
Suite à notre chronique de tantôt, nous reçûmes des milliers – que dis-je ? des millions de sollicitations pour savoir où et quand voir Le Neveu de Rameau dans la version scénique de Vincent Auvet, avec ledit Vincent Auvet et Jean-Pierre Colombiès en personne dans le rôle-titre. J’ai cinq bonnes nouvelles à partager avec vous, mais d’abord, rappel.
Le pitch
1761. Paris. François, le neveu du Grand Génie Jean-Philippe Rameau, est une sorte de loser lunaire qui survit grâce à un protecteur trouvant le drôle drôle, si si. Hélas, quand la pièce commence, François a échoué dans une taverne, jeté à la porte par son sponsor pour abus d’insolence. Dans le troquet, il trouve un philosophe qui lui paye un coup, puis deux, puis trois, histoire de confronter sa haute sagesse à l’apparente bouffonnerie du semi-clodo.
L’avis
- L’épaisseur des personnages,
- la drôlerie des punchlines,
- La puissance corrosive du rire (c’est pas du stand-up communautaire donc on rit bien, pas que mais on rit), et
- le soupçon de mélancolie pour épicer la comédie triste
bénéficient
- d’une interprétation renversante,
- de costumes aux petits oignons et, en attendant les grands théâtres,
- de la petitesse de la jauge,
instaurant une efficacité intimiste parfaite pour apprécier le texte,
- sa vitalité,
- son acidité et
- sa force,
installant le spectateur tantôt dans la posture du moqueur, tantôt dans la posture du moqué. Le résultat est à la fois réjouissant et poignant. Oui, poignant et non « popignant », comme j’avais écrit, c’est d’ailleurs dommage parce que le mot a beau ne rien vouloir dire, il donné envie de le fréquenter voire de s’en faire un super pote.
Les cinq bonnes nouvelles
La pièce est de retour au Zéro Trois Studio (3, rue du Ponceau | Paris 2) les samedis
- 31 janvier,
- 28 février,
- 28 mars,
- 25 avril et
- 27 juin
à 15 h pétaradantes. L’entrée est libre sur réservation absolument indispensable vue la petitesse du lieu, réservation qui se passe exclusivement au 07 66 73 55 72. Il n’est pas interdit d’exprimer sa joie de la découverte en lâchant un billet de deux cents euros ou quelques piécettes dans la sébile qui sera tendue à la sortie.
Déclaration d’intérêts
Je ne connaissais pas le Jean-Pierre Colombiès comédien, j’en connaissais un autre, pas plus comédien que nous le sommes tous pour exister un peu dans ce bas monde. J’ai été emballé par cette autre facette du personnage, y compris par l’exigence remarquable qu’il met dans son incarnation sobre donc efficiente. Pour le reste, je n’ai pas d’action dans la compagnie, mais j’ai trouvé le spectacle
- étonnant,
- très réussi et, ça ne gâche rien,
- fort plaisant.
Aussi m’incombait-il, par souci éthique envers l’humanité, et c’est l’objet de la présente notule, de le déconseiller aux personnes préférant le théââââtre à la Télérama, pour qui la chiantise
- pompeuse,
- snob,
- consensuelle en une syllabe et
- subventionnée,
évidemment « portée par » une vedette bien identifiée, de ces fakes qui
- vivent à Saint-Germain-des-Prés mais se battent pour le mélange, le vivre-ensemble, l’ouverture à d’autres cultures et contre les supérettes dans leur coin parce que ça pourrait attirer des gens qui ne font pas toutes leurs emplettes au Bon Marché,
- entre deux coquetèles dans les palaces du huitième arrondissement parisien, se déclarent bouleversés par les drames vécus par les migrants, et
- s’hystérisent (c’est beau) sur les plateaux de télévision pour « défendre la démocratie » à condition qu’elle aille dans le sens le plus trivialement macroniste, néolibéral et monolithique possible,
sera toujours préférable au kif. Désormais, j’ai accompli mon devoir et peux souhaiter bonne curiosité aux autres lecteurs qui, eux, devraient vibrer joyeusement au Zéro trois studio, même à l’heure de la sieste !