
Rire, c’est pas sĂ©rieux. Pourtant, dans le grand marchĂ© de la marrade, moult se rĂ©fugient dans le genre guindĂ© de l’humour communautaire (femme, juif, noir, handicapĂ©, Chinois…) afin de pousser une longue plainte dĂ©chirante, avec un « r » mais de justesse, contre la mĂ©chancetĂ© dont ils sont victimes – le rĂ©sultat est parfois attrayant quand il est inattendu et non chougneur, comme lorsque Yann Guillarme chante sa celtitude. Certains comiques brillent par leur brio incisif : DieudonnĂ© en fait partie. D’autres par leur originalité : Redouane Harjane est de ceux-lĂ . JĂ©rĂ´me Commandeur, lui, est de la race des brillants synthĂ©tiseurs.
L’homme se situe entre les tenants du sketch (saynètes mettant ouvertement en jeu des personnages Ă©loignĂ©s de l’acteur) et du stand-up (saynètes, souvent enchĂ¢ssĂ©es, centrĂ©es sur un personnage revendiquant une base autobiographique assimilable Ă celle de l’artiste). Trois exemples : son numĂ©ro autour des nouvelles technologies (de 2009) jouait sur l’autobiographie dĂ©calĂ©e avec une efficacitĂ© qui dĂ©passait le simple numĂ©ro de circonstance, loin de la chronique France Inter dĂ©layĂ©e ; sa formidable Ă©popĂ©e Ă l’île d’Yeu reposait autant sur l’autobiographie que sur l’incarnation de personnages, fussent-ils canons, altermondialistes ou abonnĂ©s Ă Psychologie Magazine ; son goĂ»t pour le sketch l’incitait Ă incarner une Gisèle de bureau plus insupportable que nature avec une acuitĂ© pĂ©tillante.
Aussi, comme s’en amusait Pierre Palmade en ouverture d’un de ses spectacles – genre dans lequel il a souvent excellé –, on attendait beaucoup du nouveau spectacle, Tout en douceur, complet très avant la première. Pour la circonstance, JĂ©rĂ´me Commandeur abandonne le sketch et se recentre sur l’humour Ă base autobiographique. On y retrouve sporadiquement son sens de la formule dĂ©calĂ©e, son art de la mimique faciale et gestuelle, son sens du rythme comique entre parole et silence, sa faconde et sa spontanĂ©itĂ© puisque, en ce soir de première, il assume le prompteur antisèche planquĂ© Ă jardin. EmbarquĂ© sur des sujets d’intĂ©rĂªt et d’originalitĂ© variables (des hĂ©ros de M6 comme Damidot ou Plaza Ă sa presque-mort Ă cause de son poids de dalmatien en passant par le placement de produits ou les moments qui ont marquĂ© l’Histoire), il dĂ©roule un texte que l’on aurait tort d’espĂ©rer voir souvent dĂ©coller ou gagner en tonicitĂ©.

Oui, avouons-le : enthousiaste a priori, nous avons Ă©tĂ© attristĂ© par un rĂ©sultat assez commun. MalgrĂ© la sympathie qu’inspire ce gros gaillard capable dâ€™Ăªtre intensĂ©ment drĂ´le sur quelques secondes, et quoi que le spectacle soit vouĂ© Ă se peaufiner au cours des reprĂ©sentations, l’ensemble est plutĂ´t faible en regard d’un one-man-show dont les places peuvent atteindre 49 € pour, soyons concrets, 1 h 10 sans dĂ©cor ni travail scĂ©nique spĂ©cifique. Sans doute la discordance entre un lieu traditionnel, riche de possibles, et un monologue qui n’en demande sĂ»rement pas tant joue-t-elle contre Tout en douceur. Ainsi, on apprĂ©cia d’applaudir Thomas VDB dans un troquet minuscule, mais pas sĂ»r que l’on aurait goĂ»tĂ© le plaisantin dans un cadre plus solennel. De mĂªme, l’attente suscitĂ©e par le talent du comĂ©dien Commandeur dissone avec le choix fait de privilĂ©gier l’aspect comique au dĂ©triment de l’incarnation de personnages.
Dès lors, les dĂ©ceptions sont nombreuses : sujets banals (type « ben non, c’était pas mieux avant ») qui auraient mĂ©ritĂ© un traitement plus radical, inattendu ou approfondi ; piètre saynète finale sur le choix de la musique d’enterrement ; dialogue « alla Dieudonné » avec une voix off femelle peu convaincante et pas très juste – son texte fonctionnel ne l’aide pas beaucoup, il est vrai  ; absence de mise en scène et de moments oĂ¹ JĂ©rĂ´me Commandeur subsume son personnage pour incarner d’autres zozos Ă©voquĂ©s dans son texte, etc. L’espoir placĂ© dans ce talentueux acteur ne peut Ăªtre que dĂ©sarçonnĂ© par ce spectacle assez banal, dont les saillies les plus fines se perdent dans une sĂ©rie de tunnels indignes de l’artiste. Bref, malgrĂ© les brava que l’on garde pour ce qu’a dĂ©jĂ produit l’olibrius, Tout en douceur est un spectacle, pour ainsi dire, que l’on ne peut dĂ©cemment conseiller aux lecteurs qui nous font l’amitiĂ© de feuilleter ces notules.
Avec un « t », pas un « d », « notules », merci.
Rens. : ici.
















