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Le blog de Bertrand Ferrier, page 274

Thierry Guffroy, Concert de NoĂ«l, Basilique d’Argenteuil, 22 dĂ©cembre 2017

Le grand orgue de la basilique Saint-Denys d’Argenteuil. Photo : Bertrand Ferrier.

Foufou ? Excessif ? Roboratif ? GĂ©nĂ©reux ? Faites votre choix, mais ne faites pas bof. Le programme proposĂ© par Thierry Guffroy, titulaire des orgues de la basilique Saint-Denys d’Argenteuil (et sporadiquement un de mes donneurs d’ordre, faut le dire pour remplir ma dĂ©claration d’intĂ©rĂªts), pour son concert de NoĂ«l, est un pied-de-nez aux set-lists light, aux propositions Ă©tiques et aux rĂ©citals minimalistes. Que jamais l’art abstrait, qui sĂ©vit maintenant, n’enlève Ă  ce concert ses attraits Ă©tonnants, tant il est vrai qu’à l’heure oĂ¹ les faux-culs sont la majoritĂ© (et rĂ©ciproquement), gloire aux rĂ©citals qui osent la gĂ©nĂ©rositĂ© – pas question de s’asseoir dessus.
En guise d’apĂ©ritif, le solide « NoĂ«l suisse » de Louis-Claude Daquin signale d’emblĂ©e l’intĂ©rĂªt de l’organiste pour la musique et la couleur. Alors que des emprunts et autres cornements sont redoutĂ©s au rĂ©cit, et que la tourneuse de pages a disparu au moment inopportun, Thierry Guffroy tĂ¢che de faire fi de ces pensĂ©es et rĂ©alitĂ©s parasites. D’emblĂ©e, il propose de faire entendre les anches tout en laissant au son le temps de rĂ©verbĂ©ration et de silence nĂ©cessaire pour qu’il prenne sens. L’ornementation et le souci de proposer un crescendo sans faire d’emblĂ©e exploser les vitraux par la dĂ©flagration d’un tutti complet laisse entrevoir un souci de caractĂ©risation contraire Ă  l’effet facile qui, par exemple, accentuerait la syncope ou la pompe. En somme, ça s’annonce bien.

Thierry Guffroy juste avant qu’il ne bouge saucisses et papattes. Photo : Bertrand Ferrier.

La première partie du concert contraste avec cette ouverture, sans renier l’option artistique liminaire. Avec la fantaisie de Johann Sebastian Bach, idole du musicien, sur « In dulci jubilo » (BWV 729), l’organiste fait sonner le plenum tout en refusant de caricaturer la pièce, parfois rĂ©duite Ă  une alternance entre des accords balourds posant le choral et des traits hĂ¢tifs reliant les diffĂ©rents segments. Après avoir fait entendre la mĂ©lodie, il tend Ă  lisser les oppositions, ce qui, loin de plomber le choral, unifie l’œuvre, comme si l’énergie des traits contaminait la solennitĂ© des accords, et vice et versa. AussitĂ´t, dans la basilique, des mĂ©mĂ©s se remĂ©mettent Ă  parler, comme Ă  la mĂ©messe, puisque, l’orgue jouant fort, on les entendra pas ; mais, comme l’orgue joue fort, elles parlent plus fort, bref.
Le choral « In dulci jubilo » est rappelĂ© avant le trio sur le mĂªme thème de Johann Michael Bach, sorte de musette ornementant diffĂ©remment cette mĂ©lodie… en attendant le grand choral de Dietrich Buxtehude BuxWV 197, magnifique trio distribuĂ© entre un accompagnement riche et une pĂ©dale exigeant prĂ©cision en sus de l’activitĂ© digitale requise aux claviers. C’est superbe, et ça sonne remarquablement bien sur cet instrument sous les doigts du patron de la BĂªte.
Pour clore cette partie, le tube « Wachet auf, ruft uns die Stimme » (BWV 645), dit « Choral des veilleurs », est un autre trio redoutable, avec basse inextinguible, mĂ©lodie Ă  la main droite… et thème Ă  la main gauche. Pièce chĂ©rie du recteur de la basilique, elle est jouĂ©e avec droiture par un Thierry Guffroy droit dans ses chaussures. RythmĂ©, sans lenteur, prĂ©sentant des voix très caractĂ©risĂ©es, le « tube » finit par produire son effet hypnotique grĂ¢ce Ă  l’entrelacement des chants. RĂ©jouissant.

Le P. Guy-Emmanuel Cariot, recteur de la basilique, prĂ©sentant le concert d’orgue. Comme quoi, les curĂ©s ont le droit d’Ăªtre courtois, motivĂ©s et cultivĂ©s, voire d’Ă©couter de l’orgue. J’dis ça, j’dis pas rien. Photo : Bertrand Ferrier.

La seconde partie offre un panorama partiel, partial, donc intrigant, du noĂ«l français. Tout commence par la pastorale et l’invocation autour de « La crèche » d’Alexandre Guilmant (opus 50 n°3), composĂ©es Ă  Argenteuil le jour de la fĂªte nationale 1877. S’y Ă©panouissent les qualitĂ©s que les fans apprĂ©cient chez le compositeur, notamment le sens de l’harmonisation, le plaisir de la modulation, le goĂ»t de l’association majeur – mineur, et les faux « accidents » qui permettent le dĂ©veloppement. Y pointe aussi le dĂ©faut du maĂ®tre, qui, notamment sur l’invocation, peut paraĂ®tre un brin doucereux et longuet ; mais il est vrai que nous ne sommes pas très contemplatif, donc pas culturellement sensible Ă  ce type de prière.
Quatre noĂ«ls ultraclassiques suivent, alpaguant l’auditeur grĂ¢ce au changement d’époque, partant de style – bien ouèj, patron. Les Å“uvres de Nicolas Lebègue offrent notamment la possibilitĂ© de goĂ»ter au dialogue entre quelque cornet et quelque cromorne ; le « Joseph est bien marié » de Jean-François Dandrieu propose une musette dĂ©rivant sur un duo, un crescendo et des doubles (variations qui s’accĂ©lèrent), tandis que « Je me suis levé » du mĂªme s’ouvre sur un intĂ©ressant paysage de fonds. Bien que cinquante ans sĂ©parent les deux hommes, on est frappĂ© par la perpĂ©tuation d’une forme d’écriture. Le fan de Claude-BĂ©nigne Balbastre que je suis aurait peut-Ăªtre suggĂ©rĂ© de proposer un « NoĂ«l » de ce zozo, plus harmonieux et funky selon notre inestimable sagesse, mais il n’est pas certain que l’écriture quasi systĂ©matiquement en doubles aurait sĂ©duit l’organiste du soir. Certains spectateurs profitent du changement de partition pour quitter l’église, estimant peut-Ăªtre que « ça suffit » ; mĂªme si le concert est, oui, plus long qu’un discours du Pharaon de la pensĂ©e complexe, il nous rĂ©serve pourtant quatre grandes pièces pour finir, tant pis pour les benĂªts.
Pour finir, voici venu le temps d’extraire quelques pĂ©pites des opus 60 d’Alexandre Guilmant, une sĂ©rie de quatre livraisons de noĂ«ls signĂ©s par un mec qui villĂ©giatura l’Ă©tĂ© Ă  Argenteuil. En dĂ©pit de leur Ă©criture parfois fort riches, Ă  l’origine, ils Ă©taient plutĂ´t destinĂ©s Ă  embellir la liturgie, lors d’un offertoire, d’une Ă©lĂ©vation, d’une communion ou d’une sortie, par exemple. Aujourd’hui, on sait que de sots incultes, bouffis de haine et d’un ego malsain, prĂ©fèrent y substituer systĂ©matiquement de dĂ©gueulasses nullitĂ©s finançant les sectes charismatiques, et l’on est donc heureux de les entendre sur une grosse bestiole comme le grand orgue de la basilique au saint suaire.
« Grand dieu ! » lance les hostilités avec harmonisation rusée et modulations à gogo. Le dynamique « Joseph est bien marié » propulse enfin un vrai tutti, ce qui re-réveille les mémés qui se re-remémettent à parler. « Accourez, bergers fidèles » honore un noël parfois adapté pour harmonium en amenant le grand orgue à sonner, avant que « Nuit sombre, ton ombre vaut les plus beaux jours », pièce d’une petite dizaine de minutes, conclut avec ambition le concert sur un long fugato final, plusieurs fois interrompu puis repris après qu’un retour du tutti sur une modulation inattendue en mineur a allègrement surpris l’auditoire.

Après gros concert, rganiss toujours ressembler à ça. Un fantôme, oui, tout à fait. Photo : Bertrand Ferrier.

En conclusion, on se rĂ©jouit de l’hommage rendu par le titulaire Ă  son grand orgue pour redonner un sens cultuel donc culturel Ă  la fin de l’Avent ; on repart avec de nombreuses questions sur la notion de « concert de noĂ«ls » ou « de NoĂ«l », id est sur les formes que peut prendre un rĂ©cital de saison (dĂ©monstration chronologique aboutissant sur de la pyrotechnie, ou introduction Ă  la joie de fĂªter avec intelligence un Ă©vĂ©nement qui suscita tant de merveilles musicales), ou sur l’apport d’un grand orgue dans des pièces dont le titulaire rapporte avec quelle joie il les a jouĂ©es sur l’orgue de chÅ“ur actuellement hors service. Bref, un concert solide, exigeant beaucoup de l’interprète, permettant Ă  l’auditeur de rĂ©flĂ©chir, et incitant chacun Ă  penser NoĂ«l comme une tradition riche en splendeurs, et pas que pour les Amazon de tout poil. Le tout dans un beau lieu Ă  demi-heure de la gare Saint-Lazare. Respect, Thierry, pour cette rĂ©ussite audacieuse, merci au curĂ© de l’accueillir avec bienveillance et bravo Ă  la mairie de soutenir, fĂ»t-ce in absentia et avec les limites d’une relation toujours perfectible, une tradition culturelle brassant, contrairement aux lĂ©gendes, un public large et variĂ© !

Irène Duval et Aurélien Pascal, Institut Goethe, 19 décembre 2017

Irène Duval et AurĂ©lien Pascal Ă  l’institut Goethe. Photo moche mais on fait c’qu’on peut, donc, parfois, peu : Bertrand Ferrier.

Donner Ă  de jeunes artistes plus que confirmĂ©s (si, quand t’es dans le Top 4 du concours Reine Elisabeth, mĂªme pour les gens qui pensent que la royautĂ©, c’est de la merde, t’es plutĂ´t un artissplukonfirmĂ©) l’occasion de se produire en public, indĂ©pendamment de la promotion d’un album semble Ăªtre le projet de la sĂ©rie « Kronberg Academy » rythmant la vie culturelle, impressionnante, de l’institut Goethe.
Elle s’ouvre, ce 19 dĂ©cembre, avec un dĂ©fi relevĂ© par AurĂ©lien Pascal, violoncelliste soucieux de se frotter Ă  la troisième Suite dite « pour violoncelle » de Johann Sebastian Bach. D’emblĂ©e, l’association entre une chaleur du son, un sens de l’attaque et un souci de caractĂ©risation sĂ©duit. Pas dĂ©stabilisĂ© par les applaudissements intempestifs entre les mouvements, le musicien s’attache Ă  rendre la dynamique de la suite en l’unifiant par la clartĂ© avec laquelle il fait sonner chaque note, et en la contrastant par la dynamique propre rendue Ă  chacun des six mouvements et demi.

L’exceptionnel AurĂ©lien Pascal Ă  l’institut Goethe. Photo moche : Bertrand Ferrier.

Devant une telle dĂ©monstration de maĂ®trise et de musicalitĂ©, la redoutable fugue extraite de la première sonate pour violon du mĂªme zozo, quelque honorablement exĂ©cutĂ©e qu’elle soit, paraĂ®t un peu lĂ©gère. Est-ce pour compenser cette inĂ©quitĂ© qu’Irène Duval, robe sexy et talons (des mĂ©mĂ©s l’alpagueront après le concert sur le thème du « vous faisiez plus grande avant »), ose le vigoureux Paganiniana de Nathan Milstein ? Elle n’en exacerbe pourtant pas la pure virtuositĂ©. Un tempo sage aspire Ă  dĂ©passer la dĂ©monstration pour laisser imaginer Ă  qui le veut bien une puissance Ă©motive au-delĂ  de l’exercice impressionnant. Plaisir du beau contre ivresse de la pyrotechnie : on est pour, mĂªme si la pièce choisie n’est peut-Ăªtre pas la plus idoine du rĂ©pertoire pour faire chanter l’instrument.
Deux inventions (BWV 777 et 779) renouent avec Bach et annoncent la partie duettiste de la soirĂ©e. Le grand moment n’en demeure pas moins, expression bien pourrie mais tellement prĂ©tentieuse qu’elle fait classe, in a way, l’ample duo de ZoltĂ¡n KodĂ¡ly, oĂ¹ l’acoustique de l’institut ne rend pas forcĂ©ment justice d’un dĂ©bat-duel oĂ¹ l’engagement du violon rĂ©pond aux nombreux langages du violoncelle, entre lyrisme coll’ arco et pizzicati arythmiques. Cela n’empĂªche pas AurĂ©lien Pascal de briller par sa capacitĂ© Ă  faire sonner son instrument en dĂ©pit d’une partition hĂ©rissĂ©e de difficultĂ©s. Seule dĂ©ception : que le concert s’achève sur la Passacaille de Händel revue par Johan Halvorsen. MĂªme si c’est un tube, ou parce que, ou Ă  cause que avant y avait de la grande musique, ça sonne un brin creux en dĂ©pit de la technique sollicitĂ©e. Oui, on sait que c’est jouĂ© par de grands ziciens, mais on doit bien avouer que l’on est déçu par cette fin pleine d’exigences mais frustre en musique.

Avenue d’IĂ©na et sylviculture, un projet pour le vingt-et-unième siècle. Photo : Bertrand Ferrier.

Pas de quoi remettre en cause la qualitĂ© de la soirĂ©e proposĂ©e pour une somme rigolote oscillant entre 5 et 10 €, pot final compris (oui, nous Ă©tions invitĂ©, mais nous croyons que cela n’impacte pas outre mesure notre estimation admirative, na). Vivement le 9 janvier pour le prochain concert de la sĂ©rie. Si vous Ăªtes francilien ce jour-lĂ , que vous aimez les dĂ©couvertes et le beau son, la partie allemande de l’avenue d’IĂ©na is the place to be!

Relax, it’s nearly Christmas

La Bohème, Opéra Bastille, 18 décembre 2017

Honteuse et éhontée, la mimise en scène de Claus Guth de La Bohème poursuit et accélère la dégringolade artistique de l’Opéra de Paris.
Pourtant, grĂ¢ce Ă  une copine trompettiss qui s’était glissĂ©e dans la salle Ă  l’occasion d’un stage, nous Ă©tions averti : l’ère du grand n’importe quoi ne cesse de dĂ©grader l’intĂ©rĂªt de l’opĂ©ra façon Lissner, ce faquin ignorant et sot. En version 2017, La Bohème se dĂ©roule dans manière de station spatiale, avec longues sĂ©ances de bruitage, texte supplĂ©mentaire (en anglais s’il vous plaĂ®t pour les ploucs du haut), cosmonautes qui caressent les chanteurs et double inutile qui « signe » Claus Guth et fait dĂ©penser des sous pour un parasite ridicule, peut-Ăªtre l’un des plus exĂ©crables mimes jamais vus sur une scène parisienne – dĂ©solĂ©, Paul Lorenger, t’es la star de la soirĂ©e, mais je te conchie car tu n’as rien Ă  foutre sur la scène. Rien au sens de : rien. Bien. Note que c’est pas personnel. Enfin, je pense que, sur ce que tu montres ce soir, t’es un mauvais, sans doute bien introduit, mais ma colère Ă  ton encontre s’appuie, il est vrai, sur un ensemble de considĂ©rations escagassĂ©es, Ă  suivre infra.

« La Bohème » façon Bastille. Décor : Étienne Pluss (sic).

En effet, tout exaspère : l’incohĂ©rence du projet (dans la composition de Puccini, le drame est parfaitement localisĂ©, il exige un Paris dix-neuviĂ©miste, pas un cosmos oĂ¹ le temps est comptĂ©), l’ajout d’élĂ©ments inutiles (jongleurs, cosmonautes et acrobates sans virtuositĂ©), la dilution du propos (c’est l’histoire de couples qui s’aiment absolument et se confrontent Ă  la finitude humaine reprĂ©sentĂ©e par la jalousie et la mort, pas une histoire de cosmonautes qui vont boire des coups), la mĂ©diocritĂ© de l’ambition (vulgaritĂ© de la pole dance et du rideau de lamĂ©, pauvretĂ© de l’imaginaire, trahison du livret et de la musique)… Oui, tout hĂ©risse. Au point que l’on a du mal Ă  se laisser Ă©mouvoir par ce drame naĂ¯f donc touchant, tout sauf cosmique, fondĂ© sur l’expectative de la tragĂ©die humaine (Mimi, l’hĂ©roĂ¯ne, va crever) et sociale (les filles sont obligĂ©es dâ€™Ăªtre des putes, sinon elles ne survivront pas, mais, mĂªme ainsi, elles ne survivront pas).

La merveilleuse Aida Garifullina. Photo : Bertrand Ferrier.

Du coup, comme on s’ennuie un peu, on Ă©chafaude d’autres mises en scène. Dans une cuvette de chiottes, par exemple : on vous fournit de la belle musique, mais vous nâ€™Ăªtes qu’une bande de merdeux, public qui payez votre place comme des nazes.
Dans un Ă©gout, oĂ¹ les chanteurs seraient tous dĂ©guisĂ©s en rats par rĂ©fĂ©rence Ă  la sinistre mĂ©moire nausĂ©abonde (Mimi ne meurt plus de tuberculose mais de peste, qu’est-ce qu’on s’en fout, d’autant qu’elle pĂ©rit, la friponne, tandis que des soldates de la Wermacht, seins nus, patrouillent en pĂ©tant – la BĂªte immonde n’est pas morte, restons vigilants et charlies).
Ă€ l’ÉlysĂ©e macroniste (Mimi meurt Ă©touffĂ©e par la pression du peuple qui en veut toujours plus et finit par l’asphyxier pendant qu’un Ă©cran rappelle la grandeur de Brigitte et du Medef).
Dans la jungle (la vie est une dure lutte, il faut Ăªtre une sacrĂ©e guenon et ressembler Ă  Nafissatou Diallo pour y survivre quelque temps).
Dans une HLM des annĂ©es 1970 (avec diffusion de tubes de Renaud avant, pendant et après la reprĂ©sentation, surtout s’il est mort depuis)
Dans un camping-car, en attendant le tour de France qui n’arriverait qu’après la mort de Mimi.
Dans – oh, ça va.

Nicole Car (Mimi) et Benjamin Bernheim (Rodolfo). Photo : Bertrand Ferrier.

Dans un tel contexte, entre une menace de mort que nous profĂ©rons avec une tendre sincĂ©ritĂ© (« DĂ©jĂ  que je peux pas regarder cette merde, si tu continuez de m’empĂªcher d’écouter le troisième tableau en parlant, je te tue tous les deux. Sans dĂ©conner, j’le fais ») et un soupir d’exaspĂ©ration, difficile d’apprĂ©cier la prestation des chanteurs ainsi ridiculisĂ©s ou de l’orchestre si mal mis en valeur. Nicole Car, applaudie jadis en Tatiana, fait ce qu’elle peut pour garder, avec sobriĂ©tĂ©, de la tenue Ă  son grand rĂ´le si abĂ®mĂ© par cette ordure de Claus Guth. Benjamin Bernheim, qui remplace Atalla Ayan en Rodolfo, tĂ©moigne d’une belle technique Ă  laquelle manque avec fureur voire furieusement, Ă  notre sens, le charisme et l’art de la scène (bon sang, quand tu veux mimer l’émotion, arrĂªte de te prendre la tĂªte entre les mains pour te caresser les cheveux, surtout quand tu te filmes en gros plan selon cette astuce dĂ©jĂ  ringarde d’auto-filmage retransmis). Artur Ruciήski s’épanouit petit Ă  petit en Marcello brimĂ©. Mais la vedette attendue, quoique mĂ©diocre performeuse Ă  la pole bar, ce qui est loin d’Ăªtre une critique, sauf de cette merde de Claus Guth, je crois que le message est passĂ©, reste la resplendissante Aida Garifullina qui, depuis avril, n’a rien perdu ni de sa technique, ni de son charme magnĂ©tique. Pourtant, pas besoin de la faire apparaĂ®tre en nuisette, contrairement Ă  ce que croient les salopards de metteur en scène, mĂªme si on comprend l’objectif de cette dĂ©nudation : cette artiste, aidĂ©e par une maĂ®trise vocale remarquable, irradie dès qu’elle entre sur le grand plateau de Bastille.

Artur Ruciήski (Marcello), la rayonnante Nicole Car (Mimi) et Gustavo Dudamel (direction musicale). Photo : Bertrand Ferrier.

Avec la vitalitĂ© de Nicole Car et la bonne volontĂ© d’Artur Ruciήski, cela pourrait suffire Ă  sauver la reprĂ©sentation. L’insultante dĂ©bilitĂ© de la pseudo mise en scène l’empĂªche. Que Gustavo Dudamel, la seule justification du Sistema, semble peiner Ă  Ă©nergiser un orchestre en terrain connu ne compte guère. La soirĂ©e est (irrĂ©mĂ©)diablement gĂ¢chĂ©e. Avec un tube comme La Bohème, un plateau vocal et un orchestre comme celui de l’opĂ©ra, c’est vraiment dĂ©gueulasse, et ce serait plaisir de peinturlurer Claus Guth avec quelques fèces bien faisandĂ©es, pour lui exprimer justement notre ire devant un tel scandale.

Vivant avec Jean Dubois au Petit thĂ©Ă¢tre du bonheur, 16 dĂ©cembre 2017

Bertrand Ferrier au Petit thĂ©Ă¢tre du bonheur (Paris 18). Photo : Rozenn Douerin.

La fiertĂ© : Ăªtre invitĂ© par Jean Dubois, un des chanteurs que j’estime le plus, Ă  « faire » la moitiĂ© de son concert du 16 dĂ©cembre, pour que j’y Ă©trenne des chansons pas pareilles et diffĂ©rentes de celles qui Ă©taient pareilles aux pas diffĂ©rentes. En plus, ça se passait au Petit thĂ©Ă¢tre du bonheur, merveilleuse petite salle au milieu des escaliers de Montmartre, avec excellent son, accueil souriant et mĂªme passage d’une chanteuse dont j’ai une dizaine de disques chez moi. Tout n’Ă©tait pas parfait, mais c’Ă©tait dĂ©jĂ  joyeux d’Ăªtre encore vivant ; de surcroĂ®t, en sus et sans supplĂ©ment, voici l’occasion, Ă  travers quelques extraits, de remercier les publics et les pairs plus gradĂ©s que moi qui me soutiennent aussi malgrĂ© que, genre Jann Halexander ou Claudio Zaretti. I owe you that, zozos.


1. Prologue parlé

2. Rien de plus compliqué (Bertrand Ferrier, création)

3. C’est par sĂ©curitĂ© (Bertrand Ferrier, crĂ©ation)

4. Interlogue parlé

5. Sur un malentendu, ça passe (Bertrand Ferrier)

6. Un cèdre sur ton toit (Jann Halexander)


Et le plus incroyable, c’est que, en bonus, Jean Dubois m’a fait le cadeau de ressortir une de mes chansons en m’accompagnant. J’Ă©tais foufou. J’espère que cela a aussi fait pĂ©tiller ceux qui nous ont fait l’amitiĂ© de venir en bravant la pluie et en abandonnant miss France Ă  ses porcs, et que cela amusera ceux qui ont la gentillesse de feuilleter le prĂ©sent site. Merci de votre curiositĂ©, et bonne soif Ă  nous tous !

Bertrand Ferrier et Jean Dubois by Rozenn Douerin

Bonus : Glotte sèche (Bertrand Ferrier, feat. Jean Dubois, guitar and vocals)

 

La classe et l’hygiène

Dommage que l’on ne puisse photographier l’odeur. Après un week-end passĂ© dans le seul escalier qui mène Ă  l’orgue, la litière du chat du curĂ© libère une odeur rĂ©pugnante qui aurait embaumĂ© ce post. Une manière sans doute très sport d’accueillir le musicien salariĂ© sans lui offrir un Chardonnay sous extincteur.

Making of

Au travail pour Label Libertad avec la DA Marie-Aude Waymel, la DAF de la maison-mère Dominique Leblon, le co-auteur Maxime Fontaine, l’illustre illustrateur Yann Tisseron et tout le staff de SofĂ©dis pour optimiser la première de couverture de TĂ©nĂ©bria. En attendant, vous pouvez acquĂ©rir les prĂ©cĂ©dents tomes, Ézoah et Immemoria. C’est moins Ă©rotique que de donner des sousss Ă  MĂ©decins du Monde, mais, en termes, d’honnĂªtetĂ© et de culture, c’est plusss mieux.
Et, en sus, c’est ksĂ©lan.

Je prends la moitié du Bonheur

Ce soir, je chante Ă  Montmartre, au Petit thĂ©Ă¢tre du Bonheur, mais pas de bonne heure, ha-ha. Rendez-vous, donc, dans un thĂ©Ă¢tre cosy, pile au milieu des marches. Avec Jean Dubois, croisement de Renaud quand il avait du talent et de Bob Dylan quand il prononçait encore des mots, mais les deux en mieux.
Moi, j’Ă©trennerai de nouvelles chansons, diffĂ©rentes pas pareilles que celles d’avant. Les deux compris, ça dure une heure dix Ă  tout casser, c’est une entrĂ©e libre mais ça s’annonce bien quand mĂªme. Bref, vous pouvez viendre, et hop.

Bertrand Ferrier présente « Nail young, nail old »

Nos laisses.

No laisse.

La rĂ©vision de l’orgue enfin splikĂ©e

Pour entretenir un orgue, c’est simple.
T’as un mec (quasi jamais une fille, hĂ©las) qui est sur une Ă©chelle et qui trifouille des trucs avec un tournevis en lĂ¢chant « merde » de temps en temps – on le reconnaĂ®t facilement, il a un pantalon crade parce que, la veille, il a rampĂ© dans un orgue, entre crasse et cadavres de pigeon. T’as un expert qui est au sol (en gĂ©nĂ©ral, c’est le patron) et qui donne des instructions – de temps en temps, il dit « non » puis « ah peut-Ăªtre, si, t’as raison ». Et t’as un glandu, un peu en retrait, qui fait des photos ainsi que des remarques que personne Ă©coute, heureusement, mĂªme pas lui. C’est souvent le titulaire – on le situe parce que, quand il en a marre ou qu’il a froid, il lĂ¢che un truc genre : « Bon, ben je vous laisse travailler, je veux pas dĂ©ranger », et les autres montent aussitĂ´t dans l’orgue pour boire des coups et fumer des clopes tout en faisant par moments « JBIIIIM » et « POUËËËËT » pour montrer qu’ils bossent.
Voilà, y a-t-il des questions ? Mais méfiez-vous, méfiez-vous de ce que vous allez baver. Je vous écoute.