
Comme souvent, cette critique est biaisĂ©e. Parfois, on biaise quand on nous a mandĂ© un disque ou invitĂ© Ă un spectacle. Ou alors on biaise parce que l’on a payĂ© et que l’on a Ă©tĂ© fort marri. Bref, quoi que l’on fasse, que ce soit contre rĂ©tribution ou gratuitement, on est biaiseur. Et cette fois, on biaise soir et matin parce que Sophie Koch est notre chouchoute. Une de nos chouchoutes, mais quand mĂªme. VoilĂ , c’est dit.

Le concept
Dans le cadre des « Instants lyriques » de l’ÉlĂ©phant Paname, nouvel endroit jouxtant l’OpĂ©ra et l’Olympia pour proposer des cours de danse, des trucs bizarres, un restaurant et des rĂ©citals (on synthĂ©tise, comme disait Bontempi), la direction programme Sophie Koch et Joan MartĂn Royo pour un rĂ©cital avec Pierre RĂ©ach au piano. Les bĂ©nĂ©fices de la soirĂ©e (8500 €, oubliĂ©s dans le piano, hors vente de disques), forcĂ©ment Ă guichets fermĂ©s, sont reversĂ©s Ă un refuge cambodgien dans lequel la cantatrice est très investie.

L’endroit
La salle de spectacle dite « de notre DĂ´me » de Paris aurait des allures de salle des fĂªtes, sièges compris, Ă deux exceptions près : pour l’occasion, les spectateurs sont accueillis par un cocktail avec champagne Volner fin Ă l’étage ; et un dĂ´me enguirlandĂ© surplombe l’endroit. Cette association entre un endroit cheap et des efforts chic font le prix de la soirĂ©e (35 €, raisonnable vu le niveau de la programmation), sans tout Ă fait compenser sa principale faiblesse (acoustique sèche, sans rĂ©verbĂ©ration et peu flatteuse pour les voix).

Le récital
Le concert s’articule en trois tiers-temps.
Le premier oscille entre mĂ©lodie française (« Pastorale » de Saint-SaĂ«ns en duo, « Chanson triste » et « Le manoir de Rosemonde » par le baryton, alors que Sophie chantait « Le manoir » lors de son rĂ©cital Ă Garnier, en octobre) et lieder. On y apprĂ©cie notamment le souci très pertinent de prononciation de Joan MartĂn Royo, qui n’est pas juste une performance technique, puisqu’elle valorise le texte et donne ainsi du sens aux airs. Les Zigeunerlieder, ces chants censĂ©ment gitans mis en forme par Johannes Brahms, dont Sophie Koch s’attache Ă caractĂ©riser les diffĂ©rentes atmosphères, mĂªme si l’acoustique ne laisse pas beaucoup d’espace de rĂ©sonance au chant. Joan MartĂn Royo installe ses Schubert dans une interprĂ©tation feutrĂ©e, qui Ă©vite la dĂ©monstration de coffre au profit d’une dĂ©licatesse appropriĂ©e (« Der Lindenbaum », le tilleul du Voyage d’hiver et le mĂ©gatube Standchen, la sĂ©rĂ©nade du chant du cygne, flattent son goĂ»t pour le ciselĂ©).
Le second tiers est hispanophone. Il permet d’entendre tant le bolĂ©ro du « Desdichado » de Saint-SaĂ«ns que deux duos de Ruperto ChapĂ ainsi que le solo « Mi tĂo se figura », un des premiers airs solistes de Sophie Koch en espagnol. Manuel Penella et sa habanera de Don Gil de Alcala est aussi au programme, tout comme « DĂle que me ha deslumbrado », interprĂ©tĂ© avec la sensibilitĂ© ad hoc par Joan MartĂn Royo.
Le troisième tiers hommage le musical (comme d’hab’, ça veut rien dire, le verbe « hommager », mais je trouve que ça pulse, alors bon), valorisant la part tĂ©nĂ©breuse du crooner Royo (« Stars » de Claude-Michel Schönberg et « The impossible dream » de Mitch Leigh), les aigus faciles de la mezzo Koch, les amusements du duo (« Edelweiss », risquĂ© donc presque touchant) et le plaisir de la spĂ©cialiste de l’opĂ©ra inchantable ravie de se rouler dans le plaid confortable d’une musique plus apprĂ©ciĂ©e au ChĂ¢telet qu’à Garnier (« Climb every mountain » de Richard Rodgers).
Le résultat
De mĂªme que l’organisation associe cheap (incluant un nombre impressionnant de fautes orthotypo sur le programme papier, qui ne prĂ©sente pourtant ni les textes ni, a minima, la traduction des titres) et chic, de mĂªme le rĂ©cital joue-t-il la carte tant du brillant (voix ou prĂ©sence superlative des chanteurs ; exceptionnel toucher et attention aux vedettes de la part de Pierre RĂ©ach) que du homemade (programme chantĂ© distinct du programme distribuĂ©, blancs inattendus). Cette association entre brio et convivialitĂ©, grand rĂ©cital et soirĂ©e caritative, sans que jamais la seconde ne vampirise le premier, ouf, est une rĂ©ussite qui suscite et rĂ©-suscite l’enthousiasme justifiĂ© du public. Concert original, cadre atypique, prise de risque artistique de Sophie Koch, talent des acolytes = une très belle soirĂ©e. La meilleure formation d’une ouvreuse jouant couardement les agentes de sĂ©curitĂ© en fonction du physique des spectateurs sera un plus ; mais reconnaissons que, comme critique d’organisation, il y a pire.





















