Saskia Lethiec, « Sonates et Partitas pour violon seul de Bach » (Cascavelle) – 2/11

Première de couverture

En musique comme dans la vie en général, il y a des règles sur tout ; et il y a surtout des règles. Il y avait même des règles pour construire une « partita » (autrement dit une suite de danses) baroque. Celle-ci devait comprendre

  • une allemande,
  • une courante,
  • une sarabande et
  • une gigue.

Pourquoi ? Parce que c’était la règle, point. Avec sa première partita labellisée BWV 1002, Johann Sebastian Bach

  • respecte la division en quatre mouvements, mais
  • accompagne chaque mouvement d’une variation intitulée « double », et
  • préfère la bourrée à la gigue finale, et pourquoi pas ?

Après une notule sur la première sonate en sol mineur disponible ici, la présente notule s’intéressera aux deux premiers mouvements de la partita et à leurs doubles. Tout commence donc par une allemande (parce que c’était la règle, m’enfin !) en deux parties avec reprises, selon le schéma que respecteront les huit mouvements de la partita. Saskia Lethiec en rend l’énergie selon trois astuces majeures :

  • la décomposition nette des accords,
  • la variété des attaques, franches ou habilement allongées, et
  • l’attention portée à la polymorphie du rythme, qu’il soit
    • pointé,
    • ternaire, ou
    • évanescent via les gruppetti de quadruples croches et les trilles.

 

 

Certes, l’acoustique généreuse – trop à notre goût – ne permet pas aux points de montage de se faire discrets. Ainsi de la reprise à 3’02 ou de la respiration à 4’33, et l’on retrouvera ce défaut dérangeant au long du disque (ainsi de l’attaque mangée à la reprise de la première partie du double, 0’44). Mais, voilà, chacun sait qu’un enregistrement non live (quoique maints live soient tout aussi traficotés…) est le résultat de plusieurs prises bouturées entre elles. Même si cela conforte notre scepticisme devant le choix du lieu de captation, il faut accepter de rapporter les désagréments de l’exercice à ses avantages tels que

  • la possibilité d’optimiser la précision du geste,
  • la capacité de choisir les versions les plus inspirées, et
  • l’opportunité pour l’interprète de prendre des risques puisque, dans les délais prévus par la session, une autre prise est envisageable si le quadruple axel tenté est raté.

Le double est horizontal (ni intervalles, ni accords) mais vallonné. Johann Bach joue sur le contraste des registres pour faire groover ce chapelet de doubles croches. Saskia Lethiec s’applique à

  • sélectionner les différentes sonorités que son violon peut offrir, presque comme un organiste registrerait une partition,
  • aérer la partition par de légers effets d’attente ou des respirations savamment conçues pour éviter de ralentir le  mouvement, et
  • galber ses phrasés avec une maestria qui ne se dément pas.

 

 

La courante bondit non grâce à un tempo ahurissant (un « double presto » nous attend juste après) mais grâce aux dialogue entre croches liées et croches détachées. Pour ne rien gâcher, selon la tradition (une autre forme de règle…), la première reprise est judicieusement parée de quelques ornements et la seconde partie semble électrisée par

  • la multiplication des descentes gourmandes,
  • les impulsions propres aux sauts du grave à l’aigu comme de l’aigu au grave, et
  • l’impression d’une inarrêtable force qui va.

Le double annoncé presto substitue les doubles croches, justement, aux croches simples. Ce mouvement pourrait être une tarentelle, cette danse que l’on est censé exécuté quand on est mordu par une tarentule, tant Saskia Lethiec l’attaque bille en tête.

  • Caractère décidé,
  • aisance digitale très impressionnante et
  • clarté de la ligne

caractérisent cette explosion qui ravigote voire ragaillardit l’auditeur. Rendez-vous dans une prochaine notule pour danser la sarabande !


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