
Monument dans le monument qu’est l’ensemble des trente-deux sonates, l’Appassionata op. 57 en fa mineur couronne le récital magistral proposé ce dimanche soir de février par Pierre Réach dans le salon de musique du musée Jacquemart-André. Après « La tempête » et « Clair de Lune », voici un sommet dont l’interprète entame l’ascension par la face allegro assai, paroi escarpée dont la montée dure quasiment autant que celle réunie des deux mouvements qui lui succèderont. Dès l’incipit, les coups de piolet font voler la roche.
- Le discours se fracture,
- les secousses se succèdent
- (percussions,
- trilles,
- staccati…),
- le mystère s’épaissit
- (le thème hiératique se confronte à
- la rupture des développements et à
- la fulgurance des traits).
Le pianiste propose une escalade colorée, caractérisant
- les registres,
- les segments et
- les humeurs.
En réalité, il
- interprète moins qu’il n’incarne,
- joue moins qu’il n’enflamme son instrument,
- raconte moins qu’il n’investit un texte que l’on croyait presque connaître.
L’assistance est saisie.
- Ça pulse,
- ça déborde et
- ça fulgure.
Éclaboussant ! En réponse, l’andante con moto resserre le son, comme si le compositeur cherchait son second souffle. Pierre Réach y
- assume crânement les ressassements,
- remâche avec attention le mini-thème initial,
- pare le leitmotiv
- d’accents,
- de variations de nuances,
- de respirations et
- d’une agogique que l’on ne prend jamais en défaut de cohérence avec la rigueur nécessaire.
L’allegro ma non troppo puis le presto final montrent que le performeur est endurant. Il y déploie
- une vivacité tonifiante,
- un sens de la ponctuation énergisant et
- un art de l’attaque qui stimule la curiosité et le plaisir.
La longue fréquentation de ces hautes cimes permet au musicien d’être pleinement artiste.
- Sa maîtrise technique n’empêche pas la prise de risques,
- sa connaissance de la partition n’exclut pas l’envie d’en découdre,
- son goût pour l’intensité s’allie à la jubilation de l’apaisement qui prépare au rush fringant de la péroraison.
Il y a là une manière de conter si captivante que, à la fin de la troisième sonate, on a l’impression que le concert vient de commencer. Ce moment fabuleux se prolonge de deux bis qui s’achèvent sur la transcription d’un des plus beaux hits de Bach : la classe
- paisible,
- riche et
- résonante.
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