C’est l’histoire d’un malentendu bien rĂ©jouissant. Je venais applaudir Diana Damrau. Sans le savoir, je vins un jour trop tĂ´t. Je passai les contrĂ´les Ă l’entrĂ©e du TCE. Personne ne s’opposa Ă mon intrusion. Par chance, personne ne squattait mon siège du lendemain soir. Je m’Ă©tonnai que la salle fĂ»t si peu pleine pour entendre Lucia di Lamermoor avec une telle vedette. En fait, je venais assister Ă un concert de l’Orchestre Colonne. Quand Tout un monde lointain commença, je compris qu’il y avait eu maldonne ; mais, quand je vins me dĂ©noncer Ă la mi-temps, la sĂ©curitĂ© m’autorisa Ă rester en seconde partie de soirĂ©e. Chic, c’Ă©tait la meilleure.
Le concert s’ouvre par le concerto pour violoncelle de Henri Dutilleux. Nous Ă©tions sceptiques quand nous l’entendĂ®mes la première fois en vrai ; nous le resterons. La tendance du soliste, Sung-Won Yang, Ă jouer Ă la limite de la justesse de façon Ă chercher la note la plus pertinente contribue Ă dĂ©sarçonner l’oreille. La dilatation des espaces sonores, le manque volontaire de tension dramatique, l’absence d’accidents narratifs, tout cela est sans doute sublime mais, pour l’auditeur que nous sommes, un brin lassant. (Je sais, Dutilleux est un Intouchable, mais c’est la deuxième fois que, bof, mĂªme s’il est vrai que le bis Bach ne permet pas davantage d’Ăªtre sĂ©duit par le soliste…)
Après l’entracte, la brillante Suite n°2 sur Bacchus et Ariane d’Albert Roussel dĂ©coiffe. Tout sonne juste, contrastĂ©, nuancĂ©, sĂ©duisant. L’orchestre est attentif Ă la direction prĂ©cise de Laurent Petitgirard, et celui-ci le transcende. Ici, plus de petit ensemble, pas de chef de seconde zone. Énergie, Ă©motion, ironie, tension, rythme, la palette du compositeur est remarquablement servie. Après le dĂ©part de la cĂ©lestitste (?), la Valse de Maurice Ravel qui conclut ce concert Ă la fois tout public et exigeant achève d’impressionner. Peut-Ăªtre moins emportĂ©e dans son finale que l’on aurait pu imaginer, elle n’en reste pas moins remarquablement menĂ©e, avec cohĂ©rence, vitalitĂ©, respect des solistes (ici, chaque pupitre a droit Ă ses applaudissements) et force de l’orchestre – mĂªme si l’ensemble est grevĂ© par l’hypocrisie de Laurent Petitgirard (amusant « ce n’est pas parce que la Valse est libre de droits depuis quelques semaines qu’on la joue », moins amusant « la SACEM nous soutient avec force » alors que lui-mĂªme est prĂ©sident du conseil d’administration de la SACEM depuis 2011, explicite le programme).
Une prestation qui mĂ©rite des bravos pour l’association entre composition quasi contemporaine et classiques qui font zizir, mais surtout pour une seconde partie remarquable… selon une tradition que nous avions constatĂ© en 2013.













