Blog

Le blog de Bertrand Ferrier, page 326

Hans Zimmer, Zénith de Rouen (Grand Quevilly), 1er juin 2016

Hans Zimmer Ă  RouenC’était un beau moment voire une belle histoire, et pourtant, je n’allais pas « dans » le Midi (le Midi). Le rĂ©alisateur Guillaume Vatan (il affirme Ăªtre dĂ©sormais ingĂ©nieur-rĂ©alisateur, ou l’inverse, c’est classe dans les deux sens – il en manque plus que trois ou quatre) m’a invitĂ© Ă  Rouen pour applaudir Hans Zimmer, compositeur de musique de blockbusters hollywoodiens, en pleine tournĂ©e des ZĂ©nith français. On n’était pas quatre sur la banquette arrière, allĂ©luia, mais les trajets voituristiques entre gens de bonne compagnie, c’est souvent sympa, surtout pour un Parisien d’adoption donc encroĂ»tĂ© dans son petit Transilien mĂ©troĂ¯stique. Sans compter qu’un concert exceptionnel (place entre ca. 75 et 150 €, tudieu !) restait Ă  venir…
Le concert : Hans Zimmer structure sa prestation en deux parties. Soi-disant pour que l’on puisse aller se saouler, alors qu’impossible d’accĂ©der Ă  la buvette Ă  la mi-temps, trop peu de personnel derrière le comptoir (a-t-on jamais vu plus benĂªt ?). Sans doute pour que les gogos puissent profiter de son merchandising, feat. un T-shirt Ă  30 €, quand mĂªme.
La première partie s’articule autour de tubes plutĂ´t brefs, variĂ©s, allant de la musique d’ambiance Ă  la comĂ©die musicale en passant par la chanson africanisante – intervient « la vraie voix » du Roi Lion, qui ne nous semble pas toujours chanter très juste, en dĂ©pit de sa rĂ©elle prĂ©sence scĂ©nique. La diversitĂ© des ambiances fait souvent oublier la lourdeur des interludes parlĂ©s, trop longs et trop sirupeux pour nous sĂ©duire (et c’est un mec qui aime bien parler entre ses chansons qui le dit). On s’étonne de l’absence de vidĂ©os pour habiller le concert, articulĂ© entre cinq sphères : Hans Zimmer, GO, claviĂ©riste et guitariste ; solistes « pour une chanson » ; musiciens solistes ; musiciens d’orchestre (peu audibles) ; choristes (encore moins audibles). On se dit aussi : dommage qu’une version rĂ©duite n’ait pas Ă©tĂ© prĂ©vue pour des salles de concert type Philharmonie – mĂªme si les harmonies sont simples, on en aurait mieux profitĂ©.
Comme souvent, on a tort sur notre Ă©tonnement : la seconde partie va nous faire regretter notre souhait de vidĂ©os. Sans atteindre le ridicule du dernier concert parisien de notre pourtant tant aimĂ©e Diane Dufresne, l’essentiel des vidĂ©os dont la seconde partie nous fait don est surtout constituĂ©e de fractales (chuis pas sĂ»r du terme, mais je tente) dont la mĂ©diocritĂ©, la banalitĂ©, la nullitĂ©, la vulgaritĂ©, impactent la rĂ©ception des musiques autant que la crĂ©ation de piètres lumières, rĂ©agissant aux sons mais sĂ©duisant peu, qui moins est quand elles se font la joie d’Ă©blouir le public avant le rappel, pratique quand mĂªme complètement conne, faut bien le dire. Pourtant, cette heure et demie de concert a de quoi sĂ©duire. D’abord, elle est exigeante par sa rĂ©pĂ©titivitĂ© et ses introductions entre 3′ et plus de 5’ ; ensuite, elle propose une musique certes itĂ©rative, mais qui signe ici la marque Hans Zimmer comme si, nous suggère Guillaume Vatan, le compositeur avait mis « ce qui fait zizir » au dĂ©but et ce qui lui fait zizir pour boucler ; enfin, elle montre les talents peut-Ăªtre pas Ă©patants mais patents du zozo : une Ă©vidente assurance (platitude d’intros Ă©tirĂ©es sur de longues minutes), une science certaine du crescendo (mĂªme s’il admet avec honnĂªtetĂ© ne pas Ăªtre l’auteur de tous les arrangements), une envie de mĂªler orchestre classique et sons rock (guitare Ă©lectrique, superbe basse saturĂ©e) voire Ă©lectro, et une bonne connaissance de quelques astuces façon minimalistes amĂ©ricains (Ă  l’évidence, Hans a plus qu’écoutĂ© Philip Glass).
En somme, malgrĂ© la gĂ©nĂ©rositĂ© du cadeau qui nous est fait d’assister Ă  ce show, on a du mal Ă  se laisser totalement sĂ©duire pour, en gros, trois raisons. D’abord cet ex-Allemand naturalisĂ© Ă©tats-unien abuse de codes hollywoodiens : humour de connivence façon entertainer, parfois sĂ©duisant (« j’ai ajoutĂ© ce morceau dans la set-list uniquement pour jouer des big drums : c’est vrai, qui ne rĂªverait d’en jouer ? »), souvent niveau kermesse de chef lieu de canton (« je pense que le public Ă©tait meilleur Ă  Genève, vous Ăªtes sĂ»rs que vous ne pouvez pas crier plus fort ? ») ; hommage sirupeux et dĂ©testable car rentabilisant aux victimes des attentats d’Aurora (et de Paris, et de Bruxelles, tournĂ©e oblige) ; storytelling pas toujours convaincant (guitariste mariĂ© avec la jolie violoniste pour introduire un truc vaguement country ; pesante prĂ©sentation des Å“uvres avec des anecdotes souvent pendouillantes – peut-Ăªtre par sincĂ©ritĂ©, peut-Ăªtre par maladresse ou manque d’exigence) ; rĂ©currence lassante de « tous les musiciens sur scène ce soir sont mes meilleurs amis de toute la vie pour toujours » ; souci louable mais lourdaud pour le spectateur de mettre trop de solistes en valeur, etc. Ensuite, parce que la rĂ©pĂ©tition des mĂªmes structures en seconde partie (dĂ©but soft, Ă©ventuellement break, tutti, entrĂ©e de la guitare Ă©lectrique et de la basse sur fond de percus qui s’excitent) peut lasser les moins fans des spectateurs. Enfin, parce que, bien que l’on ne puisse Ăªtre accusĂ© de militer pour cette connerie de mixitĂ© Ă©rigĂ©e en sommet du consensus socialo-merdique, l’on n’est pas convaincu qu’une construction moins sĂ©grĂ©gationniste (les morceaux d’un quart d’heure Ă  la fin, les morceaux plus courts au dĂ©but) n’aurait pas mieux convenu. MalgrĂ© l’audace de finir sur un dernier morceau plutĂ´t en decrescendo, le concert peine assurĂ©ment Ă  emporter l’enthousiasme absolu des curieux : l’hĂ©morragie de spectateurs en seconde partie pourrait, entre autres, en tĂ©moigner.
En conclusion, trois choses frappent, aĂ¯e : un, c’est chouette d’avoir des amis qui vous propulsent dans des invitations inattendues et saugrenues en compagnie de relations tout aussi saugrenues et inattendues ; deux, Hans Zimmer a, faut quand mĂªme pas dĂ©conner, un sacrĂ© putain de mĂ©tier ; trois, mĂªme avec un instrumentarium superlatif, c’est difficile de produire une musique exceptionnelle quand votre mĂ©tier, prĂ©cisĂ©ment, vous impose une logique restrictive dont, mĂªme quand vous venez exploiter les admirateurs europĂ©ens, vous ne souhaitez pas ou vous ne savez pas vous dĂ©faire. Bref, une soirĂ©e intĂ©ressante, originale, mais qui ne persuade pas tout Ă  fait que la rĂ©putation de Hans Zimmer n’est pas un chouĂ¯a surfaite.

Jusque-lĂ , c’est clair

Solo de clarinettes– Dans une certaine mesure, tous les sons Ă©mis ne sont pas apprĂ©hendĂ©s pour eux-mĂªmes mais interrogent leurs propres conditions de production, pensĂ©es en tant qu’expĂ©riences corporelles.
– Absolument, M. Lachenmann. Autre chose ?
– Les structures temporelles artificielles et la perception Ă©lĂ©mentaire du processus de production du son rĂ©vèlent leur profonde interdĂ©pendance et remettent au cÅ“ur du projet expressif la singularitĂ© du geste et la perception emphatique de la dimension anatomique du son.
– Cela va sans dire. MĂªme si je pense que vous avez bien fait de simplifier, au moins pour une première approche.
(Citations extraites de la notice de « Dal Niente (Intérieur III) », in : Armand Angster, Solo clarinet, Triton, 2016 env.)

Super

Dan GutmanEn pleine pĂ©nurie d’essence, c’est important – Ă  mes nyeux – qu’un projet de collection pour la jeunesse soit plein de super.
20160530_221228

Il est des nĂ´-Ă´-tres

Pèlerinage polonais à Montmorency (29 mai 2016). Ici, pas d'expert pour l'orgue, une vaste arnaque du facteur pour extorquer des fonds aux paroissiens. Mais bon.
Pèlerinage polonais Ă  Montmorency (29 mai 2016). Ici, pas d’expert pour l’orgue, une vaste arnaque du facteur pour extorquer des fonds aux paroissiens et Ă  la mairie. Mais bon.

« Veuillez m’excuser de ne pas avoir rĂ©agi Ă  votre courriel plus tĂ´t, mais vendredi soir et samedi j’Ă©tais invitĂ© Ă  un anniversaire. » Je me doutais que nous avions choisi le bon expert : non seulement il est simple quoique vraiment expert, mais en plus il a les meilleures essscuses du monde.

Orchestre Colonne, ThĂ©Ă¢tre des Champs-ÉlysĂ©es, 26 mai 2016

Orchestre ColonneC’est l’histoire d’un malentendu bien rĂ©jouissant. Je venais applaudir Diana Damrau. Sans le savoir, je vins un jour trop tĂ´t. Je passai les contrĂ´les Ă  l’entrĂ©e du TCE. Personne ne s’opposa Ă  mon intrusion. Par chance, personne ne squattait mon siège du lendemain soir. Je m’Ă©tonnai que la salle fĂ»t si peu pleine pour entendre Lucia di Lamermoor avec une telle vedette. En fait, je venais assister Ă  un concert de l’Orchestre Colonne. Quand Tout un monde lointain commença, je compris qu’il y avait eu maldonne ; mais, quand je vins me dĂ©noncer Ă  la mi-temps, la sĂ©curitĂ© m’autorisa Ă  rester en seconde partie de soirĂ©e. Chic, c’Ă©tait la meilleure.
Le concert s’ouvre par le concerto pour violoncelle de Henri Dutilleux. Nous Ă©tions sceptiques quand nous l’entendĂ®mes la première fois en vrai ; nous le resterons. La tendance du soliste, Sung-Won Yang, Ă  jouer Ă  la limite de la justesse de façon Ă  chercher la note la plus pertinente contribue Ă  dĂ©sarçonner l’oreille. La dilatation des espaces sonores, le manque volontaire de tension dramatique, l’absence d’accidents narratifs, tout cela est sans doute sublime mais, pour l’auditeur que nous sommes, un brin lassant. (Je sais, Dutilleux est un Intouchable, mais c’est la deuxième fois que, bof, mĂªme s’il est vrai que le bis Bach ne permet pas davantage d’Ăªtre sĂ©duit par le soliste…
)
20160526_203739 Après l’entracte, la brillante Suite n°2 sur Bacchus et Ariane d’Albert Roussel dĂ©coiffe. Tout sonne juste, contrastĂ©, nuancĂ©, sĂ©duisant. L’orchestre est attentif Ă  la direction prĂ©cise de Laurent Petitgirard, et celui-ci le transcende. Ici, plus de petit ensemble, pas de chef de seconde zone. Énergie, Ă©motion, ironie, tension, rythme, la palette du compositeur est remarquablement servie. Après le dĂ©part de la cĂ©lestitste (?), la Valse de Maurice Ravel qui conclut ce concert Ă  la fois tout public et exigeant achève d’impressionner. Peut-Ăªtre moins emportĂ©e dans son finale que l’on aurait pu imaginer, elle n’en reste pas moins remarquablement menĂ©e, avec cohĂ©rence, vitalitĂ©, respect des solistes (ici, chaque pupitre a droit Ă  ses applaudissements) et force de l’orchestre – mĂªme si l’ensemble est grevĂ© par l’hypocrisie de Laurent Petitgirard (amusant « ce n’est pas parce que la Valse est libre de droits depuis quelques semaines qu’on la joue », moins amusant « la SACEM nous soutient avec force » alors que lui-mĂªme est prĂ©sident du conseil d’administration de la SACEM depuis 2011, explicite le programme).
20160526_195434Une prestation qui mĂ©rite des bravos pour l’association entre composition quasi contemporaine et classiques qui font zizir, mais surtout pour une seconde partie remarquable… selon une tradition que nous avions constatĂ© en 2013.

La prison joyeuse

20160512_141138Dans certaines Ă©glises, prudents, les responsables ont barreaudĂ© la fenĂªtre des toilettes pour que les organissses ne s’Ă©chappent pĂ´. Mazette, ils sont forts, les diables.

Tu m’disais quoi, M. Canard ?

20160517_142652

The dark side of May

Lundi de PentecĂ´te, MontmorencyHĂ©-ho ! Ça dĂ©rangerait quelqu’un d’envoyer un peu de soleil pour pas dĂ©moraliser ceux qui bossent les jours Ferrier ? Par avance, merci.

Oh, si jeune !

P'tite bourrée

SPA Grammont, 14 mai 2016

GOLANChic, M. Chouchou, alias Golan, aka Rex, n’est pas sorti aujourd’hui. Enfin, n’Ă©tait pas. Depuis mon passage, c’est fait – courses, gambades, grattouillismes, fouilles de bosquets, check. Et toc ! Direction Lorka, malinoise encore bĂ©bĂ© (Ă  peine sept mois or somethin’).
LORKAUn loup qui adore se rouler dans l’herbe, jouer, faire la folle et prendre la pose. Vas-y, Lorka, prends une pose rigolote !LORKA OH NANComment ça, « ah nan » ? Vas-y, fais… je sais pas, moi, fais l’ornithorynque, par Ă©zample !LORKA LORNITORINKVoilĂ . Vous ne saviez pas que les malinois peuvent imiter l’ornithorynque ? Erreur rĂ©parĂ©e. Il est donc temps de filer voir Roxy.ROXYC’est un p’tit labrador de trois ans qui n’en peut plus d’Ăªtre dans son box, au point de se blesser. Comme, en plus, il est rĂ©putĂ© « très dynamique », il sort moins souvent, certains bĂ©nĂ©voles se voyant « dĂ©conseiller » de le sortir. C’est un peu triste ; du coup, on a aussi un peu fait les cons. Non, ça change rien sur le fond, mais ça colore un peu le gris foncĂ©. Le cĂ´tĂ© Jean-Jacques Goldman d’une matinĂ©e dans un refuge SPA, sans doute.