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Le blog de Bertrand Ferrier, page 274

Ensemble Perspectives, Songs of Experience, Outhere Music

Dans le beau disque de l’Ensemble Perspectives, impressionnant par sa maĂ®trise technique et son constant souci d’excellence musicale, il y a le savoir-faire d’arrangeurs excellents, la qualitĂ© de la production, le talent et le travail collectif de Mathilde Bobot, Marie Pouchelon, Sean Clayton, Romain Bockler, mais aussi, Ă  la base, la provocation du brillant baryton Geoffroy Heurard. Fonder un quintette vocal, orientĂ© lyrique-mais-pas-que, dans une France qui ne regorge pas de ce genre de formation classique Ă  haut niveau, est-ce une bonne idĂ©e ou un dĂ©fi facĂ©tieux d’artistes cherchant Ă  se distinguer ?
Après de nombreux spectacles, le deuxième disque du combo, en partie financĂ© par le crowdfunding, rĂ©pond. Et il atteste, sans surprise, qu’il s’agit d’un projet rĂ©ellement musical, dont nous rendions compte ici tantĂ´t. Songs of Experience embrasse six siècles de musique, de Thomas Tallis Ă  David Bowie. L’ensemble des pièces est traitĂ© avec la mĂªme attention au rendu, Ă  l’expression et Ă  la justesse d’intonation. L’auditeur ne peut quâ€™Ăªtre happĂ© par cette association entre, d’une part, cinq voix distinctes formant un tout et, d’autre part, six siècles de composition rassemblĂ©es dans un son reconnaissable.

Photo : Sandrine Expilly. Avec l’aimable autorisation de l’Ensemble Perspectives.

Toutefois, d’emblĂ©e, prĂ©venons les oreilles distraites : Songs of Experience n’est pas fait pour elles. Parce que la première piste, ouvrant façon pop d’Ă©lite sur David Bowie, est une fausse piste. Et parce que, Ă  force de commander des arrangements chic donc gouleyants mais un peu uniformes, Ă©vitant toute forme d’outrance caricaturante dans la caractĂ©risation des pièces quintettisĂ©es, l’ensemble Perspectives peut paraĂ®tre Ă©craser, pas pu m’en empĂªcher, les perspectives. Écoutez Ă  la suite les plages 6 et 7, arrangĂ©es avec brio par Vincent Manac’h : la spĂ©cificitĂ© des harmonies de Maurice Ohana par rapport Ă  « Black is the color of my true love’s hair » n’apparaĂ®t pas avec acuitĂ© Ă  un cerveau distrait. Ce dĂ©faut apparent exige l’Ă©coute, ce qui affaiblit le qualificatif de « dĂ©faut ». En effet, il faut rendre justice Ă  cette ambition de chanter dans un mĂªme souffle trois types de rĂ©pertoire : la variĂ©t’ bon teint (Bowie, Brel, Salvador), la musique Renaissance et les compositions, en gros, du dĂ©but du xxe siècle.
Or, le rĂ©sultat est toujours remarquable d’artisanat (excellents arrangements de Philip Lawson, Étienne Planel, Vincent Manac’h et Libby Larsen, contrairement Ă  ce que nous supputions avec une fatuitĂ© ridicule lors de notre prĂ©cĂ©dent compte-rendu – j’ai laissĂ© tel parce que, faut bien le dire, parfois, le critique qui s’y croit Ă©crit des bĂªtises, Ă  quoi bon le cyberbiffer), et rĂ©alisĂ© avec une finesse et un sens du dĂ©tail que la prise de son de Ken Yoshida valorise. C’est donc dans cette globalitĂ© qu’il faut apprĂ©cier le travail de la bande Ă  Mr Heurard, mĂªme si des questions se posent : ce souci de cohĂ©rence ne risque-t-il pas d’effacer quelques aspĂ©ritĂ©s et diffĂ©rences qui eussent pu paraĂ®tre bienvenues ? le dĂ©sir d’Ăªtre perpĂ©tuellement so chic n’entraĂ®ne-t-il pas un manque de dĂ©prise dans les chansons contemporaines (ironie totalement absente de « Syracuse », sĂ©rieux plombant un peu « Bruxelles » alors que, Ă  sa façon, la concurrence sur ce crĂ©neau semble un brin plus pertinente, des Cinq de chÅ“ur aux Jambons reprenant a capella « Antisocial ») ?

Photo : Sandrine Expilly. Avec l’aimable autorisation de l’Ensemble Perspectives.

Sans doute, dans ce questionnement, rĂ©side-t-il une partie de l’identitĂ© de Perspectives. Grande et louable est son exigence, qui pousse le quintette Ă  refuser le contraste diffĂ©renciant au profit de l’unitĂ© du rĂ©pertoire. Ce nonobstant, carrĂ©ment, peut-Ăªtre certains verront-ils dans ce qui peut passer pour une ravissante indiffĂ©renciation, une piste d’approfondissement du travail : la cohĂ©rence vocale et la qualitĂ© musicale Ă©tant assurĂ©es, peut-Ăªtre serait-il judicieux d’oser, avec dĂ©licatesse mais sans tabou, prĂ©ciser l’interprĂ©tation des diffĂ©rents genres – notamment, pour ce qu’aussi loin je suis concernĂ©, le sens des chansons, fussent-elles arrangĂ©es avec noblesse donc frisant, faute de rendu adaptĂ©, le contresens.
Pour conclure, saluons les qualitĂ©s de ce disque : original, uni, ambitieux, techniquement sĂ©duisant et, Ă  l’ère du mp3 rĂ©ducteur, habillĂ© d’un bel objet physique malgrĂ© une relecture perfectible (Philip Lawson sans cap sur le premier titre, graphie du castillan mal maĂ®trisĂ©e, nom des auteurs/compositeurs inĂ©galement annoncĂ©s : n’est-il pas paradoxal que les paroles soient inscrites sous le seul nom du compositeur – le cas de la « batucada » offrant un nouveau cas d’amĂ©lioration pour les fanatiques du dĂ©tail ?). Bref, une dĂ©couverte vivement conseillĂ©e pour sa qualitĂ© d’ensemble et les vraies questions qu’elle agite.

Le réveillon est loin, la glotte est sèche

Bertrand Ferrier et Jean Dubois by Rozenn Douerin

Aujourd’hui, on n’arrĂªte pas les rĂ©veillons pour des raisons mĂ©dicales.

Bonne année !


C’Ă©tait bien parti. Je rentrais avec un plantigrade prĂªtĂ© pour l’occasion, qui souhaitait kiffer la vaillebe en Ă©coutant « Rires et chansons ». Et puis tout est allĂ© trrrès vite. Une serrure qui refuse de s’ouvrir. La nĂ©cessitĂ© ce nonobstant de se glisser Ă  l’abri. Le troc d’un matelas confortable contre un parquet de tribune d’orgue. Et, heureusement, un chien qui assure ta sĂ©curitĂ©, dans l’immensitĂ© nocturne d’une Ă©glise parisienne.


Un radiateur en plus et un pote serrurier, l’annĂ©e aurait, finalement, pas commencĂ© si mal. Mais bon, ne m’appelez pas bonne annĂ©e, merci.

C’est rĂ©veillon ! C’est rĂ©veillon !

Le bruit s’est rĂ©pandu…

… les invitĂ©s du rĂ©veillon sont arrivĂ©s…

… et ils arrivent encore. Seigneur, je vois mĂªme un Ă©lĂ©phant rose punk !

En espĂ©rant que le temps m’attende quelque part

Quand tu es presque pas en retard, donc que ton métro se bloque, que tu te dis « pas grave, ça fera une photo pour le site », que la photo est pourrie et que, en plus, a y est, tu es en retard.

Michel Chapuis, Concertos pour orgue op. 4 de Haendel, Quantum

Vous avez aimĂ© la folie Jean Guillou dans seize concerti pour orgue de Georg Friedrich Händel (Augure) ? ou la tranquillitĂ© d’un Herbert Tachezi aux ornements joyeux fricotant avec l’informĂ© Concentus Musicus Wien de Nikolaus Harnoncourt (Teldec) ? Il est temps de revenir Ă  la raison mesurĂ©e de Michel Chapuis, rythmĂ©e par l’orchestre de chambre du Marais placĂ© sous la direction de l’organiste et chef Pascal Vigneron, et disponible dès le 5 janvier – par exemple ici.
Comme celle de Johnny Hallyday, mais en infiniment moins pute, la mort de Michel Chapuis a valu Ă  l’artiste une dĂ©flagration de sanglots admiratifs. Oh, pas des cultureux millionnaires opportunistes et sales, montĂ©s d’Arles pour gratter un peu de gloire entre gens de fortune. En revanche, le chÅ“ur des rganiss, lui, a pleurĂ© un musicien que moult considĂ©raient comme intègre et pertinent. QualitĂ©s pas très sexy, Ă  l’ère du creux Cameron Carpenter, mais qualitĂ©s qui vont au-delĂ  d’un sens de la rigueur que l’on dirait snobistiquement « à l’ancienne » comme une moutarde fade. Pascal Vigneron, le chef et rganiss et patron du label Quantum, tantĂ´t chroniquĂ© çà et lĂ , n’est pas peu fier de rééditer sa gravure de l’opus 4 des concerti de GFH. D’abord parce qu’il a jouĂ© aux trains miniatures avec le maĂ®tre. Ensuite parce qu’il a appris que, grĂ¢ce Ă  lui, Michou avait enfin Ă©trennĂ© son smoking. Enfin parce qu’il tient Michel Chapuis pour l’un des très grands, et que ce très grand Ă©tait passionnĂ© par les concerti en question.
Pourtant, ton farce Ă  part, admettons-le : ce ne sont pas les pièces les plus passionnantes pour les obsĂ©dĂ©s d’orgue. Pour trois raisons. Un, ces pièces sont souvent des remixes d’œuvres prĂ©cĂ©dentes, contenues dans une structure engoncĂ©e dans l’alternance lent/vite/lent/vite qui, sur une heure d’écoute peine Ă  passionner (logique : c’était pas fait pour). Deux, ces pièces sont conçues comme des interludes entre deux actes opĂ©ratiques, composĂ©es-jouĂ©es-dirigĂ©es par le mĂªme mec, ce qui sous-tend une certaine efficacitĂ© du propos synonyme de simplicitĂ© d’écriture. Trois, ces pièces sont Ă©crites pour des instruments basiques, que Gilles Cantagrel, dieu de l’organologie musicologistique contemporaine, dĂ©crit ainsi : « Un clavier, plus court que celui d’un clavecin, pas de pĂ©dalier, quelques jeux seulement. »
L’heure n’est donc pas aux sons spectaculaires, ni Ă  la reconstitution historique pur jus (l’orgue Jean David du Mont-Dore ici utilisĂ© a deux claviers, onze jeux et un pĂ©dalier)… ni Ă  la prĂ©cision de la réédition (l’image de l’orchestre de chambre du Marais et de sa jolie hautboĂ¯ste date de 2017), ni Ă  l’originalitĂ© appĂ©tissante de compositions souvent bien sonnantes mais fonctionnelles. Pourtant, en dehors de l’émotion suscitĂ©e par le dĂ©cès d’une figure de l’orgue français, comparable en plus retentissant et en moins dramatique Ă  la mort de Yannick Daguerre (peste, le nombre d’élèves que les grands organistes doivent se dĂ©couvrir lorsqu’ils meurent !), cet enregistrement saisit. Et pas que parce qu’il nous fut offert. Quatre qualitĂ©s lui doivent Ăªtre attribuĂ©es : prĂ©cision des attaques, Ă©nergie des tempi vif, caractĂ©risation des mouvements et sens du tempo, macro (battue gĂ©nĂ©rale) et micro (respiration et distension Ă  l’intĂ©rieur d’un mĂªme beat). L’orchestre menu est au rendez-vous des synchros indispensables, d’autant que ses solistes brillent quand on l’exige (violoncelle dans le premier mouvement du IV.3). Les tubes sonnent avec entrain (premier mouvement du IV.4 et du IV.6), et les allusions aux airs populaires sont entonnĂ©es avec l’humour dĂ©licat qui sied (« Joseph est bien marié » sourit dans le dernier allegro du HWV 291).
Et l’organiste ? Raison dâ€™Ăªtre du disque et soutenu par la ponctuation en rien excessive de Christine Auger, il est bien un exemple d’intĂ©gritĂ©. Rien ne dĂ©passe, dans cette version studio. On apprĂ©cie le sens de la phrase et du dĂ©tachĂ©. Michel Chapuis n’était pas homme de folie. GFH non plus, en tout cas dans les pièces constituant son dossier de compositeur. L’association des deux, eĂ»t-elle Ă©tĂ© tardive, fait sens. Dès lors, on aurait tort de se laisser dĂ©tourner par la photo surexposĂ©e de la première de couverture, avec veston surannĂ© et chemise si blanche qu’elle en perd presque sa pliure. Dans ce disque, il y a une force tranquille qui va. La dernière plage souligne ainsi combien le respect apparemment simple et nĂ©anmoins fervent du tempo est susceptible de receler d’énergie.
En conclusion, ce disque est Ă  l’image apparente de Michel Chapuis : en dĂ©pit d’une musique surtout pas faite pour Ăªtre Ă©coutĂ©e au long d’un disque, foin de foufoue attitude. La seule manière d’honorer GFH est de faire Ă©cho Ă  son sens de la composition utile mais belle, et Ă  la spĂ©cificitĂ© historique de son propos, avec ses limites et ses astuces… comme toutes les spĂ©cificitĂ©s. Sans s’engoncer dans les dĂ©bats historiologiques mais sans feindre de les oublier, l’Orchestre du Marais, Pascal Vigneron et Michel Chapuis tiennent, avec dignitĂ©, cette juste et redoutable barre. Cette manière de rendre hommage Ă  Haendel est donc bien une manière de rendre hommage Ă  Michel Chapuis. Manière qui subsume, sans conteste, le souci commercial, intelligent mais fervent, du  ressurgissement opportun.

Backstage with Jann Halexander, ThĂ©Ă¢tre du Gouvernail, 16 dĂ©cembre 2017

Entrer dans la lumière

Enfin, quelques photos scluziv, volĂ©es avant le passage du chanteur, dans l’intimitĂ© des coulisses oĂ¹ je grenouillais afin de fredonner deux p’tites tunes.

Sortir de l’ombre

Le reste, bien sĂ»r, ne se raconte pas. D’autant que j’ai bien foirĂ© ma jolie photo du fer Ă  repasser. Je trouvais ça tellement classe que cet accessoire fĂ»t prĂ©vu dans la loge. Genre, hyperpro, non ? Baste, tenons-nous-en au symbolique, puisque mon mĂ©diocre photophone le dĂ©cida. Parfois, il a plus raison que moi. Ce qui n’est pas si difficile, mais bon.

Marcher vers l’autre

En attendant Emmanuelle Isenmann et Olivier Willemin

Komm Bach!, Noël 2017

MalgrĂ© une sourde-et-pas-que-sourde hostilitĂ© de tel ou tel hurluberlu, gros succès de la visite de l’orgue…

Visite de l’orgue de la veille don’ NoĂ©. Photo : d’après CCP.

… et du concert de la veille don’ NoĂ©, avec la pĂ©tillante prĂ©sence de Laure Striolo, du genre soprano qui chante l’intĂ©gralitĂ© de La Traviata, mais qui accepte aussi volontiers d’entraĂ®ner la foule dans un cantique populaire quand l’esprit du concert l’exige.

Laure Striolo Ă  Saint-AndrĂ© de l’Europe. Photo : HervĂ© Dupuis.

Merci Ă  elle et Ă  toi, public !

L’Ă©glise n’est pas une salle d’Elton John sauf si

Soyons clairs, contrairement aux apparences, l’Ă©glise n’est pas une salle de spectacles. Et cependant, pour accueillir la diversitĂ©, parfois, c’est une salle des fĂªtes comme une autre, et je le re-prouve, avec ou sans accent.
(« Bertrand, tu as envoyĂ© une candidature, faut pas mettre ce post ! / – Ben au contraire. J’ai jamais pris les gens en traĂ®tre. Mais, note, j’ai pas stipulĂ© que la laĂ¯que DJ a gueulĂ© car l’Andante de Mozart jouĂ© pour ‘le geste de la lumière’, lors du prĂ©cĂ©dent convoi, Ă©tait totalement inappropriĂ©. Non, ça, ça reste entre nous. Ă€ la rigueur, je stipule quand mĂªme qu’elle s’appelle Josiane, vu qu’elle a refusĂ© de me dire oĂ¹ Ă©taient les peluches Winnie et Bourriquet qui, tantĂ´t, attendaient les jeunes fidèles Ă  l’entrĂ©e de l’Ă©glise. Ça, c’est vraiment dĂ©gueulasse. Moi, j’Ă©tais prĂªt Ă  les abriter et… Bon, tu crois pas qu’on dĂ©vie ? »)

C’est NoĂ«l tout le jour…

… quand après un concert qu’un gougnafier a sabotĂ© autant qu’il a pu (mais pas autant qu’il l’espĂ©rait, toc), après trois messes oĂ¹ l’orgue Ă©tait rĂ©duit Ă  un ploum-ploumeur interdit de soli, une supervision dĂ©sagrĂ©able par un frustrĂ© aux manières aussi fausses que doucereuses, l’intervention d’animateurs pas tous au top de la compĂ©tence ou de la luciditĂ© sur leur niveau, tu peux aller « rendre service » Ă  un vacancier. Ou jouer avec deux chats, si on prĂ©sente ça de façon moins ONG, soit.