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Nicolas Horvath – Le grand entretien parisien – 3

Nicolas Horvath, Salle Cortot (Paris 17), le 27 mars 2026,. Photo : Rozenn Douerin.

Pour les amateurs de clichĂ©s, remontĂ©s par son insolent brushing toujours impeccable alors qu’il frisotte les 49 ans, c’est dingue, Nicolas Horvath est un maudit MonĂ©gasque qui s’est diversifiĂ© dans la musique classique. Pour les connaisseurs, c’est un fils d’ouvriers qui a rĂ©ussi Ă  pĂ©ter les plafonds de verre et d’acier pour parvenir Ă  la conviction que la musique, savante mais pas que, c’Ă©tait sa vie.
Avec sa franchise Ă©bouriffante, son savoir toujours stimulant et sa capacitĂ© Ă  parler musique qu’il nous cause

  • de la vraie vie,
  • de la musicologie critique ou
  • de son plaisir gourmand de rĂ©inventer son pianisme (non, j’ai jamais su ce que ça voulait vraiment dire mais ça fait super technique et j’entends ici ce terme comme « une manière d’adapter l’art d’interprĂ©ter Ă  la spĂ©cificitĂ© du compositeur »),

Nicolas Horvath rend chaque moment d’un entretien aussi imprĂ©visible que palpitant. Bonne nouvelle : ceci n’est que le dĂ©but d’une saga annonçant son tout prochain concert Ă  la Philharmonie de Paris !

3.
Du Bigdil à Philip Glass, un itinéraire

Les deux premiers épisodes de notre entretien ont porté sur ton intégrale Bach. À présent, nous allons évoquer les programmes de tes concerts. Même si l’entretien paraîtra pour partie après le 14 juin, date du premier épisode de ton diptyque parisien, il n’est pas inutile d’en parler car la conception de ces récitals éclaire, traduit et stimule ta personnalité musicale. Ce focus parisien est pratique mais un rien fake car, en réalité, depuis quelques mois, tu sillonnes l’Europe avec des programmes on ne peut plus variés :

  • Chopin,
  • Satie,
  • Glass,
  • animes,
  • jeux vidĂ©o et
  • metal

Commençons par Chopin, dont tu proposes d’explorer certains recoins secrets, dans une valse stimulante entre : je joue le « grand répertoire » des compositeurs stars parce que j’aime ça et c’est ce que veulent les programmateurs ; mais, même dans ce catalogue très connu, je peux vous révéler des aspects nouveaux – comme tu l’avais fait pour Debussy…
J’ai presque toujours voulu jouer ce « Chopin inconnu ». J’ai découvert ça quand j’étais étudiant à Aspen et que je prenais conscience de mon appétence absolue pour le piano. Ça remonte à mes seize ans, ce qui est très tardif pour un wanna be pianiste !

Ton histoire familiale explique pour partie ce retard à l’allumage – précisons que, à seize ans, nombre de musiciens bien nés ou formatés pour la carrière sont déjà bardés de prix de conservatoires tous plus prestigieux les uns que les autres.
Tu es fou ! Elle ne l’explique pas « pour partie », elle l’explique tout court. Ma biographie entretient une ambiguïté. Le fait que je sois né à Monaco charrie des fantasmes et des stéréotypes dingues qui ne correspondent pas du tout à mon vécu ! Je viens d’une famille ouvrière où l’on regarde Le Bigdil et le foot à la télé, pas le dernier concert de Martha Argerich sur Arte. Quand j’ai eu une bourse pour aller à Aspen, j’ai eu un choc intérieur. J’ai voulu non pas jouer du piano mais que le piano soit ma vie ; et il se trouve que, à cette époque, j’ai lu Les Grands Virtuoses du piano de Wilhelm von Lenz, traduit et présenté par Jean-Jacques Eigeldinger (Flammarion, « Harmoniques », 1998). Or, dès les premières pages, on y découvre un fac-simile du fameux nocturne opus 9 n°2 de Chopin, un tube que tous les mélomanes ont entendu sinon écouté mille fois, et que tous les apprentis pianistes ont dû glisser sous leurs doigts.

Qu’a de si singulier ce fac-simile ?
Sur la reproduction, je découvre des variantes par rapport à la partition que je joue. Quand j’en parle à mon prof de l’époque, il ignore tout de l’histoire et, comment dire ? ne trouve pas la question super intéressante car seule la tradition compte à ses yeux. Même désintérêt de la part d’autres interlocuteurs, comme Brigitte Engerer ou Gérard Frémy. En revanche, intérêt de la part d’une de mes profs qui avait été l’élève de Jan Ekier, le grand éditeur de Chopin en Pologne. Elle m’a confirmé dans mon intuition devenue conviction : il existe un Chopin différent de celui que les habitudes ont figé.

 

« La guerre en Ukraine a percuté mon projet Scriabine »

 Ta posture frise toutefois le crime de lèse-majesté. Chercher des variantes chopniques (?), c’est risquer de remettre en cause plusieurs siècles de tradition éditoriale donc interprétative…
Disons que j’ai très vite perçu une réticence.

Serais-tu devenu le roi de l’euphémisme ?
Bon, d’accord, à l’École Normale de Musique où j’étudiais, mes professeurs n’avaient aucune appétence pour la question. Bruno Leonardo Gelber s’en fichait comme de colin-tampon. Germaine Devèze, son assistante, m’avait asséné que, si tout le monde jouait la version officielle, c’est que c’était la seule à être valable. J’avais trouvé cette position un rien décevante, mais un tel dogmatisme avait eu une conséquence positive : renforcer ma curiosité pour ce qui, à l’origine, n’était qu’une hypothèse ! En farfouillant, je me suis aperçu que des gens comme Jean-Jacques Eigeldinger ont écrit des livres où ils exposaient des partitions alternatives extrêmement intéressantes.

Ton but n’était pas de dire : « Les partitions officielles sont nulles », mais : « D’autres versions de la même musique valent le coup d’oreille »…
Tu as raison de le préciser. Je n’ai jamais eu l’intention de contester l’intérêt des versions gravées dans le marbre. Je voulais simplement explorer des pistes alternatives que Chopin avait pu laisser, par exemple en griffonnant sur les partitions de ses élèves.

Étais-tu le premier à défricher ces terres inconnues ?
Non. Évidemment que non. Des musicologues avaient ouvert la voie. J’ai entendu Raoul Koczalski, Ă©lève de Charles Mikuli, qui avait enregistrĂ© une version des nocturnes diffĂ©rente de la partition officielle. Son Chopin est radicalement diffĂ©rent du Chopin moyen que l’on a coutume d’entendre. Il m’a ouvert des voies, et pas que pour Chopin ! Il m’a permis de comprendre le bel canto au piano, et il m’a aidĂ© Ă  apprĂ©hender ces drĂ´les de partitions qui prenaient la poussière Ă  force d’attendre que quelqu’un leur donne une chance ! En revanche, aucun de mes maĂ®tres ou des maĂ®tres avec qui j’ai pu discuter ne m’ont encouragĂ© dans cette voie, c’est rien de le dire. Pas Philippe Entremont, pas Gabriel Tacchino, autant de grands noms que l’idĂ©e d’interroger le rĂ©pertoire hĂ©rissait viscĂ©ralement !

Pas de quoi te décourager, cependant.G
Aucun risque, j’avais trop envie d’enregistrer Chopin pour abandonner ainsi.

Que représente Chopin, dans ton Panthéon personnel ?
C’est l’un de mes compositeurs préférés. Il était même prévu que mon premier disque fût un disque Chopin et non Liszt. J’avais imaginé de faire se côtoyer Chopin, Satie et Scriabine…

… car Scriabine est un autre de tes compositeurs fétiches. Tu as hâte de pouvoir le capter, lui aussi.
Ô combien ! On m’a reproposé de lui consacrer un disque, il y a deux ans, alors que je travaillais sur l’intégrale des chorals de Bach. J’ai refusé à cause de la guerre en Ukraine, qui a tout percuté.

Quel rapport ?
J’ai énormément d’amis ukrainiens. J’ai donné des concerts de fou furieux à Maidan, en 2014, au moment des massacres. Aujourd’hui, jouer de la musique russe est devenu compliqué. Pour être honnête, je sais que j’aurais un mal fou à donner des concerts avec la musique de Scriabine même si, par le passé, ça m’est arrivé. Rarement, mais ça m’est arrivé.

 

« Défricher de nouveaux répertoires musicaux est une passion »

 Le problème vient de ce que tu crains le boycott des programmateurs imbéciles, estimant que claquer un concert Scriabine équivaudrait à soutenir Vladimir Poutine.
Ce n’est pas une crainte, c’est une certitude.

À ce point ?
Tu sais, les propositions de concert obéissent à des lois assez prévisibles et à des codes qu’il est difficile de bousculer. Je l’ai éprouvé personnellement. Quand on m’a proposé le projet Scriabine, j’étais atterré par le sort réservé à mes cinq monographies sur sept disques, consacrées à des compositrices peu connues, hormis peut-être Geneviève Tailleferre, et encore ! J’ai mis environ trois ans à les réaliser, et elles ne m’ont rapporté aucun concert. Alors, oui, c’est très chouette d’avoir, à ma mesure, aidé la musicologie à avancer et d’avoir élargi le répertoire en rendant disponibles des partitions rarissimes voire jusque-là inaccessibles ; mais, en termes de retombées, le résultat a été une catastrophe alors que j’avais passé de très longs mois de négociation, de préparation, de répétition et de captation.

Pourtant, de l’extérieur, on a l’impression que la mode des compositrices est un phénomène de masse – avec ce côté assez dérangeant de programmer une œuvre non parce qu’elle est pimpante voire inconnue mais parce que le compositeur qui l’a écrite est une compositrice…
Mon projet est arrivé avant cette vague médiatique en faveur des compositrices – que, pour ma part, je trouve formidable. Mais, justement, cela me rendait confiant. J’étais sûr de pouvoir susciter la curiosité voire l’engagement, et de donner sans problème des florilèges de mes intégrales Montgeroult, Brion de Jouy et Tailleferre. Le répertoire est rare et passionnant, et l’idée de visibiliser le travail des compositrices tout en révélant des œuvres peu jouées – oui, peu jouées, c’est rien de le dire –, ça me paraissait hyper stimulant. À un moment, j’ai même essayé de proposer des concerts sur le thème des compositrices sous la Révolution. Ça me permettait de mélanger les compositrices et d’intégrer des créatrices que je devais enregistrer… mais ça n’a suscité aucune envie chez les programmateurs.

As-tu été surpris, bien que tu connaisses la banalité de la plupart des set-lists des récitals de piano ?
Oui.

Comment l’analyses-tu ?
C’est sans doute une histoire de timing. J’en ai tiré les conséquences en refusant trois autres projets discographiques, malgré l’insistance de Naxos. J’adore défricher de nouveaux territoires musicaux mais, si je ne vends pas de concerts, je ne peux pas consacrer autant d’énergie à des captations.

 

« Les gens adorent Erik Satie, et ils ont bien raison ! »

 Si je comprends bien, ton équation économique fait qu’enregistrer un disque ne suffit pas, il faut aussi que cet enregistrement soit un relais pour des concerts. En effet, tout le temps passé à travailler un répertoire original est autant de temps que tu ne passes pas pour préparer des programmes qui, eux, pourraient être davantage désirés par les programmateurs…
C’est tout à fait ça.

En ce sens, tes monographies de compositrices marquent un tournant dans tes choix artistiques.
Pas forcément dans mes choix, plutôt dans mon approche pragmatique du métier. Je n’avais jamais rencontré ce problème auparavant. Ma période Liszt avait été accompagnée par une tournée. Avant même mon disque Christus, j’étais sollicité pour donner des récitals, notamment après mon prix Franz Liszt au concours de Yokohama. J’étais identifié dans ce créneau. Je travaillais avec des gens comme Leslie Howard et Philippe Entremont, qui sont des références sur la question. Quand j’ai enregistré l’intégrale Philip Glass, j’ai connu un engouement pareil, les concerts ont été incroyables. Même topo pour Erik Satie, que les gens adorent – et ils ont raison !

Et ton Debussy ?
Ha, malheureusement, le projet est sorti pile pendant le Covid. Autant dire qu’il est mort à la naissance. Normalement, je devais enregistrer une intégrale de Debussy. J’espère que ça se fera un jour… Mais, à l’époque, tout s’est arrêté d’un seul coup d’un seul.

Et là-dessus arrivent, après quelques détours, les monographies de compositrices…
Oui. Avec zéro concert à la clef. Économiquement, ç’a été une catastrophe.

 

 

Comment y as-tu survécu ? C’est ce que nous découvrirons dans un prochain épisode (tadaaaaam)…


Ă€ suivre !
D’ici lĂ , pour retrouver nos 64 posts sur Nicolas Horvath, c’est ici.

Nicolas Horvath et Yuri Revich jouent Philip Glass, salle Gaveau, 14 juin 2026 – 2/3

Nicolas Horvath Ă  la salle Gaveau (Paris 8), le 14 juin 2026. Photo : Rozenn Douerin.

De retour Ă  Paris après un rĂ©cital salle Cortot (« chez lui », presque, puisqu’il a abouti son cursus Ă  l’École Nationale de Musique), Nicolas Horvath a pris possession de la salle Gaveau en dĂ©but d’après-midi, ce dimanche 14 juin 2026, pour un rĂ©cital 100 % Philip Glass, l’un de ses terrains musicaux de prĂ©dilection depuis un p’tit bout d’temps, dĂ©sormais. La première partie de son premier show (il enchaĂ®nait quelques demi-heures plus tard avec un duo l’unissant Ă  Alex Vizorek autour d’Erik Satie) enquillait les dix premières Ă©tudes de Philip Glass. Nous avons Ă©voquĂ© les cinq premières et la çonnerie de cellulaire qui va bien ici. Attaquons la seconde moitiĂ© de la première mi-temps – il faut suivre.
La sixième Ă©tude est sans doute le mĂ©gahit du lot. C’est un tube pour mandoline ou balalaĂŻka, selon que vous ĂŞtes en gondole ou en troĂŻka, et surtout la fĂŞte

  • du bariolage,
  • des notes rĂ©pĂ©tĂ©es, et
  • des fusĂ©es ajoutant de la virtuositĂ© octaviĂ©e Ă  la virtuositĂ© tout court.

On est d’autant plus Ă©baubi de la manière dont Nicolas Horvath parvient Ă  en faire de la musique, par-delĂ  le cĂ´tĂ© quasi pop de cet hymne maximaliste de la musique dite minimaliste. Il y a

  • de la sensibilitĂ©,
  • de la fermetĂ© et
  • de l’Ă©nergie convaincue

dans son interprétation. Un frisson de kif passe dans la salle, comme quand un chanteur lâche le titre-phare « pour ceux qui ne sont venus que pour ça », ainsi que stipulait Marie-Paule Belle la Parisienne avant de chanter « Je ne suis pas Parisienne ». La septième étude travaille sur

  • l’harmonisation,
  • la percussivitĂ© (le piano est un instrument oĂą des marteaux frappent des cordes, faut s’en servir),
  • les ruptures et
  • les nuances

jusqu’Ă  l’apaisement final. Bon, en vrai, après « les nuances », j’avais notĂ© autre chose mais le gribouillis oscillait entre « reflux » et « rĂ©glisse », donc je prĂ©fère agir comme si je n’avais rien Ă©crit après « nuances », merci pour votre incomprĂ©hension.
La huitième étude surprend. Elle festonne comme un prélude cherchant

  • la ligne ou l’harmonie qui siĂ©ra,
  • le dĂ©veloppement qui s’aboutera bien Ă  l’amorce, et
  • la direction qui se rĂ©vèlera la plus fructueuse pour Ă©crire.

 

 

Cette dimension de fausse improvisation, très habilement rendue par une interprĂ©tation rigoureuse et souple, qui sent l’Ĺ“uvre comme si elle l’avait mitonnĂ©e dans ses chaudrons en cuivre sur un piano plus de cuisine que de concert, rappelle que, pour ce type de pièce, le plus intĂ©ressant n’est pas la rĂ©ussite de la quĂŞte avec un earworm Ă  garder dans le ciboulot mais la quĂŞte elle-mĂŞme.
La neuvième Ă©tude tend le propos.  Il y a de l’Ă©lectricitĂ© dans l’air – du moins celle que laissent encore aux citoyens les centres de donnĂ©es si chèrement subventionnĂ©s par ces farceurs de la start-up nation dont est l’hĂ´te du jour, Jean-Marc Dumontet, macroniste opportuniste des plus gluants – dans le monde culturel – si l’on excepte Françoise Nyssen et le groupe Indochine, ex-rebelle devenu – avec succès donc profit – Ă©gĂ©rie officielle du rĂ©gime nĂ©olibĂ©ral, bref. Non, bref parce que j’allais ajouter un couplet sur, alors que c’est pas du tout le sujet, donc. Tension, disions-nous, oui, tension entre une volontĂ© d’envol dans les aigus et le rappel Ă  la terre d’accords descendants sur un bourdon de graves obstinĂ©s, l’arc Ă©lectrique dĂ©bouchant sur un crescendo puissant.

  • Ça turbine,
  • ça s’interrompt,
  • ça ressasse.

Et ça débouche sur la dixième étude. Rien de charmant, ici. Mieux :

  • du rythme,
  • de la dissonance en secondes (pas la vitesse, d’accord ?),
  • une sensation de houle profonde,
  • des commentaires dĂ©sĂ©quilibrĂ©s voire claudiquant des mĂ©diums et des graves,
  • un prĂ©cipitĂ© de nuances sans cesse mouvantes,
  • une exploration
    • des aigus,
    • des mordants,
    • des boucles,
    • des samples,

le tout dans un temps qui s’assume long et itĂ©ratif. Bref, ça finit en fanfare et ça offre Ă  l’artiste un triomphe de malade. Sans se soucier de leurs pacemakers ou de leurs permanentes violettes, les glassomaniaques du parterre sont debout. Avec les fans en culottes courtes du balcon, ils fracassent leurs mimines et crient autant qu’une personne payant son billet minimum 39 € sait crier. Nicolas Horvath n’a pas prĂŞchĂ© des convaincus : il les a transportĂ©s. Sans doute la vraie presse culturelle oubliera-t-elle de le noter, mais qui s’en soucie encore ?


Ă€ suivre !

Nicolas Horvath – Le grand entretien parisien – 2

Nicolas Horvath, le 2 avril 2025 Ă  la salle Gaveau (Paris 8). Photo : Bertrand Ferrier.

Ă€ l’occasion de ces deux dates parisiennes prĂ©-estivales, Nicolas Horvath nous a accordĂ© un nouveau grand entretien oĂą l’on commence par parler de Johann Sebastian Bach et des coulisses d’un certain enregistrement…

 

2.
De l’art d’écouter une intégrale

En nous présentant ton intégrale des chorals de Bach, tu as privilégié jusqu’ici l’approche musicologique. À présent, pourrais-tu donner le mode d’emploi pour l’auditeur ? En clair, faut-il picorer à l’intérieur des disques, mettre l’ensemble en lecture aléatoire ou s’astreindre à ouïr religieusement chaque disque de bout en bout, jusqu’à avoir encaissé les 371 chorals ?
Plutôt qu’un mode d’emploi technique, je te propose un peu d’archéologie ! En effet, l’intégrale telle qu’elle est disponible en douze disques n’a rien à voir avec le projet tel que je l’avais imaginé.

À quoi diable avons-nous échappé ?
J’avais imaginé une sorte de feuilleton quotidien selon un principe : à chaque jour son choral. J’avais imaginé sortir des vidéos pour proposer une exploration de Bach pendant une année. L’idée sous-jacente était de profiter de chaque choral plutôt que d’inviter l’auditeur à se siffler une trentaine de chorals d’un seul coup d’un seul, comme c’est le cas quand tu glisses un disque de l’intégrale dans ton lecteur. Tout écouter à la file serait une performance, sans doute pas un plaisir musical. Bach n’avait pas du tout conçu une compilation semblable ; et, quant à moi, j’aurais aimé proposer une expérience spéciale, pas un pensum.

Mais ? Car je suppute qu’il y a un « mais »…
Oui, il y a un « mais », et un « mais » de taille ! Il se trouve que les agrégateurs  [plateformes en ligne de streaming musical] ont refusé la mise en ligne quotidienne que j’avais fantasmée car ils concentrent les sorties exclusivement le vendredi. Première frustration : je serais passé d’une sortie journalière à une sortie hebdomadaire. À la rigueur, pourquoi pas ? Je pouvais accompagner ce rendez-vous de quelques vidéos expliquant pourquoi tel choral me plaît plus qu’un autre et mettant en valeur mes favoris. Quoique un tantinet déçu, j’étais prêt à réinventer le dispositif sans abandonner l’idée de l’exploration en feuilleton. Après, tout a pris un temps de dingue. Entre l’enregistrement des cent premiers chorals et le lancement de la série, il a dû s’écouler une dizaine de mois.

Et tu as dû à nouveau changer ton fusil d’épaule.
Oui, encore une fois à cause des agrégateurs.

 

« Enregistrer dix heures de Bach, ça n’est pas rien »

 

Des adversaires habituels, pour un innovateur de ta trempe…
J’avais déjà eu maille à partir avec eux quand j’avais publié ma série expérimentale. J’avais plaidé pour des sorties plutôt hebdomadaires que mensuelles. Je croyais plus à l’effet de curiosité suscité par un rendez-vous assez fréquent qu’à un rendu de gros pavé disponible à la fin du mois. Ma demande a été rejetée par la plateforme. Ça m’avait chagriné car on s’éloignait vraiment du projet. Même topo pour Bach : j’ai été chafouin quand mon intégrale est devenue une série d’albums alors que j’espérais provoquer des rencontres, du désir, pourquoi pas de la frustration (c’est court, en général, un choral, tu as hâte d’être à demain pour entendre le prochain) ? En tout cas, j’aurais voulu fomenter quelque chose de plus digeste que douze disques d’une cinquantaine de minutes chacun.

Aujourd’hui, celui qui se procure tes disques – je ne sais pas s’ils existent en physique, mais presque peu importe – se retrouve devant une trentaine de chorals par volume. Remarque, chacun peut dĂ©cider de ne s’en Ă©couter qu’un par jour…
Bien sûr ! Des radios protestantes étaient prêtes à accompagner le concept en diffusant un choral par jour. Quant à l’appropriation du projet par les curieux, mon idée d’origine était que l’auditeur se passât le choral en boucle pendant quelques minutes de sa journée. J’aime l’idée qu’une mélodie, une harmonie et une polyphonie accompagnent la journée d’un mélomane… et que l’envie de découvrir la pièce du lendemain le titille aussi.

Puisque cela n’a pu aboutir, que faire de ces 371 chorals répartis en 12 volumes ?
Les considérer pour ce qu’ils sont : un concentré de grande musique. C’est pas mal, non ? Tant pis si je n’ai pas réussi à m’emparer des nouveaux outils que constituent les plateformes pour m’émanciper de la logique de l’album.

Derrière le ton posé que tu emploies, on fait plus que deviner ta frustration. Après l’interdiction d’écrire tes propres transcriptions, l’impossibilité de distribuer tes sessions comme tu l’entends…
J’essaye de savoir raison garder. Enregistrer dix heures de Bach, ce n’est pas rien. Reste que monter un projet qui n’est pas une suite d’albums et se voir contraint de le transformer en une suite d’albums, ce n’est pas la panacée. Ni pour celui qui avait imaginé qu’une autre écoute était possible, ni pour l’auditeur, comme tu l’as relevé en me demandant « comment écouter l’intégrale ? ». C’est beaucoup plus difficile à comprendre.

 

 

« L’enregistrement n’a pas Ă©tĂ© simple, mais j’ai cessĂ© de m’emmĂŞler les pinceaux »

 

En cours de route, tu as abandonné l’idée des vidéos best of ou didactiques ?
Oui, car je trouve qu’elles avaient du sens dans le cadre d’un projet précis. Elles s’intégraient à un édifice cohérent. Seules, franchement, elles auraient beaucoup perdu de leur pertinence. J’ai préféré laisser la nouvelle mouture de l’intégrale vivre sa vie.

En une série de disques.
En effet. Et j’ai bien aimé ce qu’en a écrit Damian Thompson pour The Spectator : « Je défie quiconque d’écouter plus d’une douzaine de chorals à la suite sans sombrer dans l’ennui. En revanche, il suffit d’en écouter un par pour être ébloui. »

Justement, quel conseil donnerais-tu à un auditeur qui souhaiterait découvrir ton monument Bach ? Comment s’approprier l’intégrale ? Par quel volume commencer ? Si l’on s’en réfère à la cyclicité des années liturgiques, j’imagine que cela n’a guère d’importance, mais peut-être l’un des douze disques résonne-t-il particulièrement, dans ton souvenir…
C’est sûr que certains chorals me plaisent plus que d’autres.

Par exemple ?
Attends, je prends mon recueil… Bon, par exemple, « Christ, unser Herr, zum Jordan Kam », « Christ ist erstanden », « Auf meinen lieben Gott » ou « Ermutre dich, mein schwacher Geist » extrait de l’Oratorio de NoĂ«l… En fait,
si tu voyais ma partition, tu rigolerais : certaines pièces sont ornées d’un cœur voire de deux cœurs, quand je les apprécie particulièrement ; d’autres (mais parfois les mêmes) ont droit à une étoile de David ou deux, quand je les juge très intéressantes !

Mettons les mains dans le cambouis musicologique et posons une question technique : quelle édition as-tu utilisé, et pourquoi ?
Au début, Stéphane m’a fait travailler sur l’édition Breitkopf. Plus tard, j’ai opté pour l’édition d’Albert Riemenschneider chez Schirmer / Hal Leonard. En effet, la première édition Breitkopf de 1912 avait repris le travail de Carl Philip Emmanuel Bach, initialement publié en quatre volumes. Moi, ça m’allait très bien, cette organisation simple et efficace. J’ai donc commencé à enregistrer à partir de cette version. Sauf que je me suis aperçu que, dans les années 2010, je crois, Breitkopf a publié une nouvelle édition critique pour laquelle ils ont supprimé beaucoup de chorals car ils ont estimé que, dans le lot, beaucoup de chorals n’étaient pas de Johann Sebastian Bach. À l’arrivée, le nombre définitif de chorals était moindre que chez Schirmer, de sorte que j’ai préféré migrer chez Schirmer… ce qui m’a considérablement compliqué la tâche au moment où j’ai dû faire le lien entre les deux éditions pour coordonner les enregistrements déjà en boîte et les nouveaux.

Pourquoi ?
Chez Azure Sky travaille un mec qui adooore Bach. Il m’avait préparé un hénaurme tableau Excel pour relier les différents chorals selon l’édition et selon les fichiers ProTool. C’était quelque chose d’assez militaire, on va dire, au sens où c’était ultra organisé et rigoureux… mais ça faisait sauter la logique d’enregistrement que j’avais imaginée. Du coup, les premiers mois, je me suis planté dans la dénomination des fichiers, en mélangeant les fichiers « B » (pour Breitkopf) et « R » (pour Riemenschneider). D’autant que, la plupart du temps, j’enregistre le soir, et il m’arrive d’être un peu fatigué lorsque je dois m’astreindre aux tâches techniques afférentes. Heureusement, j’ai fini par trouver un process qui m’empêchait de m’emmêler les pinceaux, et il n’y a plus eu de problème.

 

 

« J’aimerais créer un petit moment suspendu »

 

Alors, puisqu’on en est au process, quid du process d’écoute ? Quel mode d’emploi pour l’auditeur ?
Je pense que le mieux est d’écouter au pif. Il faut se laisser prendre par un sentiment hyper rare chez le mélomane bachomaniaque : la surprise. Normalement, il devait y avoir une sortie coffret en février 2026, mais je n’en entends plus parler. C’est comme Godot, je l’attends toujours ! Le temps qu’elle arrive, tu prends un disque, tu mets une piste au hasard et tu écoutes. Tu fais ça à des moments de la journée qui te semblent propices, à des moments où tu as envie de te poser pour écouter un Bach beaucoup plus organique que le Bach des fugues. Un Bach qui te propose une jubilation beaucoup plus immédiate. Et puis tu as une possibilité plus transcendantale.

Peste ! Que sera-ce ?
Les équipes d’Azure Sky Records ont passé un temps assez fou à réorganiser les chorals non pas par ordre orthographique mais en fonction des temps liturgiques. Ça, c’est pour ceux qui veulent suivre le canon des Évangiles – je sais que nous sommes de moins en moins nombreux –, voire si tu veux lire à ta famille l’extrait du jour de la Bible. Chacun son appétence, mais je précise que, même si je ne fais pas partie de ces croyants, je me dis qu’un choral approprié joué au piano peut offrir une BO assez sympa à l’écoute de la parole de Dieu.

Tu soulignes ainsi que la musique de Bach avait parfois, sinon souvent, une dimension fonctionnelle…
… et mon but premier serait de diriger la curiosité des auditeurs sur autre chose. J’aime l’idée que l’on écoute un choral pour créer un petit moment suspendu qui t’appartient. Tu écoutes. Tu regardes la nature. Un oiseau qui s’envole [l’entretien se déroule sur fond de chants d’oiseaux incessants, on dirait du Mesiaen en mieux, NDLR]. Un papillon qui essaye de butiner une fleur. Tu as une minute trente, deux minutes grand max pour te sortir de tes notifs IG. Si la musique peut t’aider à ça, bah, ça paraît rien, mais je pense que ça n’est pas rien du tout.

Ă€ suivre !

Nicolas Horvath et Yuri Revich jouent Philip Glass, salle Gaveau, 14 juin 2026 – 1/3

 

Nicolas Horvath, salle Gaveau (Paris 8), le 14 juin 2026. Photo : Rozenn Douerin.

Coup double pour un Nicolas Horvath habituĂ© des grandes formes. Ă€ 14 h, il joue Philip Glass en compagnie du violoniste Yuri Revich ; Ă  17 h 30, il joue Erik Satie. Nous nous sommes faufilĂ©s salle Gaveau pour profiter du premier Ă©pisode, composĂ© de deux parties : les dix premières Ă©tudes pour piano d’abord, le concerto pour violon substituant le piano Ă  l’orchestre (le transcripteur ne sera pas citĂ©).
Les Ă©tudes de Philip Glass  sont l’un des domaines particuliers de Nicolas Horvath. Il les a jouĂ©es environ un milliard de fois (il a mĂŞme participĂ©, au cĂ´tĂ© du compositeur, Ă  l’intĂ©grale collective donnĂ©e jadis Ă  la Philharmonie de Paris), les a enregistrĂ©es, et a choisi d’interprĂ©ter les dix premières parce qu’il juge qu’elles forment un cycle cohĂ©rent et parce qu’il les prĂ©fère aux dix dernières, plus hĂ©tĂ©roclites. Pas question pour autant de se laisser aller Ă  la familiaritĂ© ou Ă  la nĂ©gligence avec dix pièces d’une difficultĂ© variable mais exigeant chacune de l’interprète

  • luciditĂ©,
  • rigueur et
  • poĂ©sie

Dès la première Ă©tude, capot du piano fermĂ© « pour se rapprocher du son choisi par le compositeur lorsqu’il a enregistrĂ© ces pièces », le musicien met les choses au clair.

  • TonicitĂ© des accords,
  • Ă©nergie des doigts dĂ©liĂ©s,
  • groove du tempo rapide et des accents,
  • soin soyeux des nuances,
  • dynamisme des octaves rĂ©pĂ©tĂ©es qui rebondissent :

d’un seul coup d’un seul, ceux qui n’auraient pas bien attachĂ© leur perruque sont sans doute retournĂ©s au statut si souvent honni de chauve. Le contraste avec la deuxième Ă©tude (l’artiste enchaĂ®nera les dix chapitres quasiment all’attacco) est d’autant plus saisissant.

  • Onirisme de la mĂ©ditation,
  • profondeur des graves,
  • lĂ©gèretĂ© des aigus,
  • plaisir du bercement rĂ©gulier,
  • clartĂ© de la mĂ©lodie surplombante,
  • rayonnement du son sculptĂ© par une juste pĂ©dalisation et
  • gourmandise d’un long decrescendo

hypnotisent un parterre bien garni – mĂŞme si, chacun le sait, les meilleures places ont au rang X du second balcon, sauf pour les personnes de taille raisonnable Ă  grande tant la place guibolistique offerte est inconfortablement minime. La troisième Ă©tude travaille un Ă©lĂ©ment du style glassien jusqu’ici laissĂ© de cĂ´tĂ©, Ă  savoir la fragmentation. On goĂ»te donc le mystère provoquĂ© par

  • l’Ă©clatement itĂ©ratif du propos,
  • la sapiditĂ© des variations thymiques et rythmiques,
  • la jubilation des contretemps aux allures de ressac tempĂ©tueux contre la digue de la mesure et du mĂ©tronome, ainsi que
  • l’immense palette horvathienne
    • de touchers,
    • d’attaques et
    • de phrasĂ©s.

Impressionnant ! La quatrième étude fonctionne sur les dialogues entre

  • stabilitĂ© et dĂ©sir de mouvement,
  • motorisme de la main gauche et incisivitĂ© (je tente le nĂ©ologisme) de la main droite,
  • clapotements d’une apparente stagnation et Ă©claboussures provoquĂ©es par les changements de registres.

La cinquième Ă©tude n’est assurĂ©ment pas la plus spectaculaire mais elle respire le luxe

  • du calme,
  • de la suspension,
  • de la retenue,
  • de l’interrogation propre aux cellules brisĂ©es,
  • des miroitements de la nuance piano,
  • d’aigus mĂ©lodieux bien qu’ils ne forment pas une mĂ©lodie Ă  proprement parler, bref,
  • d’une virtuositĂ© qui n’est plus dans la cĂ©lĂ©ritĂ© qui bastonne mais dans la fabrique dĂ©licate du son.

Évidemment, les touristes hispanophones qui nous jouxtent en profitent pour laisser longuement tintinnabuler leur cellulaire. Nous allons faire une courte pause pour ne pas nous escagasser plus que de raison, et nous reprendrons prochainement le cours de nos émotions.

Nicolas Horvath – Le grand entretien parisien – 1

Affiche du premier des 2,5 concerts parisiens de juin 2026 (détail)

En concert pour deux hénaurmes dates parisiennes et demie, incluant une pleine après-midi à la salle Gaveau ce 14 juin 2026, Nicolas Horvath se confie sur ses projets, son métier, son amour de la musique et ce qui attend les spectateurs lors de ses trois prochaines prestations capitales… et au fil de ses disques désormais innombrables.

1.
L’homme qui voulait parler de Bach

Nicolas, il y a quatre ans presque jour pour jour, nous avions profité de la sortie de ton premier disque comme compositeur pour fomenter un tout aussi premier « grand entretien » avec toi. Pour le continuer, j’ai trouvé non pas un mais deux prétextes et demi, autour de tes prochaines dates parisiennes. Sauf que l’histoire est plus compliquée que ça, comme l’indique ton site.
Ha bon, pourquoi ?

N’importe quel artiste présenterait son agenda par ordre chronologique. Comme « môssieur » n’est pas n’importe quel artiste, il a décidé d’organiser son planning européen par les répertoires qu’il joue en parallèle et parfois en les croisant. À savoir, d’une part, Chopin, Glass, Satie, pour ce qui est de la musique officiellement savante ; d’autre part, les musiques du studio Ghibli ou d’Assassin’s Creed pour tes explorations des animes et des jeux vidéo.
Tu oublies Bach.

Non, parce que Bach – dont tu as enregistré 371 chorals en douze disques pour Azure Sky Records – se réfère à ta discographie, pas à ton agenda.
C’est vrai que je n’ai pas eu une grosse demande des programmateurs sur ce répertoire… Un peu comme quand j’ai enregistré des disques de compositrices très peu connues voire jamais jouées : je n’ai pas été sollicité, les créatrices demeurent toujours aussi peu jouées !

 

« J’ai senti que ma case était devenue une cage »

 

Que t’inspire ce manque de curiosité des programmateurs ?
Pfff, d’après toi ? J’en suis triste, mais je reconnais que, pour les concerts, même si je peux être force de proposition, je suis très dépendant des invitations que l’on m’adresse.

Puisque tu veux parler du Kantor, qui n’était pas directement au programme de l’entretien, dis-nous : qu’aimerais-tu jouer de Bach en concert ?
J’adoooorerais jouer mon florilège de chorals personnel ; et j’adoooorerais le faire dialoguer avec Chopin ou avec Glass.

Qu’est-ce qui coince ?
Hum, mon intégrale des chorals n’a pas rencontré un écho énorme dans les médias, spécialisés ou pas, de sorte que les organisateurs ont pu passer à côté de mes disques sans grande difficulté. Je n’en rejette pas la faute sur la cécité des uns ou sur l’absence de valorisation média adéquate car, pour ce qui m’incombe, je dois battre ma coulpe : j’ai l’impression que mon inadaptation aux réseaux sociaux n’a pas contribué à amplifier l’aura de cette nouveauté, c’est rien de le dire ! Pour autant, je ne désespère pas que cette graine Bach que j’ai plantée ne pousse pas plus tard…

Puisque tu as réussi à piquer notre curiosité, allons plus loin : comment t’est venue cette idée saugrenue d’une « intégrale des chorals de Bach » ? Tu as lancé ta carrière comme M. Liszt, tu l’as développée comme M. Minimaliste par ton inclination pour cette musique, et M. Maximaliste pour les formes géantes de récitals ou d’intégrales que tu affectionnes. Pourquoi diable es-tu allé repasser ton Bach ?
Haha, cette blagounette est un peu vraie, dans mon cas. J’ai ce projet en tête depuis hyper longtemps. En fait, l’histoire commence quand je prends des cours de composition avec Stéphane Delplace. Comme souvent, les profs de compo te mettent face aux chorals de Bach, car ils forment une base essentielle. En l’espèce, le cas était encore plus grave car Stéphane est à genoux devant ce corpus.

Va pour le compositeur que tu es ; mais l’interprète ?
À l’époque, je jouais quelques chorals, guère plus. Néanmoins, je me disais que, un jour, ce serait bien que je fisse le tour de ce gros recueil, même si je vénérais par-dessus tout L’Art de la fugue que j’espère avoir l’heur d’enregistrer un jour.

Entretemps, tu as le malheur d’avoir le bonheur (si) de contracter avec Naxos où, de fil en aiguille, tu deviens petit à petit le Spécialiste ès Compositeurs Inconnus que la firme a permis à beaucoup de mélomanes de découvrir à petit prix.
En quelque sorte, oui, j’étais voué à jouer des gens ou des œuvres pas célèbres. Or, quand tu es catégorisé, rares sont les maisons de disques qui acceptent que tu sortes de ta case devenue une cage. Par exemple, je me souviens de promesses d’albums Scarlatti qui n’ont jamais vu le jour.

Tu n’aurais pas envisagé une intégrale des 555 sonates environ, au hasard ?
Oh que si, et je l’envisage toujours, même si je sais que ça ne se concrétisera pas dans l’immédiat ! Pour être honnête, j’avais même commencé à mettre l’ouvrage sur le métier… Ça ne s’est pas encore réalisé, mais méfiez-vous : quand je crois à la pertinence musicale d’une idée, je suis têtu !

 

 

« J’ai toujours voulu avancer »

 

Reste que, lorsque tu étais naxossiste, Scarlatti était trop connu pour toi qui étais connu pour jouer des compositeurs inconnus.
Certes, et la même logique a retoqué mon projet Chopin, qui n’intéressait absolument pas Naxos, d’autant que je n’étais pas étiqueté comme un « pianiste Chopin ». Alors, quand, avec le label 1001 notes, on a commencé à prendre langue autour de mon projet d’intégrale des « nocturnes de Chopin différents », je me suis remis à bosser sérieusement, et j’ai senti que, pour arriver à comprendre Chopin dans l’intimité de sa musique, je devais repasser par les chorals de Bach.

Pourquoi ?
Chopin est hyper influencé par les chorals de Bach.

Et Nicolas Horvath, est-il « hyper influencé par les chorals de Bach » ?
Quand j’apprenais la compo, moyen. J’étais passionné par ce que l’on appelle le romantisme tardif, dont rien n’est plus éloigné que Bach. C’est Chopin qui m’a obligé à y revenir !

Hélas, tu étais un cheval de l’écurie Naxos.
Attention, je ne crache pas dans la soupe ! C’est sécurisant d’être artiste Naxos. C’est flatteur d’être numéro un des ventes. C’est rassurant d’être identifié. Le revers de la médaille consiste à avoir une sorte d’œil de Sauron braqué sur soi. Au moment où des envies différentes me prennent, tout me rappelle qu’un contrat d’exclusivité de deux ans pèse sur moi, valable cinq ans pour les compositeurs que j’enregistrais. Encore une fois, je nuance mon propos : le contrat était la promesse de l’engagement d’une grosse machine derrière moi, ce qui est trrrrès confortable pour un artiste ; ce nonobstant, il était aussi une chaîne qui m’entravait sérieusement. J’en ai pris conscience.

Comment leur as-tu expliqué que « they shall not pass » ?
J’ai fait profil bas, et j’ai proposé des projets qui ont été systématiquement refusés. Par exemple, la série expérimentale dont tu as rédigé certains livrets, je l’avais d’abord soumise à Naxos. Pourtant, elle aurait eu du sens et de la gueule chez eux ! Mais le refus du label m’a permis de sortir des disques ailleurs, même quand j’étais sous cloche. Après la musique minimaliste inconnue, je leur ai proposé mon intégrale des nocturnes presque aussi inconnus de Chopin. Re-non.

Il faut en vouloir pour garder l’espoir et l’envie !
Je sentais qu’une histoire se défaisait, mais je n’avais pas le choix et je voulais avancer. En parallèle, j’avais gardé des liens avec mon ancienne directrice chez Naxos qui était passée chez Azure Sky Records. Je lui ai soumis l’idée Bach, à laquelle je croyais profondément. J’ai senti que ça tiltait. Quelle joie !

 

 

« La vie ne s’organise pas sur un tableur Excel »

 

Qu’est-ce qui, selon toi, justifiait l’enregistrement d’une telle masse musicale ?
Ne serait-ce que le fait que ça n’avait jamais été enregistré alors que c’est génial.

Peut-être faut-il s’arrêter sur le « ça » du « ça n’a jamais été enregistré ». On peut le dire, ces chorals de Bach ne sont pas de Bach mais transcrits d’après Bach. Les as-tu transcrits toi-même ?
Je vais être très transparent avec toi et ceux qui nous lisent. À l’origine du projet, j’avais prévu de réarranger l’ensemble du corpus pour le rendre plus pianistique. Azure Sky Records s’y est opposé parce que ça leur aurait coûté trop cher puisque le label aurait dû me verser des droits de transcription.

Ce qui aurait été logique et juste…
En théorie, peut-être. En pratique, comme il existait des arrangements tombés dans le domaine public, ben, les gars préféraient une option nettement moins coûteuse.

Je vais me permettre de réagir avec un idiolecte de musicologue (enfin, je crois) : c’est couillon car tu aurais pu, par la suite, proposer à la vente tes propres versions des chorals.
C’était l’idée. D’autant que les cent premiers chorals étaient prêts. Hélas, il paraît que, économiquement, le défi n’était pas tenable pour le label. Le domaine public était plus abordable !

Malgré ce frein à la fois stupide et très compréhensible, tu as poursuivi le projet d’intégrale car, pour toi, l’intégrale participe moins d’un fantasme de complétude que d’une idée de panorama évolutif : on voit tout l’œuvre, mais pas de la même manière entre le début et la fin.
Oui, et pas uniquement d’un point de vue artistique. Tu vois, tout à l’heure, on parlait de Scarlatti. Or, j’ai lu un entretien de Scott Ross qui, lui, a enregistré une intégrale mémorable des sonates pour un petit label français. Il évoquait l’évolution technique de la prise de son au fil des sessions. Ça a résonné en moi car j’ai expérimenté cette sensation.

Il faut préciser que tu enregistres toi-même ton piano dans ton studio, et que l’enregistrement des dix heures de Bach ne s’est pas fait en un tournemain.
Non, il m’a fallu environ trois ans pour le mener à bien ; et je décèle évidemment une différence de timbres entre les premiers enregistrements et les derniers. Petit à petit, je progresse. Le son est plus fin et plus juste. C’est aussi cette histoire que racontent les intégrales que j’enregistre.

Tu te rends compte où on en est ? On était censés parler de tes prochains concerts parisiens, et on a à peine commencé d’aborder ton projet Bach qui n’en fait pas partie…
C’est logique ! Tous mes projets s’inscrivent dans ce que je pense et ce que je vis. Tout est relié. Des passerelles conduisent dans de nombreuses directions. La vie ne s’organise pas sur un tableur Excel. Je lance des idées, parfois elles vont à dame, parfois elles restent suspendues ; et même cette suspension, aussi décevante soit-elle, m’amène l’énergie qui pousse une autre idée et l’aide à se concrétiser. N’est-ce pas à toi d’organiser l’entretien ?

Károly Ferenczy, « Modernité hongroise », Petit palais, 12 juin 2026

Károly Ferenczy, « Les Archers » (1911, détail). Photo : Rozenn Douerin.

Au lendemain de la mort de David Hockney et loin de l’inauguration sponsorisĂ©e par Vranken, nous voici devant l’une des deux expositions du Petit palais. La première s’intĂ©resse au portrait et « fait dialoguer » des Ĺ“uvres patrimoniales avec des machins ayant la particularitĂ© d’avoir Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©s par des femmes bien en cour au ministère de la Culture et plus si affinitĂ©s (ces machines qui font confluer les hashtags Ă  subventions ou commandes publiques type Claire Tabouret). La seconde – qui nous intĂ©resse, elle – plonge dans l’œuvre quasi inconnue ici d’un peintre hongrois et stimule diablement, en dĂ©pit d’un parcours plombĂ© par la banalitĂ© sans vergogne de la prĂ©sentation fomentĂ©e par Annick Lemoine, patronne d’Orsay et de l’Orangerie. La dame, forcĂ©ment bien en cour elle aussi, a trouvĂ© une tripartition d’une inventivitĂ© presque insultante pour le visiteur tant elle est nulle et non avenue.

  • « Un artiste en devenir »,
  • « Un artiste accompli » et
  • « Dernières expĂ©rimentations »

scandent la visite et scandalisent le visiteur. J’espère que tout le budget n’est pas passĂ© dans ce trait de gĂ©nie, lors d’une rĂ©sidence en brainstorming Ă  l’Ă®le Maurice aux frais de la Francophonie ! Sinon, j’ai d’autres suggestions pour de prochaines expositions, parmi lesquelles

  • « Permanences, mutations et pĂ©rennitĂ©.s d’un Ĺ“uvre »,
  • « Naissance d’un peintre, accomplissement d’un artiste, postĂ©ritĂ© d’un.e homme »,
  • « Un gĂ©nie.x qui s’assume prĂ©cocement, un talent qui se dĂ©passe en dĂ©tricotant les genres, un pinceau qui fait apothĂ©ose de sa dĂ©construction »

(me contacter pour plus de propositions).

 

Károly Ferenczy, « Matinée ensoleillée » (1905, détail). Photo : Rozenn Douerin.

L’exposition « Modernité hongroise », titre aussi affligeant que la structure du parcours, permet de découvrir un peintre star en son pays mais à peu près inconnu en France. Elle va poser d’intéressantes questions au fil de la visite – précisons que, ce vendredi presque soir, il y a très peu de monde dans le musée, ce qui est peu flatteur pour feu le peintre, certes, mais aussi un plaisir rare et presque incommensurable pour le badaud parisien.
La première de ces questions est celle de la lumière. La présentation alterne des tableaux sombres à peine éclairés dont, avouons-le, on ne peut distinguer que quelques masses, guère plus, et des tableaux d’une luminosité impressionnante (une série de salles décline le projet de « peindre au soleil » jusqu’à l’éblouissement).
La deuxième question est celle de la polymorphie de la patte stylistique. À une même période, Károly Ferenczy, devenu peintre « sur le tard » (il revendique avoir assumé son premier tableau à vingt-sept ans), peut claquer des tableaux très différents,

  • l’un s’efforçant au rĂ©alisme,
  • l’autre se risquant Ă  un espace impressionniste,
  • un autre encore prĂ©fĂ©rant le flou au dĂ©tail.

Notons que, hélas, la maladresse d’une présentation décidément ratée, mélangeant ex abrupto aux œuvres de Ferenczy des tableaux complémentaires signés par d’autres peintres, ne facilite pas la méditation du promeneur à ce sujet.
La troisième question, assez liée, est celle de la structure thématique, des paysages pouvant se mêler à une section sur les portraits et réciproquement. Pour le non-spécialiste, tout se passe comme si les sachants avaient voulu imposer une partition rigide que les faits contredisaient, et qu’ils avaient dû se résoudre à boucher des trous avec

  • des crĂ©ations d’autres artistes,
  • des Ĺ“uvres secondaires voire tertiaires de Károly Ferenczy (vagues esquisses ou Ă©tudes pour des affiches), ou
  • des tableaux aux thĂ©matiques ou aux genres diffĂ©rents de ce qu’annonçait la section – ballot.

 

Károly Ferenczy, « Chant d’oiseau » [sans oiseau] (1893, dĂ©tail). Photo : Rozenn Douerin.

Si, en dépit de cadres éblouissants, coupables imprécisions et astuces pataudes décontenancent, elles n’obèrent pas totalement, loin de là, l’intérêt de la découverte,

  • plaisante – c’est un compliment –,
  • parfois saisissante,
  • souvent admirative

devant ce que l’on imagine avoir été un combat entre un savoir-faire patent (les drapés, la matière, les compositions) et la quête d’une voie personnelle, spécifique, reconnaissable qui, par chance pour nous, n’aboutira pas.

  • Ni la fascination pour la nature,
  • ni les dĂ©tours par la religion ou la mythologie,
  • ni la frĂ©quentation des problĂ©matiques du portrait ou des paysages domestiques,

ne permettent rĂ©ellement de dĂ©finir la « patte Károly Ferenczy ». Le combat prĂ©vaut sur la certitude. C’est palpitant. En effet, plus qu’à une Ă©volution chronologique banale d’un chanteur Ă  pinceau dĂ©couvrant sa voix petit Ă  petit, on se laisse saisir par son exploration avide de genres et d’embardĂ©es diffĂ©rents.

  • Autoportraits criant la difficultĂ© de l’artiste Ă  cerner la jointure entre artisanat et art,
  • maĂ®trise technique qu’il dĂ©ploie et observe en peignant telle apprentie consĹ“ur et en Ă©voquant avec gourmandise l’ambiguĂŻtĂ© crĂ©atrice de la palette, thème rĂ©current du travail exposĂ© Ă  Paris,
  • Ă©chappatoires symboliques Ă  travers
    • la forĂŞt,
    • les cieux ou
    • les figures bibliques tutĂ©laires,
  • rĂ©fĂ©rence Ă  des topoi locaux comme ces tziganes et bohĂ©miennes, habillĂ©s ou nues,
  • fusion des genres voire des Ă©poques comme quand JĂ©sus enseigne Ă  un Ă©trange arĂ©opage
    • d’enfants,
    • de chevaliers en armure et
    • d’homme Ă  chapeau haut de forme,
  • exploration presque homoĂ©rotique du corps des garçons – fraĂ®chement sortis ou non de l’eau – et des hommes, parfois lutteurs, oĂą le sexe (et non le sĂ©ant) est souvent masquĂ©, fors le Christ gisant, voire
  • connexion Ă  des communautĂ©s ou des ensembles d’artistes oĂą le peintre semble vouloir trouver une place, entrĂ©e dans une logique de sĂ©rialitĂ© tentant par exemple de cerner de quatre façons diffĂ©rentes un mĂŞme patio,

rien ne semble lui permettre de fixer sa propre identitĂ© d’artiste avec la force de l’Ă©vidence.

 

Károly Ferenczy, « Jeunes garçons se baignant l’Ă©té » (1902, dĂ©tail). Photo : Rozenn Douerin.

La fin de l’exposition, quoique pas la plus passionnante immédiatement, paraît acter la déchirure.

  • Ici, des corps nus et des tissus froissĂ©s ;
  • çà, des portraits familiaux ou amicaux qui ressassent un artisanat Ă©blouissant qui tourne presque Ă  vide Ă  force de renoncer Ă  une narration ou Ă  une radicalitĂ© ;
  • lĂ , des espaces considĂ©rĂ©s comme matières picturales n’ayant plus besoin de mise en perspective.

Il y a

  • de l’émotion dans cet abandon,
  • de l’énergie dans cette brisure, et
  • de la morale douce-amère dans cette acceptation ne s’être peut-ĂŞtre pas totalement trouvĂ©… sans jamais avoir abandonnĂ©.

En dépit d’une structuration de l’exposition plutôt lamentable (et d’un état moyen de conservation des tableaux globalement inquiétant), le visiteur ne peut que se goberger et de la découverte de tableaux essentiellement empruntés aux grandes collections de Budapest, et de cette étrange et insoupçonnable errance mentale d’un grand peintre qui, selon toute probabilité, est mort sans avoir réussi à percer le secret de son talent.

Persister, c’est vivre un peu plus fort

Le concert du jour !

Ils y croient. Ils croient que ça vaut le coup. Le coup de chanter l’autre qui, lui-mĂŞme a chantĂ© lui-mĂŞme et l’autre sans, toujours, les distinguer dans le miroir qu’est la chanson. Bref.
Jann Halexander et Pascal Bertonneau s’aventurent de l’autre cĂ´tĂ© du pĂ©riph’ pour prolonger la grande chanson en exaltant certains aspects du catalogue de Catherine Ribeiro pour l’un, de François BĂ©ranger pour l’autre. Bertonneau opte pour un premier degrĂ© assumĂ©, sans forfanterie ni facĂ©tie : la chanson de BĂ©ranger, rien qu’elle. Halexander fait un pas de biais en enlaçant quelques-unes de ses Ĺ“uvres Ă  celles de madame Ribeiro en personne.

 

 

L’un choisit d’ĂŞtre Ă  nu ou presque : seuls le titilleront les dix doigts de son pianiste. L’autre dĂ©gaine un trio qui le connaĂ®t bien, et rĂ©ciproquement :

  • SĂ©bastyĂ©n Defiolle sera Ă  la gratte Ă©lectrisante,
  • Claudio Zaretti sera Ă  la sèche groovy,
  • je ploum-ploumerai.

Et ça se passera dans un « tiers-lieu » (haha, classe ou bien ?) de Massy (91) ce 5 juin à 19 h 30.


Rendez-vous Station l’Atlante au 16, bis rue Ampère de Massy. On peut rĂ©server avantageusement ici.

Sempervirente !

Le concert du jour !

Comme le chante Michèle Bernard des Communardes, on la prenait volontiers pour

  • une virago post-hippie,
  • une pasionaria rouge,
  • une hystĂ©rique extrĂŞme-gauchiste Ă  la voix vocifĂ©rante.

C’est si pratique de mettre en boĂ®te une nana qui veut ouvrir les cages, l’insolente ! Pratique, mais inoffensif car Catherine Ribeiro n’a jamais Ă©tĂ© l’ombre de la caricature machiste et droitière que certains connauds ont dressĂ©e d’elle, pas plus qu’elle n’est devenue, aujourd’hui, un lointain souvenir de la chanson des annĂ©es 1970 dont les snobs aimeraient goĂ»ter la poussière vintage. Catherine Ribeiro est actuelle et Ă©tait multiple :

  • femme engagĂ©e contre les injustices, oui,
  • poète aimant rugir et bondir, heureusement, mais aussi
  • ĂŞtre sensible sachant ĂŞtre
    • amoureuse
      • lucide,
      • exaltĂ©e ou
      • blessĂ©e,
    • bricoleuse de formes musicales libres, et
    • inventrice de possibles capables de porter ses auditeurs.

 

 

C’est cette Catherine kalĂ©idoscopique qui a touchĂ© Jann Halexander, lequel a eu la chance de croiser la chanteuse Ă  la fin de sa vie, de vive voix et de vive main ; et c’est en hommage Ă  cette capacitĂ© de la dame rouge Ă  sortir des gonds oĂą certains eussent souhaitĂ© la cantonner qu’il proposera une nouvelle version de son tour de chant autour du rĂ©pertoire ribeirique en y mĂŞlant ses propres chansons en Ă©cho… et en ouvrant la porte pour trois fredonneries Ă  Pascal Bertonneau, interprète de François BĂ©ranger.
Aux guitares sèche et électrique, Sébastyén « Le fêlé » Defiolle et Claudio « Il professore » Zaretti. Au clavier, votre serviteur.


Rendez-vous ce mercredi 3 juin, Ă  19 h, dans la salle de spectacle et de dĂ©bats de l’antre anar qu’est la librairie Publico (145, rue Amelot | Paris 11).
EntrĂ©e libre, forcĂ©ment libre, sortie aussi mĂŞme si l’on peut glisser des billets de 200 € dans la sĂ©bile en sortant.

It’s tiiiiiiiiiime!

L’affiche de l’Ă©vĂ©nement (dĂ©tail)

Aujourd’hui. 19 h. 52, rue des Dames dans le dix-septième arrondissement de Paris. Interviouve, Ă©change avec le public puis coquetèle-dĂ©dicaces. Avec vous serait un plus positif pour fĂŞter le lancement parisien de ce livre qui secoue.

Petits papiers – 19

Cerises parisiennes. Extra, mais quand même. Dans un espace appelé « bon marché ». Mais on en est là ! Photo : Rozenn Douerin.

En attendant un prochain post, quelques nouvelles du monde. À commencer par la sociologie version influenceuse en maillot.

 

Quand tu Ă©cris sans ciller un article sur un mec qui explique que « le vin est avant tout fait pour ĂŞtre bu » alors qu’il a stockĂ© 40 000 bouteilles dans son palace.

 

Je pose ça là.

 

Quand tu penses : « Mais c’est super cher et pas très, très gentil ! »

 

Les dĂ©clarations des vedettes françaises sur le point d’ĂŞtre Ă©crasĂ©es au premier tour après qu’on leur aura roulĂ© dessus.

 

Quel beau pays que le nĂ´tre !

 

Parfois, les sportifs, c’est comme n’importe qui : parler, vaudrait mieux pas. MĂŞme pour remplir L’Équipe.

 

L’incise et la grammaire sont des arts et des artisanats. N’importe qui ne devrait pas ĂŞtre autorisĂ© Ă  s’y essayer. Surtout s’ils sont gratte-papiers au Figaro.

 

L’admirable engagement d’un festival, sept ans après, et d’un chanteur engagĂ© auprès des associations par solidaritĂ© avec une cause. La sienne, mais bon, c’est pas plus dĂ©gueulasse que les associations qui se laissent acheter par celui qui ressemble de plus en plus Ă  un sous-DSK. Qui chante. Mal. En plus.

 

Si dĂ©foncer une Ă©glise n’est pas un acte antichrĂ©tien, en quoi consisterait l’incendie d’une synagogue ou d’une mosquĂ©e ? C’est pas pour moi, c’est pour un ami.

 

Tout s’achète. Les papes comme les Ferrari. L’important, c’est de ne pas avoir honte.

 

Les temps sont durs, soit, et les p’tits poissons font la gueule. N’empĂŞche, parfois, c’est bien de se dire que quand la hausse du SMIC de 2 % est une catastrophe qui va tuer ce qu’il reste de l’emploi en France (pas grand-chose, donc, mais quand mĂŞme)…

 

… augmenter un mec qui va gagner 8 millions d’euros au lieu de 5 millions l’an dernier, ça, y a bon. Pour info, l’augmentation du SMIC reprĂ©sente environ 35 €. 3 millions de hausse, c’est 85714 augmentations de hausse smiquistique. 8 millions, c’est 461 SMIC annuels.

 

Bref, c’Ă©tait pour dire rien, pensez ! Et pourtant, c’est Ă  suivre. Dingue, non ?