
Donner Ă de jeunes artistes plus que confirmĂ©s (si, quand t’es dans le Top 4 du concours Reine Elisabeth, mĂªme pour les gens qui pensent que la royautĂ©, c’est de la merde, t’es plutĂ´t un artissplukonfirmĂ©) l’occasion de se produire en public, indĂ©pendamment de la promotion d’un album semble Ăªtre le projet de la sĂ©rie « Kronberg Academy » rythmant la vie culturelle, impressionnante, de l’institut Goethe.
Elle s’ouvre, ce 19 dĂ©cembre, avec un dĂ©fi relevĂ© par AurĂ©lien Pascal, violoncelliste soucieux de se frotter Ă la troisième Suite dite « pour violoncelle » de Johann Sebastian Bach. D’emblĂ©e, l’association entre une chaleur du son, un sens de l’attaque et un souci de caractĂ©risation sĂ©duit. Pas dĂ©stabilisĂ© par les applaudissements intempestifs entre les mouvements, le musicien s’attache Ă rendre la dynamique de la suite en l’unifiant par la clartĂ© avec laquelle il fait sonner chaque note, et en la contrastant par la dynamique propre rendue Ă chacun des six mouvements et demi.

Devant une telle dĂ©monstration de maĂ®trise et de musicalitĂ©, la redoutable fugue extraite de la première sonate pour violon du mĂªme zozo, quelque honorablement exĂ©cutĂ©e qu’elle soit, paraĂ®t un peu lĂ©gère. Est-ce pour compenser cette inĂ©quitĂ© qu’Irène Duval, robe sexy et talons (des mĂ©mĂ©s l’alpagueront après le concert sur le thème du « vous faisiez plus grande avant »), ose le vigoureux Paganiniana de Nathan Milstein ? Elle n’en exacerbe pourtant pas la pure virtuositĂ©. Un tempo sage aspire Ă dĂ©passer la dĂ©monstration pour laisser imaginer Ă qui le veut bien une puissance Ă©motive au-delĂ de l’exercice impressionnant. Plaisir du beau contre ivresse de la pyrotechnie : on est pour, mĂªme si la pièce choisie n’est peut-Ăªtre pas la plus idoine du rĂ©pertoire pour faire chanter l’instrument.
Deux inventions (BWV 777 et 779) renouent avec Bach et annoncent la partie duettiste de la soirĂ©e. Le grand moment n’en demeure pas moins, expression bien pourrie mais tellement prĂ©tentieuse qu’elle fait classe, in a way, l’ample duo de ZoltĂ¡n KodĂ¡ly, oĂ¹ l’acoustique de l’institut ne rend pas forcĂ©ment justice d’un dĂ©bat-duel oĂ¹ l’engagement du violon rĂ©pond aux nombreux langages du violoncelle, entre lyrisme coll’ arco et pizzicati arythmiques. Cela n’empĂªche pas AurĂ©lien Pascal de briller par sa capacitĂ© Ă faire sonner son instrument en dĂ©pit d’une partition hĂ©rissĂ©e de difficultĂ©s. Seule dĂ©ception : que le concert s’achève sur la Passacaille de Händel revue par Johan Halvorsen. MĂªme si c’est un tube, ou parce que, ou Ă cause que avant y avait de la grande musique, ça sonne un brin creux en dĂ©pit de la technique sollicitĂ©e. Oui, on sait que c’est jouĂ© par de grands ziciens, mais on doit bien avouer que l’on est déçu par cette fin pleine d’exigences mais frustre en musique.

Pas de quoi remettre en cause la qualitĂ© de la soirĂ©e proposĂ©e pour une somme rigolote oscillant entre 5 et 10 €, pot final compris (oui, nous Ă©tions invitĂ©, mais nous croyons que cela n’impacte pas outre mesure notre estimation admirative, na). Vivement le 9 janvier pour le prochain concert de la sĂ©rie. Si vous Ăªtes francilien ce jour-lĂ , que vous aimez les dĂ©couvertes et le beau son, la partie allemande de l’avenue d’IĂ©na is the place to be!














