Therapy?, La Maroquinerie, 10 février 2019

Andrew James Cairns @La Maroquinerie. Photo : Rozenn Douerin.

La dernière fois, nous avions vu le trio metal au Backstage, ce lieu pour le moins inégal qui accueille volontiers des reprises de Nirvana ou les honteuses manigances d’Emergenza. C’était très bien. Voici que Therapy? revient à Paris. Ce coup-ci, ces secousses-ci soukoussaient la Maroquinerie un dimanche soir : donc, nous y étions.

Public en feu pour Therapy?. Photo : Rozenn Douerin

Après une première partie guère convaincante des New-Yorkais de Hey Guy, à la fois pro, pas tant metal que ça, un peu toc (pourquoi sous-produire à ce point le guitariste lead ou doter d’un micro le bassiste inaudible ?) et perfectibles scéniquement (ne fredonne pas : « I focus on your mind » en remettant longuement tes bouchons d’oreille, mec !), c’est le drame. Plus précisément, le drame de Therapy?, donc son succès : vingt-cinq ans après sa sortie, l’album Troublegum tend à vampiriser l’attention de ses clients, nostalgiques ou néo-fans.

Andrew James Cairns @La Maroquinerie. Photo : Rozenn Douerin.

À chaque tournée, la bande d’Andrew James Cairns cherche donc à négocier ce boulet à l’hélium de diverses façons :

  • en snobant le disque (vieille méthode qui n’a guère séduit),
  • en réservant ces golden hits pour une fin de concert apothéotique, façon « Dancetaria » indochinoise,
  • ou – option de la tournée présente – en semant ces tubes au long d’un set qui, bis compris, aligne plus de vingt-cinq chansons.

C’est peut-être l’option la plus raisonnable, qui permet au grand manitou du combo d’associer à ces puissantes machines à pogoter des titres issus d’une demi-douzaine d’albums, dont le dernier et fort convaincant Cleave (« fendre »), première collaboration avec le nouveau label Marshall d’où se détachent peut-être Kakistocracy et Callow. Car, parmi les qualités que l’on loue chez Therapy?, il y a cette idée que la musique du groupe mobile s’est construite au fil des décennies ; partant, un tour de chant gagne à porter trace de ces différentes strates.

Michael McKeegan, le bassiste le plus souriant de toute l’histoire du metal, et un extrait de Neil Cooper. Photo : Rozenn Douerin.

Le métier conduit Andrew J. Cairns à partager la set-list en trois tiers presque équilibrés : sept chansons du quinzième disque, huit de Troublegum et onze des autres albums. Dans une petite salle bondée, le groupe assure un spectacle bien poli par les dates ayant précédé cette seconde tournée européenne. Le récital parisien reprend peu ou prou la même série de titres dans le même ordre. Andrew J. Cairns est motivé ; malgré de rares absences, le batteur Neil Cooper – à ne pas confondre avec Neal Cooper, artiste lyrique – fête son anniversaire avec une partie sérieuse sinon créative – les soli marquent ses limites d’inventivité, comme le seul solo de guitare soulignera celles, techniques, de la vedette ; et Michael McKeegan rayonne à la basse comme, avant lui, s’éclatait le bassiste de Hey Guy.

Des soucoupes violentes. Photo : Rozenn Douerin.

Des regrets ? Peut-être sent-on moins d’effort pour personnaliser ce show qu’au Backstage ; de plus, les soucis techniques du guitariste gâchent souvent ce moment si important des entre-chansons ; l’engagement politique anti-Brexit – très nord-irlandais – et anti-Trump – très consensuel hors États-Unis – n’échappe pas à la facilité assez banale ; enfin, la présence ambigüe du technicien-jouant-parfois-de-la-guitare-et-faisant-les-secondes-voix-caché-à-cour fait du trio un quatuor un brin honteux, ce qui n’est pas à la hauteur de leur investissement musical et personnel.

Andrew James Cairns décoiffé @La Maroquinerie. Photo : Rozenn Douerin.

Pour le reste, l’esprit est positif (pas d’interdiction de captation ou de boisson « extérieure », par exemple, ce qui serait stupide dans une salle de ce type), le groove est là, l’ambiance est bon enfant, le répertoire est riche et le boulot est fort bien fait – mieux que celui de la sécurité lors d’altercations pas très claires entre gars du premier rang. Un dimanche soir pomme-pet-deup à Paris, et un nouveau moment revigorant avec cette formation au nom trentenaire !

Ce contenu a été publié dans La musique des autres, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.