
Claudio Zaretti est l’un des rares chanteurs à se produire aussi efficacement dans les salles de concert et dans les bars (il sera d’ailleurs en concert À la trockette, 125 rue du chemin vert, Paris 11, le jeudi 22 janvier à 19 h 30). Propulseur de feel good songs, il a ce mélange
- de simplicité,
- d’efficacité mélodique et
- de concentration artistique
qui le rend sympathique tout en l’auréolant d’une bulle de respect qui lui permet de mener sa barque même quand les flots alentour sont quelque peu agités. Les flots de la Rare Gallery sont paisibles, passés les clapotis beaucoup trop longs de la présentation
- de la galerie,
- du galeriste et
- des projets de la galerie-studio-radio
tartinés par un bouillonnant Wilson, patron plus flashy que haut en couleurs, ce soir particulièrement en verve. Devant une vingtaine de spectateurs, donc une salle blindée, le chanteur parvient enfin à prendre le micro pour sonner la charge avec « Mamzelle révolte », un questionnement sur
- l’engagement donc
- les petits arrangements voire
- les grandes compromissions
dont à peu près chacun de nous est triplement capable ou coupable, selon les circonstances. D’emblée s’impose la question du temps qui
- passe,
- change les gens et, pour se désennuyer un peu,
- joue à bousculer les roses.
Pas que les roses, comme le rappelle « Les deux diamants », chanson majeure du répertoire zarettique où l’auteur-compositeur-interprète travaille l’itération comme pour illustrer cette question à la fois de l’usure mais aussi de la différence : ces deux diamants seront-ils aussi résistants l’un que l’autre ? À quoi tient, en effet,
- la vigueur de la persistance,
- la vivacité de l’éphémère ou
- la lenteur d’une dégradation ?
Parfois à « cette chanson-là », sujet de la troisième fredonnerie, sur un mode Michel Fugain à l’ère de l’inclusivité et de l’obsession pour le point médian à n’importe quelle sauce (« j’aimerais que tous et toutes soyez encor là »). Catalysant les motif-clefs de l’artiste, cette tune – presque récente – à la mélodie entêtante parle
- de soi,
- du voyage et
- de la diachronie autobiographique,
reliant l’humain à l’universel (« certains dorment sous la voûte / et moi, je marche ici bas », évoquant les « Pensées des morts » de Georges Lamartine, mises en musique par Alphonse de Brassens : « Et quand je dis en moi-même / où sont ceux que ton cœur aime ? / je regarde le gazon »). Souvenir d’un prof de sciences, « Le cycle de la vie » propose une chanson récente que l’on pourrait situer entre Laurent Voulzy et Émilie Jolie, avec ce chiasme signifiant expliquant que « c’est le cycle de la vie, / de la vie, le cycle c’est ». Pas de doute, on est en plein zarettisme, avec l’art de la mise en musique et la présence d’inépuisables thématiques consubstantielles au zozo comme
- la diachronie,
- l’amour, ainsi que
- la complémentarité entre grandes vérités et ressenti personnel.
On omettrait presque de saluer, tant cela est fait avec naturel,
- la qualité de l’harmonisation,
- l’art de l’auto-accompagnement et
- la justesse d’un solo de gratte nullement soucieux d’esbroufe.
Autre rareté récemment inscrite sur la carte du chanteur, l’histoire du poète et de sa muse, empreinte de l’imaginaire polymorphe du café parisien que Claudio Zaretti a souventes fois abordé. Comme dans « Nous, on a vingt ans » où on s’installe en terrasse pour « s’offrir un café, une glace selon le cours du port’-monnaie », le poète à deux sous attend sa muse « mais sa muse s’amuse de tout », obligeant l’écrivain à… commander une autre blonde. L’écriture zarettique ne rechigne pas à s’acoquiner avec
- la parophonie,
- le double sens et
- le réinvestissement de topoi,
ce qui permet à l’auditeur ou au spectateur de se sentir en terrain connu davantage qu’en terre inconnue – ça, c’est enregistré – avec ce petit plus acidulé qu’offre la malice de l’ACI. Celui-ci se dépeint volontiers comme un homme qui « fait la route » et que « certains entendent, d’autres écoutent » dans une chanson-hommage à sa guitare où brillent ses chers motifs
- de l’itinérance,
- du baladin et
- du chien de compagnie que l’on retrouvera bientôt dans la rubrique « souvenirs ».
Cela construit une première partie de tour de chant
- généreuse en images,
- riche en mélodies et en trouvailles harmoniques, mais aussi
- pétillante d’un plaisir de pousser des chansons à hauteur d’hommes,
presque de frères sinon de camarades, dans une geste artistique où
- le talent,
- le savoir-faire et
- la présence scénique très intériorisée
sont partage, ce que ressent assez fort le public pour ne pas ménager ses applaudissements en forme de remerciements. À suivre !