Saskia Lethiec, « Sonates et Partitas pour violon seul de Bach » (Cascavelle) – 6/11

Première de couverture

La deuxième partita pour violon seul de Johann Sebastian Bach est surtout connue pour être mal foutue. D’un côté, quatre mouvements pour une durée globale d’environ un quart d’heure ; de l’autre, le tube de la suite, une chaconne qui dure environ un quart d’heure aussi mais à elle toute seule. Cette notule s’intéressera à la première partie de la suite en ré mineur, à commencer par l’allemande. Saskia Lethiec y exprime

  • l’opulence de son violon, flatté par la forte réverbération de l’endroit où a été captée cette intégrale,
  • la légèreté des triolets et des triples croches qui surgissent sans crier gare, et
  • cette tension excitante entre, d’une part, le cadre supposément guindé de la logique harmonique, et, d’autre part, l’imprévisibilité des foucades secouant l’inspiration du compositeur par-delà son image guindée de vieux protestant à perruque poudrée.

En dépit d’un montage peu soigneux (sons parasites à 4’12 qui auraient pu être gommés), nous voici tout frétillants d’écouter la courante, une danse ici doublement ternaire, puisque les trois temps qui rythment le pas sont, le plus souvent, eux aussi divisés en trois croches. Le swing y associe aussi brillamment que joyeusement

  • souplesse du phrasé,
  • bondissements des croches pointées + doubles, et
  • dialogue entre les registres.

Saskia Lethiec y révèle

  • une énergie,
  • une intensité et
  • une capacité à virevolter quasiment communicative.

 

 

Toujours à trois temps mais d’apparence plus posée, la sarabande affirme d’abord une solennité majestueuse avant de se laisser parcourir par des frissons allant

  • des dissonances
  • aux trilles
  • en passant par des triples croches entre ornements et tremplins pour la phrase qui vient.

Dans une partition sinueuse où

  • les accords verticaux se mêlent aux envolées horizontales,
  • la structure en deux segments avec reprises s’encanaille en risquant çà un interlude, là une coda,
  • la volonté d’avancer se patine sous l’effet de respirations fort bien senties,

Saskia Lethiec dessine un chemin personnel qui captive l’oreille. Finissons cette chronique avec une gigue pimpante.

  • Accents efficaces,
  • virtuosité des petits doigts qui courent et de l’archet qui vole,
  • subtilité des nuances parfaitement contrastées,
  • musicalité des choix entre legato et détachés rendant raison d’une écriture précise

séduisent. La violoniste est à son affaire, et tant pis si le monteur gâche l’ambiance avec l’insertion une fois de plus ratée de la seconde partie du mouvement (2’12), le fondu-enchaîné de la reprise à 3’20 ou le brutal fade out à 4’32 étant à peine de moins piètre facture. Gardons plutôt en nous le pétillement généreux de cette fête que nous évoque la gigue endiablée offerte par Saskia Lethiec… avant de basculer dans la chaconne à l’occasion d’une prochaine chronique !


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