Quand tu es presque pas en retard, donc que ton métro se bloque, que tu te dis « pas grave, ça fera une photo pour le site », que la photo est pourrie et que, en plus, a y est, tu es en retard.
Vous avez aimĂ© la folie Jean Guillou dans seize concerti pour orgue de Georg Friedrich Händel (Augure) ? ou la tranquillitĂ© d’un Herbert Tachezi aux ornements joyeux fricotant avec l’informĂ© Concentus Musicus Wien de Nikolaus Harnoncourt (Teldec) ? Il est temps de revenir Ă la raison mesurĂ©e de Michel Chapuis, rythmĂ©e par l’orchestre de chambre du Marais placĂ© sous la direction de l’organiste et chef Pascal Vigneron, et disponible dès le 5 janvier – par exemple ici.
Comme celle de Johnny Hallyday, mais en infiniment moins pute, la mort de Michel Chapuis a valu Ă l’artiste une dĂ©flagration de sanglots admiratifs. Oh, pas des cultureux millionnaires opportunistes et sales, montĂ©s d’Arles pour gratter un peu de gloire entre gens de fortune. En revanche, le chÅ“ur des rganiss, lui, a pleurĂ© un musicien que moult considĂ©raient comme intègre et pertinent. QualitĂ©s pas très sexy, Ă l’ère du creux Cameron Carpenter, mais qualitĂ©s qui vont au-delĂ d’un sens de la rigueur que l’on dirait snobistiquement « à l’ancienne » comme une moutarde fade. Pascal Vigneron, le chef et rganiss et patron du label Quantum, tantĂ´t chroniquĂ© çà et lĂ , n’est pas peu fier de rééditer sa gravure de l’opus 4 des concerti de GFH. D’abord parce qu’il a jouĂ© aux trains miniatures avec le maĂ®tre. Ensuite parce qu’il a appris que, grĂ¢ce Ă lui, Michou avait enfin Ă©trennĂ© son smoking. Enfin parce qu’il tient Michel Chapuis pour l’un des très grands, et que ce très grand Ă©tait passionnĂ© par les concerti en question.
Pourtant, ton farce Ă part, admettons-le : ce ne sont pas les pièces les plus passionnantes pour les obsĂ©dĂ©s d’orgue. Pour trois raisons. Un, ces pièces sont souvent des remixes d’œuvres prĂ©cĂ©dentes, contenues dans une structure engoncĂ©e dans l’alternance lent/vite/lent/vite qui, sur une heure d’écoute peine Ă passionner (logique : c’était pas fait pour). Deux, ces pièces sont conçues comme des interludes entre deux actes opĂ©ratiques, composĂ©es-jouĂ©es-dirigĂ©es par le mĂªme mec, ce qui sous-tend une certaine efficacitĂ© du propos synonyme de simplicitĂ© d’écriture. Trois, ces pièces sont Ă©crites pour des instruments basiques, que Gilles Cantagrel, dieu de l’organologie musicologistique contemporaine, dĂ©crit ainsi : « Un clavier, plus court que celui d’un clavecin, pas de pĂ©dalier, quelques jeux seulement. »
L’heure n’est donc pas aux sons spectaculaires, ni Ă la reconstitution historique pur jus (l’orgue Jean David du Mont-Dore ici utilisĂ© a deux claviers, onze jeux et un pĂ©dalier)… ni Ă la prĂ©cision de la réédition (l’image de l’orchestre de chambre du Marais et de sa jolie hautboĂ¯ste date de 2017), ni Ă l’originalitĂ© appĂ©tissante de compositions souvent bien sonnantes mais fonctionnelles. Pourtant, en dehors de l’émotion suscitĂ©e par le dĂ©cès d’une figure de l’orgue français, comparable en plus retentissant et en moins dramatique Ă la mort de Yannick Daguerre (peste, le nombre d’élèves que les grands organistes doivent se dĂ©couvrir lorsqu’ils meurent !), cet enregistrement saisit. Et pas que parce qu’il nous fut offert. Quatre qualitĂ©s lui doivent Ăªtre attribuĂ©es : prĂ©cision des attaques, Ă©nergie des tempi vif, caractĂ©risation des mouvements et sens du tempo, macro (battue gĂ©nĂ©rale) et micro (respiration et distension Ă l’intĂ©rieur d’un mĂªme beat). L’orchestre menu est au rendez-vous des synchros indispensables, d’autant que ses solistes brillent quand on l’exige (violoncelle dans le premier mouvement du IV.3). Les tubes sonnent avec entrain (premier mouvement du IV.4 et du IV.6), et les allusions aux airs populaires sont entonnĂ©es avec l’humour dĂ©licat qui sied (« Joseph est bien marié » sourit dans le dernier allegro du HWV 291).
Et l’organiste ? Raison dâ€™Ăªtre du disque et soutenu par la ponctuation en rien excessive de Christine Auger, il est bien un exemple d’intĂ©gritĂ©. Rien ne dĂ©passe, dans cette version studio. On apprĂ©cie le sens de la phrase et du dĂ©tachĂ©. Michel Chapuis n’était pas homme de folie. GFH non plus, en tout cas dans les pièces constituant son dossier de compositeur. L’association des deux, eĂ»t-elle Ă©tĂ© tardive, fait sens. Dès lors, on aurait tort de se laisser dĂ©tourner par la photo surexposĂ©e de la première de couverture, avec veston surannĂ© et chemise si blanche qu’elle en perd presque sa pliure. Dans ce disque, il y a une force tranquille qui va. La dernière plage souligne ainsi combien le respect apparemment simple et nĂ©anmoins fervent du tempo est susceptible de receler d’énergie.
En conclusion, ce disque est Ă l’image apparente de Michel Chapuis : en dĂ©pit d’une musique surtout pas faite pour Ăªtre Ă©coutĂ©e au long d’un disque, foin de foufoue attitude. La seule manière d’honorer GFH est de faire Ă©cho Ă son sens de la composition utile mais belle, et Ă la spĂ©cificitĂ© historique de son propos, avec ses limites et ses astuces… comme toutes les spĂ©cificitĂ©s. Sans s’engoncer dans les dĂ©bats historiologiques mais sans feindre de les oublier, l’Orchestre du Marais, Pascal Vigneron et Michel Chapuis tiennent, avec dignitĂ©, cette juste et redoutable barre. Cette manière de rendre hommage Ă Haendel est donc bien une manière de rendre hommage Ă Michel Chapuis. Manière qui subsume, sans conteste, le souci commercial, intelligent mais fervent, du ressurgissement opportun.

Enfin, quelques photos scluziv, volĂ©es avant le passage du chanteur, dans l’intimitĂ© des coulisses oĂ¹ je grenouillais afin de fredonner deux p’tites tunes.

Le reste, bien sĂ»r, ne se raconte pas. D’autant que j’ai bien foirĂ© ma jolie photo du fer Ă repasser. Je trouvais ça tellement classe que cet accessoire fĂ»t prĂ©vu dans la loge. Genre, hyperpro, non ? Baste, tenons-nous-en au symbolique, puisque mon mĂ©diocre photophone le dĂ©cida. Parfois, il a plus raison que moi. Ce qui n’est pas si difficile, mais bon.


MalgrĂ© une sourde-et-pas-que-sourde hostilitĂ© de tel ou tel hurluberlu, gros succès de la visite de l’orgue…

… et du concert de la veille don’ NoĂ©, avec la pĂ©tillante prĂ©sence de Laure Striolo, du genre soprano qui chante l’intĂ©gralitĂ© de La Traviata, mais qui accepte aussi volontiers d’entraĂ®ner la foule dans un cantique populaire quand l’esprit du concert l’exige.

Merci Ă elle et Ă toi, public !
Soyons clairs, contrairement aux apparences, l’Ă©glise n’est pas une salle de spectacles. Et cependant, pour accueillir la diversitĂ©, parfois, c’est une salle des fĂªtes comme une autre, et je le re-prouve, avec ou sans accent.
(« Bertrand, tu as envoyĂ© une candidature, faut pas mettre ce post ! / – Ben au contraire. J’ai jamais pris les gens en traĂ®tre. Mais, note, j’ai pas stipulĂ© que la laĂ¯que DJ a gueulĂ© car l’Andante de Mozart jouĂ© pour ‘le geste de la lumière’, lors du prĂ©cĂ©dent convoi, Ă©tait totalement inappropriĂ©. Non, ça, ça reste entre nous. Ă€ la rigueur, je stipule quand mĂªme qu’elle s’appelle Josiane, vu qu’elle a refusĂ© de me dire oĂ¹ Ă©taient les peluches Winnie et Bourriquet qui, tantĂ´t, attendaient les jeunes fidèles Ă l’entrĂ©e de l’Ă©glise. Ça, c’est vraiment dĂ©gueulasse. Moi, j’Ă©tais prĂªt Ă les abriter et… Bon, tu crois pas qu’on dĂ©vie ? »)
… quand après un concert qu’un gougnafier a sabotĂ© autant qu’il a pu (mais pas autant qu’il l’espĂ©rait, toc), après trois messes oĂ¹ l’orgue Ă©tait rĂ©duit Ă un ploum-ploumeur interdit de soli, une supervision dĂ©sagrĂ©able par un frustrĂ© aux manières aussi fausses que doucereuses, l’intervention d’animateurs pas tous au top de la compĂ©tence ou de la luciditĂ© sur leur niveau, tu peux aller « rendre service » Ă un vacancier. Ou jouer avec deux chats, si on prĂ©sente ça de façon moins ONG, soit.
Visite de l’orgue commentĂ©e pour tous, enfants et animaux compris, Ă 15 h 30 pĂ©tantes. P’tit concert participatif Ă 16 h, avec grands airs, chants populaires, noĂ«ls pour orgue et improvisations. De rien, c’est cadeau, mĂªme si on peut lĂ¢cher un p’tit billet de cinq cents bouboules Ă la sortie.
Bon, sinon, y a les magasins bondĂ©s. C’est un choix.

Foufou ? Excessif ? Roboratif ? GĂ©nĂ©reux ? Faites votre choix, mais ne faites pas bof. Le programme proposĂ© par Thierry Guffroy, titulaire des orgues de la basilique Saint-Denys d’Argenteuil (et sporadiquement un de mes donneurs d’ordre, faut le dire pour remplir ma dĂ©claration d’intĂ©rĂªts), pour son concert de NoĂ«l, est un pied-de-nez aux set-lists light, aux propositions Ă©tiques et aux rĂ©citals minimalistes. Que jamais l’art abstrait, qui sĂ©vit maintenant, n’enlève Ă ce concert ses attraits Ă©tonnants, tant il est vrai qu’à l’heure oĂ¹ les faux-culs sont la majoritĂ© (et rĂ©ciproquement), gloire aux rĂ©citals qui osent la gĂ©nĂ©rositĂ© – pas question de s’asseoir dessus.
En guise d’apĂ©ritif, le solide « NoĂ«l suisse » de Louis-Claude Daquin signale d’emblĂ©e l’intĂ©rĂªt de l’organiste pour la musique et la couleur. Alors que des emprunts et autres cornements sont redoutĂ©s au rĂ©cit, et que la tourneuse de pages a disparu au moment inopportun, Thierry Guffroy tĂ¢che de faire fi de ces pensĂ©es et rĂ©alitĂ©s parasites. D’emblĂ©e, il propose de faire entendre les anches tout en laissant au son le temps de rĂ©verbĂ©ration et de silence nĂ©cessaire pour qu’il prenne sens. L’ornementation et le souci de proposer un crescendo sans faire d’emblĂ©e exploser les vitraux par la dĂ©flagration d’un tutti complet laisse entrevoir un souci de caractĂ©risation contraire Ă l’effet facile qui, par exemple, accentuerait la syncope ou la pompe. En somme, ça s’annonce bien.

La première partie du concert contraste avec cette ouverture, sans renier l’option artistique liminaire. Avec la fantaisie de Johann Sebastian Bach, idole du musicien, sur « In dulci jubilo » (BWV 729), l’organiste fait sonner le plenum tout en refusant de caricaturer la pièce, parfois rĂ©duite Ă une alternance entre des accords balourds posant le choral et des traits hĂ¢tifs reliant les diffĂ©rents segments. Après avoir fait entendre la mĂ©lodie, il tend Ă lisser les oppositions, ce qui, loin de plomber le choral, unifie l’œuvre, comme si l’énergie des traits contaminait la solennitĂ© des accords, et vice et versa. AussitĂ´t, dans la basilique, des mĂ©mĂ©s se remĂ©mettent Ă parler, comme Ă la mĂ©messe, puisque, l’orgue jouant fort, on les entendra pas ; mais, comme l’orgue joue fort, elles parlent plus fort, bref.
Le choral « In dulci jubilo » est rappelĂ© avant le trio sur le mĂªme thème de Johann Michael Bach, sorte de musette ornementant diffĂ©remment cette mĂ©lodie… en attendant le grand choral de Dietrich Buxtehude BuxWV 197, magnifique trio distribuĂ© entre un accompagnement riche et une pĂ©dale exigeant prĂ©cision en sus de l’activitĂ© digitale requise aux claviers. C’est superbe, et ça sonne remarquablement bien sur cet instrument sous les doigts du patron de la BĂªte.
Pour clore cette partie, le tube « Wachet auf, ruft uns die Stimme » (BWV 645), dit « Choral des veilleurs », est un autre trio redoutable, avec basse inextinguible, mĂ©lodie Ă la main droite… et thème Ă la main gauche. Pièce chĂ©rie du recteur de la basilique, elle est jouĂ©e avec droiture par un Thierry Guffroy droit dans ses chaussures. RythmĂ©, sans lenteur, prĂ©sentant des voix très caractĂ©risĂ©es, le « tube » finit par produire son effet hypnotique grĂ¢ce Ă l’entrelacement des chants. RĂ©jouissant.

La seconde partie offre un panorama partiel, partial, donc intrigant, du noĂ«l français. Tout commence par la pastorale et l’invocation autour de « La crèche » d’Alexandre Guilmant (opus 50 n°3), composĂ©es Ă Argenteuil le jour de la fĂªte nationale 1877. S’y Ă©panouissent les qualitĂ©s que les fans apprĂ©cient chez le compositeur, notamment le sens de l’harmonisation, le plaisir de la modulation, le goĂ»t de l’association majeur – mineur, et les faux « accidents » qui permettent le dĂ©veloppement. Y pointe aussi le dĂ©faut du maĂ®tre, qui, notamment sur l’invocation, peut paraĂ®tre un brin doucereux et longuet ; mais il est vrai que nous ne sommes pas très contemplatif, donc pas culturellement sensible Ă ce type de prière.
Quatre noĂ«ls ultraclassiques suivent, alpaguant l’auditeur grĂ¢ce au changement d’époque, partant de style – bien ouèj, patron. Les Å“uvres de Nicolas Lebègue offrent notamment la possibilitĂ© de goĂ»ter au dialogue entre quelque cornet et quelque cromorne ; le « Joseph est bien marié » de Jean-François Dandrieu propose une musette dĂ©rivant sur un duo, un crescendo et des doubles (variations qui s’accĂ©lèrent), tandis que « Je me suis levé » du mĂªme s’ouvre sur un intĂ©ressant paysage de fonds. Bien que cinquante ans sĂ©parent les deux hommes, on est frappĂ© par la perpĂ©tuation d’une forme d’écriture. Le fan de Claude-BĂ©nigne Balbastre que je suis aurait peut-Ăªtre suggĂ©rĂ© de proposer un « NoĂ«l » de ce zozo, plus harmonieux et funky selon notre inestimable sagesse, mais il n’est pas certain que l’écriture quasi systĂ©matiquement en doubles aurait sĂ©duit l’organiste du soir. Certains spectateurs profitent du changement de partition pour quitter l’église, estimant peut-Ăªtre que « ça suffit » ; mĂªme si le concert est, oui, plus long qu’un discours du Pharaon de la pensĂ©e complexe, il nous rĂ©serve pourtant quatre grandes pièces pour finir, tant pis pour les benĂªts.
Pour finir, voici venu le temps d’extraire quelques pĂ©pites des opus 60 d’Alexandre Guilmant, une sĂ©rie de quatre livraisons de noĂ«ls signĂ©s par un mec qui villĂ©giatura l’Ă©tĂ© Ă Argenteuil. En dĂ©pit de leur Ă©criture parfois fort riches, Ă l’origine, ils Ă©taient plutĂ´t destinĂ©s Ă embellir la liturgie, lors d’un offertoire, d’une Ă©lĂ©vation, d’une communion ou d’une sortie, par exemple. Aujourd’hui, on sait que de sots incultes, bouffis de haine et d’un ego malsain, prĂ©fèrent y substituer systĂ©matiquement de dĂ©gueulasses nullitĂ©s finançant les sectes charismatiques, et l’on est donc heureux de les entendre sur une grosse bestiole comme le grand orgue de la basilique au saint suaire.
« Grand dieu ! » lance les hostilités avec harmonisation rusée et modulations à gogo. Le dynamique « Joseph est bien marié » propulse enfin un vrai tutti, ce qui re-réveille les mémés qui se re-remémettent à parler. « Accourez, bergers fidèles » honore un noël parfois adapté pour harmonium en amenant le grand orgue à sonner, avant que « Nuit sombre, ton ombre vaut les plus beaux jours », pièce d’une petite dizaine de minutes, conclut avec ambition le concert sur un long fugato final, plusieurs fois interrompu puis repris après qu’un retour du tutti sur une modulation inattendue en mineur a allègrement surpris l’auditoire.

En conclusion, on se rĂ©jouit de l’hommage rendu par le titulaire Ă son grand orgue pour redonner un sens cultuel donc culturel Ă la fin de l’Avent ; on repart avec de nombreuses questions sur la notion de « concert de noĂ«ls » ou « de NoĂ«l », id est sur les formes que peut prendre un rĂ©cital de saison (dĂ©monstration chronologique aboutissant sur de la pyrotechnie, ou introduction Ă la joie de fĂªter avec intelligence un Ă©vĂ©nement qui suscita tant de merveilles musicales), ou sur l’apport d’un grand orgue dans des pièces dont le titulaire rapporte avec quelle joie il les a jouĂ©es sur l’orgue de chÅ“ur actuellement hors service. Bref, un concert solide, exigeant beaucoup de l’interprète, permettant Ă l’auditeur de rĂ©flĂ©chir, et incitant chacun Ă penser NoĂ«l comme une tradition riche en splendeurs, et pas que pour les Amazon de tout poil. Le tout dans un beau lieu Ă demi-heure de la gare Saint-Lazare. Respect, Thierry, pour cette rĂ©ussite audacieuse, merci au curĂ© de l’accueillir avec bienveillance et bravo Ă la mairie de soutenir, fĂ»t-ce in absentia et avec les limites d’une relation toujours perfectible, une tradition culturelle brassant, contrairement aux lĂ©gendes, un public large et variĂ© !

Donner Ă de jeunes artistes plus que confirmĂ©s (si, quand t’es dans le Top 4 du concours Reine Elisabeth, mĂªme pour les gens qui pensent que la royautĂ©, c’est de la merde, t’es plutĂ´t un artissplukonfirmĂ©) l’occasion de se produire en public, indĂ©pendamment de la promotion d’un album semble Ăªtre le projet de la sĂ©rie « Kronberg Academy » rythmant la vie culturelle, impressionnante, de l’institut Goethe.
Elle s’ouvre, ce 19 dĂ©cembre, avec un dĂ©fi relevĂ© par AurĂ©lien Pascal, violoncelliste soucieux de se frotter Ă la troisième Suite dite « pour violoncelle » de Johann Sebastian Bach. D’emblĂ©e, l’association entre une chaleur du son, un sens de l’attaque et un souci de caractĂ©risation sĂ©duit. Pas dĂ©stabilisĂ© par les applaudissements intempestifs entre les mouvements, le musicien s’attache Ă rendre la dynamique de la suite en l’unifiant par la clartĂ© avec laquelle il fait sonner chaque note, et en la contrastant par la dynamique propre rendue Ă chacun des six mouvements et demi.

Devant une telle dĂ©monstration de maĂ®trise et de musicalitĂ©, la redoutable fugue extraite de la première sonate pour violon du mĂªme zozo, quelque honorablement exĂ©cutĂ©e qu’elle soit, paraĂ®t un peu lĂ©gère. Est-ce pour compenser cette inĂ©quitĂ© qu’Irène Duval, robe sexy et talons (des mĂ©mĂ©s l’alpagueront après le concert sur le thème du « vous faisiez plus grande avant »), ose le vigoureux Paganiniana de Nathan Milstein ? Elle n’en exacerbe pourtant pas la pure virtuositĂ©. Un tempo sage aspire Ă dĂ©passer la dĂ©monstration pour laisser imaginer Ă qui le veut bien une puissance Ă©motive au-delĂ de l’exercice impressionnant. Plaisir du beau contre ivresse de la pyrotechnie : on est pour, mĂªme si la pièce choisie n’est peut-Ăªtre pas la plus idoine du rĂ©pertoire pour faire chanter l’instrument.
Deux inventions (BWV 777 et 779) renouent avec Bach et annoncent la partie duettiste de la soirĂ©e. Le grand moment n’en demeure pas moins, expression bien pourrie mais tellement prĂ©tentieuse qu’elle fait classe, in a way, l’ample duo de ZoltĂ¡n KodĂ¡ly, oĂ¹ l’acoustique de l’institut ne rend pas forcĂ©ment justice d’un dĂ©bat-duel oĂ¹ l’engagement du violon rĂ©pond aux nombreux langages du violoncelle, entre lyrisme coll’ arco et pizzicati arythmiques. Cela n’empĂªche pas AurĂ©lien Pascal de briller par sa capacitĂ© Ă faire sonner son instrument en dĂ©pit d’une partition hĂ©rissĂ©e de difficultĂ©s. Seule dĂ©ception : que le concert s’achève sur la Passacaille de Händel revue par Johan Halvorsen. MĂªme si c’est un tube, ou parce que, ou Ă cause que avant y avait de la grande musique, ça sonne un brin creux en dĂ©pit de la technique sollicitĂ©e. Oui, on sait que c’est jouĂ© par de grands ziciens, mais on doit bien avouer que l’on est déçu par cette fin pleine d’exigences mais frustre en musique.

Pas de quoi remettre en cause la qualitĂ© de la soirĂ©e proposĂ©e pour une somme rigolote oscillant entre 5 et 10 €, pot final compris (oui, nous Ă©tions invitĂ©, mais nous croyons que cela n’impacte pas outre mesure notre estimation admirative, na). Vivement le 9 janvier pour le prochain concert de la sĂ©rie. Si vous Ăªtes francilien ce jour-lĂ , que vous aimez les dĂ©couvertes et le beau son, la partie allemande de l’avenue d’IĂ©na is the place to be!
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