chez Ravel. C’est à la fois intéressant et plaisant.
Après une pause de douze secondes qui suggère que le disque est pensé pour une écoute continue et non morcelée par cycle, restent trois Feuillets épars (1966) sur notre gramophone. « Rêverie au crépuscule » se présente comme un balancement ternaire posé sur un accompagnement doux.
- Le scintillement des aigus,
- le pétillant rebond des notes répétées, et
- la souplesse du legato
conduisent agréablement les rêveurs à bon port. « Glissent les nuages » n’aurait jamais pu être ce perpetuum mobile que l’on croit pourtant deviner dès les premières mesures. En effet, Lucie Vellère aime rien tant que
- la rupture,
- la suspension et
- le ressassement des formules interrompues.
Dans ce qui est souvent un duo, l’on goûte notamment
- des dissonances piquantes,
- un allant revigorant,
- de belles variations d’intensités, et
- des octaves lumineux.
Conclusion symbolique du double disque, « La terre s’est endormie » est le feuillet le plus développé de la trilogie et du disque pianistique dans son ensemble. Lancée par trois notes descendantes, la pièce façonne une atmosphère claire-obscure digne de la caverne mystérieuse visitée un peu plus tôt. La compositrice et sa porte-voix nous parlent
- d’ombres aux densités variables,
- de silhouettes imprécises et
- des étranges vapeurs d’un monde qui s’efface.
En étirant la contemplation, Lucie Vellère
- interroge l’espace sonore,
- le refaçonne au gré des changements de registres et des mutations de nuances, et
- diffracte le rythme entre tenues et séries de notes descendantes.
On ne pouvait rêver coda plus appropriée et, à l’évidence, interprète plus pénétrée de l’importance de ce qu’elle nous permet de découvrir. Quelle formidable fin à la fois apothéotique et intériorisée pour un double album souvent passionnant !
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