
Il est rare que Jean-Philippe Rameau soit associé à l’idée de chaos, qui préside à ce disque. Pourtant, le compositeur a bien mis cet imaginaire en musique sur un livret de Louis de Cahusac, à l’occasion de l’ouverture de Zaïs, opéra-ballet racontant le test d’amour réussi par Zélidie tout en rendant hommage dans le même mouvement – estiment les connaisseurs qui s’y connaissent – à la maçonnerie.
Avant l’acte premier, donc, le prologue « peint le débrouillement du Chaos et le choc des Éléments lorsqu’ils se sont séparés ». Le roi des Génies y réveille les Éléments et suscite l’apparition de l’Aurore, de l’Amour et des Plaisirs. Présenté dans un arrangement maison, sans transition après le second quatuor de György Ligeti mais avec l’aide d’une percussion dans l’incipit, l’œuvre oscille entre
- musique programmatique,
- solennité assumée et
- fragmentation du propos.
C’est un terrain de jeu idéal pour un quatuor qui a le goût
- des mutations,
- du bouillonnement et
- des contrastes en tout genre
- (intensités,
- attaques,
- caractères…).
Réduit à seize cordes, le prologue perd certes en majesté mais nullement en
- tonicité,
- effets spectaculaires et
- énergie joyeusement chaotique.
Une transition cosignée par Samu Gryllus et le quatuor propose un passage escarpé entre Rameau et Johann Sebastian Bach.
- Souffles,
- frottements et
- glissements
semblent explorer une inframusique dont émerge le deuxième contrepoint de L’Art de la fugue, après le premier entendu presque au début du disque. Le quatuor y fait sonner sa vision du chaos : un triple mélange
- de rigueur métronomique et de brusquerie (les rythmes pointés sont sciemment surpointés),
- de clarté dans l’exposition polyphonique et de luxuriance dans le déploiement des quatre voix,
- de précision dans la répartition de la mélodie et d’art de la conversation dans les commentaires et prolongements du sujet qui font foisonner la partition.
Une judicieuse confrontation avec la musique bien plus unidirectionnelle d’un Rameau, qui continue de soutenir l’intérêt d’un disque que nous écouterons plus avant dans une prochaine notule. À suivre !
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