Au théâtre du Gouvernail (Paris 19), le 18 mars 2026, lors du double concert « D’une pierre deux coups ». Photo : Marcelle Martin..
Un jour, je fus las de voir l’usage mortifère que les autoproclamés représentants des capitalistes faisaient des normes. Aussi me dis-je, en ma grande sapience, euphémisme : « Comment expliquer à l’humanité exhaustive que toute norme ou presque est l’anticipation d’une arnaque ? » Je pensai qu’une chanson ferait l’affaire. La voici.
En guise de dernier épisode de notre visite posthume à Franz Schubert, guidée par Irakly Avaliani, voilà que s’avance le huitième impromptu, un allegro scherzando en fa mineur à trois croches par mesure. L’œuvre apparaît comme un éloge
de l’élan
(appogiatures envolantes,
trillles énergisantes,
accélérations réjouissantes avec des triples croches en quintolets, sixtolets, septolets voire treizolets – y a sans doute un vrai mot pour ça, mais celui-ci est assez rigolo – à défaut de soupolets),
du rebond (staccati et notes répétées) et
du contretemps qui pulse voire propulse (dans la première section, le rythme de la main gauche est calqué sur une logique binaire qui frotte avec la tonicité ternaire de la dextre ; dans la deuxième, les mouvements sont inversés : quand la main droite monte, la main gauche descend, et inversement).
L’impromptu secoue son propre prunier en égrenant legato la gamme de La bémol majeur, relative de fa mineur. On se pourlèche les oreilles du contraste
des touchers,
des nuances,
des modes et des tonalités.
Irakly Avaliani nous donne moins à entendre des notes que
de l’énergie,
de la tonicité et
une sorte d’urgence à pétiller
que zèbrent mystérieusement des breaks fort efficaces pour nourrir l’écoute et le suspense.
Des gammes modulantes en unisson octavié traversent le clavier ;
de grands mouvements secouent l’ivoire ;
des silences défient l’évidence
jusqu’au retour du premier motif, associant la puissance des réflexes de la senestre à la netteté des pirouettes ou des jaillissements de la main droite. Une main gauche grave et sombre interroge les sauts de la main droite, préparant la voie à une coda qui
bouscule,
ébouriffe et
nous pousse à crier « BRAVO » au gramophone de service.
Une ultime piste remarquable et palpitante pour un disque de haute et belle tenue.
Pour écouter le disque en intégrale et gracieusement, c’est ici. Pour retrouver nos précédentes chroniques sur Irakly Avaliani, c’est là.
Un Aiphone pour passer un Aippel à l’hôpital Bichat (Paris 18). Photo : Bertrand Ferrier.
En attendant un prochain post, quelques nouvelles du monde. Avec un bon nouvel pour commencer.
Puis ce vieux principe du journalisme daubé : quand t’as rien à écrire, lance un questionnaire de sondage.
Dans la même série, à paraître : « C’est quand on se fait chier au théâtre que c’est bien », « c’est quand je voudrais me balancer par la fenêtre que je m’estime » et « c’est quand je t’ai tuée que je t’ai tant aimée ».
On va pas s’mentir : Le Figaro, qui n’est lu que par des retraités, aime encore plus les patrons macronistes – les patrons, donc – que les retraités. Une idée, comme ça.
Et vice et versa ?
Mais parce que c’est comme épouser sa fille, sauf quand t’es une vedette du chobimze mondial : ça ne se fait pas ! Même les koalas hésitent à faire ça !
Même un Sauvage peut s’opposer à l’acharnement. Comme quoi, ben, voilà, j’crois, quelque part, hein.
Y a des yensss, dès qu’ils ouvrent leur goule, t’as envie qu’ils n’en aient pas. Exemple paroxystique.
La pourriture socialiste à l’œuvre en Espagne (tandis que le fils est poursuivi pour son étrange embauche par une administration locale). Dommage, c’est rigolo, comme nom, Tulipe (je traduis approximatif).
Ça va, le mec a juste fait en sorte que des gens puissent cramer dans un Macumba suisse. So what?
Moi, président des États-Unis d’Amérique du Nord, j’aurais choisi un tartare avec une salade de crudités, mais si tu veux choquer les plumitifs français en les rendant jaloux, c’est mieux si non.
J’en ai connu, des pitchs de merde, genre ordre du jour d’assemblée générale. Et pourtant, chez Arte, c’est vrai qu’ils ont un niveau un p’tit peu stratosphérique.
Après le saisissement des deux premiers impromptus, voici que s’avance le troisième, un thème et variations en Si bémol à jouer andante.
Motif guilleret,
notes répétées sautillant avec grâce,
ornementation joyeuse,
octaviation pimpante et
souci d’éviter le sentimentalisme niaiseux
(métrique irréprochable,
tempo décidé,
nuances concentrées sur le mezzo forte pour l’exposition) :
le thème met en appétit ! La première variation s’élance sur
une basse à temps et à contretemps,
des accords égrenés et
une mélodie surplombante, intégrée à l’harmonisation et jouée en rythme pointé.
L’interprète veille donc
à équilibrer les plans sonores,
à varier les intensités pour insérer de la tension narrative dans l’énonciation régulière du texte, et
à laisser poindre çà et là quelques surprises prévues par la partition (sursaut chromatique) ou dénichées par le musicien (tel accent ou telle mise en lumière de la basse).
Sur la même pulsation, la deuxième variation libère d’abord la main droite puis la main gauche, déliant tour à tour aigus et basses, les uns pour décrire une arabesque déliée, presque nonchalante, les autres pour remettre de la tonicité dans le moteur grâce à des octaves bien senties. L’utilisation d’une large partie du clavier dans le dialogue entre senestre et dextre permet d’apprécier un piano habilement réglé par Jean-Michel Daudon, d’une part, et, d’autre part, un artiste qui sait flatter l’oreille grâce à ces petites touches personnelles que sont, par exemple,
la précision du phrasé,
l’élégance du staccato,
une recherche passionnante de la pédalisation juste, c’est-à-dire à la fois généreuse et jamais cotonneuse,
le sens de l’équilibre des voix et
le plaisir d’une diégèse où s’entrelacent cohérence d’un récit et plaisir de l’inflexion qui capte l’attention et colore le discours.
La troisième variation bascule – classique du genre – en mineur. Contraste radical avec la consœur que nous venons d’ouïr :
le mode change,
l’écriture passe de l’horizontal (une mélodie se détache) au vertical (accords et intervalles prédominent), et
le ternaire des triolets vient se frotter au binaire des rythmes pointés.
On apprécie le souci de caractérisation
des changements d’humeur ici tournoyants,
des registres pianistiques instables, et
des moments caractérisant un impromptu soudain plus animé comme si, pour partie, il renversait la table et défiait les conventions.
La quatrième variation va encore plus loin dans ce défi en ajoutant un bémol à l’armature au lieu d’en ôter trois. Nous voici en Sol bémol, dans un monde où la mélodie semble rechigner à émerger. Sous les doigts de l’interprète,
mystère d’une mélodie portée disparue,
circulation du lead,
énergie des accents, et
étonnements harmoniques (jonction Gb7 vers Bb à la reprise de la seconde section, par exemple)
semblent sourdre avec naturel d’une partition où le fort joli a reflué pour laisser place au palpitant et à l’inattendu. La cinquième et dernière variation renoue avec la tradition du double (ça accélère), avec la tension que Schubert aimait bien entre ternaire (la main droite joue une sorte de 24/8, soit quatre paquets de six doubles par temps) et binaire (la main gauche revient à la pulsation du deux temps liminaire), source inépuisable de groove. C’est le moment où les petites saucisses peuvent se lâcher. Pourtant, masquant presque la double virtuosité qu’il déploie (célérité de la dextre, sérénité de la senestre), Irakly Avaliani refuse de faire crépiter des notes afin de nous laisser goûter la musique sans parasite fanfaron ou bravache qui nous obligerait à nous exclamer : « Wow, il joue speed, le gars ? Comment il fait ? » (Même si la question n’est pas si stupide, reconnaissons-le…) Dans cette version,
la vitesse devient grâce,
la puls’ battement de cœur,
le vertige technique tremplin pour l’imaginaire, entre patineuse qui virevolte et effort du partenaire pour la suivre.
La coda, soudain grave, fracasse sans remords cette bouffée de légèreté. La manière dont le pianiste retient ses derniers mots (ha ! l’attente de l’ultime mi bémol aigu ! ha !) semble nous parler de ces matins où, même après le réveil, l’on voudrait poursuivre le rêve ou le cauchemar interrompu par une maudite sonnerie afin de découvrir la suite. Dans la vraie vie, il n’y a pas de suite, à peine une chimère qui disparaît. Dans la vie du mélomane, cette désillusion n’est pas systématique. Ainsi, il nous reste une dernière histoire à découvrir dans ce cycle D 935. À suivre, donc, na !
Pour écouter le disque en intégrale et gracieusement, c’est ici. Pour retrouver nos précédentes chroniques sur Irakly Avaliani, c’est là.
Claudio Zaretti au théâtre du Gouvernail, le 18 mars 2026, lors du double concert « D’une pierre deux coups ». Photo : Rozenn Douerin.
Plus de 40 000 km de diamètre. Plus de 500 millions de kilomètres carrés de superficie. Plus de 1X10 à la puissance 12 de kilomètres cubes (le blog n’est pas paramétré pour ce genre d’infos, alors on bricole).
Notre logement,
la zone d’errance où nous baguenaudons plus que nous ne vaquons,
la planète bleue comme un trou noir dont nous habitons une fraction fragile :
non,
rien n’est grand (d’autant que, comme le chantait Pain dans le pont du magistral « Dancing with the dead », « too much is never enough »),
rien n’est petit (même si, souvent, notre logement fait vachement bien semblant),
tout est une question d’échelle, surtout quand on en est tombé.
En souvenir du mendiant paki avec qui j’eus jadis l’habitude d’échanger longuement et souvent en franco-anglais, l’été devant ce qui est devenu un parc canin, près du square des Batignolles, l’hiver au-dessus d’une bouche qui crachait un peu d’air chaud, rue de Rome, j’aime bien fredonner cette chanson qu’il m’a inspirée.
Tantôt, je récidivai avec le soutien de Claudio Zaretti, devant un public qui constatait comme moi que, pour qu’une guitare électro-acoustique fonctionne, c’est mieux si les branchements ont été consciencieusement faits et vérifiés – rassurez-vous, les gens, je m’en rendis compte itou mais, quand les dés sont jetés, rien ne va plus, on y va, et merci aux curieux qui survécurent à cet incident technique. En plus d’être souvent petit, le monde du live est souvent complexe, so let’s kiffe the vibe, won’t we?
Presque deux fois plus court que l’impromptu en fa mineur, le deuxième chapitre du cycle D 935 de Schubert garde les quatre bémols du premier mais bascule en majeur et en ternaire. Le miracle avalianien intervient dès le premier accord, grâce à sa capacité à détacher nettement la mélodie tout en donnant une cohérence et un corps à l’accompagnement.
Son Fazioli est à la fois orchestral et intime ;
son tempo allie solennité et allant ;
sa pédalisation parvient à laisser résonner le son sans flouter le contour des notes.
L’impromptu devient une confidence partagée entre deux amis dans un fumoir cosy. On y entend
du velours et un feu qui craque,
le silence qui habite les conversations vraies et, dans des verres anciens, un alcool presque antique qui clapote,
de lourdes tentures et, de l’autre côté, une nuit lointaine et presque inoffensive.
Cela n’en rend que plus savoureux les coups de semonce ouvrant la seconde partie de la première section. La tranquillité schubertienne n’est jamais ronronnement, et l’interprète en rend avec maestria les reliefs à travers notamment
les puissants sforzendissimi,
la percussion des accords répétés,
les éphémères modulations inattendues, et
le grand huit des nuances.
Contrairement aux apparences, aucune dichotomie ne sépare tonicité et sérénité – voilà sans doute ce qui rend savoureuses l’une et l’autre. Irakly Avaliani fait entendre les passerelles
en tuilant les nuances autant qu’en les confrontant,
en maintenant la netteté de la ligne mélodique têtue et
en n’abandonnant jamais l’exigence métronomique qui va bien, fors la nécessaire suspension du point d’orgue.
Tendresse et vigueur martiale se coulent dans un même mouvement, que vient enrichir un trio doublement ternaire (on passe en pratique d’un 3/4 à un 9/8) en Ré bémol. Sur une basse discrète mais groovy, la mélodie s’intègre au flux des triolets.
Modulations,
élargissement des registres,
mutations d’intensité
savent
garder vive l’attention,
fasciner le regard de l’oreille et
émouvoir le cœur.
Le retour du premier motif dual a beau être convenu de chez convenu, il réjouit et, joué avec la même attention, finit d’enthousiasmer l’auditeur. Le prochain impromptu, un thème et variations en Si bémol saura-t-il être à la hauteur ? (Non, tout le budget n’est pas passé dans ce teasing de pacotille… vu qu’il n’y avait pas de budget, hélas, ça peut jouer.) À suivre !
Pour écouter le disque en intégrale et gracieusement, c’estici. Pour retrouver nos précédentes chroniques sur Irakly Avaliani, c’est là.
La bonne relation aux animaux de compagnie d’après « La Médecine végétale » du docteur A. Narodetzki, éditions La grande pharmacie du globe, 1910. Photo : Bertrand Ferrier.
En attendant un prochain post, quelques nouvelles du monde. Et first things first, deux publicités en forme de décryptage. Je sais, mais faut bien vivre, hein. D’abord, pour comprendre pourquoi Beauval est une arnaque dégueulasse…
… une lecture s’impose : Sauvage ! La vraie nature du trafic d’animaux, que j’ai aidé Jérôme Pensu à ficeler. Et ensuite, dans la même rubrique « arnaques malsaines », ceux qui osent se demander le pourquoi du comment des mystères d’État comme celui-ci…
… peuvent se procurer Secret défense. Le livre noir, que j’ai aidé Pascal Jouary à mener à dame. Bien, maintenant, revenons à nos chers petits moutons. C’est l’histoire d’Édouard qui, pour coordonner ses partis (sans « e »), glisse à Gaby : « J’aimerais bien sucer mon pouce », et de Gaby qui lui répond : « Quand tu dis ton pouce, t’es sûr que c’est utile ? »
Pour la question suivante, j’avais bien une réponse, mais on ne peut pas parler de sodomie à tous les étages, n’est-il pas ? Bon, tant pis : entre baiser et monter…
J’avoue, j’ai hésité à partager la découpure de presse qui vient, de peur que vous ne versassiez une larmichette ainsi que je le fis. Mais pourquoi nier que l’homme est lacrymal, qui plus est quand il fait face à des situations aussi drrramatiques ?
Ou on ne peut être Ballon d’or et peut tout réussir. Ou on ne peut tout Ballon d’or et ne peut être. Ou on peut être et ne peut tout réussir Ballon d’or. Oh pis mârde à la fin !
La démocratie, c’est avant tout une presse indépendante. Libre. Exigeante. Pas soumise à la merde milliardaire. Le Figaro, par exemple.
« J’encule le droit, la morale et l’éthique, mais c’est réalisé tranquillement avec un bisou de Manu » : essaye de faire ça face au fisc, si t’es pas l’idole dégueulasse du macronisme corrompu et dégueulasse, et envoie-moi un courriel pour me parler du résultat.
Pas facile, d’observer un camouflé.
D’après la FNSEA, cette ordure, non.
Tu n’es pas nul, non. Dis plutôt que tu enchaînes les défauts. Ce qui fait que tu es nul ? Aïe, en effet.
Publiés en 1838 ou 1839, les sources tâtonnent sur le sujet, les quatre derniers impromptus de Franz Schubert ont été refusés par les éditeurs, en bloc ou au détail car « trop difficiles pour des bagatelles », confirmant qu’il faudrait dresser un monument aux cons les plus cons du monde en mode name and shame, même si ça prendrait une place sans doute fort conséquente – surtout si on crée un souvenir identique pour leurs frères les connards, pas toujours identiques.
Le premier épisode de cette seconde tétralogie consiste en un Allegro moderato en fa mineur, composé en décembre 1827 et courant sur près d’un quart d’heure. Son prélude est joué avec franchise.
Rythme pointé et friction entre binaire et ternaire tonifiants,
ornementations et appogiatures arpégées cinglantes,
accents et silences secouants
lancent sans fard les hostilités, ouvrant la voie à
un bariolage élégant,
un accompagnement d’une légèreté irréelle, et à
une pédalisation d’une grande précision.
Les contrastes thymiques permettent à Irakly Avaliani de jouer des mille touchers environ dont il dispose.
Modulations inattendues et phrasés partagés entre aigus et basses,
octaves et unissons,
accords répétés et mutations de couleurs
obligent l’interprète à
une vigilance de clarté car le discours est riche donc complexe,
une jonglerie entre continuité et caractérisation, et à
une connaissance
intérieure,
intime et
pénétrée de l’art schubertien.
De quoi nous remettre en mémoire cette correction de l’artiste quand nous l’accusions à tort d’avoir joué un nocturne de Chopin : « Celui-là, aucun risque, je ne sais pas le jouer. » Entendre : « Je n’ai pas pénétré son mystère. » D’emblée, il est évident qu’il a percé assez du mystère de cette sonate rhapsodique qui ne dit pas son nom pour y guider habilement et plaisamment l’auditeur.
Aigus cristallins mais efficaces,
alternances des registres et des modes,
ravissement du chromatisme de précision,
impressionnante régularité de la main gauche et
charme des voltes harmoniques à mains croisées
fascinent l’oreille et aiguillonnent l’esprit. Sous les doigts d’Irakly Avaliani, l’œuvre palpite dans ses jaillissements comme dans ses développements. Le retour du premier motif condensé prépare le passage en Fa (majeur, cette fois). On ne peut qu’être saisi par cette bouffée
de légèreté,
de sérénité voire
d’aérien
que le pianiste, par on ne sait quel sortilège, fait sonner comme la sœur jumelle de l’inquiète tristesse presque fataliste qui faisait le charme de la partie mineure. Au reste,
le chromatisme,
les triples croches enragées et
les unissons interrogatifs
rappellent que la dichotomie entre joie et tristesse est une illusion destinée à illusionner les hommes un rien concons. La magie schubertienne
de la mélodie,
de l’harmonisation et
du pianisme
fonctionnent
en blanc,
en noir et
en nuances métissées…
ce que rappellent
le retour en fa mineur où, cette fois, la main gauche est dans le médium (plus lumineux que les graves de la première exposition),
le glissement en majeur sans changement de forme ce qui traduit le continuum des états d’esprit, et
le finale en mineur puisque, malgré que nous en ayons, nous savons – depuis que nous savons quelque chose – que nous finirons dans la tombe.
Le résultat ? Une interprétation magistrale d’une œuvre
passionnante,
puissante et
bouleversante.
Pour écouter le disque en intégrale et gracieusement, c’est ici. Pour retrouver nos précédentes chroniques sur Irakly Avaliani, c’est là.
Bertrand Ferrier au théâtre du Gouvernail (Paris 19) lors du double concert « D’une pierre deux coups », le 18 mars 2026. Photo : Cendras Djedda.
Mais, vous savez, moi, je ne crois pas qu’il y ait de bon ou de mauvais prénom. Moi, si je devais résumer ma vie, aujourd’hui, avec vous, je dirais que c’est d’abord des rencontres, des gens qui m’ont tendu la main, peut-être à un moment où je ne pouvais pas, où j’étais seul chez moi. Et c’est assez curieux de se dire que les hasards, les rencontres forgent une destinée.
Surtout quand on s’appelle Pétronille, évidemment.
Après un allegro moderato massif, la treizième sonate de Franz Schubert se poursuit avec un andante deux fois plus court qui troque la tonalité de La majeur pour un si mineur, et le quatre temps pour une mesure ternaire. Un prélude méditatif amorce le mouvement avec des accords répétés qu’Irakly Avaliani enfonce profondément dans le clavier en en détachant les notes-clefs. L’exposé de la mélodie sur le balancement de la senestre ne libère pourtant pas le chant.
Des notes répétées interrompent cette tentative d’envolée ;
une modulation en mi mineur réinvestit le motif du prélude ; et
une rythmique doublement ternaire (on passe d’une mesure à 3/4 à une mesure à 9/8) le colorie différemment.
L’interprète raconte l’histoire
comme si elle se fabriquait devant nous, en direct,
comme si le compositeur cherchait la juste manière de s’exprimer,
comme si ce qui était dit s’effaçait derrière ce qui aurait pu être narré sinon mieux du moins différemment.
Cette intériorité questionnante frisant le making of sied à ce mouvement – au sens actif du terme – aux trouvailles harmoniques toujours plaisantes et souvent surprenantes (ainsi de l’improbable passage de l’accord de La7 à Bb/F, à 4′ !), rendues avec la délicatesse idoine par Irakly Avaliani jusqu’au rassérénant Ré majeur conclusif.
Synthétisant les deux premiers mouvements, un allegro en La (comme le premier) ternaire (comme le deuxième) contraste par son pétillement avec le calme de l’andante.
La légèreté du toucher,
l’aisance digitale et
le sens de l’accentuation
du pianiste font merveille. Voilà un moment qui sait
être allègre,
se suspendre pour mieux filer ensuite, et
danser avec grâce sans oublier d’être tonique sur ses appuis.
La seconde partie, sporadiquement plus tourmentée, renforce le plaisir des contrastes
d’humeur,
de tonalité et
d’énergie.
Irakly Avaliani excelle à retourner sans cesse sa veste musicale (combien d’endroits et d’envers n’a-t-elle pas !) pour jouer
le galop,
le sautillement,
le cahot et
les joies
(insouciance,
fulgurance,
évasion éphémère d’un monde qui, le reste du temps, ne rechigne pas à nous turbuler).
De quoi mettre en appétit avant les quatre impromptus qui seront au menu de prochaines notules !
Pour écouter le disque en intégrale et gracieusement, c’est ici. Pour retrouver nos précédentes chroniques sur Irakly Avaliani, c’est là.