Denis Levaillant, « Passions » (DLM) – 3/3

Première de couverture

La dernière des passions proposées par Denis Levaillant rend hommage au cash, au fric, au flouze et à la moulaga. Extrait de son opéra OPA MiaSunny Cash Passion se déploie sur un petit quart d’heure et sept mouvements (le listing des pistes finit par bégayer sur la pochette…), dont les deux premiers constituent la moitié d’une œuvre où l’électronique a son mot à dire.
Dans un brouhaha qui monte, se profile le champ lexical

  • du cash,
  • du désir qu’il éveille et
  • de la confusion qu’il suscite dans les esprits qu’il contamine voire grignote.

La musique est

  • explosion,
  • registres extrêmes,
  • expressivité plutôt que linéarité.

Nulle dynamique diégétique, ici, mais l’universalité étale de l’attractivité du pognon et de la folie que ce délicieux petit diable peut inspirer.

  • Tenues éclatantes,
  • échos déformés,
  • bribes monosyllabiques et
  • loops obsessionnelles

peignent sur les murs de nos oreilles donc de notre esprit le sang de l’argent qui danse, danse, danse (le prédicat concluait la passion des Pierres noires).

 

 

Même confusion dans le deuxième épisode chantant « Le soleil ». Du brouhaha n’émergent pas les voix, cette fois : elles restent empêtrées dans un brouillard mental que traversent de ces fusées insignifiantes mais pétries du besoin de comprendre l’argent comme on en peut ouïr voire jouir en sélectionnant BFM Business sur quelque poste à galène. Denis Levaillant travaille

  • l’étagement des plans sonores,
  • la déréliction du sens et
  • l’éclatement des outils classiques de communication
    • (verbe,
    • grammaire,
    • mélodie et
    • harmonie),

submergés par

  • le flux choral,
  • la science péremptoire des ignorants et
  • l’atmosphère cauchemardesque – digne des montres molles de Salvador Domingo Felipe Jacinto Dalí i Domènech – qui apparaît, liquide et gouttelante, quand brouhaha et fusées sachantes se dissolvent.

Dans ce creuset sombre,

  • fondus,
  • à-plats,
  • contrastes et
  • microdécalages

ondulent et animent l’étonnante tempête solaire.

 

 

Le troisième mouvement, très bref, s’empare d’un continuum entre le parlando et le chant grâce auquel le chœur s’étonne : « Vous ne savez pas que ? Ah ! » Nous ne saurons pas ce que nous ne savons pas, sinon que nous ne saurons pas ce que nous ne savons pas – autrement dit, nous ne savons pas, bien vu ! Nous saisit le vertige

  • de la spécularité,
  • de la parole vidée de sa fonction figuratrice, et
  • du pouvoir fascinant du fragment qui
    • réveille l’attention,
    • évite le procédé et
    • replonge l’auditeur dans le suspense de l’énigme.

Le quatrième mouvement mime « la rumeur » à bouche plus ou moins fermée. Des bruits épars (pages qui se tournent ou effet implémenté, peu importe)  pimentent le mystère qui transforme le chœur en instrument malléable à merci. Cinquième chapitre, « Grand Central » poursuit l’exploration

  • des hachures,
  • des demi-teintes et
  • de la non-communication non-verbale

pour laquelle l’auditeur doit abandonner toute velléité de décryptage afin de se laisser envelopper et secouer par le son en général et les mutations de sonorités en particulier.

 

 

Le sixième mouvement, intitulé « Les opérateurs »,

  • fond les sons les uns dans les autres,
  • les fige,
  • les malaxe voire
  • les réinvente.

On s’y délecte

  • des frottements harmoniques,
  • de la large palette des registres exigés et
  • du sens de l’équilibre que l’ensemble Musicatreize trouve sous la direction de Roland Hayrabedian.

Tout finit en commençant (si, si) pianissimo sur non pas une invitation à la danse mais un commandement de danse qui contraste avec la torpeur dans laquelle nous plonge la vraie vie ici – peut-être – symbolisée par les tenues mouvantes grâce auxquelles compositeur et interprètes nous hypnotisent. Sunny Cash Passion apparaît ainsi d’autant plus prenant que cette Passion putative demeure énigmatique et s’appuie sur une science de l’écriture chorale assez habile pour paraître

  • moins démonstrative qu’intériorisée,
  • moins savante qu’ébouriffante, et
  • moins sombre que piquante.

Dès lors, d’autres chroniques recensant notre découverte du catalogue de Denis Levaillant sont envisagées. À suivre !


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