
La deuxième des trois sonates pour violon seul de Johann Sebastian Bach n’innove pas sur la forme. Quatre mouvements alternent tempi lents et rapides. Pourtant, dès le début du grave, on est saisi par l’interprétation d’une musicienne que l’on sent pénétrée par l’importance de ce qu’elle joue. L’attention apportée notamment
- aux dissonances,
- aux trilles millimétrées et
- à l’articulation des notes formant les accords qui structurent le propos liminaire
ne trompe pas. Saskia Lethiec profite de la lenteur recueillie pour dégager une impression de liberté, façon prélude quasi improvisé, ce qui épouse l’écriture du mouvement. La musicienne prend le temps de
- poser le son,
- le façonner puis de
- le laisser s’épanouir dans l’acoustique très réverbérée qu’elle a choisie pour sa captation.
De la sorte, ce grave paraît s’inventer à chaque phrase, comme si l’inspiration se cherchait un aboutissement entre deux respirations. Cette esthétique d’une musique que l’on feint
- de découvrir,
- de fabriquer et
- de prolonger
au fur et à mesure du morceau – et non que l’on joue en pensant le mouvement à la manière d’un tout déterminé à l’avance – crée une tension réjouissante que l’absence de résolution, avec ces deux mi suspendus, fait joliment crépiter.
Au prélude succède une fugue monumentale à deux temps. Ici, le ton devient
- décidé mais non rigide,
- ferme mais non fermé,
- allant mais non hâtif.
Cette fois, Saskia Lethiec sait où elle va. Son violon dessine une route nette mais ensoleillée en dépit de la tonalité mineure. Les contrastes
- de nuances,
- de registres,
- d’énonciation
- (accents,
- phrasés,
- régularité égayée çà et là d’une agogique posée à bon escient)
ajoutent au plaisir d’une partition foisonnante qui ne renâcle pas devant la gourmandise toujours efficace des marches chromatiques descendantes. L’écriture de Bach assume une polymorphie qui, comme les belles passantes, « fait paraître court le chemin ». L’habile agencement des différentes sections,
- ici verticales,
- çà horizontales,
- là presque concertantes
captive d’autant plus l’attention que l’interprétation associe
- un train assuré,
- des appuis clarifiant le discours et
- des respirations donnant de l’ampleur au geste musical.
Saskia Lethiec est à son affaire dans une pièce qui sied à
- son aisance technique,
- son art du récit, et à
- son inclination pour la construction du son.
La tierce picarde finale donne un écho chaleureux à cette proposition solaire avant l’andante et l’allegro que nous évoquerons dans une prochaine notule.